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Responsables scientifiques :
Marion Flécher (Université Paris Nanterre, IDHE.S) flecher.marion.f@gmail.com
Guillaume Gourgues (Université Lyon 2, TRIANGLE) guillaume.gourgues@univ-lyon2.fr

Dans les sociétés capitalistes, le choix du « modèle d’entreprise », désignant à la fois un statut juridique et un modèle d’affaire, présente une dimension indéniablement politique. En France, alors que l’État n’a de cesse de promouvoir les « start-up » comme un moteur de croissance et d’innovation, les recours au statut coopératif par les acteurs syndicaux face aux liquidations et aux licenciements ne reçoivent qu’un soutien public timide et conditionné. De fait, l’action publique s’avère plus ou moins favorable aux différents « modèles » disponibles et agit inévitablement sur les calculs de maximisation des entrepreneur.se.s, dans toute leur diversité. On gagne alors à penser le choix du « modèle d’entreprise » comme relevant de « politiques de l’entreprise », au sens où il dépend autant des rétributions économiques et symboliques proposées (entre autres) par la puissance publique, que de la réduction des coûts de transaction, comme le postule la théorie économique.
Cette section thématique propose donc d’explorer ces « politiques de l’entreprise », en réunissant des travaux de recherche portant sur des formes différentes de « modèle d’entreprise » pour comprendre leur promotion, dénigrement, mobilisation ou évitement, aussi bien par les acteurs publics que privés. En nous en tenant aux entreprises employeuses, nous pouvons identifier au moins trois espaces de recherche : celui portant sur les grandes entreprises, parfois multinationales, souvent au centre de l’intervention publique[1], notamment via la question de la « moralisation » de leurs activités[2] ; celui portant sur les « start-up », qui bénéficient d’un soutien public et institutionnel déterminant, aussi bien dans les trajectoires entrepreneuriales[3] que dans leur existence même[4] ; celui investiguant l’institutionnalisation, toujours fragile, des coopératives de production, rattachées au champs de l’économie sociale et solidaire, qui résulte d’un rapport de force et d’influence entre les nébuleuses militantes des alternatives économiques et l’appareil d’État.
Notre ambition est de croiser ces trois espaces de recherche pour proposer une sociologie politique de l’entreprise, saisie comme un espace de gouvernement et d’engagement. Il s’agit d’interroger à la fois le traitement différencié des modèles d’entreprise (la promotion de certains modèles d’entreprise par l’État ou les acteurs financiers se fait elle au détriment d’autres ?), les usages de ces modèles (le recours à tel ou tel modèle par des groupes sociaux spécifiques peut-il être compris comme une forme d’engagement « politique » ?) et enfin les effets des « politiques de l’entreprise » (dans quelle mesure recomposent-elles les dynamiques d’accumulation capitalistes dans des espaces locaux, nationaux ou transnationaux ?)
Les communications retenues seront ainsi réparties en deux axes : (1) « Choisir son « modèle d’entreprise », un choix politique ? » et (2) « Luttes d’institutions et modèles d’entreprise »
In capitalist societies, the choice of ‘company model’, which designates both a legal status and a business model, has an undeniably political dimension. In France, while State is constantly promoting start-ups as an engine for growth and innovation, trade unions’ uses of cooperative status in case of bankrupt and economic dismissals receives only timid and conditional public support. In fact, public policies are more or less favorable to the different ‘company models’ available and inevitably affects the maximization calculations of entrepreneurs, in all their diversity. It is therefore useful to think of the choice of ‘company model’ as a matter of « Business creation policies », because it depends as much on the economic and symbolic rewards offered (among others) by public authorities, as on the reduction of transaction costs, as postulated by economic theory.
This thematic section therefore proposes to explore these ‘business creation policies’, by bringing together research on different forms of ‘business model’ in order to understand how they are promoted, denigrated, mobilized or avoided, by both public and private players. If we focus on employing companies, we can identify at least three areas of research : large companies, some of them multinationals, often at the centre of public intervention, in particular through the question of the « moralisation » of their activities ; start-ups, which benefit from decisive public and institutional support, both in terms of entrepreneurial trajectories than in their very existence ; the still-fragile institutionalization of cooperatives, which are part of the social and solidarity-based economy, as the result of a balance of power and influence between the militant nebula of economic alternatives and the State apparatus.
Our aim is to bring these three areas of research together in order to propose a political sociology of the company, seen as an area of government and commitment. The aim is to examine (1) the differentiated treatment of business models (do the State or financial players choose to promote certain models and denigrate others?) (2) the social uses of these models (can the use of a particular model by specific social groups be understood as a form of ‘political’ commitment?) and finally (3) the effects of ‘company policies’ (to what extent do they reshape the dynamics of capitalist accumulation in local, national or transnational spaces?)
The selected papers will be divided into two themes: (1) « Choosing your ‘business model’: a political choice? » and (2) « Institutional struggles and business models ».
[1] S. Viallet-Thévenin, « Du champion national au champion international. Résistance et transformations d’un modèle de concurrence dans le secteur énergétique des années 1990-2000 », Revue française de science politique. 65 (5), 2015, p. 761-783
[2] K. Yon et al., 2025, Decathlon ou les tactiques de la vertu. Sociologie politique d’une entreprise citoyenne, Paris, Les Presses de Sciences Po.
[3] M. Flécher, « Des inégalités d’accès aux inégalités de succès : enquête sur les fondateurs et fondatrices de start-up », Travail et emploi, 159(3), 2019, p. 39-68.
[4] J.-B. Devaux, « Par la finance, au nom des start-up Réinventer la politique technologique par son public (1992-1996) », Genèses, 132(3), 2023, p. 47-70.

Session 1 / Choisir son « modèle d’entreprise », un choix politique ?
Présidente : Marion Flécher (Université Paris Nanterre, IDHE.S)
Discutante : Ada Reichhart (Université de Strasbourg)
Guillaume Koenig (EHESS, Université Paris Dauphine), Un modèle d’entreprise pour l’engagement écologique ? Le cas d’une CAE d’éco-construction
Emilie Lanciano (Université Lyon 2, COACTIS), Diane Rodet (Université Lyon 2, Centre Max Weber), Cécile Talbot (Centre Max Weber, Université Lyon 2), Prendre au sérieux l’engagement : appropriations concrètes des modèles d’entreprises engagé.es et effets différenciés sur le travail et la participation
Arthur Guichoux (Université de Liège, Pragmapolis), Sur le front de l’ubérisation. Les coopératives de cyclologistique à l’épreuve du politique
Willy Gibard (Université Lyon 2, Triangle), Les reprises d’entreprise en coopérative : un enjeu de lutte complexe face aux pouvoirs publics
Olivia Chambard (Centre Pierre Naville, Université d’Evry Paris-Saclay, Centre d’études de l’emploi et du travail), Créer une association ou une entreprise ? Les enjeux du choix du modèle dans le segment de l’« entrepreneuriat vertueux »
Session 2 / Luttes d’institutions et modèles d’entreprise
Président : Guillaume Gourgues (Université Lyon 2, TRIANGLE)
Discutant : Jean-Baptiste Devaux (Grenoble INP, PACTE)
Sylvain Celle (Université de Lyon 2, Triangle), La coopération a été un des grands profiteurs de la guerre ». L’institutionnalisation d’une politique et d’un nouveau modèle productif coopératif pendant la Première guerre mondiale en France
Michaël Bourdon (CERI, Sciences Po – CNRS), La start-up et le politique : la constitution d’un espace de représentation entrepreneurial autour de la promotion du Start-up Act Ghanéen
Manuel Rubio Garcia (IRISSO, Université Paris Dauphine, PSL), L’Institut de développement industriel : définir un « modèle d’entreprise » entre le public et le privé (1973-1977)
Virginie Blum (Centre Max Weber), Le redressement judiciaire, une politique sélective d’entreprises en difficulté ?
Léo Chalet (ENS de Lyon, Centre Max Weber), Se faire une place dans le champ économique. Genèse et usages de la catégorie de « startup industrielle »

Blum Virginie virginie.blum@msh-lse.fr
Bourdon Michaël michael.bourdon@sciencespo.fr
Celle Sylvain sylvain.celle@univ-lyon2.fr
Chalet Léo leo.chalet@ens-lyon.fr
Chambard Olivia olivia.chambard@univ-evry.fr
Devaux Jean-Baptiste jeanbaptiste.devaux@iepg.fr
Flécher Marion flecher.marion.f@gmail.com
Gibard Willy gibard.willy@gmail.com
Gourgues Guillaume guillaume.gourgues@univ-lyon2.fr
Guichoux Arthur arthur.guichoux@gmail.com
Koenig Guillaume guillaume.koenig@dauphine.eu
Lanciano Emilie Emilie.Lanciano@univ-lyon2.fr
Reichhart Ada adareichhart@gmail.com
Rodet Diane Diane.Rodet@univ-lyon2.fr
Rubio Garcia Manuel manuel.rubio-garcia@dauphine.eu
Talbot Cécile talbotcecile@gmail.com