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Section du Groupe de recherche SPRI – Sociologie politique des relations internationales
Responsables scientifiques :
Natália Frozel Barros (Université Paris-Est Créteil) natalia.frozel-barros@u-pec.fr
Maïlys Mangin (Université Toulouse Capitole) mailys.mangin@ut-capitole.fr
Florent Pouponneau (Université Toulouse Capitole) florent.pouponneau@ut-capitole.fr
Piero Tellerías Melgarejo (Université Paris 1) pftellerias@gmail.com

Cette section thématique propose de remettre collectivement sur le métier le concept d’État, en faisant fi des frontières disciplinaires.
L’importation des outils et des méthodes de la sociologie politique dans l’étude des relations internationales a profondément renouvelé le regard porté sur le fonctionnement, les pratiques et les pouvoirs de l’État. En retour, une sociologie politique des relations internationales peut nourrir et déplacer les cadres d’analyse de la sociologie de l’action publique et de l’État.
Deux axes de réflexion seront notamment suivis pour ouvrir un débat théorique sur la conceptualisation de l’action publique et de l’État depuis les relations internationales.
Le premier axe propose de penser aux inflexions que des objets ou terrains moins souvent étudiés par la sociologie de l’action publique et de l’État peuvent apporter à ces sous-champs disciplinaires. L’exploration d’objets, d’univers et d’institutions propres aux relations interétatiques – la guerre, l’armée, les arènes multilatérales – permet en effet de contrôler des généralisations formulées sur la fabrique de l’action publique. Les séquences de négociations multilatérales infléchissent ou confirment-elles par exemple les théorisations sur la décision ou le « choix » politique (y compris dans les séquences de non-décision) (Allison and Zelikow 1999) ? Le poids des routines bureaucratiques est-il allégé au sein de l’armée en temps de guerre (Daho et alii 2022) ?
Le second axe considère que le détour par l’international ouvre la voie à une sociologie de la formation et de la transformation transnationale ou internationale de l’État. Plus précisément, ce détour par l’international permet de traquer la part de l’international dans les histoires, les structures et les dynamiques de l’État moderne, en éclairant une porosité de l’État à des mobilisations qui dépassent les frontières nationales (Werner and Zimmermann 2003). Par exemple, dans quelle mesure les luttes, hiérarchies et interdépendances entre États façonnent-elles leurs logiques internes en matière des socialisations, calculs et marges d’action des décideurs politiques et personnels administratifs (Lagrange, Frozel Barros 2018) ? Comment déterminent-elles les ressources mobilisables, redéfinissent les limites de l’espace des possibles et expliquent en partie le fait que les actions intentionnelles produisent si souvent des conséquences non intentionnelles (Pouponneau 2025) ? Quelle place accorder également aux organisations internationales sur les processus de (dé)politisation des organes étatiques (Eymeri-Douzans 2003; Ferguson 1990; Grajales and Saiget 2022), y compris dans le « Nord Global » ?
This thematic section proposes to collectively revisit the concept of the state, disregarding disciplinary boundaries. The importation of political sociology tools and methods into the study of international relations has profoundly renewed the way we view the functioning, practices, and powers of the state. In return, can a political sociology of international relations enrich and shift the analytical frameworks of the sociology of public action and the state?
Without excluding other possibilities, three lines of inquiry seem particularly fruitful for considering the contributions of international relations objects and debates to the state.
First, exploring the subjects, worlds, and institutions specific to inter-state relations—war, the military, multilateral arenas—allows us to test generalizations about the nature of public action. Do sequences of multilateral negotiations alter or confirm theories about political decision-making or “choice” (including in sequences of non-decision-making) (Allison and Zelikow 1999)? Is the weight of bureaucratic routines lightened within the military in times of war (Daho et al. 2022)? What role should international organizations play in the processes of (de)politicization of state bodies (Eymeri-Douzans 2003; Ferguson 1990; Grajales and Saiget 2022), including in the “Global North”? This axis proposes to consider the insights that objects or fields less often studied by the sociology of public action and the state can bring to these disciplinary subfields.
Second, the international lens opens the way to a sociology of the transnational or international formation and transformation of the state. More specifically, it allows us to trace the international dimension in the histories, structures, and dynamics of the modern state, shedding light on the state’s porosity to mobilizations that transcend national borders (Werner and Zimmermann 2003). To what extent do the struggles, hierarchies, and interdependencies between states shape their internal logic in terms of the socialization, calculations, and margins of action of political decision-makers and administrative personnel (Lagrange, Frozel Barros 2018)? How do they determine the resources that can be mobilized, redefine the limits of what is possible, and partly explain why intentional actions so often produce unintended consequences (Pouponneau 2025)? This axis thus works with the hypothesis that the state can also be understood “from the outside,” through its interactions, rivalries, and adjustments within the international system.
Finally, international relations clearly invite discussion of definitions and theories of the state: from the Marxist capitalist state to the imported state (Bayart 1996), via Norbert Elias and, more centrally, Max Weber. As soon as we take into account the fact that the state is also an international organization that wages war, i.e., that the state also claims to exercise police powers outside its borders, the idea of the state’s claim to a monopoly on violence necessarily becomes more problematic. The detour via international relations reveals without filter that we are dealing not with a monopoly but with an oligopoly of violence (the state competing with other states). Similarly, the idea that the state successfully claims the legitimate use of violence appears fragile. Certainly, there are other sources of domination in the international arena than ignorance, consent, or more or less assumed adherence. This axis proposes to open a theoretical debate on the conceptualization of the state from the perspective of international relations.
Références
Allison Graham T., Philip Zelikow. Essence of Decision: Explaining the Cuban Missile Crisis, New York, Longman. 1999.
Antichan Sylvain, Magnon-Pujo, Cyril, « Les espaces sociaux du gouvernement international de la violence », Critique internationale, 92, 2021, p.9-22.
Daho Gregory, Pouponneau Florent, Siméant-Germanos Johanna, dir., Entrer en guerre au Mali. Luttes politiques et bureaucratiques autour de l’intervention française, Paris, Éd. Rue d’Ulm, 2022.
Norbert Elias. La civilisation des mœurs, Paris, Calmann-Lévy, 2017 (1973).
Norbert Elias, « Les transformations de l’équilibre “nous-je” » in Norbert Elias, La société des individus, Paris, Fayard, 1991, p. 205‑301.
Lagrange Delphine, Frozel Barros Natália « Des élites internationalisées au sommet de l’État français ? Étudier les cabinets ministériels au prisme de la circulation à l’étranger de leurs membres », Revue française d’administration publique, 168, 2018. p.827-848.
Lefranc Sandrine, « Convertir le grand nombre à la paix… Une ingénierie internationale de pacification », Politix. 80 (4), 2017, p. 7-29.
Dezalay Yves, Bryant G. Garth, La mondialisation des guerres de palais. La restructuration du pouvoir d’État en Amérique latine, entre notables du droit et Chicago boys, Paris, Seuil, 2002.
Guilhot Nicolas, « Entre juridisme et constructivisme : les droits de l’homme dans la politique étrangère américaine », Critique internationale, 38 (1), 2008, p. 113-135.
Linklater Andrew, The idea of civilization and the making of the global order, Bristol, Bristol University Press, 2021.
Pouponneau Florent, « Le champ international comme arbitre des luttes nationales. Le cas de l’intervention française au Mali », Gouvernement et action publique, 14 (1), 2025, p. 79-105.
Siméant-Germanos Johanna, dir., Guide de l’enquête globale en sciences sociales, Paris, CNRS éditions, 2015

Session 1 / L’international à l’épreuve du lieu de l’action publique : le domestique, la guilde professionnelle, le secteur
Président.e.s de séance : Maïlys Mangin (Université Toulouse Capitole) et Piero Tellerías Melgarejo (Université Paris 1)
Discutant : Yves Buchet de Neuilly (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CESSP)
David Ambrosetti (CNRS, LAM), Un désir de (re)politiser l’ordre international ? Vues croisées sur un registre souverainiste en politique étrangère en Éthiopie et au Sénégal
Numa Gagey (Sciences Po Bordeaux / Centre Emile Durkheim), Comprendre les échanges d’information sensible entre guildes transnationales : le cas du journalisme d’investigation collaboratif et de la coopération judiciaire et policière
Cyril Magnon-Pujo (Université Lumière Lyon 2 / Triangle), Des espaces sociaux de la négociation aux lieux de la décision. Comparer les forums internationaux de discussion sur les armes autonomes pour comprendre « l’effet de lieu » dans la construction de l’action publique
Tanguy Quidelleur (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne / CESSP), Les reconfigurations de la politique étrangère française par et pour le secteur de la sécurité privée. Une sociologie des pratiques entre État et mobilisations de groupes professionnels transnationaux
Session 2 / L’analyse de l’État à l’épreuve de l’international
Président.e.s de séance : Natália Frozel Barros (Université Paris-Est Créteil) et Florent Pouponneau (Université Toulouse Capitole)
Discutante : Emmanuelle Bouilly (Université de Lille / CERAPS)
Aykiz Dogan (Chaire EQAM, LASTA, Université de Rouen-Normandie), L’État en relations : dynamiques internationales de l’étatisation. Une étude de cas sur la formation transnationale de l’État turc dans l’entre-deux-guerres
Maïlys Mangin (Université Toulouse Capitole / IDETCOM), La politisation des missions de vérification de l’AIEA en Iran. Le rôle d’une organisation internationale dans la compétition intersectorielle étasunienne
Hardy Mède (Institut catholique de Paris), Penser l’État comme le produit d’un double monopole : international et militaire. Comment la guerre contre l’État islamique a-t-elle refait État irakien ?

Ambrosetti David d.ambrosetti@sciencespobordeaux.fr
Buchet de Neuilly Yves Yves.Buchet-De-Neuilly@univ-paris1.fr
Dogan Aykiz aykizdo@gmail.com
Frozel Barros Natália natalia.frozel-barros@u-pec.fr
Gagey Numa numa.gagey@scpobx.fr
Bouilly Emmanuelle emmanuelle.bouilly@univ-lille.fr
Magnon-Pujo Cyril Cyril.Magnon-Pujo@univ-lyon2.fr
Mangin Maïlys mailysmangin@ut-capitole.fr
Mède Hardy hardymede@yahoo.fr
Pouponneau Florent florent.pouponneau@ut-capitole.fr
Quidelleur Tanguy t.quidelleur@gmail.com
Tellerías Melgarejo Piero pftellerias@gmail.com