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Responsables scientifiques :
Sylvain Antichan (Université Rouen Normandie, CUREJ) sylvain.antichan@univ-rouen.fr
Yves Déloye (Sciences Po Bordeaux, Centre Emile Durkheim) y.deloye@sciencespobordeaux.fr
Après un « tournant historique » marqué dans les années 1990-2000 par le développement de la socio-histoire et de la sociologie historique, ces approches semblent aujourd’hui moins visibles, voire marginalisées. La semi-plénière propose d’interroger ce « repli dans le présent » depuis 2010, d’en dresser un bilan, de le comparer à d’autres contextes nationaux et d’ouvrir de nouveaux chantiers de recherche. Ce notamment en donnant la parole à de jeunes chercheurs engagés dans ce renouvellement.

Pour paraphraser un article célèbre de Norbert Elias : « on a peu prêté attention [à l’apparent] repli des [politistes] dans le présent » (Elias, 1987). Durant les décennies 1990 et 2000, la science politique, notamment francophone, s’est caractérisée par ce qui a pu être qualifié comme un « tournant historique » (Déloye, 1997 ; Déloye, Voutat, 2002 ; Laborier, Trom, 2003 ; Bayart, 2008 ; Offerlé, Rousso, 2008 ; Buton, Mariot, 2009 ; Payre, Pollet, 2013). À travers différents labels (« sociologie historique », « socio-histoire », « néo-institutionnalisme historique », « histoire sociale » etc.), le détour par le passé s’était imposé comme l’une des manières de faire de la science politique. Quelques années plus tard, le constat diffère largement. De telles approches semblent, aujourd’hui, sensiblement moins visibles, plus disséminées voire marginalisées. Cette Conversation méthodologique se propose ainsi de penser la place et le rôle actuel des démarches se proposant d’hybrider sociologie et histoire en science politique ; et d’assumer à ce titre un détour par le passé pour comprendre le présent. Plus précisément, cette semi-plénière pourrait (1) esquisser l’histoire scientifique, sociale et politique de cet apparent « repli dans le présent » de la science politique lors de ces quinze dernières années (soit sur la période allant de 2010 à 2025) ; (2) proposer un bilan des travaux actuels se revendiquant de telles démarches ; (3) mettre en perspective comparée cette situation avec d’autres espaces scientifiques nationaux, notamment le cas américain où des travaux récents proposent un tel bilan sur l’architecture analytique de la sociologie historique (Meryl, Wilson, 2020) ; (4) envisager ce que pourraient être les chantiers de recherche à systématiser d’une socio-histoire ou d’une sociologie historique du politique.
To paraphrase a classical article by Norbert Elias, “little attention has been paid [to the apparent] retreat of [political scientists] into the present” (Elias, 1987). During the 1990s and 2000s, political science, particularly in the French-speaking world, was characterized by what has been described as a “historical turn” (Déloye, 1997; Déloye, Voutat, 2002; Laborier, Trom, 2003; Bayart, 2008; Offerlé, Rousso, 2008; Buton, Mariot, 2009; Payre, Pollet, 2013). Under various labels (“historical sociology,” “socio-history,” “historical neo-institutionalism,” “social history,” etc.), recourse to the past had become one of the established ways of doing political science. A few years later, however, the diagnosis is quite different. Such approaches today appear significantly less visible, more dispersed, or even marginalized. This Methodological Conversation therefore aims to reflect on the current place and role of approaches that seek to hybridize sociology and history within political science, and to assume, in this respect, a detour through the past in order to understand the present. More specifically, this semi-plenary session could (1) outline the scientific, social, and political history of this apparent “retreat into the present” of political science over the past fifteen years (i.e., from 2010 to 2025); (2) offer an assessment of current research that claims such approaches; (3) place this situation in comparative perspective with other national academic contexts, notably the American case, where recent work has proposed such an assessment of the analytical architecture of historical sociology (Meryl, Wilson, 2020); and (4) consider what research agendas might be systematized in the development of a socio-history or a historical sociology of politics.
Références
Jean-François Bayart, “Comparer en France. Petit essai d’autobiographie disciplinaire”, Politix, vol. 21, 83 (3), 2008.
François Buton, Nicolas Mariot (dir.), Pratiques et méthodes de la socio-histoire, Paris, PUF, 2009.
Yves Déloye, Sociologie historique du politique, Paris, La Découverte, 1997 [1ère edition].
Yves Déloye, Bernard Voutat (dir.), Faire de la science politique: pour une analyse socio-historique du politique, Paris, Belin, 2002.
Norbert Elias, « The retreat of sociologists into the present », Theory, Culture & Society, 4 (2-3), juin 1987 (traduit par Sébastien Chauvin et Florence Weber dans Genèses, 52, septembre 2003).
Pascale Laborier, Danny Trom, Historicités de l’action publique, Paris, PUF, 2003.
Damon Maryl, Nicholas Hoover Wilson, « What do historical sociologists to all day. Analytic architecture in historical sociology », American Journal of Sociology, 125 (5), mars 2020.
Michel Offerlé, Henry Rousso (dir.), La fabrique de l’interdisciplinarité: Histoire et science politique, Rennes, PUR, 2008.
Renaud Payre, Gilles Pollet, Socio-histoire de l’action publique, Paris, La Découverte, 2013.

Après une courte introduction assurée par Sylvain Antichan, Université Rouen-Normandie, CUREJ (présentation ici), et Anne Bidois, Université Rouen-Normandie, Dysolab, la conversation méthodologique se divisera en deux temps :
Intervenants : Brigitte Gaïti, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP (présentation biographique ici) et Yves Déloye, Sciences Po Bordeaux, Centre Émile Durkheim (présentation biographique ici).
Intervenants : Antoine Aubert, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP (présentation biographique ici) ; Margot Giacinti, CRESPPA-CSU (présentation biographique ici) ; Sébastien Le Moing, Sciences Po Bordeaux, Centre Émile Durkheim (présentation biographique ici) et Juliette Ruaud, CNRS, CERAPS (présentation biographique ici).

Antichan Sylvain sylvain.antichan@univ-rouen.fr
Aubert Antoine antoine.aubert21@gmail.com
Bidois Anne anne.bidois@univ-rouen.fr
Déloye Yves y.deloye@sciencespobordeaux.fr
Gaïti Brigitte brigitte.gaiti@univ-paris1.fr
Giacinti Margot margot.giacinti@ens-lyon.fr
Le Moing Sébastien sebastien.lemoing@scpobx.fr
Ruaud Juliette juliette.ruaud@univ-lille.fr