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Responsables scientifiques :
Bayram Balci (CERI), ancien directeur de l’IFEA à Istanbul bayram.balci@sciencespo.fr
Maya Collombon (Sciences Po Lyon, Triangle), ancienne directrice du CEMCA à Mexico maya.collombon@sciencespo-lyon.fr
Adrien Fauve (Université Paris-Saclay, IEDP), ancien directeur de l’IFEAC à Bichkek adrien.fauve@universite-paris-saclay.fr
Jay Rowell (CNRS), actuel directeur du CMB à Berlin jay.rowell@cmb.hu-berlin.de
Les Unités mixtes des Instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE) forment un réseau mondial de 27 établissements. Premièrement, cette conversation méthodologique examinera ce que les UMIFRE font à la science politique : combien de thèses préparées grâce à elles ? Deuxièmement, quelle est la gouvernance des politistes en UMIFRE ? Nous invitons l’ensemble des collègues ayant séjourné en UMIFRE à venir en discuter collectivement.

Les Unités mixtes des Instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE) forment un réseau de 27 établissements répartis dans le monde entier. Placées sous la triple tutelle du MEAE, du CNRS et du MESR, elles sont spécifiquement dédiées à la production de connaissances en SHS et à la coopération académique internationale. Certaines UMIFRE ont déjà un siècle d’existence (IFEA d’Istanbul), d’autres sont sexagénaires (CEMCA de Mexico) ou trentenaires (CMB de Berlin, IFEAC de Bichkek), mais toutes accueillent périodiquement des politistes à divers stades de leur carrière : master, thèse, post-doctorat etc.
De ce point de vue, les UMIFRE permettent aux politistes de se rendre, dans des conditions privilégiées, sur des terrains parfois reculés, difficiles d’accès ou nécessitant des précautions d’entrée, de travailler sur des archives locales, et aliment ainsi leurs recherches dans toutes les sous-disciplines (sociologie politique, relations internationales, politique comparée, politiques publiques, théorie politique etc.) grâce à des sources primaires provenant de contextes aussi variés que l’Inde, le Maroc, le Nigéria, le Pérou…
Cette conversation méthodologique se propose, en première instance, d’examiner collectivement ce que les UMIFRE font à la science politique : combien de thèses préparées grâce à elles ? Combien de co-tutelles ? Avec quelles universités partenaires ? En effet, l’une des missions fondamentales des UMIFRE est de favoriser la coopération entre chercheur-e-s par-delà les frontières. Ce faisant, les UMIFRE contribuent à internationaliser la science politique française dans de nombreuses langues (anglais, arabe, espagnol, allemand, mandarin, japonais etc.). De nombreux projets collaboratifs pluriannuels (ANR, ERC) émergent grâce à elles, ce qui vient enrichir notre discipline au contact des milieux scientifiques étrangers. Qui plus est, on attend des UMIFRE qu’elles contribuent à la mise en œuvre de la diplomatie scientifique et culturelle française, ce qui ouvre évidemment des opportunités uniques pour valoriser les résultats de nos recherches, mais pose des questionnements quant au maintien de l’indépendance de chacun.
Deuxièmement, on peut inverser la focale et s’interroger sur ce que les politistes font aux UMIFRE. Les spécialistes de notre discipline ont pour habitude, par leurs travaux et leurs enseignements, d’analyser les rapports de pouvoir qui se structurent, par exemple, au niveau macro, entre gouvernant-e-s et gouverné-e-s ; à l’échelle méso, dans les institutions ; et à l’échelon micro, entre individus. Néanmoins, comment ce prisme analytique coutumier de la discipline informe-t-il l’action des politistes, en particulier lorsqu’il faut prendre des décisions, coordonner des activités, interagir avec les organes régaliens de l’Etat français (divers services d’ambassade) ou ceux de l’Etat hôte de l’unité à l’étranger (Ministère de la recherche, bureaux de l’immigration, parfois même police ou justice) ? En somme, quelle est la gouvernance des politistes en UMIFRE ? Car on trouve des représentant-e-s de notre discipline à tous les niveaux : postes de direction et de chargé-e de recherche sous contrat MEAE, affectation CNRS, titulaires de bourses doctorales, voire membres du personnel administratif, sans oublier les politistes qui siègent dans les instances de supervision des UMIFRE que sont les Conseils scientifiques et stratégiques (C2S), responsables du recrutement et de l’évaluation annuelle.
En somme, par-delà nos expériences dans quatre établissements, sur divers continents, nous souhaitons ouvrir un espace de débat réflexif à propos d’un instrument de recherche à l’étranger peu étudié. C’est pourquoi nous invitons l’ensemble des politistes ayant séjourné en UMIFRE à venir en discuter collectivement sur la base de quatre interventions liminaires.
The Joint Research Units of French Research Institutes Abroad (UMIFRE) form a network of 27 institutions spread across the globe. Under the joint supervision of the Ministry for Europe and Foreign Affairs (MEAE), the CNRS (National Centre for Scientific Research), and the Ministry of Higher Education, Research and Innovation (MESR), they are specifically dedicated to the production of knowledge in the humanities and social sciences and to international academic cooperation. Some UMIFREs have been in existence for a century (IFEA in Istanbul), others for sixty years (CEMCA in Mexico City), or thirty years (CMB in Berlin, IFEAC in Bishkek), but all periodically host political scientists at various stages of their careers: Master students, PhD candidates, postdocs, etc.
From this perspective, the UMIFREs (French Research Units for International and Technological Research) allow political scientists to do fieldwork, under privileged conditions, in sometimes remote, difficult-to-access research sites, to work with local archives, and thus enrich their scholarship across all sub-disciplines (political sociology, international relations, comparative politics, public policy, political theory, etc.) thanks to primary sources from places as diverse as India, Morocco, Nigeria, and Peru. Consequently, this methodological discussion aims, first and foremost, to collectively examine the contribution of the UMIFREs to political science: how many doctoral theses have been prepared thanks to them? How many joint supervisions? With which partner universities? Indeed, one of the fundamental missions of the UMIFREs is to foster cooperation between researchers across borders. In doing so, the UMIFREs contribute to the internationalization of French political science in many languages (English, Arabic, Spanish, German, Mandarin, Japanese, etc.). Lots of multi-year collaborative projects (ANR, ERC) emerge thanks to them, enriching our discipline through contact with foreign scientific communities. Furthermore, UMIFREs are expected to contribute to the implementation of French scientific and cultural diplomacy, which obviously opens up unique opportunities to promote the results of our research, but also raises questions about maintaining the independence of each research unit.
Secondly, we can shift the focus and consider what political scientists do within UMIFREs. Specialists in our discipline typically analyze, through their work and teaching, the power relations that are structured, for example, at the macro level, between those who govern and those who are governed; at the meso level, within institutions; and at the micro level, between individuals. However, how does this analytical lens, so typical of the discipline, inform the actions of political scientists, particularly when it comes to making decisions, coordinating activities, and interacting with the sovereign bodies of the French state (various embassy services) or those of the host state of the unit abroad (Ministry of Research, immigration offices, sometimes even the police or the judiciary)? In short, what is the governance of political scientists within UMIFREs? Representatives of our discipline can be found at all levels: director positions and research fellows under MEAE contracts, CNRS assignments, doctoral scholarship holders, and even members of the administrative staff, not to mention the political scientists who sit on the UMIFRE supervisory bodies, namely the Scientific and Strategic Councils (C2S) overseeing recruitment and annual evaluation.
In short, drawing on our experiences in four institutions across various continents, we wish to open a space for reflective debate about a little-studied research tool abroad. Therefore, we invite all political scientists who have worked in UMIFREs to come and discuss this collectively, based on four introductory presentations.


Balci Bayram bayram.balci@sciencespo.fr
Collombon Maya maya.collombon@sciencespo-lyon.fr
Fauve Adrien adrien.fauve@universite-paris-saclay.fr
Rowell Jay jay.rowell@cmb.hu-berlin.de