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Responsables scientifiques :
Nonna Mayer (CNRS, Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po) nonna.mayer@sciencespo.fr
Frédéric Gonthier (Sciences Po Grenoble Université Grenoble Alpes, PACTE-CNRS) frederic.gonthier@iepg.fr
A l’heure où les démocraties libérales vacillent, il est essentiel d’interroger les fondements et les logiques de la résilience démocratique. La France offre un cas d’étude exemplaire : des valeurs et des institutions démocratiques relativement solides, mais minées par la défiance politique et des pratiques de gouvernement qui fragilisent le pluralisme. Comment, dans ces conditions, résister à à la tentation autoritaire et restaurer la crédibilité de la promesse démocratique ?

Partout la démocratie libérale semble vaciller, confrontée à la dynamique populiste, à une lente dévitalisation des contre-pouvoirs et à un affaiblissement de l’État de droit. Nombre d’auteurs annoncent sa fin prochaine, emportée par une tendance globale à l’autocratisation. D’autres soulignent plutôt ses facteurs de résilience. Loin d’exprimer un rejet populaire de la démocratie, la crise traduirait ainsi un profond désajustement entre ses promesses et leur réalisation, face à des institutions perçues comme inefficaces ou captées par les élites. Les processus d’érosion démocratique peuvent alors être contenus, voire inversés, lorsque les institutions, la société civile et les forces politiques réaffirment collectivement les règles du jeu démocratique et du désaccord légitime
La France est un miroir grossissant de ces tensions. Elle demeure une démocratie électoralement solide, mais dont les dimensions libérale, participative et égalitaire se fragilisent. Et l’attachement déclaré des Françaises et des Français à ce régime coexiste avec une défiance croissante envers les institutions politiques, les partis et les médias. Ce paradoxe nourrit une double dynamique : d’un côté, une demande accrue de participation citoyenne, voire d’exercice direct de la souveraineté populaire ; de l’autre, une attente d’efficacité immédiate et une sensibilité à la rhétorique populiste qui légitiment la concentration des décisions et l’affaiblissement du pluralisme politique. Dans ce contexte de polarisation politique exacerbée, chacun tend à juger les entorses à la démocratie selon la proximité partisane de leurs auteurs, affaiblissant la vigilance civique et la confiance mutuelle qui fondent la légitimité du système démocratique.
La France se trouve donc à la croisée des chemins. D’un côté, la fragmentation du système partisan, la défiance persistante à l’égard des institutions et la montée en puissance d’une conception majoritaire de la légitimité créent les conditions d’une dérive autoritaire insidieuse. De l’autre, une société civile encore vivace, un État de droit robuste et un attachement profond aux libertés publiques témoignent d’une résilience réelle. Dans ces conditions, comment restaurer la confiance démocratique sans céder à la tentation autoritaire ? Cette semi-plénière entend aborder cette interrogation à partir du cas français, en le resituant dans le cadre plus large des transformations des démocraties libérales contemporaines. Elle proposera d’examiner trois mécanismes majeurs : la manière dont la défiance institutionnelle alimente les ressorts de l’autoritarisme ; le rôle de la polarisation politique dans la redéfinition des frontières du démocratique et du non-démocratique ; et enfin, la capacité des élites, des contre-pouvoirs et des innovations participatives à contenir la récession démocratique.
Everywhere, liberal democracy appears to be wavering, confronted with populist dynamics, the slow erosion of checks and balances, and the weakening of the rule of law. Many authors predict its imminent demise, swept away by a global trend toward autocratization. Others, by contrast, emphasize its sources of resilience. Far from reflecting a popular rejection of democracy, the crisis can thus be understood as a profound mismatch between democratic promises and their realization, in the face of institutions perceived as ineffective or captured by elites. Processes of democratic erosion may then be contained—or even reversed—when institutions, civil society, and political forces collectively reaffirm the rules of the democratic game and of legitimate disagreement.
France offers a magnifying mirror of these tensions. It remains an electorally robust democracy, yet its liberal, participatory, and egalitarian dimensions are becoming increasingly fragile. Moreover, the declared attachment of French citizens to the democratic regime coexists with growing distrust toward political institutions, parties, and the media. This paradox fuels a dual dynamic: on the one hand, a rising demand for citizen participation, even for the direct exercise of popular sovereignty; on the other, expectations of immediate effectiveness and receptiveness to populist rhetoric that legitimize the concentration of decision-making and the weakening of political pluralism. In a context of heightened political polarization, individuals tend to assess breaches of democratic norms according to the partisan proximity of their perpetrators, thereby undermining civic vigilance and the mutual trust that underpin the legitimacy of the democratic system.
France thus stands at a crossroads. On the one hand, the fragmentation of the party system, persistent distrust in institutions, and the growing prominence of a majoritarian conception of legitimacy create the conditions for an insidious authoritarian drift. On the other hand, a still-vibrant civil society, a robust rule of law, and a deep attachment to public freedoms attest to genuine resilience. Under these circumstances, how can democratic trust be restored without yielding to authoritarian temptation? This semi-plenary aims to address this question through the French case, situating it within the broader transformations of contemporary liberal democracies. It will examine three major mechanisms: how institutional distrust fuels authoritarian dynamics; the role of political polarization in redefining the boundaries between the democratic and the non-democratic; and, finally, the capacity of elites, checks and balances, and participatory innovations to contain democratic recession.

Thème de l’intervention : mouvements sociaux, féminisme et droite radicale
Thème de l’intervention : illibéralisme, recul de l’état de droit et des libertés fondamentales
Thème de l’intervention : tournant autoritaire, entraves à l’exercice associatif
Thème de l’intervention : autocratisation et déconsolidation démocratique

Della Sudda Magali m.dellasudda@sciencespobordeaux.fr
Gonthier Frédéric frederic.gonthier@iepg.fr
Mayer Nonna nonna.mayer@sciencespo.fr
Merieau Eugénie Eugenie.Merieau@univ-paris1.fr
Talpin Julien julien.talpin@univ-lille.fr
Tomini Luca luca.tomini@ulb.be