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Responsables scientifiques :
Jérémy Bouillet (EDF R&D) jeremy.bouillet@edf.fr
Claire Le Renard (LATTS, CNRS, École nationale des ponts et chaussées – IPP, Université Gustave Eiffel) claire.le-renard@enpc.fr

Comment la sobriété est-elle en train de devenir un objet de gouvernement ? Afin de satisfaire à l’accord de Paris sur le climat et de contenir les impacts environnementaux dans les limites planétaires, des politiques publiques visant à une diminution des consommations sont mises en œuvre sous l’intitulé de « sobriété ». Cette ST entend contribuer à une réflexion collective sur les formes de gouvernement de la « sobriété », en interrogeant la sobriété comme problème public dont la définition demeure conflictuelle et discutée (Mallard 2024; Villalba and Semal 2018), comme catégorie d’action publique en phase d’élaboration (Baudouin 2024; Leray and Chagny 2024) et comme enjeu démocratique (Lage et al. 2023) autour de la question du partage équitable du fardeau des « transitions » (Bouillet and Grandclément 2024). En pratique, dans la mesure où les « transitions » énergétiques et environnementales tendent souvent à produire des additions de consommations énergétiques et matérielles (Fressoz 2024), la ST s’intéresse particulièrement aux politiques visant à diminuer les empreintes environnementales ou à renoncer à des activités. Sans s’adosser à une définition stricte de la « sobriété » dans la mesure où le vocable n’est ni univoque, ni universel (Flipo 2024; Zell-Ziegler et al. 2021), la ST insiste sur ces dimensions de diminution et de renoncement – y compris dans leur caractère conflictuel vis-à-vis des politiques économiques dominantes (Dubuisson-Quellier 2022).
Cette ST propose d’explorer les formes contemporaines de gouvernement de la sobriété en articulant trois axes :
1/ Instruments et dispositifs: Quels instruments et dispositifs pour gouverner la diminution des consommations et empreintes environnementales ? Comment ces instruments traduisent-ils des conceptions spécifiques de la « sobriété » ? Quelles innovations et expérimentations locales ou historiques ? Quelle reconnaissance et légitimité des politiques de sobriété ? Quels effets de débordement ?
2/ Acteurs et arènes: quelles coalitions (administrations, entreprises, ONG, mouvements citoyens) façonnent les politiques de sobriété ? Quels conflits émergent entre logiques économiques, impératifs écologiques et enjeux sociaux, dans quelles arènes ? Comment décrire les dynamiques de coopération ou de concurrence entre ces différents acteurs ?
3/ Controverses et légitimités: comment la sobriété est-elle cadrée dans l’espace public et/ou médiatique ? Quels récits et registres de justification sont mobilisés pour en faire un horizon désirable ou, au contraire, pour la contester ? Quelle place à la participation et démocratie participative ? Quelles tensions entre libertés individuelles et impératif de sobriété ?
La ST est organisée en deux sessions. La première met l’accent sur la sobriété comme problème public et enjeu de communication. En tenant compte de la dimension diachronique du problème, elle croise des approches liées à la fabrique des politiques publiques, la mise en communication et les controverses autour des définitions de la sobriété.
La seconde décline la sobriété comme un objet en cours de qualification, de construction et de tentative de pilotage par la mesure. Elle permet notamment d’analyser des études de cas ancrées dans des territoires et portant sur divers objets liés à l’énergie, l’habitat, la mobilité ou l’artificialisation des sols.
Les deux sessions permettent ainsi de croiser des approches variées (analyse des politiques publiques, droit, sociologie des instruments, STS, études critiques de la transition, géographie, sciences de l’information et de la communication), des méthodes autant qualitatives que quantitatives et des enquêtes sur des objets diversifiés.
How is sufficiency becoming a matter for government? In order to comply with the Paris Climate Agreement and keep environmental impacts within planetary boundaries, public policies aimed at reducing consumption are being implemented under the banner of ‘sufficiency’. This thematic section aims to contribute to a collective reflection on the forms of governance of ‘sufficiency’ by questioning sufficiency as a public issue whose definition remains controversial and debated (Mallard 2024; Villalba and Semal 2018), as a category of public action in the process of being elaborated (Baudouin, 2024; Leray & Chagny, 2024) and as a democratic issue (Lage et al., 2023) around the question of the equitable sharing of the burden of ‘transitions’ (Bouillet & Grandclément, 2024). In practice, given that energy and environmental ‘transitions’ often tend to increase energy and material consumption (Fressoz, 2024), the thematic section is particularly interested in policies aimed at reducing environmental footprints or abandoning certain activities. Without relying on a strict definition of ‘sufficiency’, as the term is neither unambiguous nor universal (Flipo 2024; Zell-Ziegler et al. 2021), the thematic section emphasises these dimensions of reduction and renunciation – including their conflicting character with regard to dominant economic policies (Dubuisson-Quellier, 2022).
This thematic section proposes to explore contemporary forms of government of sufficiency by articulating three lines:
1/ Instruments and mechanisms: What instruments and mechanisms can be used to govern the reduction of consumption and environmental footprints? How do these instruments reflect specific conceptions of ‘sufficiency’? What local or historical innovations and experiments exist? How are sufficiency policies recognised and legitimised? What are the spillover effects?
2/ Actors and arenas: What coalitions (administrations, businesses, NGOs, citizen movements) shape sufficiency policies? What conflicts arise between economic logic, ecological imperatives and social issues, and in what arenas? How can we describe the dynamics of cooperation or competition between these different actors?
3/ Controversies and legitimacy: how is sufficiency framed in the public sphere and/or the media? What narratives and justifications are used to make it a desirable goal or, conversely, to challenge it? What role is there for participation and participatory democracy? What tensions exist between individual freedoms and the imperative of sufficiency?
The thematic session is organised into two sessions. The first focuses on sufficiency as a public problem and a communication issue. Taking into account the diachronic dimension of the problem, it combines approaches related to public policy-making, communication and controversies surrounding the definitions of sufficiency.
The second session examines sufficiency as an object undergoing qualification, construction and attempts at measurement-based control. In particular, it analyses case studies rooted in specific territories and focusing on various objects related to energy, housing, mobility and land artificialisation.
The two sessions thus provide an opportunity to combine a variety of approaches (public policy analysis, law, sociology of instruments, STS, critical transition studies, geography, information and communication sciences), qualitative and quantitative methods, and surveys on a wide range of subjects.
Références
Baudouin, Valentin. 2024. ‘Sobres Perspectives – La Sobriété à l’assaut Du Droit’. VertigO Hors-Série 38. doi:10.4000/12eqw.
Bouillet, Jérémy, and Catherine Grandclément. 2024. ‘Sufficiency, Consumption Patterns and Limits: A Survey of French Households’. Buildings & Cities 5(1). doi:10.5334/bc.454.
Dubuisson-Quellier, Sophie. 2022. ‘How Does Affluent Consumption Come to Consumers? A Research Agenda for Exploring the Foundations and Lock-Ins of Affluent Consumption’. Consumption and Society 1(1): 31–50. doi:10.1332/UHIW3894.
Flipo, Aurore. 2024. ‘Ce que la sobriété veut dire: Pratiques et représentations de la sobriété en Europe’. Lien social et Politiques (93): 379–98. doi:10.7202/1115804ar.
Fressoz, Jean-Baptiste. 2024. Sans transition: une nouvelle histoire de l’énergie. Paris: Seuil.
Lage, Jonas, Johannes Thema, Carina Zell-Ziegler, Benjamin Best, Luisa Cordroch, and Frauke Wiese. 2023. ‘Citizens Call for Sufficiency and Regulation — A Comparison of European Citizen Assemblies and National Energy and Climate Plans’. Energy Research & Social Science 104: 103254. doi:10.1016/j.erss.2023.103254.
Leray, Louise, and Clotilde Chagny. 2024. ‘Étude de La Sobriété Dans La Politique Européenne de Réduction de La Demande En Énergie’. VertigO Hors-Série 39. doi:10.4000/13e8c.
Mallard, Alexandre. 2024. ‘Comment La Crise Énergétique Reconfigure Les Débats Sur La Sobriété. Une Analyse Des Problématisations Dans La Presse Nationale Française’. VertigO Hors-Série 39. doi:10.4000/13e8g.
Villalba, Bruno, and Luc Semal. 2018. Sobriété énergétique: contraintes matérielles, équité sociale et perspectives institutionnelles. Versailles: Éditions Quae.
Zell-Ziegler, Carina, Johannes Thema, Benjamin Best, Frauke Wiese, Jonas Lage, Annika Schmidt, Edouard Toulouse, and Sigrid Stagl. 2021. ‘Enough? The Role of Sufficiency in European Energy and Climate Plans’. Energy Policy 157: 112483. doi:10.1016/j.enpol.2021.112483.

Session 1 / La sobriété comme problème public et enjeu de communication
Luc Semal (MNHN, Cesco) et Mathilde Szuba (Sciences po Lille, Ceraps), 1973-2022 : d’une « sobriété » à l’autre. L’institution paradoxale d’un problème public, entre visibilisation et désamorçage
Matthieu Sarnin (Sciences Po Paris, CEE, LIEPP), La mise en politique d’une notion contestée : une sociologie politique de la formulation du Plan de Sobriété énergétique en France
Irene De Togni (LATTS, CNRS, ENPC, UGE), Claire Le Renard (LATTS, CNRS, ENPC, UGE), « J’éteins, je réduis, je décale » : planifier et communiquer pour « faire participer » à la sobriété énergétique en contexte de crise
Clément Lescloupe (CESSP, Paris 1-Panthéon-Sorbonne), La sobriété portée par une institution publique : un principe d’action réduit au registre communicationnel ?
Sophie Dubuisson-Quellier (CSO, CNRS, Sciences Po Paris) et Kevin Mellet (CSO, CNRS, Sciences Po Paris), Les pouvoirs publics peuvent-ils promouvoir la sobriété ? Analyse de la controverse autour de la campagne du « dévendeur » de l’Ademe en France
Session 2 / La sobriété comme objet à qualifier, construire et mesurer
Virginie Chaput (ELICO, Université de Lyon 3, Sciences Po Lyon), Animer la sobriété des pratiques énergétiques des habitants d’un territoire ou la cristallisation de préoccupations divergentes quant à l’usage de l’énergie et de l’habitat ?
Pauline Auclair (LARSH – UPHF de Valenciennes), Du confort par l’abondance à la sobriété : réception par « le bas » d’une politique de rénovation thermique dans le bassin minier
Annique Lombard (Bern University of Applied Sciences), Jan Fivaz (Bern University of Applied Sciences) et Daniel Schwartz (Bern University of Applied Sciences), Public Support for Sufficiency Policies in a Polarized Context
Farah Jerrari (I-Tésé, CEA) et Louise Leray (I-Tésé, CEA), Instruments juridiques de la sobriété énergétique dans la mobilité : analyse juridique multi-niveaux des cadres français et européen
Pierre Chasse (LIEU, Université Aix-Marseille), Piloter la sobriété par le chiffre : le cas de la lutte contre l’artificialisation des sols

Auclair Pauline pauclair@hotmail.fr
Bouillet Jérémy jeremy.bouillet@edf.fr
chaput Virginie virginie.chaput@univ-lyon3.fr
Chasse Pierre pierre.chasse@outlook.com
De Togni Irene irene.de-togni@enpc.fr
Dubuisson-Quellier Sophie sophie.dubuissonquellier@sciencespo.fr
Fivaz Jan jan.fivaz@bfh.ch
Jerrari Farah farah.jerrari@cea.fr
Le Renard Claire claire.le-renard@enpc.fr
Leray Louise louise.leray@cea.fr
Lescloupe Clément lescloupe.clement@gmail.com
Lombard Annique annique.lombard@bfh.ch
Mellet Kevin kevin.mellet@sciencespo.fr
Sarnin Matthieu matthieu.sarnin@sciencespo.fr
Schwartz Daniel daniel.schwarzbadertscher@bfh.ch
Semal Luc lsemal@mnhn.fr
Szuba Mathilde mathilde.szuba@sciencespo-lille.eu