le portail de la science politique française
Responsables scientifiques :
Fabien Carrié (Université Paris Nanterre/ISP) fabien.carrie@parisnanterre.fr
Antoine Doré (INRAE/AGIR) antoine.dore@inrae.fr

Les recherches sur les circulations et les transferts dans les mouvements sociaux se sont enrichies ces vingt dernières années d’approches attentives aux propriétés et carrières des acteurs impliqués dans ces processus ou considérant différentes échelles d’analyse et temporalités pour rendre compte de leur diffusion (Sommier 2010). De cela découlent des travaux féconds sur les modalités de diffusion de l’altermondialisme (Agrikoliansky, Fillieule, Mayer 2005 ; Pommerolle et Siméant 2008) ou des mouvements anticoloniaux (Anderson 2009), de même que des analyses sur les circulations transnationales de certains mouvements citoyens demandant plus de justice sociale (Della Porta et Tarrow 2005 ; Pleyers 2020).
On en sait cependant beaucoup moins sur les logiques de circulation de causes concernant les « non humains ». Celles-ci, comme la cause animale, sont souvent considérées comme le fruit d’une imposition univoque d’un mouvement social anglo-saxon au reste du monde. A l’exception de quelques initiatives récentes (Carrié, Michalon et Doré 2023 ; Dardenne et Sénac 2025), les recherches sur le sujet peuvent par ailleurs donner l’impression d’une cause parfaitement autonome et « étanche », peu sensible aux influences extérieures ou ne dialoguant pas avec d’autres mouvements.
La cause animale, notamment dans ses expressions récentes comme l’animalisme (antispécisme, droit des animaux, etc.), a pourtant été au centre d’une série de transferts que cette section thématique entend interroger. Transferts d’idées politiques d’abord, comme lorsqu’au début des années 1990, des militants des milieux squats et anarchistes lyonnais s’efforcent d’importer, de traduire et de diffuser les auteurs de références de l’éthique animale pour fonder un mouvement français. Circulation de répertoires de mobilisation ensuite : l’antispécisme anglophone a ainsi bénéficié dans les années 1970 et 1980 de la transposition par des acteurs venus du mouvement des droits civiques des répertoires tactiques des luttes d’émancipation. Plus récemment, les rapprochements entre une partie de la cause animale et de la cause environnementale ont favorisé un renouvèlement partiel des répertoires et des enjeux des mobilisations, autour notamment des pratiques de consommation végétariennes, végétaliennes et véganes. Circulations de savoirs scientifiques enfin, le mouvement animaliste contemporain s’étant appuyé sur des travaux en neurologie, biologie et éthologie pour formaliser et porter ses revendications d’une abolition des différentes formes d’exploitation des bêtes.
Les communications attendues interrogeront, sur la base de recherches empiriques, ces dynamiques de circulation concernant la cause animale. Trois axes de questionnements sont envisagés :
1/ Comment et selon quelles médiations ces transferts s’opèrent-ils ? Une attention particulière sera accordée aux propriétés, dispositions et trajectoires des « passeurs de sens » de la cause animale, de même qu’aux espaces / arènes depuis lesquels ces savoirs, modes d’action et idées circulent.
2/ Quelles sont les conditions et les logiques de conversion des savoirs et modes d’action d’une cause « humaine » à une cause « non-humaine » comme la cause animale (et vice-versa) ? En quoi ces transferts contribuent-ils à légitimer cette entreprise de représentation politique singulière ?
3/ En quoi ces circulations — entre la cause animale et d’autres formes de lutte, entre celle-ci et les champs académique, économique ou scientifique — contribuent-elles à transformer nos relations et nos représentations vis-à-vis des animaux et, plus largement, des vivants ? La mise en circulation vers des espaces extérieurs à la cause de ses revendications et mots d’ordre favorise-t-elle leur acceptation et leur intériorisation ou conduit-elle au contraire à amenuiser leur portée critique ?
Over the past twenty years, research on circulation and transfer in social movements has been enriched by approaches that focus on the social properties and careers of the actors involved in these processes or that consider different scales of analysis and time frames to account for their dissemination (Sommier 2010). This has led to fruitful work on the modes of diffusion of anti-globalization (Agrikoliansky, Fillieule, Mayer 2005; Pommerolle and Siméant 2008) and anti-colonial movements (Anderson 2009), as well as analyses of the transnational circulation of certain citizen movements demanding greater social justice (Della Porta and Tarrow 2005; Pleyers 2020).
However, much less is known about the logic behind the circulation of causes concerning “non-humans.” These causes, such as animal rights, are often considered to be the result of a univocal imposition of an Anglo-Saxon social movement on the rest of the world. Except for a few recent initiatives (Carrié, Michalon, and Doré 2023; Dardenne and Sénac 2025), research on the subject can also give the impression of a perfectly autonomous cause, largely impervious to outside influences and lacking dialogue with other movements.
The animal cause, particularly in its recent expressions such as animalism (anti-speciesism, animal rights, etc.), has nevertheless been at the center of a series of transfers that this thematic section intends to examine. Firstly, transfers of political ideas, such as when, in the early 1990s, activists from the squatter and anarchist circles in Lyon sought to import, translate, and disseminate the works of leading authors on animal ethics to found a French movement. Secondly, the circulation of mobilization repertoires: in the 1970s and 1980s, English-speaking anti-speciesism benefited from the transposition by actors from the civil rights movement of the tactical repertoires of emancipation struggles. More recently, the convergence between part of the animal cause and the environmental cause has led to a partial renewal of the repertoires and issues of mobilization, particularly around vegetarian, vegan, and plant-based consumption practices. Finally, the contemporary animal rights movement has drawn on scientific knowledge, relying on research in neurology, biology, and ethology to formalize and promote its demands for the abolition of various forms of animal exploitation.
The expected papers will examine on the basis of empirical research, these dynamics of circulation concerning the animal cause. Three lines of inquiry are envisaged:
1/ How and through what mediations do these transfers take place? Particular attention will be paid to the properties, dispositions, and trajectories of the “meaning conveyors” of the animal cause, as well as to the fields from which this knowledge, modes of action, and ideas circulate.
2/ What are the conditions and logic behind the conversion of knowledge and modes of action from a “human” cause to a “non-human” cause such as the animal cause (and vice versa)? How do these transfers contribute to legitimizing this unique political representation?
3/ How do these circulations—between the animal cause and other forms of struggle, between the animal cause and the academic, economic, or scientific fields—contribute to transforming our relationships with and representations of animals and, more broadly, of living beings? Does circulating these causes and slogans in spaces outside the cause itself promote their acceptance and internalization, or does it instead diminish their critical impact?

Session 1 / Circulations et médiations de la cause animale
Président de séance : Fabien Carrié (ISP, Université Paris Nanterre)
Alexia Renard (Université de Montréal), De nouveaux horizons moraux et politiques. Comprendre l’engagement des jeunes véganes et antispécistes à travers la socialisation animale, militante et médiatique
Antoine Doré (AGIR, INRAE) et Bérengère Savinel (UTOPI, SciencesPo Toulouse), Européanisation « participative » de la cause animale. Traductions, cadrages et reflux autour de l’ICE End the Cage Age
Irène Courtin (Département de sociologie, Université de Genève), La circulation transfrontalière des conceptions antispécistes et leur mise en œuvre dans des organisations militantes : le cas de la Suisse romande
Roxanne Borel (CED, LACES, Université de Bordeaux), De l’espace des mouvements sociaux au champ politique : requalifications et cadrages institutionnels de la cause animale en France dans les années 2010
Phoebe Mendes (ISP, Université Paris-Nanterre) et Nolwenn Veillard (Arènes, Université de Rennes), Ce que parler d’antispécisme veut dire. Circulations et appropriations du mot d’ordre « antispéciste » dans la cause animale française
Session 2 / Conversions des causes : de l’humain au non-humain
Président de séance : Antoine Doré (AGIR, INRAE)
Marguerite Marcinkowski (Institut de Droit Public et de Science Politique, Université de Rennes), Du multiculturalisme à la cause animale : Étude de la médiation de Will Kymlicka dans le champ académique
Adeline Deting (Centre de droit public et social, Université libre de Bruxelles), Faire circuler la cause animale en Belgique en tant qu’association : entre émotions et savoirs scientifiques
Nicolas Poirel (ENGEES, UMR SAGE), De deux causes l’une ? Circulations, transferts et concurrences entre les mouvements animalistes et écologistes en France de la fin des années 1980 à nos jours
Joséphine Guichard (CRESPA, Université Paris 8), Circulations entre luttes animalistes, écologistes et paysannes : discours, pratiques et trajectoires d’éleveuses de brebis
Mathis Poupelin (IHTP, Université Paris 8), D’une lutte politisée à la position d’assiégé.es, ouverture et fermeture des animal rights aux Etats-Unis (années 1980 – années 2000)

Borel Roxanne roxanne.borel@u-bordeaux.fr
Carrié Fabien fcarrie@parisnanterre.fr
Courtin Irène irene.courtin@unige.ch
Deting Adeline adeline.deting@ulb.be
Doré Antoine antoine.dore@inrae.fr
Guichard Josephine josephine.guichard@inrae.fr
Marcinkowski Marguerite marguerite.marcinkowski@univ-rennes1.fr
Mendes Phœbé mendes_phoebe@hotmail.fr
Poirel Nicolas n.poirel@gmail.com
Poupelin Mathis mathis.poupelin02@etud.univ-paris8.fr
Renard Alexia alexia.renard@umontreal.ca
Savinel Berengere berengere.savinel2019@gmail.com
Veillard Nolwenn veillard.nolwenn@outlook.com