le portail de la science politique française
Responsables scientifiques :
Salomé Cousinié (Université Lumière Lyon 2, UMR Triangle) salome.cousinie1@univ-lyon2.fr
Anouk Flamant (INSEI, Grhapes) anouk.flamant@insei.fr

Les travaux sur la participation en science politique se sont principalement concentrés sur les politiques d’aménagement du territoire (Deboulez, Nez, 2013), la politique de la ville (Carrel, 2013), sur des dispositifs institutionnels participatifs, (Carrel, Talpin, 2012 ; Bacqué, Desmoulins, 2019 ; Participations, 2022), et bien peu sur des politiques sociales, hormis quelques exceptions (Guilbert et al., 2016 ; Eyraud et al., 2018). Pourtant, l’injonction participative au sein des politiques sociales, en particulier à travers la création d’instances collectives de participation dans les structures d’hébergement (Loi 2002-2 ; Loi ALUR, 2014 et 2017), impacte à la fois les professionnel·les du travail social et également le « public » visé. De plus, face à la montée du sans-abrisme en France et dans les pays occidentaux (Gardella, 2023), ces structures d’hébergement collectif se sont multipliées, justifiant plus encore d’observer ces lieux de l’intime.
Cette injonction à la participation est revendiquée et investie par une partie des professionnel·les du travail social (Laville, Salmon, 2022) dans un contexte de remise en question du modèle « réparateur » en faveur d’un « modèle inclusif » (Lafore, 2020), qui se caractérise par un accompagnement centré sur l’individu, visant à « aller vers » les personnes (Le Goaziou, 2022). Néanmoins, ces constats conduisent à se pencher sur la manière dont cette perspective peut fragiliser la dimension sociale et collective de l’émancipation (Bacqué, Biewener, 2015) et fait vivre des « expériences de professionnalité » parfois contradictoires pour les professionnel·les du social (Ravon et Vidal Naquet, 2018). Or, si ces expériences sont documentées en sociologie et en sciences de l’éducation, ces travaux l’abordent davantage sous l’angle du partage des savoirs dits « expérientiels » (Rullac, Heijboer 2021) et très peu en s’interrogeant sur la politisation des personnes accompagnées et des professionnel·les du travail social. Quant à l’expérience migratoire, majoritaire pour les personnes hébergées, elle est peu évoquée alors qu’elle vient poser des enjeux pour les professionnel·les et les personnes elles-mêmes spécifiques au sein de ces espaces.
Ainsi, cette section thématique se penche sur des instances de participation de l’hébergement visant les personnes les plus précarisées de la société et confrontées à des processus de marginalisation et d’exclusion pour lesquels la science politique demeure peu prolixe. Cette section thématique ambitionne de contribuer à une sociologie des conditions de participation des catégories les plus précarisées, en identifiant, les mécanismes de contrôle qui y opèrent, ainsi que leur agentivité dans les processus de politisation et dépolitisation à l’œuvre (Eliasoph, 2010 ; Hamidi, 2006, 2017).
Une première session s’intéressera aux professionnel·les du travail social et aux transformations de leur métier : Qui sont les professionnel·les du social qui s’emparent de la participation ? Quels sont les enjeux au quotidien qu’iels rencontrent ? Comment déploient-iels des espaces de participation auprès de personnes pour lesquels le droit à la parole est peu considéré ? De quelle manière ces espaces de participation intègrent-ils les enjeux migratoires ? Les rapports de genre ?
Une deuxième session s’intéressera aux effets de cette participation sur les logiques de gouvernement des personnes hébergées. Comment les professionnel·les du travail social définissent-iels les « bonnes manières » de participer ? Qui participe à ces espaces et pour quels motifs ? Comment les rapports de genre et de race pèsent-ils dans l’appropriation de ces espaces ? Quelles sont les thématiques investies et celles délaissées par les personnes hébergées ? Comment la temporalité contrainte de l’hébergement pèse-t-elle dans leur expérience de participation ?
Research on participation in political science has mainly focused on land use planning policies (Deboulez, Nez, 2013), urban policy (Carrel, 2013), participatory institutional mechanisms (Carrel, Talpin, 2012; Bacqué, Desmoulins, 2019; Participations, 2022), and very little on social policies, with a few exceptions (Guilbert et al., 2016; Eyraud et al., 2018). However, the participatory requirement within social policies, particularly through the creation of collective participation bodies in accommodation facilities (Law 2002-2; ALUR Law, 2014 and 2017), has an impact on both social work professionals and the target ‘public’. Furthermore, in response to the rise in homelessness in France and other Western countries (Gardella, 2023), these collective accommodation structures have multiplied, providing even more justification for observing these places of intimacy.
This call for participation is championed and embraced by some social work professionals (Laville, Salmon, 2022) in a context where the ‘reparative’ model is being challenged in favour of an ‘inclusive model’ model‘ (Lafore, 2020), which is characterised by individual-centred support aimed at ’reaching out » to people (Le Goaziou, 2022). Nevertheless, these findings lead us to consider how this perspective can undermine the social and collective dimension of emancipation (Bacqué, Biewener, 2015) and create sometimes contradictory ‘experiences of professionalism’ for social workers (Ravon and Vidal Naquet, 2018). However, while these experiences are documented in sociology and education sciences, this work tends to approach them from the perspective of sharing so-called ‘experiential’ knowledge (Rullac, Heijboer 2021) and very rarely questions the politicisation of the people being supported and social work professionals. As for the migration experience, which is common among those receiving support, it is rarely mentioned, even though it raises specific issues for professionals and individuals within these spaces.
This thematic section therefore examines instances of participation in housing aimed at the most vulnerable members of society who face marginalisation and exclusion, a subject on which political science has had little to say. This thematic section aims to contribute to a sociology of the conditions of participation of the most vulnerable groups by identifying the control mechanisms at work and their agency in the processes of politicisation and depoliticisation (Eliasoph, 2010; Hamidi, 2006, 2017).
The first session will focus on social work professionals and the changes in their profession: Who are the social work professionals who are embracing participation? What are the daily challenges they face? How do they create spaces for participation among people whose right to speak is rarely considered? How do these spaces for participation address migration issues? Gender relations?
A second session will focus on the effects of this participation on the governance logic of residents. How do social work professionals define the ‘proper ways’ to participate? Who participates in these spaces and for what reasons? How do gender and race relations influence the appropriation of these spaces? What themes are explored and which ones are neglected by residents? How does the limited time frame of the accommodation influence their experience of participation?
Références
Bacqué, M.-H. et Biewener, C. (2015). L’empowerment, une pratique émancipatrice ? La Découverte.
Carrel, M. et Talpin, J. (2012). Cachez ce politique que je ne saurais voir ! Ethnographie des conseils de quartier roubaisiens. Participations, 4(3), 179-206.
Eliasoph N. (2010), L’évitement du politique : comment les Américains produisent l’apathie dans la vie quotidienne, Economica.
Eyraud, B., Saetta, S., Taran, I. et Cobbaut, J.-P. (2018). La participation des personnes en situation de handicap au débat démocratique : retours sur une démarche collaborative autour de la CDPH. Participations, 22(3), 109-138.
Gardella E., (2023), La solidarité individualiste : l’assistance moderne aux sans-abri et ses pathologies, Economica.
Gourgues, G. (2013). Les personnes handicapées font-elles de « gentils » participants ? Genèse et réforme d’une instance consultative en Ile-de-France. Terrains & travaux, 23(2), 179-195.
Guilbert A., Overney L. and Eliçabe R., (2016). « “Allô, ici c’est Dominique Janvier du CHRS L’Olivier” », SociologieS[Online].
Hamidi, C. (2006). Éléments pour une approche interactionniste de la politisation Engagement associatif et rapport au politique dans des associations locales issues de l’immigration. Revue française de science politique. 56(1), 5-25.
Hamidi, C. (2017). « Chapitre 13 – Associations, politisation et action publique Un monde en tensions ». Dans O. Fillieule, F. Haegel, C. Hamidi et V. Tiberj. Sociologie plurielle des comportements politiques : Je vote, tu contestes, elle cherche… (p. 347-370). Presses de Sciences Po.
Heijboer, C. et Rullac, S. (2021). Pour une disciplinarisation du travail social coproduite avec les personnes usagères. Pensée plurielle, 54(2), 207-221.
Lafore, R. (2020). « Le travail social à l’épreuve des recompositions institutionnelles de l’action sociale ». Revue française des affaires sociales, 29-49.
Laville J-L., Salmon A., Pour un travail social indiscipliné. Participation des citoyens et révolution des savoirs, Toulouse, Erès, 2022, 224 p.
Le Goaziou, V. (2022). Démunis : Les travailleurs sociaux et la grande précarité. Presses de Sciences Po.
Ravon, B.et Vidal-Naquet, P. (2018). « Les épreuves de professionnalité, entre auto-mandat et délibération collective. L’exemple du travail social ». Rhizome, 67(1), 74-81.

Session 1 / Travailleuses et travailleurs sociaux face à l’injonction participative : un enjeu professionnel à géométrie variable
Discutante : Morane Chavanon (ENSEIS)
Alessandro Di Somma (Centre Émile Durkheim (UMR 5116), IRTS Nouvelle Aquitaine), La place des travailleurs sociaux dans l’accès à la citoyenneté et à la participation citoyenne des personnes concernées
Manon Derue (ISP, Université Paris Nanterre), La participation à l’épreuve des papiers. Reconfigurations et dilemmes de l’intervention juridique et sociale en hébergement d’urgence auprès de personnes migrantes en situation irrégulière
Anne-Elisabeth Muller (Centre Max Weber (CMW), Université Lyon 2), Mobiliser les savoirs expérientiels des personnes hébergées dans les formations des éducateurs spécialisés : entre dispositifs et dispositions
Session 2 / Gouverner les personnes accompagnées dans le logement et l’hébergement par la participation
Discutante : Fanny Westeel, Enseignante-chercheuse en sociologie, ENSEIS
Renaud Goyer (École de travail social, Université du Québec à Montréal) et Chloé Souesme (École de travail social, Université du Québec à Montréal), Participer « assez » pour accéder au logement : injonctions, sélection et recompositions du travail social au Québec et en Suisse
Soizic Paillou (UMR Printemps, Université Saint Quentin-en-Yvelines), Les ateliers Vie Intime, Affective et Sexuelle au sein des structures d’Emmaüs Solidarité : entre projection et reproduction de codes hétérocentrés ?
Sarah Perrin (Centre Émile Durkheim (UMR 5116), Responsable scientifique pour Savoir+ Risquer-), Gouvernementalité des usages de drogues dans des dispositifs d’hébergement d’urgence. Enjeux autour de la mise en œuvre de la réduction des risques à Bordeaux après la crise du Covid19

Chavanon Morane chavanon.morane@enseis.fr
Cousinié Salomé salome.cousinie1@univ-lyon2.fr
Derue Manon manonstgenis@gmail.com
Di Somma Alessandro a.di_somma@irtsnouvelleaquitaine.fr
Flamant Anouk anouk.flamant@insei.fr
Goyer Renaud goyer.renaud@uqam.ca
Muller Anne-Elisabeth anne-elisabeth.muller@univ-lyon2.fr
Paillou Soizic soizic.paillou@gmail.com
Perrin Sarah sarah.perrin24@yahoo.fr
Souesme Chloé chloe.souesme@hesge.ch
Westeel Fanny westeel.fanny@enseis.fr