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Responsables scientifiques :
Safia Dahani (UTOPI Sciences Po Toulouse) safia.dhn.pro@protonmail.com
Noémie Fevrat (CSO Sciences Po Paris) noemie.fevrat@gmail.com

Cette section thématique invite à l’étude des conditions de travail des élus, à la croisée de la sociologie politique et de la sociologie du travail. Elle propose de mettre au centre de l’analyse la sociologie des formes d’accompagnement du travail politique qui permettent de rendre compte des inégales ressources sur lesquelles les élus peuvent se reposer ou mobiliser pour « tenir » dans leurs mandats politiques. L’emploi du terme « tenir » n’est ici pas anodin : les conditions de travail des élus sont réputées difficiles et marquées par des formes de pénibilité (activité chronophage et intense, aux horaires atypiques, charge mentale, dégradation de la santé et de l’état physique, violences). Nous souhaitons ainsi interroger la pluralité des ressources sur lesquels les élus peuvent se reposer, en particulier les groupes qui participent à l’encadrement du mandat comme activité collective.
Ces formes d’accompagnement peuvent être analysées dans le cadre d’un espace plus large, celui des ressources humaines qui entourent les élus de tous types, auquel la science politique a déjà consacré des recherches en rendant compte d’au moins deux « couronnes » de soutien au travail politique. La majorité des travaux est consacrée à ce que nous désignons comme une première couronne, celle représentée par les appuis et ressources dédiées par les institutions électorales dont les collaborateurs politiques, parlementaires ou « entourages » ministériels (Beauvallet et Michon, 2017; Eymeri-Douzans, Bioy, Mouton, 2015 Demazière et Le Lidec, 2014). Vient ensuite (schématiquement) la deuxième couronne, celle des appuis issus de la sphère domestique et de la vie privée, comme le rôle de la famille ou des conjoints, qui a moins intéressé les politistes (Gris, 2021 ; Joshi, Goerhug, 2020). Dans le prolongement de ces travaux, nous proposons de considérer comme troisième couronne celle qui englobe des groupes plus périphériques, comme celui des formateurs d’élus ou des « coachs » et professionnels de santé qui contribuent à accompagner les élus dans l’ordinaire de leur vie politique.
Cette section thématique invitera à l’étude croisée de la deuxième et troisième couronne de soutien aux élus, en dépassant le seul cadre d’analyse des collaborateurs parlementaires. D’une part, nous invitons à réinvestir l’analyse du poids des cercles familiaux des élus, qui apporte un soutien matériel, logistique ou émotionnel. D’autre part, nous proposons d’élargir l’espace des recherches sur le soutien aux élus autour de la sociologie des formateurs et de la formation au métier d’élu (Camus, 2021, 2022) dont l’offre se multiplie et se diversifie ces dernières années et qui transmettent des savoir-faire et des codes propres au métier politique. De même, nous y incluons les études autour des professionnels de santé physique et psychologique — médecins, psychologues, coachs sportifs — qui participent à la préservation du capital corporel (Achin, Dorlin, Rennes, 2008) et mental des élus.
Ces appuis, extra-institutionnels, sont indissociables de l’étude des conditions d’exercice des mandats politiques et de l’analyse des moyens du maintien dans des carrières marquées par des formes de pénibilité. Ces soutiens contribuent à doter les élus de certaines ressources, dont l’accès est potentiellement soumis aux mêmes logiques d’inégalités que celles observées pour les ressources symboliques, matérielles et organisationnelles déjà documentées par la littérature spécialisée sur les modes d’entrée dans les mandats politiques et les cursus honorum des élus (Lehingue, 2019 ; Boelaert et al, 2017). Cette section thématique ouvre ainsi la voie à une analyse renouvelée des conditions concrètes d’exercice des fonctions électives.
This thematic section invites the study of elected officials’ working conditions, at the crossroads of political sociology and the sociology of work. It proposes to place at the center of analysis the sociology of forms of support for political work, which help account for the unequal resources that elected officials can rely on or mobilize to “hold on” in their political mandates. The use of the term “hold on” is not incidental: elected officials’ working conditions are known to be difficult and marked by various forms of hardship (time-consuming and intense activity, atypical schedules, mental load, deterioration of health and physical condition, violence). We therefore wish to interrogate the plurality of resources that elected officials can rely upon, particularly groups that contribute to framing the mandate as a collective activity.
These forms of support can be analyzed within a broader framework, namely the human resources surrounding all types of elected officials, which political science has already studied by identifying at least two “rings” of support for political work. Most research has focused on what we call a first ring, that represented by the backing and resources provided by electoral institutions, including political staffers, parliamentary assistants, and ministerial “entourages” (Beauvallet & Michon, 2017; Eymeri-Douzans, Bioy, Mouton, 2015; Demazière & Le Lidec, 2014). Next comes, schematically, the second ring, consisting of support stemming from the domestic and private sphere, such as the role of family members or spouses, which has received less attention from political scientists (Gris, 2021; Joshi & Goerhug, 2020). Building on this work, we propose to consider as a third ring the more peripheral groups such as trainers of elected officials or “coaches” and healthcare professionals, who contribute to accompanying elected officials in the everyday life of politics.
This thematic section will invite a cross-analysis of the second and third rings of support for elected officials, going beyond the sole framework of parliamentary staff. On the one hand, we encourage renewed analysis of the weight of elected officials’ family circles, which provide material, logistical, or emotional support. On the other hand, we propose to broaden research on support for elected officials to include the sociology of trainers and training for the “profession” of elected office (Camus, 2021, 2022), whose supply has multiplied and diversified in recent years, transmitting skills and codes specific to political work. Likewise, we include studies on physical and mental health professionals—doctors, psychologists, sports coaches—who contribute to preserving elected officials’ bodily (Achin, Dorlin & Rennes, 2008) and mental capital.
These extra-institutional forms of support are inseparable from the study of the conditions under which political mandates are exercised, and from the analysis of the means by which political careers marked by hardship are sustained. These supports contribute to endowing elected officials with certain resources, whose accessibility is potentially subject to the same logics of inequality as those already documented for symbolic, material, and organizational resources in the literature on entry into political mandates and the cursus honorum of elected officials (Lehingue, 2019; Boelaert et al., 2017). This thematic section thus opens the way for a renewed analysis of the concrete conditions of holding elected office.
Références
C. Achin, E. Dorlin, J. Rennes, « Capital corporel identitaire et institution présidentielle : réflexions sur les processus d’incarnation des rôles politiques », Raisons politiques, 2008/3, n°31, p. 5-17.
W. Beauvallet, S. Michon (dir.), Dans l’ombre des élus. Une sociologie des collaborateurs politiques, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2017.
J. Boelaert, S. Michon, E. Ollion, Métier : député. Enquête sur la professionnalisation de la politique en France, Paris, Raisons d’agir, 2017
P. Camus, La formation des élus locaux (1880-2020), thèse de doctorat en sociologie, Université de Nantes, 2021.
D. Demazière, P. Le Lidec (dir.), Les mondes du travail politique : les élus et leurs entourages, Rennes, Presses universitaires de Rennes. 2014.
J.-M. Eymeri-Douzans, X. Bioy, S. Mouton (dir.), Le règne des entourages. Cabinets et conseillers de l’exécutif, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.
C. Gris, Femmes d’élus. Sociologie d’un second rôle, Paris, Bord de l’eau, 2021.
D. K. Joshi, R. Goerhug, « Mothers and fathers in Parliament : MP Parental Status and Family Gaps from a global perspective », Parliamentary affairs, 74 (2), 2020, p. 296-313.
P. Lehingue, « Existe-t-il de nouvelles logiques du recrutement politique ? », in Barrault-Stella L., Le Grignou B., Lehingue P. (dir.), La politique désenchantée. Mélanges en l’honneur de Daniel Gaxie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 17-33.

Session 1 / Tenir le mandat grâce aux entourages ? Inégalités de ressources et bricolages individuels
Présidence : Safia Dahani (UTOPI, Sciences Po Toulouse) et Noémie Févrat (CSO, Sciences Po Paris)
Discussion : en cours
Lucas Lam (CSO, Sciences Po Paris), La construction collective du projet mayoral : entourages municipaux, professionnels et familiaux
Estelle Bourgeois (CURAPP-ESS, Université de Picardie Jules-Verne), La politique et/ou le couple ? La quête et l’exercice de mandat(s) entre renforcement et détérioration des relations conjugales
Cyril Desjeux (Handéo), Delphine Raccurt (CSO, Sciences Po Paris), Audrey Henocque (Ville de Paris), Penser la place et l’espace des soutiens à l’entrée dans le jeu politique des personnes en situation de handicap
Louise Dalibert (IRB, Université Catholique de l’Ouest), Addictions au Parlement : Alcool et drogues peuvent-ils faire tenir le mandat ?
Didier Demazière (CSO, CNRS), Safia Dahani (UTOPI, Sciences Po Toulouse), Jean-Noël Jouzel (CSO, CNRS), Rémy Le Saout (CENS, Université de Nantes) et Jérôme Pélisse (CSO, Sciences Po Paris), Une troisième couronne autour des élus impossible ? Entre coaching empêché et bricolages privés pour tenir (dans) le mandat”
Session 2 / L’ambivalence de la prise en charge des mandats par les organisations
Présidence : en cours
Discussion : Didier Demazière (CSO, CNRS) et Jérôme Pélisse (CSO, Sciences Po Paris)
Pierre Camus (CENS, Université de Nantes), Gouverner la formation des élus sans la définir. La régulation du CNFEL de l’offre de formation à destination des élus
Eva Gueguen (IRISSO, Université Paris Dauphine), Dire l’usure du mandat : condition de dicibilité de la fatigue en milieu syndical
Alice Mossuz (CESSP, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), Les interpellations citoyennes, révélatrices des soutiens aux élus : inégalités d’entourage et stratégies de compensations face à la charge parlementaire
Thaddeus Kousser (Political Science Department, UCSD), Can External Legislative Staff Increase Internal Legislative Effectiveness?
Safia Dahani (UTOPI, Sciences Po Toulouse) et Noémie Fevrat (CSO, Sciences Po Paris), Faire de la politique par d’autres moyens ? Sociologie du recrutement des formateurs d’élus

Bourgeois Estelle estelle_bourgeois@yahoo.com
Camus Pierre pierre.camus@etu.univ-nantes.fr
Dahani Safia safia.dhn.pro@protonmail.com
Dalibert Louise ldalibert@uco.fr
Demazière Didier d.demaziere@cso.cnrs.fr
Desjeux Cyril cyril.desjeux@handeo.fr
Fevrat Noémie noemie.fevrat@gmail.com
Gueguen Eva eva.gueguen@dauphine.psl.eu
Henocque Audrey audrey.henocque@posteo.net
Jouzel Jean-Noël jeannoel.jouzel@sciencespo.fr
Kousser Thaddeus tkousser@UCSD.EDU