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Responsables scientifiques :
Sarah Daoud (Cerdap2/Sciences Po Grenoble) sarah.daoud@sciencespo.fr
Daniel Meier (Cerdap2/Sciences Po Grenoble) daniel.meier@iepg.fr

Depuis plusieurs années, le domaine d’études des frontières, issu de divers courants de la géographie sociale et politique, a été investi par différentes disciplines, permettant ainsi de diversifier les approches (Amilhat-Szary & Hamez, 2020). La frontière est ainsi conçue comme un processus protéiforme, de différenciation politique, culturel, économique et social qui englobe et dépasse la seule ligne frontalière.
Cette section thématique vise à explorer la question des frontières de façon non stato-centrée, en adoptant une focale multi-située, multifactorielle et multiscalaire. En outre, trois types d’espaces seront analysés : les espaces digitaux engendrés par l’expansion des bases de données du management contemporain des frontières, les espaces interstitiels produits par diverses crises et conflits, les espaces d’interactions entre acteurs à la frontière. Pour articuler les enjeuxautour de ces trois espaces, trois axes seront privilégiés au sein de la section thématique :
Axe 1 / Digitalisation et technologisation des frontières
Ce premier axe se penchera sur la gouvernance frontalière des États en tant que processus de sélection des flux marchands et humains produisant simultanément des dynamiques de dé-frontiérisation (ouverture, fluidification) et de re-frontiérisation (fermeture, contrôle). Il s’agit également de mettre en évidence les effets de ce processus de sélection et dehiérarchisation des flux en particulier sur les mobilités. D’une part, l’espace frontalier est devenu un espace de mise enscène de la militarisation et de la technologisation de la frontière au service de la filtration des mobilités. D’autre part, le filtrage s’exerce aussi en amont et en aval de la frontière à travers la digitalisation de la frontière qui provoque l’individualisation de celle-ci (la « frontière mobile », Amilhat-Szary 2020). Le processus de (re)frontiérisation agit ainsi à la fois comme un processus d’ordonnancement et d’altérisation (van Houtum & van Naerssen 2002).
Axe 2 / Penser les espaces interstitiels
Ce deuxième axe vise à rassembler des contributions interrogeant les espaces interstitiels. Il s’agit d’une catégorisation qui mérite débat en tant qu’elle souhaite subsumer des entités aussi variées que les ‘no man’s land’, les ‘zones tampons’ ou tout autres entité proto-étatiques (Meier, 2018). Elle met en lumière des modèles de souveraineté alternatives peu investiguées, permettant de dépasser la dichotomie intérieur/extérieur et de replacer ces zones de porosité et de friction aucœur de la réflexion sur la nature et les types de frontières. Nous distinguons les espaces interstitiels reconnus, c’est- à-dire convenus par les belligérants dans le cadre de la Convention de Genève (1951), des espaces interstitiels non reconnus, souvent fragmentés par divers ordres miliciens (Quesnay, 2021). Les modalités d’occupation, voire d’administration, de ces espaces fragmentés dans lesquels divers acteurs interagissent en font une catégorie extensible aux dynamiques sociales trop peu étudiées.
Axe 3 / Régions frontalières, imaginaires frontaliers
Enfin, un troisième axe analysera les régions frontalières (borderlands) en tant qu’espaces d’innovation politique, de réappropriation des récits et des symboles, voire de l’esthétique de la frontière, par les populations frontalières. Ces dynamiques de réappropriation des paysages frontaliers (borderscapes) (Brambilla 2015) s’appuient sur des représentations et des pratiques (licites ou illicites) subalternes. Il s’agit ici d’envisager la dimension identitaire des rapports de force à l’œuvre à la frontière : les régions frontalières sont des espaces de (re)production d’une mémoire collective en lien avec le processus de fixation des frontières linéaires, une mémoire parfois traumatique de division de groupes sociaux initialement unifiés entre différents États-nations (Popescu 2012).
D’un point de vue méthodologique, les communications pourront mobiliser des méthodes diverses ; une attention particulière sera accordée à l’ancrage empirique des contributions. Les travaux en cours sont particulièrement les bienvenus.
For several years, the field of border studies, emerging from various currents of social and political geography, has been enriched by contributions from different disciplines, thereby diversifying approaches (Amilhat-Szary & Hamez, 2020). The border is thus conceived as a protean process of political, cultural, economic, and social differentiation that both encompasses and transcends the mere boundary line. This panel aims to explore the question of borders in a non–state- centred way, adopting a multi-sited, multifactorial, and multiscale perspective. Moreover, three types of spaces will be analysed: digital spaces generated by the expansion of contemporary border management databases; interstitial spaces produced by various crises and conflicts; and spaces of interaction between actors at the border. To structure the issuesaround these three types of spaces, three axes will be prioritized within the thematic section:
Axis 1 / Digitalization and Technologization of Borders
This first axis will focus on states’ border governance as a process of selecting trade and human flows, which simultaneously generates dynamics of de-bordering (opening, fluidification) and re-bordering (closure, control). It also aims to highlight the effects of this process of selection and hierarchy of flows, particularly on mobilities. On the one hand, the border space has become a stage for the militarization and technologization of the border, serving the filtration of mobilities. On the other hand, filtering also occurs upstream and downstream of the border through its digitalization, which leads to its individualization (the “mobile border,” Amilhat-Szary 2020). The (re)bordering process thus acts both as a process of ordering and of othering (van Houtum & van Naerssen 2002).
Axis 2 / Rethinking Interstitial Spaces
This second axis seeks to bring together contributions that interrogate interstitial spaces. This is a categorization that deserves debate, insofar as it aims to subsume entities as diverse as no man’s lands, buffer zones, or other proto-state entities (Meier, 2018). It highlights alternative models of sovereignty that have been little studied, allowing us to move beyond the inside/outside dichotomy and to place these zones of porosity and friction at the centre of reflections on the nature and types of borders.
We distinguish between recognized interstitial spaces — those agreed upon by belligerents under the framework of the Geneva Convention (1951) — and unrecognized interstitial spaces, often fragmented by various militia orders (Quesnay, 2021). The modes of occupation, and even administration, of these fragmented spaces in which diverse actors interact make this category extendable to social dynamics that remain insufficiently explored.
Axis 3 / Border Regions, Border Imaginaries
Finally, a third axis will analyse border regions (borderlands) as spaces of political innovation, reappropriation of narratives and symbols, and even of the aesthetics of the border, by border populations. These dynamics of reappropriation of borderlandscapes (borderscapes) (Brambilla 2015) rely on subaltern representations and practices (licit or illicit). The aim here is to consider the identity dimension of the power relations at work at the border: border regions are spaces of (re)production of a collective memory linked to the process of establishing linear borders — sometimes a traumatic memory of thedivision of social groups originally unified but later separated across different nation-states (Popescu 2012). From amethodological perspective, contributions may mobilize diverse approaches; particular attention will be given to the empirical grounding of the work. Ongoing research is especially welcome.
Références
Amilhat-Szary A-L., Géopolitique des frontières. Découper la terre, imposer une vision du monde, Le Cavalier Bleu, 2020
Amilhat-Szary A-L, Hamez G. (dir.), Frontières, coll. Horizon, Armand Colin, 2020
Brambilla C., « Exploring the critical potential of the Borderscapes concept », Geopolitics, 20 (1), 2015, pp.14-34
Del Sarto R.A., « Contentious borders in the Middle East and North Africa », International Affairs, vol.93, n.4, 2017, pp.767- 788
Meier D., « Penser les frontières au Moyen-Orient et au Sahel : enjeux et concepts », Égypte/Monde arabe, n.18, 2018/2, pp.163-174
Popescu G., Bordering and ordering the twenty-first century. Understanding borders, Rowman & Littlefield, 2012
Quesnay A., La guerre civile irakienne. Ordre partisans et politiques identitaires à Kirkouk, Paris, Karthala, 2021.
Simonneau D., « La migration dans l’étau des enjeux sécuritaire et militaire », Migrations Société, n.196, 2024/2, pp.25-42.
Van Houtum, H., Van Naerssen T., « Bordering, Ordering and Othering », Tijdschrift voor Economische en Sociale Geografie, n.93, 2002/2, pp.125-136.

Session 1
Discutant : Didier Bigo (CERI/Sciences Po)
Didier Bigo (CERI/Sciences Po Paris), eu-LISA : l’émergence d’une guilde des technologies numériques et son essor dans le domaine de la sécurité intérieure de l’UE
Nikolas Kouloglou (HiSoMA/Université Lumière Lyon 2 ; JPEG/Université d’Avignon), De la gestion de « crise » aux frontières numériques : la frontière à double échelon de la Grèce et la sécuritisation de la migration après 2015
Anna Tagliabue (ISP/Université Paris Nanterre), Gouverner les mobilités par les données. Le « risque migratoire » aux frontières aéroportuaires
Julia Van Dessel (Oxford Department of International Development), Réseaux sociaux et contrôle migratoire : l’externalisation des frontières à l’ère numérique
Session 2
Discutant : Damien Simonneau (sous réserve ; CESSMA/INALCO)
Andrea Gallinal Arias (Mesopolhis ; CERAPS/Sciences Po Lille), Dire la frontière, relire les migrations : mémoire et communauté aux Îles Canaries
Théotime Chabre (Mesopolhis/Sciences Po Aix), Gérer les indéterminés « sur » la frontière européenne et « faire société d’accueil » : le cas du secteur des universités internationales à Chypre-Nord depuis 2004
Eleftheria Koutsioumpa (IDPS/ Université Sorbonne Paris Nord ; LinCs/Université de Strasbourg), Construire la mémoire des hotspots frontaliers grecs
Aymeric Vo Quang (IFRAE/INALCO), Souveraineté(s) alternée(s) et espaces interstitiels : une analyse des pratiques d’occupation et d’administration à la frontière sino-indienne

Bigo Didier dfbigo@proton.me
Chabre Théotime theotime.chabre@sciencespo.fr
Daoud Sarah sarah.daoud@sciencespo.fr
Gallinal Arias Andrea gallinal.andrea26@gmail.com
Kouloglou Nikolas nkouloglou@hotmail.com ; nikolas.kouloglou@univ-lyon2.fr
Koutsioumpa Eleftheria eleftheriatheodora.koutsioumpa@sciencespo.fr
Meier Daniel daniel.meier@iepg.fr
Simonneau Damien damien.simonneau@inalco.fr
Tagliabue Anna anna.t@parisnanterre.fr
Van Dessel Julia julia.van.dessel@ulb.be
Vo Quang Aymeric aymeric.voquang@inalco.fr