le portail de la science politique française

rechercher

ST 31

Démocraties et crises de sécurité internationale. Quelle place pour les parlements dans un monde turbulent ? 

Democracies and international security crises : what role for parliaments in a turbulent world?

Responsables scientifiques :

Delphine Deschaux-Dutard (Université Grenoble Alpes, CESICE) delphine.deschaux-dutard@univ-grenoble-alpes.fr
Falk Ostermann (Université de Kiel) fostermann@politik.uni-kiel.de

 

Depuis l’intervention militaire en Libye en 2011, l’annexion de la Crimée en 2014 et la guerre en Ukraine depuis 2022, la succession des crises en matière de sécurité internationale n’a fait que s’accélérer. Les gouvernements et acteurs exécutifs, tant européens qu’américains ou canadiens, ont ainsi déployé des politiques de défense actives et investi de façon inédites des moyens financiers dans la défense (voir notamment Deschaux-Dutard, 2025), adossés à des discours mettant en avant à la fois l’urgence de la guerre et la nécessité de faire face aux menaces (russe notamment, mais pas uniquement), tout en invoquant la nécessité d’une protection de l’ordre (libéral) international. Cette situation a largement contribué à renforcer la domination des acteurs exécutifs, tel les différents gouvernements nationaux qui jouissent d’une prépondérance dans le domaine sécuritaire international et la politique étrangère en général. 

Or, dans une majorité des pays occidentaux, ces politiques de défense ont été très peu questionnées au sein des arènes parlementaires, alors même qu’il revient aux parlements de voter les crédits de défense, voire d’autoriser un certain nombre de déploiements militaires comme dans le cas allemand entre autres (Deschaux-Dutard, 20217). Cette ST vise donc à s’interroger sur le lien entre les crises de sécurité internationale et leur politisation (ou non-politisation) au sein des arènes parlementaires. S’appuyant sur une littérature académique croissante, notamment dans les pays anglo-saxons, un certain nombre d’auteurs pointent la notion de contestation parlementaire en matière de politique étrangère et de défense (Böller, 2022a et b ; Wagner, 2020 ; Wagner et al. 2018 ; Mello, 2025). Lagassé et Massie s’interrogent pour leur part sur la possibilité d’une « parlementarisation de la guerre » (Lagassé et Massie, 2023 ; Raunio and Wagner, 2017). S’il semble évident que les idéologies politiques et la compétition partisane joue un rôle sur la définition des contours et des contenus des politiques étrangères et de défense dans les démocraties (Kaarbo, 2012 ; Lagassé et Mello, 2018 ; Ostermann et Stahl, 2022 notamment), le rôle et la place des arènes parlementaires, nationales ou européennes, leurs pratiques de contrôle ainsi que le degré et contenu des contestations partisanes sont sujets à de larges variations en Europe et plus largement dans les démocraties occidentales. L’objectif de cette session thématique sera donc, à la croisée entre sociologie de l’action publique, analyse des relations internationales et études parlementaires (en incluant la notion de contestation partisane), d’examiner la façon dont les parlements peuvent (ou non) jouer leur rôle de contrôleur du pouvoir exécutif, voire, selon les cas, assumer d’autres fonctions, comme arène de discours publique, dans la gestion des crises de sécurité internationale des dernières années – qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine, de la situation à Gaza ou du cas des frappes contre l’Iran au printemps 2025. Les présentations de cette section thématique permettront de couvrir autant des acteurs parlementaires occidentaux que non-occidentaux, des démocraties libérales que d’autres états. Elles interrogent, d’un côté, le rôle des parlements dans le contrôle des opérations extérieures, voire leurs contestations partisanes, et de l’autre, proposent des analyses plus larges concernant les cultures stratégiques nationales ou ce que fait la guerre aux démocraties.

Since the military intervention in Libya in 2011, the annexation of Crimea in 2014 and the war in Ukraine since 2022, the succession of international security crises has accelerated. Governments and executive actors, whether European, American or Canadian, have thus deployed active defence policies and invested unprecedented financial resources in defence (see in particular Deschaux-Dutard, 2025), emphasising rhetorically both the urgency created through the war and the need to confront threats (particularly, but not exclusively, from Russia), while invoking the need to protect the (liberal) international order. This situation has greatly contributed to strengthening the dominance of executive actors, such as the various national governments that enjoy preponderance in the field of international security and foreign policy in general.

However, in most Western countries, these defence policies have been rarely questioned in parliamentary arenas, even though it is up to parliaments to vote on defence appropriations and even to authorise a number of military deployments, as in the case of Germany, among others (Deschaux-Dutard, 20217). This thematic session therefore aims to examine the link between international security crises and their politicisation (or non-politicisation) in parliamentary arenas. Drawing on a growing body of academic literature, particularly in Anglo-Saxon countries, a number of authors point to the notion of parliamentary contestation in foreign and defence policy (Böller, 2022a and b; Wagner, 2020; Wagner et al. 2018; Mello, 2025). Lagassé and Massie, for their part, question the possibility of a ‘parliamentarization of war’ (Lagassé and Massie, 2023; Raunio and Wagner, 2017). While it seems clear that political ideologies and partisan competition play a role in defining the contours and content of foreign and defence policies in democracies (Kaarbo, 2012; Lagassé and Mello, 2018; Ostermann and Stahl, 2022 in particular), the role and place of parliamentary arenas, whether national or European, as well as their oversight practices and the degree and content of partisan contestation, are subject to wide variations across Europe and more broadly in Western democracies. The aim of this thematic session will therefore be, at the crossroads between the sociology of public action, international relations analysis and parliamentary studies (including the notion of partisan contestation), to examine how parliaments can (or cannot) exert oversight of the executive, or, depending on the case, play a role as public arenas, in the management of international security crises in recent years, whether it be the war in Ukraine, the situation in Gaza or the case of the strikes against Iran in the spring of 2025.

Références

Böller, Florian. 2022a. « Vandenberg Vanished: Us Congress and the Politicisation of Military Interventions. »  Parliamentary Affairs 75 (3): 676-696.

Böller, Florian. 2022b. « Fuelling Politicisation: The Afd and the Politics of Military Interventions in the German Parliament. »  German Politics: 1-23.

Deschaux-Dutard D. (2017), “Usage de la force militaire et contrôle démocratique : le rôle des arènes parlementaires en France et en Allemagne », Revue Internationale de Politique Comparée, 3 (24), p. 201-231.

Deschaux-Dutard, D. (2025). La France, l’Allemagne et l’« Économie de guerre » dans le contexte de la guerre en Ukraine Convergences et dissonances avec l’échelon européen. Dans J. Fernandez et J. Holeindre L’Année des relations internationales : 2025-2026 : Le temps des puissances désinhibées (p. 423-439). Éditions Panthéon-Assas. https://shs.cairn.info/l-annee-des-relations-internationales-2025-2026–9782376510734-page-423?lang=fr.

Kaarbo, Juliet. 2012. Coalition Politics and Cabinet Decision Making. A Comparative Analysis of Foreign Policy Choices. Ann Arbor (MI): University of Michigan Press.

Lagassé, Philippe, and Justin Massie. 2023. « Parliamentarizing War: Explaining Legislative Votes on Canadian Military Deployments. »  International Relations (first view).

Lagassé, Philippe, and Patrick A Mello. 2018. « The Unintended Consequences of Parliamentary Involvement: Elite Collusion and Afghanistan Deployments in Canada and Germany. »  The British Journal of Politics and International Relations 20 (1): 135-157.

Mello, Patrick A. 2025. “The party politics of national role contestation: Germany’s ‘traffic light’ coalition and the Russian war against Ukraine.” Cambridge Review of International Affairs, 1-24.

Ostermann, Falk, and Bernhard Stahl. 2022. « Theorizing Populist Radical-Right Foreign Policy: Ideology and Party Positioning in France and Germany. »  Foreign Policy Analysis 18 (3): orac006.

Raunio, Tapio, and Wolfgang Wagner. « Towards Parliamentarization of Foreign and Security Policy? » [In EN]. West European Politics 40, no. 1 (2017): 1-19.

Wagner, Wolfgang, Anna Herranz-Surrallés, Juliet Kaarbo, and Falk Ostermann. 2018. « Party Politics at the Water’s Edge. Contestation of Military Operations in Europe. »  European Political Science Review 10 (4): 537-563.

Wagner, Wolfgang. 2020. The Democratic Politics of Military Interventions: Political Parties, Contestation, and Decisions to Use Force Abroad. Oxford: Oxford University Press.

 

Session 1 / Les parlements et les opérations extérieures : rôles et contrôle

Présidence et introduction générale : Delphine Deschaux-Dutard (Université Grenoble Alpes) et Falk Ostermann (Université de Kiel)
Discussion : Falk Ostermann (Université de Kiel)

Jéronimo Barbin (Zentrum für Militärgeschichte und Sozialwissenschaften der Bundeswehr, ZMSBw), Limites structurelles et praxéologiques du contrôle des opérations extérieures par la commission de défense du Bundestag

Guiboug Delamotte (INALCO), Parlement japonais et crises de sécurité internationale : un contrôle juridique et politique du déploiement des forces de défense

Hardy Mède (Institut Catholique de Paris), Gouverner en temps de guerre : les deux parlements irakiens face à l’État islamique

Delphine Deschaux-Dutard (Université Grenoble Alpes) et Jean Joana (Université de Montpellier), Questionner le nerf de la guerre. Une analyse des questions parlementaires sur les opérations extérieures et leur coût (2012-2025)

Session 2 / Démocratie parlementaire : conflits internationaux et partisans 

Présidence : Falk Ostermann (Université de Kiel) et Delphine Deschaux-Dutard (Université Grenoble Alpes)
Discutant : Jean Joana (Université de Montpellier)

Lise Dubois (Université Paris 8), La militarisation de l’espace vue du Bundestag : évolution des années 1980 à nos jours

Jean-Gabriel Contamin (Université de Lille), Entre instruments de contrôle de l’exécutif et instruments de positionnement partisan. Les usages parlementaires des questions de sécurité internationale dans les questions au gouvernement.

Romain Lucas (Sciences Po Lyon / Université Laval), Ce que la guerre fait à la démocratie. Une analyse des discours parlementaires sur Gaza à la Knesset

Justin Massie (Université du Québec à Montréal-UQAM) et Srdjan Vucetic (Université d’Ottawa), Divergences partisanes et cultures stratégiques face aux puissances révisionnistes

Mathéo Carl Schwartz, (Université Lyon 3), La présidentialisation et l’effacement parlementaire : l’impossible contrôle du pouvoir exécutif dans le cadre de la dissuasion nucléaire

 

Barbin Jéronimo J.Barbin@live.fr

Contamin Jean-Gabriel jean-gabriel.contamin@univ-lille.fr

Delamotte Guiboug gdelamotte@inalco.fr

Deschaux-Dutard Delphine delphine.deschaux-dutard@univ-grenoble-alpes.fr

Dubois Lise lise.duboisw@gmail.com 

Joana Jean jean.joana@umontpellier.fr

Lucas Romain romain.lucas.1@ulaval.ca

Mède Hardy hardy.mede@sciencespo.fr

Massie Justin massie.justin@uqam.ca

Ostermann Falk fostermann@politik.uni-kiel.de

Schwartz Mathéo matheo.schwartz@univ-lyon3.fr

Vucetic Srdjan svucetic@uOttawa.ca