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Responsables scientifiques :
Antoine Ducastel (Umr Artdev, CIRAD / FAO, Rome) antoine.ducastel@cirad.fr
Marie Hrabanski (Umr Artdev, CIRAD, Montpellier) marie.hrabanski@cirad.fr

Plusieurs travaux sur les transformations contemporaines du capitalisme convergent sur un point : une recrudescence des luttes, impliquant firmes et Etats, pour accéder et contrôler les ressources naturelles, à commencer par la terre. Que ce soit lié à l’essor de l’extractivisme (Mezzadra et Neilson 2019), le retour d’un capitalisme de la finitude (Orain 2025), ou la montée en puissance d’un capitalisme « vert » ou « solaire » (Avila-Calero 2025; Dunlap, Verweijen, et Tornel 2024; Hu 2023), la course aux terres s’est intensifiée.
Dès la fin des années 2000, la question foncière s’est (ré)imposée comme problème public à l’échelle globale suite à la vague d’acquisition massive de terres agricoles (ou « land grabbing »), notamment dans les pays du Sud, par une diversité d’acteurs (Etats, entreprises agroalimentaires, fonds d’investissement), à des fins productives ou spéculatives (Borras Jr et al. 2011; Li 2010). Le changement climatique et la climatisation des politiques (Hrabanski and Montouroy, 2022), notamment des politiques d’atténuation et d’adaptation ont encore accru cette compétition foncière (Harvey et Pilgrim 2011), sous l’effet du développement des énergies renouvelables – des biocarburants au photovoltaisme , et des initiatives en faveur de la séquestration du carbone et pour la restauration de la biodiversité (en particulier via la reforestation/réensauvagement). Enfin, les politiques de relance et relocalisation industrielle (ex. la « vallée des batteries » en France), ou encore la prolifération des infrastructures et réseaux logistiques (ex. entrepôts Amazon) participent de cette pression foncière accrue.
En conséquence, les luttes de définition et les conflits d’usage autour du foncier (agricole) se sont multipliés. D’une part, différents groupes d’intérêt s’affrontent pour la (re)définition des régimes fonciers en vigueur : leur périmètre et frontières, les droits de propriété et d’usage afférents, les institutions de régulation. D’autre part, ces transformations suscitent localement des controverses sur les usages fonciers légitimes, mais aussi des résistances et des conflits (ex. autour des méga-bassines). Enfin, si la pression et les conflits fonciers ont pu sembler au premier abord un phénomène propre aux pays du Sud, la course aux terres est désormais un phénomène global.
Face à ces tensions, le gouvernement du foncier agricole est en cours de recomposition comme l’illustre la prolifération de politiques pour limiter l’accès au foncier à certains groupes (ex. investisseurs étrangers), identifier les fronts fonciers à (re)conquérir – par exemple à travers le recensement des terres « abandonnées » ou « sous-utilisées » (Baka 2017), démanteler ou affaiblir les structures de régulation foncière en place – ex. les SAFER en France (Laferté et Sencébé, 2016) ou encore faciliter le développement d’infrastructures industrielles et/ou énergétiques. Ces politiques sont structurées par, et structurent en retour, les rapports de force entre les acteurs « traditionnels » du foncier, à commencer par les propriétaires et les agriculteurs, et de « nouveaux » acteurs locaux ou issus de secteurs diversifiés (climat, énergie, industrie, biodiversité…). L’ensemble de ces acteurs mènent un travail politique (Smith, 2019) à différentes échelles, afin de peser sur les régulations du foncier.
La ST s’interroge sur les recompositions en cours en matière de gouvernement du foncier induites par l’intensification de la compétition pour l’accès à la terre, dans les pays du Nord et du Sud global : Comment est-ce que l’action publique, à différentes échelles, accompagnent, régulent, et/ou limitent cette course à la terre, et quelles en sont les répercussions politiques et sociales ?
Several studies on the contemporary transformations of capitalism converge on a common observation: the intensification of struggles over access to and control of natural resources, starting with land. Whether linked to the rise of extractivism (Mezzadra and Neilson 2019), the return of a capitalism of finitude (Orain 2025), or the growing influence of a “green” or “solar” capitalism (Dunlap, Verweijen, et Tornel 2024), the global land rush has accelerated.
By the late 2000s, land politics (re)emerged as a global public issue in the wake of large-scale land acquisitions—or “land grabbing”—by a large range of actors (states, agribusiness corporations, investment funds), for both productive and speculative purposes (Borras Jr et al. 2011). Subsequently, climate change mitigation and adaptation policies—particularly for renewable energy development and biodiversity conservation/restoration (e.g., through reforestation), the return of industrial policies, and the expansion of logistical infrastructures have further intensified competition for land.
As a result, struggles over land definitions and uses have mushroomed. On one hand, various interest groups are engaged in (re)defining existing land tenure regimes: their scope and boundaries, property rights, and regulatory institutions. On the other hand, these transformations trigger local-level controversies over legitimate land uses, as well as resistance movements.
In response to these tensions, land government is being reconfigured, as illustrated by the proliferation of land policies recently adopted across both the Global North and South. These include restrictions on land access for certain groups (e.g., foreign investors), mapping of “abandoned” lands to be “reclaimed,” the dismantling or weakening of existing regulatory institutions—such as the SAFER in France—or the facilitation of industrial infrastructure development on agricultural or natural lands. These policies are both shaped by, and actively reshape, power relationships, especially between “traditional” land actors (e.g., landowners, farmers) and “new” actors coming from different sectors (e.g., climate, energy, and industry).
This panel aims to analyse these reconfigurations: How do policy-makers—at global, national, and local levels—accompany, regulate, and/or constrain the land rush? And what are their political and social outcomes?
The panel is structured around three complementary questions:
1/ Who are the actors currently involved in the government of land, what resources do they mobilize, and what type of “political work” (Smith 2019) do they engage in? While studies focusing on “challengers” (industrial actors, energy companies, environmental movements) are welcome, we also encourage studies on the (re)positioning of incumbents—especially farmers, in a context characterized by the crisis of the productivist agricultural model (Ansaloni and Smith 2021).
2/ How are public authorities trying (or not) to regulate these competing interests and groups? This includes examining the instruments and institutions regulating rights and access on/to lands (e.g., maps, commissions, etc.), their implementation, and their current transformation.
3/ Finally, what power relations and institutional compromises are emerging? This panel aims to study the (re)production of the dominant land tenure regime and the return of land rent, as well as the emergence of alternative regimes (e.g. commons).

Session 1 / Les transitions écologiques, levier des recompositions foncières ?
Présidente de séance : Marie Hrabanski
Discutant : Adrien Baysse Lainé (Université de Grenoble)
Martina Tuscano (Aix Marseille Université, Laboratoire Population Environnement Développement ), Le foncier : grand perdant de la course aux ressources décarbonées ? Transitions énergétiques, conflits et rapports de force en Sardaigne
Armand Galy (Artdev, CIRAD), Hadrien di Roberto (Artdev, CIRAD), Carolina Milhorance (Artdev, CIRAD), Gabin Tarrouth (UFHB), Raoul Togba (UFHB), Les politiques de revalorisation des « jachères » en Côte d’Ivoire : entre luttes définitionnelles et luttes institutionnelles
Leelou Guischet (Artdev, CIRAD), Julian Lovreglio (Université de Rome, CNR), Antoine Ducastel (Artdev, CIRAD), Marie Hrabanski (Artdev, CIRAD), L’agrivoltaïsme comme levier de recompositions des stratégies foncières dans les territoires français : régulations et conflits.
Session 2 / Gouvernement du foncier et mutations de la question agraire
Président de Séance : Antoine Ducastel
Discutante : Lise Cornilleau (CNRS – UVSQ)
Mathilde Gingembre (Lazarski University, Varsovie), Les droits fonciers à l’épreuve du capitalisme vert : acteurs et cadrages de plaidoyer face à l’essor des marchés carbone
Livia Kalil (CREDA, UMR 7227 – IRD 280), Un compromis agroclimatique sans question agraire ? L’exclusion stratégique du foncier dans la gouvernance agro-climatique brésilienne
Côme Rojas (Clersé, Université de Lille), Comparer les agricultures françaises et belges au prisme de leur adaptation au régime macro-économique financiarisé

Baysse-Laine Adrien adrien.baysse-laine@univ-grenoble-alpes.fr
Cornilleau Lise lise.cornilleau@sciencespo.fr
Di Roberto Hadrien hadrien.di_roberto@cirad.fr
Ducastel Antoine antoine.ducastel@cirad.fr
Galy Armand armand.galy@cirad.fr
Gingembre Mathilde mathilde.gingembre@gmail.com
Guischet Leelou leelou.guischet@cirad.fr
Hrabanski Marie marie.hrabanski@cirad.fr
Kalil Livia liviamaria.kalil@gmail.com
Lovreglio Julian julian.lovreglio@uniroma1.it
Milhorance Carolina carolina.milhorance@cirad.fr
Rojas Côme come.rojas@univ-lille.fr
Tarrouth Gabin gabintarrouth1976@gmail.com
Togba Raoul togbaraoul@gmail.com
Tuscano Martina martina.TUSCANO@univ-amu.fr