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ST 41

Écologisation des politiques locales et variable partisane

Greening local policies and activating local politics

Responsables scientifiques :

Léna Krief (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CESSP) lenakrief@yahoo.fr
Léa Sénégas (Université de Bretagne occidentale, Lab-lex et Arènes) senegas.lea@hotmail.fr

 

Qu’il s’agisse de l’inscription massive des enjeux environnementaux aux programmes des différents candidats (Cadiou & Douillet, 2020) ou de l’arrivée au pouvoir de majorités ou de coalitions écologistes dans de nombreuses villes, les élections municipales de 2020 invitent à interroger les effets de l’alternance partisane sur l’écologisation (Hrabanski & Montouroy, 2022) des politiques publiques locales. Si un certain nombre de travaux ont conclu à la forte inertie au changement dans l’action publique environnementale (Nicolas et al., 2024), d’autres ont au contraire démontré dans des domaines spécifiques comme l’agriculture biologique (Sénégas, 2024) ou la biodiversité (Guimont, 2020) qu’un changement de majorité pouvait engendrer une réorientation de politiques publiques. L’écologisation de l’action publique locale est-elle un nouveau marqueur de différenciation lors des alternances partisanes ?

Cette section thématique a pour ambition d’interroger les conditions de politisation de l’écologisation des politiques publiques à partir d’études de cas portant d’une part sur les effets de l’arrivée de majorités écologistes sur les politiques publiques locales et d’autre part sur les controverses partisanes que suscite la mise en œuvre des politiques environnementales territoriales. La réflexion s’inscrit ainsi dans une littérature faisant dialoguer sociologie politique partisane et sociologie de l’action publique, dialogue qu’il convient à nos yeux de systématiser à l’échelle locale.

Un premier ensemble de travaux s’est en effet focalisé, à l’échelle nationale, sur la place de l’écologie au sein des programmes des partis dans la lignée des écrits sur les clivages partisans et la saillance des enjeux (Stokes, 1963; Green-Pedersen, 2007). Simon Persico montre en France comment sa mise à l’agenda dans les années 2000 est partagée par une majorité de partis politiques y compris à droite (Persico, 2015). La réalisation de ces programmes a aussi fait l’objet de recherches autour de l’interrogation centrale : “Do parties matter ?”. Une étude comparative internationale montre ainsi la faible influence des alternances sur les budgets des politiques environnementales (Knill et al. 2010) confirmant le caractère incrémental de l’évolution des budgets des États (Wildavsky, 1964). L’ensemble de cette littérature se situe cependant à une échelle nationale, voire internationale.

À l’échelle locale, les auteurs ont mis en lumière l’existence d’une idéologie territoriale de proximité dominant l’idéologie partisane (Le Bart et Lefebvre, 2005). De la même manière, les travaux sur la standardisation de l’action publique locale concluent à une faible influence de la variable partisane (Douillet et al., 2012). Ils rejoignent ceux sur la gouvernance territoriale qui pointent la difficulté des élus à affirmer un clivage dans un contexte de forte fragmentation des ressources (Le Galès, 2003 ; Pasquier et al., 2013 ;). La « capacité d’action » (Painter & Pierre, 2005) limitée des institutions locales nécessite la stabilisation de compromis incitant à mettre au second plan l’orientation partisane. 

Sur la base de ces résultats, plusieurs pistes de réflexion confirment l’intérêt d’interroger la mise à l’agenda de la transition écologique comme participant à une (re)politisation de l’action publique locale. Une première hypothèse est que le poids électoral de l’écologie réactive les clivages partisans dans les arènes politiques locales. Une deuxième hypothèse considère que la capacité d’action des exécutifs locaux est renforcée par la faculté à sélectionner des partenaires pour structurer des coalitions distinctes davantage que par la détention de ressources propres.

En analysant l’influence réciproque des alternances partisane sur l’action publique, cette section thématique vient ainsi interroger les effets de l’écologisation des politiques publiques sur la vitalité de la démocratie représentative locale.

Whether it be the widespread inclusion of environmental issues in the platforms of various candidates (Cadiou & Douillet, 2020) or the rise to power of environmentalist majorities or coalitions in many cities, the 2020 municipal elections invite us to question the effects of partisan change on the greening (Hrabanski & Montouroy, 2022) of local public policies. While a number of studies have concluded that there is considerable path dependance in public environmental action (Nicolas et al., 2024), others have shown that in specific areas such as organic farming (Sénégas, 2024) or biodiversity (Guimont, 2020), a change in majority can lead to a reorientation of public policy. Is the greening of local public action a new marker of partisan differentiation? 

This thematic section aims to analyze the conditions for the politicization of public policy’s greening based on case studies focusing, on the one hand, on the effects of the arrival of green majorities on local public policy and, on the other hand, on the partisan controversies surrounding the implementation of territorial environmental policies. This reflection brings together literature of partisan political sociology and sociology of public action literature, a dialogue that should be systematized at the local level.

A first set of studies focused, at the national level, on the place of ecology in electoral programs, in line with writings on partisan divisions and the salience of issues (Stokes, 1963; Green-Pedersen, 2007). Simon Persico shows how, in France, the majority of political parties, including those on the right, included ecology on their agendas in the 2000s (Persico, 2015). The implementation of these programs has also been the subject of research centered on the question: “Do parties matter?”. An international comparative study shows the limited influence of political change on environmental policy budgets (Knill et al. 2010), confirming the incremental nature of changes in state budgets (Wildavsky, 1964). However, all of this literature is at the national or even international level.

At the local level, authors have highlighted the existence of a territorial ideology of proximity that dominates partisan ideology (Le Bart and Lefebvre, 2005). Similarly, studies on the standardization of local public action conclude that the partisan variable has little influence (Douillet et al., 2012). They echo studies on territorial governance, which highlight the difficulty elected officials have in asserting partisan divisions in a context of highly fragmented resources (Le Galès, 2003; Pasquier et al., 2013). The limited “capacity for action” (Painter & Pierre, 2005) of local institutions requires the stabilization of compromises that encourage partisan orientation to take a back seat.   

Based on these results, several guidelines for reflection confirm the value of examining the ecological transition agenda as contributing to a (re)politicization of local public action. A first hypothesis is that the electoral weight of ecology reactivates partisan divisions in local political arenas. A second hypothesis considers that the capacity for action of local executives is strengthened by the ability to select partners to structure distinct coalitions rather than by the possession of their own resources.

By analyzing the reciprocal influence of partisan changeovers on public action, this thematic section thus questions the effects of the greening of public policies on the vitality of local representative democracy.

Références

Douillet, Anne-Cécile ; Faure, Alain ; Charlotte, Halpern ; Leresche, Jean-Philippe (2012), « Articuler différenciation et standardisation dans l’analyse de l’action publique locale. », Pouvoirs Locaux : les cahiers de la décentralisation / Institut de la décentralisation, vol. II, n° 93, p. 69.

Cadiou, Stéphane (2020) ; Douillet, Anne-Cécile, « L’action publique en campagne », La Vie des idées.

Green-Pedersen, Christoffer (2007), « The Growing Importance of Issue Competition: The Changing Nature of Party Competition in Western Europe », Political Studies, vol. 55, n° 3, p. 607‑628.

Guimont, Clémence (2020), Politique(s) du vivant. : la fabrique territoriale des politiques de biodiversité dans le Nord-Pas-de-Calais (1992 –2020), Thèse de doctorat, Université de Lille (2018-2021).

Hrabanski, Marie ; Montouroy, Yves (2022), « Les « climatisations » différenciées de l’action publique: Normaliser l’étude du problème « changement climatique » », Gouvernement et action publique, vol. VOL. 11, n° 3, p. 9‑31.

Knill, Christoph ; Debus, Marc ; Heichel, Stephan (2010), « Do parties matter in internationalised policy areas? The impact of political parties on environmental policy outputs in 18 OECD countries, 1970–2000 », European Journal of Political Research, vol. 49, n° 3, p. 301‑336.

Le Bart, Christian ; Lefebvre, Rémi (2005), La proximité en politique, P.U.R., (Res publica).

Le Galès, Patrick (2003), Le retour des villes européennes : sociétés urbaines, mondialisation, gouvernement et gouvernance, Paris, Presses de sciences po.

Nicolas, Frédéric ; Montrieux, Gabriel ; Bourad, Aïcha (2024), « La transition écologique à l’épreuve des sciences sociales du politique: », Politix, vol. n° 144, n° 4, p. 9‑35.

Painter, M., Pierre, J. (2005). “Unpacking Policy Capacity: Issues and Themes”. In: Painter, M., Pierre, J. (eds) Challenges to State Policy Capacity. Palgrave Macmillan, London.

Pasquier, Romain ; Simoulin, Vincent ; Weisbein, Julien (2013 [2007]), La Gouvernance territoriale. Pratiques, discours et théories, Paris, LGDJ.

Persico, Simon (2015), « En parler ou pas ? La place des enjeux environnementaux dans les programmes des grands partis de gouvernement », Revue française de science politique, vol. 65, n° 3, p. 405‑428.

Sénégas, Léa (2024), « L’agriculture biologique, une politique régionale emblématique : Analyse comparée du changement des politiques publiques dans deux contextes d’alternances », Gouvernement et action publique, vol. 13, n° 4, p. 5‑30.

Stokes, Donald E (1963), « Spatial Models of Party Competition », American Political Science Review, vol. 57, n° 2, p. 368‑377.

Wildavsky, Aaron (1964), The Politics of the Budgetary Process, Little Brown and Co, Toronto, pp. 216.

 

Session 1 / Les effets des alternances écologistes sur les politiques publiques locales

Présidentes de séance : Léna Krief (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP) et Léa Sénégas (Université de Bretagne occidentale, Lab-Lex, Arènes)
Discutante : Anne-Cécile Douillet (Université de Lille, CERAPS)

Clarisse Veillard (Université Versailles Saint-Quentin, Printemps), Coalitions municipales et écologisation des politiques de rénovation des logements à Lyon et à Hanovre

Adrien Bidaud-Bonod (Université Lumière Lyon 2, Triangle), Du recouvrement de panneaux publicitaires à l’exercice du pouvoir métropolitain : quand la « vague verte » redessine le Règlement Local de Publicité (RLP) de la Métropole de Lyon

Adrien Mével (Université de Rennes, Arènes), Du vert dans le bleu. Enquête sur le verdissement des dispositifs locaux de sécurité

Hélène Monnet (Université Lumière Lyon 2, Triangle) et Christophe Parnet (Université Lumière Lyon 2, Triangle), L’écologie politique face à l’insertion par l’emploi : penser autrement les inégalités socio-spatiales dans les espaces métropolitains ? Une comparaison Lyon-Paris

Session 2 / La politisation partisane des politiques environnementales locales

Présidentes de séance : Léna Krief (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP) et Léa Sénégas (Université de Bretagne occidentale, Lab Lex, Arènes)
Discutante : Clémence Guimont (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, CESSP)

Anaïs Carrière (INRAE, LESSEM) et Laura Michel (Université de Montpellier, CEPEL), Pourquoi un projet de PNR est-il abandonné ? Quand les alternances politiques redessinent les politiques environnementales territoriales

Margot Guggenbuhl (Université Lumière Lyon 2, Triangle), Silence, ça pousse : la politisation à bas bruit de la végétalisation des cours d’écoles et de crèches à Lyon

Bétina Boutroue (CNRS, ART-Dev), Modalités et ressorts de la territorialisation des solutions fondées sur la nature pour l’adaptation du littoral au changement climatique dans le golf d’Aigues Mortes

Jeanne Pahun (CNRS, Arènes), Communication institutionnelle, désordres environnementaux et variables partisanes. L’exemple des algues vertes en Bretagne 1990-2025