le portail de la science politique française
Responsables scientifiques :
Virginie Tournay (CNRS, CEVIPOF – SciencesPo) virginie.tournay@sciencespo.fr
Camille Mazé-Lambrechts (CNRS, CEVIPOF – SciencesPo) camille.maze@sciencespo.fr

Les études du politique se sont saisies de la nature et du monde vivant comme objet de politisation à travers l’analyse de ses politiques sanitaires, agricoles, environnementales ou climatiques. Cette section thématique explore une autre dimension peu étudiée : celle des politiques culturelles de la nature et du vivant. Il s’agit d’interroger les dispositifs, les médiations et les institutions par lesquels les sociétés transforment leur rapport au vivant en objet de politique publique dans le champ culturel. En retour, il convient d’analyser la manière dont la culture est mobilisée dans les politiques publiques et les actions visant la protection environnementale par de nouveaux acteurs (fondations, ONG, acteurs privés).
Classiquement, les muséums d’histoire naturelle, par leurs récits, collections et expositions, participent d’une muséification qui inscrit la biodiversité dans des formes de savoir et de mémoire collective. L’émergence récente de nouveaux agencements : des centres de science aux écomusées, témoigne d’un élargissement de l’objet « vivant », de plus en plus intégré à l’histoire sociale.
Le champ culturel n’est pas envisagé sous le seul angle des initiatives émanant du ministère de la Culture, mais plus largement comme un registre transversal de l’action publique incluant les contestations sociales. Ainsi, les parcs nationaux et espaces protégés qui relèvent du ministère de la Transition écologique, s’inscrivent dans des logiques de patrimonialisation mobilisant instruments de labellisation qui participent d’une véritable gouvernementalité culturelle de l’environnement. L’édification d’instruments de régulation des écosystèmes et des espèces vivantes puise elle-même dans une mobilisation des cultures, des histoires et des identités, locales et autochtones. Ce décloisonnement sectoriel est prégnant dans la valorisation des Outre-mer à travers leur biodiversité maritime et littorale qui mobilise l’action croisée de plusieurs ministères et acteurs jusqu’alors en marge de la construction des politiques. Cette session explore ces logiques de patrimonialisation de la nature, en tenant compte des histoires sociales comme des spécificités territoriales des écosystèmes vivants.
Enfin, l’artification de la nature, à travers festivals, résidences d’artistes ou expositions, illustre le rôle de la création artistique comme instrument d’appropriation du vivant. Ces dynamiques invitent à questionner les frontières entre médiations culturelles, revendications militantes et formes plus classiques de politiques publiques — comme l’illustrent les controverses autour de la gouvernabilité du vivant telles que la muséification des restes humains ou les actions d’activistes climatiques visant certaines institutions muséales.
L’examen de ces situations conduit à interroger la traduction culturelle et politique des crises écologiques et des transformations du rapport au monde vivant. Ainsi, les institutions culturelles apparaissent comme des arènes de mise en récit et de mobilisation, où s’articulent expertise scientifique, politiques publiques et attentes citoyennes. La culture comme catégorie d’intervention publique, devient un argument puissant à l’action environnementale orientée. Aussi, la numérisation des collections, les outils immersifs et les dynamiques numériques redéfinissent les modes d’accès au vivant, les formes de participation et les registres de légitimation des acteurs.
La ST aborde les questions suivantes :
Political scholarship has increasingly examined nature and the living world as objects of politicization through the study of health, agricultural, environmental, and climate policies. This thematic session focuses on a less explored dimension: the cultural policies of nature and the living world. It examines the instruments, mediations, and institutions through which societies transform their relationships with the living world into cultural public policies. It also considers how culture is mobilized in environmental protection policies and initiatives by emerging actors such as foundations, NGOs, and private stakeholders.
Traditionally, natural history museums have played a central role in shaping collective knowledge and memory of biodiversity through their narratives, collections, and exhibitions. More recently, new institutional configurations—from science centers to ecomuseums—have broadened the scope of what counts as the “living,” increasingly embedding it within social and historical contexts.
The cultural field is approached here not only through ministries of culture, but as a transversal domain of public action that also encompasses social contestation. National parks and protected areas, governed by environmental authorities, rely on heritage-making and labeling practices that contribute to a form of cultural governmentality of the environment. Regulatory frameworks for ecosystems and living species similarly draw on local and Indigenous cultures, histories, and identities. This cross-sectoral dynamic is particularly visible in overseas territories, where the promotion of maritime and coastal biodiversity involves coordinated action across multiple ministries and actors. The session explores these processes of heritagization while attending to social histories and the territorial specificities of living ecosystems.
Finally, the artification of nature—through festivals, artist residencies, and exhibitions—highlights artistic creation as a means of engaging with and appropriating the living world. These practices blur the boundaries between cultural mediation, activism, and public policy, as illustrated by controversies surrounding the governance of the living world, including the display of human remains or climate activism targeting museum institutions.
Overall, the session examines how ecological crises and shifting human–nature relations are translated into cultural and political forms. Cultural institutions emerge as key arenas where scientific expertise, public policy, and public expectations intersect. As a category of public intervention, culture becomes a powerful lever for environmental action, while digital collections and immersive technologies are reshaping access to the living world, modes of participation, and forms of legitimacy.
Key questions include:

Session 1 / Les politiques culturelles de la nature. De quelle(s) nature(s) parle-t-on ?
Discussion : Virginie Tournay
Louis Bievelot-Fischer (CESSP (UMR 8209), Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne), Par-delà Nature et viticulture… Ce que le vin nature révèle des rapports productifs et symboliques aux vivants
Charlotte Secco (ISP et CESAER / INRAE), Les festivals comme espace de revendication du lien entre agriculture et migration
Alice Cuvelier et Roberto Casati (Institut Jean Nicod / ENS EHESS), Rendre représentables les abysses. La construction culturelle des grands fonds marins
Frédéric Ramel (SciencesPo), Concert classique. Mélologue. Camion-Opéra. Des formats renouvelés de médiation musicale au service d’un « Sens de la terre » ?
Session 2 / Ce que les transitions écologiques font au domaine d’action culturelle : systèmes d’acteurs, matérialités et logiques symboliques
Discussion : Camille Mazé Lambrechts
Lisa Marx (IEP Grenoble), Construction et circulation des savoirs sur des enjeux écologiques dans les espaces professionnels et politiques de la culture
Mariama Diallo (Université Cheikh Hamidou Kane), Patrimonialisation exogène, désappropriation locale et tensions d’autorité dans le Delta du Saloum au Sénégal
Vincent Leblan (IRD-Muséum national d’Histoire naturelle), Conservation de la biodiversité et crise de l’Etat-Nation : conflits politiques et identitaires à propos des aires protégées de Côte d’Ivoire
Guy Saez (CNRS), Les politiques culturelles de la nature entre contradictions et instabilité
Aline Hartemann (Université Panthéon-Assas et BNF), Le rôle de la gestion de la nature dans « l’écologie de la conservation » : le cas du Centre des Monuments Nationaux

Bievelot-Fischer Louis louis.bievelot@etu.univ-paris1.fr
Casati Roberto Roberto.casati@ens.fr
Cuvellier Alice alice.cuvellier@univ-paris1.fr
Diallo Mariama mariama1.diallo@unchk.edu.sn
Hartemann Aline aline.hartemann@sciencespo.fr
Leblan Vincent vincent.leblan@gmail.com
Marx Lisa lisa.marx@iepg.fr
Mazé-Lambrechts Camille camille.maze@sciencespo.fr
Ramel Frédéric frederic.ramel@sciencespo.fr
Saez Guy guy.saez@umrpacte.fr
Secco Charlotte charlottesecco@vergersdumonde.net
Tournay Virginie virginie.tournay@sciencespo.fr