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ST 49

Politisation(s) de la question animale

Politicisation(s) of the animal rights issue

Responsables scientifiques :

Nicolas Poirel (ENGEES/Université de Strasbourg – SAGE) n.poirel@gmail.com
Nolwenn Veillard (Université de Rennes – Arènes) nolwenn.veillard@univ-rennes.fr

 

Depuis près de dix ans, les débats sur la question animale se sont intensifiés et diversifiés (Carrié, Doré & Michalon, 2023 : 3). Ce phénomène s’est accompagné d’une visibilité accrue des mobilisations animalistes, ce qui a contribué à la diffusion de leurs revendications dans une pluralité de mondes sociaux, et notamment dans le champ politique. Dans l’espace académique, un nombre croissant de disciplines se sont emparées du sujet, comme c’est notamment le cas de l’histoire (Agulhon, 1981 ; Baratay, 2012). De même, des réseaux thématiques interdisciplinaires et internationaux se sont constitués dans l’intention de regrouper celles et ceux qui travaillent sur la question des animaux, ou parfois dans l’optique de favoriser l’émergence d’une communauté d’animal studies (Michalon, 2023).

Si un nombre croissant de travaux se sont consacrés à l’étude de cette « question animale » en science politique (Jasper & Poulsen, 1995 ; Politix, 2003), ils n’ont pas encore fait l’objet d’un véritable dialogue entre eux. Cette faible liaison s’explique notamment par le fait que ces recherches recourent généralement à des approches théoriques distinctes – par exemple, en termes de porte-parolat (Carrié, 2015), de pratiques préfiguratives (Véron, 2016 ; Courtin, 2025) ou de communauté de mouvement social (Poirel, 2024) – ou à des définitions multiples de l’objet – « cause animale » (Traïni, 2011), « mouvement végane » (Renard, 2019), « mouvements pro-animaux » (Carrié et al., 2023). Elles s’ancrent également dans des sous-champs disciplinaires variés comme la sociologie des mouvements sociaux (Renard, 2023 ; Poirel, 2024), des partis politiques (Simon, 2023), des idées éthiques et politiques contemporaines (Turina, 2010 ; Sénac, 2021 ; Celka, 2022). Elles dialoguent aussi avec d’autres littératures consacrées au genre (Gaarder, 2011 ; Rimlinger, 2022 ; Veillard, 2024), aux pratiques de consommation alimentaires (Hauguel, 2019 ; Micheletti & Stolle, 2015 ; Giacoman & Joustra 2024 ; Dubuisson-Quellier, 2025), et apparaissent parfois dans l’étude d’autres objets, comme les enjeux écologiques (Villalba, 2022 ; Madon 2022). Qui plus est, ces travaux s’inscrivent parfois dans des débats extra-académiques particulièrement polarisés, ce qui se traduit par des postures de recherche engagées (Harchi, 2024 ; Sénac, 2025), concurrentes (Porcher, 2022) ou distanciées (Carrié et al., 2023 ; Michalon, 2023) vis-à-vis de l’objet étudié.

Pour ces différentes raisons, les recherches de science politique sur le sujet ont peu été articulées les unes aux autres et ont surtout contribué à ne documenter ce phénomène que « par touches » (Carrié et al., 2023 : 5). En freinant la cumulativité des débats, cette situation contrarie la mise en évidence des apports de ces travaux aux grandes questions de la science politique. Cette section thématique entend montrer en quoi les recherches menées sur cet objet émergent contribuent à nourrir les débats centraux de la discipline, des formes les plus informelles de la socialisation et de la participation politique à la vie parlementaire, en passant par les partis politiques. Elle souhaite également défendre la portée heuristique de la boîte à outils des politistes pour comprendre les transformations contemporaines de cette « question animale ». Pour répondre à ces objectifs, nous empruntons un concept classique de la science politique : celui de politisation (Lagroye, 2003) et de ses multiples acceptions (Hamidi, 2006 ; Aït-Aoudia et al., 2010 ; Déloye & Haegel, 2019). Ce choix vise à mettre en évidence les résultats communs et les lignes de fractures entre les travaux existants ou en cours, tout en faisant jouer les définitions multiples de la question animale et les espaces sociaux pluriels où elle se joue. Il doit également permettre de favoriser la comparaison avec d’autres objets, afin d’éviter la particularisation des travaux menés sur la question animale en science politique.

In the last decade, research and debates on animal rights issues increased in both quantity and diversity (Carrié, Doré & Michalon, 2023: 3). This phenomenon occured in a context of growing visibility of animal rights activism. In turn, this has contributed to the spread of their demands in various social spheres, including the political arena. Similarly, interdisciplinary and international thematic networks have been formed with the aim of bringing together those working on animal rights issues, fostering the establishment of a community of animal studies scholars (Michalon, 2023).

Although a growing body of research has been devoted to these “animal rights issues” within the field of political science (Jasper & Poulsen, 1995; Politix, 2003), genuine dialogue on the subject is still lacking. One reason for this lack of dialogue is that these works tend to use different theoretical approchaches. For instance, they may focus on the spokepersons and the political representation of animals (Carrié, 2015), on prefigurative practices (Véron, 2016; Courtin, 2025), or on social movement communities (Poirel, 2024). They also tend to provide multiple definitions of the subject, such as the “animal cause” (Traïni, 2011), the “vegan movement” (Renard, 2019), or “pro-animal movements » (Carrié et al., 2023). These works also establish themselves within various sub-disciplinary fields, including the sociology of social movements (Renard, 2023; Poirel, 2024), the sociology of political parties (Simon, 2023) and the study of contemporary ethical and political ideas (Turina, 2010; Senac, 2021; Celka, 2022). Some researchs also engage with literature on gender (Gaarder, 2011; Rimlinger, 2022; Veillard, 2024), food consumption practices (Hauguel, 2019; Micheletti & Stolle, 2015; Giacoman & Joustra, 2024; Dubuisson-Quellier, 2025) and occasionally appear in studies of other subjects such as ecological issues (Villalba, 2022; Madon, 2022). What is more, this work is sometimes part of highly polarized debates outside academia, which results in research positions that are committed (Harchi, 2024; Sénac, 2025), competitive (Porcher, 2022), or distant (Carrié et al., 2023; Michalon, 2023) towards the subject under study.

For these various reasons, political science research on the subject has been scattered and has mainly documented this phenomenon only in bits and pieces (Carrié et al., 2023: 5). By inhibiting the accumulation of debates, this situation hinders the highlighting of the contributions of this work to major issues in political science. This thematic section aims to show how research on this emerging topic contributes to the central debates within the discipline, from the most informal forms of socialization and political participation to parliamentary life and political parties. It also seeks to defend the heuristic value of political scientists’ toolkit for understanding contemporary transformations of this “animal rights issue”. To achieve these objectives, we borrow a classic concept from political science: that of politicization (Lagroye, 2003) and its multiple meanings (Hamidi, 2006; Aït-Aoudia et al., 2010; Déloye & Haegel, 2019). This choice aims to highlight the common results and divisions between previous and current research, while drawing on the multiple definitions of the animal question and the diverse social spaces in which it takes place. It is also intended to encourage comparison with other subjects, in order to avoid the particularization of research on the animal question in political science.

Références

La bibliographie de la présentation scientifique est accessible en cliquant ici…

 

Session 1 / Politisation de la question des animaux et formes de participation politique

Président de séance : Nicolas Poirel (SAGE, ENGEES/Université de Strasbourg)
Discutante : Alexia Renard (CAPED, Université de Montréal)

Lucas Krishnapillai (CMH, ENS-ULM et CAPED, UQAM), La race comme vecteur de politisation au sein du militantisme antispéciste français contemporain

Julie Gloannec (CITERES, Université de Tours), Les collectifs véganes abolitionnistes à Istanbul : entrepreneurs de politisation en contexte autoritaire

Irène Courtin (Université de Genève) Joséphine Guichard (UMR Cresppa et UMR Agir) & Phœbé Mendes (ISP, Université Paris Nanterre), Les sanctuaires animalistes au prisme de leur (dé)politisation : entre trajectoires d’engagement, professionnalisation et controverses

Réjane Sénac (CEVIPOF, Sciences Po Paris), Les sujets du politique à l’épreuve des mobilisations animalistes

Session 2 / (Non) appropriation de l’enjeu animaliste dans le champ politique

Présidente de séance : Nolwenn Veillard (Arènes, Université de Rennes)
Discutant : Éric Agrikoliansky (IRISSO, Université Paris Dauphine ­– PSL)

Turquoise Samantha Simon (Université Sorbonne Paris Nord), Animal Politique : l’émergence des partis animalistes

Adélie Vercoutère (Centre Emile Durkheim, Université de Bordeaux), Prendre le taureau par les cornes ? Entre évitement et réappropriation politique de la cause animale dans les territoires taurins

Marion Alves (CMH, CNRS-EHESS-ENS et Triangle, Université Lumière Lyon 2), La quête de respectabilité des organisations militantes en faveur d’une autre éducation aux animaux

Inès Liotard (Université de Nanterre), « Les enragés ». Modalités de diffusion de la cause animale abolitionniste en France. L’exemple du traitement médiatique de la cause animaliste abolitionniste et de l’antispécisme dans le journal Le Monde depuis 1990

 

Agrikoliansky Éric eric.agrikoliansky@dauphine.psl.eu

Alves Marion marion.alves@ehess.fr marion.alves@univ-lyon2.fr

Courtin Irène irene.courtin@unige.ch

Gloannec Julie j.gloannec@gmail.com

Guichard Joséphine josephine.guichard@inrae.fr

Krishnapillai Lucas krishnapillai.lucas@courrier.uqam.ca

Liotard Inès i.t.liotard@gmail.com

Mendes Phœbé mendes_phoebe@hotmail.fr

Poirel Nicolas n.poirel@gmail.com

Puvaneswaran Vipulan vipulan.puvaneswaran@psl.eu

Renard Alexia alexia.renard@umontreal.ca

Santos Arbones Jean-Rafaël jr.santosarbones@eesi.eu

Sénac Réjane rejane.senac@sciencespo.fr

Simon Turquoise Samantha samantha.simon@univ-paris13.fr

Veillard Nolwenn nolwenn.veillard@univ-rennes.fr

Vercoutère Adélie adelie.vercoutere@u-bordeaux.fr