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ST 50

Partir pour mieux rester ? Interroger les effets du désengagement de l’aide internationale dans les sociétés d’intervention

Leaving in Order to Remain? Exploring the Effects of the Withdrawal of International Aid from Intervention Societies

Responsables scientifiques :

Marie Saiget (Université de Lille / CERAPS) marie.saiget@univ-lille.fr
Mathilde Tarif (Université de Gand / CRG) mathilde.tarif@gmail.com

 

En janvier 2025, l’administration Trump annonçait la suspension d’un grand nombre de financements de l’USAID. La « crise » consécutive dans le monde humanitaire et de l’aide au développement a mis en lumière les controverses sur la politisation et l’efficacité de l’aide. Elle a aussi soulevé les enjeux politiques, sociaux et économiques posés par le licenciement des personnels, l’interruption de projets ou la fermeture de bureaux (Mbah et al., 2025).

Au-delà de cette actualité immédiate, cette section thématique (ST) examine, dans une perspective socio-historique et de sociologie politique, les logiques et les conséquences du désengagement des acteurs de l’aide internationale dans les sociétés visées. Le désengagement est ici considéré non pas comme un moment clairement identifiable, ou une simple transition technique planifiée en amont (Caplan, 2012 : 5), mais comme un processus politique indéterminé, parfois chaotique et souvent conflictuel, aux conséquences complexes sur les économies politiques locales (Jennings, 2014). Les acteurs de l’aide déploient ainsi souvent des stratégies pour différer, reconfigurer ou minimiser leur désengagement. Partant de cette définition critique du désengagement, l’objectif est double : il s’agit d’une part de documenter ce processus et ses modalités diverses (expulsion ou sortie volontaire d’un pays, diminution des fonds, réduction des personnels et des programmes, fin d’un projet, fermeture d’un bureau, etc.), et d’autre part d’en saisir les effets, autant pour les organisations concernées (organisations internationales,  non gouvernementales – ONG, agences bilatérales de coopération, fondations) que pour les acteurs impliqués dans leurs interventions (partenaires nationaux, secteur privé, « bénéficiaires », etc.). Plus largement, la ST cherche à interroger l’empreinte de l’aide internationale sur les sociétés ciblées à l’aune de ses récentes reconfigurations.

À partir de cas variés et dans une démarche empirique fondée sur des enquêtes de terrain, cette ST entend ouvrir de nouveaux dialogues autour de l’analyse du désengagement de l’aide internationale. Elle s’organise autour de deux axes complémentaires :

1 / Les configurations de sortie de l’aide dans les sociétés d’intervention. Ce premier axe s’intéresse aux relations qui organisent le désengagement de l’aide internationale dans les sociétés d’intervention, en analysant les interactions entre une pluralité d’acteurs (Olivier de Sardan, 1995) : organisations internationales, agences bilatérales de coopération, organisations non gouvernementales (ONG), gouvernements nationaux, partis politiques, administrations, associations, etc. Les contributions examineront sur le temps long les configurations de désengagement qui émergent de ces interactions et les effets sur les États récipiendaires, dont le fonctionnement et les stratégies de mobilisation de ressources sont redéfinis par ces reconfigurations (Harrison, 2010). Elles questionneront notamment les transformations des groupes sociaux engagés dans l’aide internationale à partir des trajectoires des agents étatiques.

2/ La restructuration des institutions de l’aide internationale. Ce second axe porte sur les modalités concrètes et les effets localisés du désengagement au sein même des institutions de l’aide internationale : remodelage de leur présence et des programmes, redéfinition des priorités, réformes organisationnelles (Bayet et al., 2025), changement des rapports de force siège-terrain, transfert de responsabilités vers des acteurs locaux (Ayantayo & Omisore, 2025), ou reconversion des personnels des organisations internationales et des ONG. En rupture avec une approche réductrice des institutions de l’aide aux sièges des organisations internationales au « Nord », cet axe insiste sur la pluralité de leurs formes et sur les différentes échelles – international, régional, national et local – où elles s’inscrivent.

In January 2025, the Trump administration announced the suspension of a large share of USAID funding. The ensuing “crisis” in the humanitarian and development aid sector brought to the fore longstanding debates about the politicization and effectiveness of aid. It also exposed the political, social, and economic challenges triggered by staff layoffs, project interruptions, and the closure of field offices (Mbah et al., 2025).

Beyond this immediate event, this thematic section (TS) seeks to examine, from a socio-historical and political sociology perspective, the logics and consequences of disengagement by international aid actors — including international and regional organizations, non-governmental organizations (NGOs), bilateral cooperation agencies, foundations, and others — from the societies in which they intervene. Disengagement is understood here not as a clearly delimited moment, nor as a purely technical transition planned in advance (Caplan, 2012 : 5), but as an undetermined political process — often chaotic and conflictual with complex consequences on local political economies (Jennings, 2014). Aid actors often deploy strategies to defer, reconfigure, or mitigate their disengagement. Building on this critical definition of disengagement, the objective is twofold: first, to document this process in its various forms (expulsion or voluntary exit from a country, reduction in funding, downsizing of staff and programs, termination of projects, closure of offices, etc.); second, to capture its effects, both on the organizations themselves (international organisations, NGOS, bilateral agencies, fundations, etc.) and on the actors involved in their interventions (national partners, private sector actors, “beneficiaries,” and others). More broadly, the section aims to interrogate the imprint of international aid on target societies in light of its recent reconfigurations.

Drawing on a variety of empirical cases, this TS invites contributions that open new dialogues around the analysis of aid disengagement. Submissions will address the following thematic axes:

1/ Aid exit configurations in intervention societies. This first theme focuses on the relationships that shape the withdrawal of international aid in societies, analysing the interactions between a variety of actors (Olivier de Sardan, 1995): international organisations, bilateral cooperation agencies, non-governmental organisations (NGOs), national governments, political parties, administrations, associations, etc. Contributions will examine, over the long term, the configurations of disengagement that emerge from these interactions and the effects on recipient states, whose functioning and resource mobilisation strategies are redefined by these reconfigurations (Harrison, 2010). In particular, they will question the transformations of social groups involved in international aid based on the trajectories of state agents.

2/ The restructuring of international aid institutions. This second theme focuses on the concrete modalities and localised effects of disengagement within international aid institutions themselves: reshaping their presence and programmes, redefining priorities, organisational reforms (Bayet et al., 2025), changing the balance of power between headquarters and the field, transferring responsibilities to local actors (Ayantayo & Omisore, 2025), or career change of international organisations and NGOs’ staffs. Breaking away from a reductive approach focusing on aid institutions at the headquarters of international organisations in the “North”, this axis emphasises the plurality of their forms and the different scales – international, regional, national and local – at which they operate.

Références

Ayantayo, Tolulope et Omisore, Kawthar, 2025, “Sustainability in the NGO Sector-using USAID as a Case Study”, disponible sur : https://ssrn.com/abstract=5200858 ou http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.5200858.

Bayet, Camille, et al., 2025, « Quelle réforme de l’ONU », La Vie des idées, disponible sur : https://laviedesidees.fr/Quelle-reforme-de-l-ONU

Caplan, Richard (dir.), 2012, Exit strategies and state building, Oxford, Oxford University Press.

Harrison, Graham, 2010, Neoliberal Africa: The Impact of Global Social Engineering, Londres; New-York, Zed Books.

Jennings, Kathleen M., 2014, “Service, Sex, and Security: Gendered Peacekeeping Economies in Liberia and the Democratic Republic of the Congo”, Security Dialogue, 45 (4), p. 313–30.

Mbah, Ruth Endam, et al., 2025, “The Impact of USAID Budget Cuts on Global Development Initiatives: A Review of Challenges, Responses, and Implications”, Advances in Social Sciences Research Journal, 12 (4), p. 219-232.

Olivier de Sardan, Jean-Pierre, 1995, Anthropologie et développement : essai en socio-anthropologie du changement social, Paris : Karthala.

 

Session 1 / Configurations de sortie de l’aide dans les sociétés d’intervention

Présidente : Marie Saiget (CERAPS, Université de Lille)
Discutant : Mehdi Labzaé (ISP, Université Paris Nanterre)

Leo Fourn (CEPED, IRD & Laura Ruiz de Elvira, CEPED, IRD), Les cycles de l’aide internationale en Syrie dans un contexte national en mutation (Syrie, 2000-2025)

Benjamin Groc (CESSP, Université Paris 1), La fin d’un “donor darling”. Recompositions du monde de l’aide bolivien au cours des gouvernements du Mouvement vers le socialisme (MAS)

Solenn Liétaert (CESSP, Université Paris 1), (Sur)vivre (à) la fin du financement de son enclave ministérielle en Jordanie : modalités de réinvestissement du capital bureaucratique des agents

Session 2 / Restructurations des institutions de l’aide

Présidente : Mathilde Tarif (CRG, Université de Gand)
Discutante : Auriane Guilbaud (CRESSPA, Université Paris 8)

Marie Saiget (CERAPS, Université de Lille) & Mathilde Tarif (CRG, Université de Gand), Les “exit strategies”, un impensé pratique des interventions des organisations internationales

Daria Petliaeva (Triangle, Université Jean Monnet Saint-Etienne), L’aide de l’Union européenne à la société civile russe après 2022 : un double désengagement ?

Ashleigh Thompson (CEPEL, Université de Montpellier), “Nos intérêts d’abord” : l’adaptation institutionnelle à une politique de développement intéressée, mais solidaire. Le cas de VNG International aux Pays-Bas

Antonia Collard-Nora (CERI, Sciences Po Paris), Attente, retour, ou reconversion. Les effets de la restructuration de l’aide en Syrie post-Assad sur les professionnels de l’aide à Gaziantep (Turquie)