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Responsables scientifiques :
Anthony Amicelle (Sciences Po Bordeaux, Centre Émile Durkheim) a.amicelle@sciencespobordeaux.fr
Sarah Perret (Institut Catholique de Lille, ESPOL-Lab) sarah.perret@univ-catholille.fr

La gestion des menaces de sécurité intérieure, extérieure et internationale relève d’une grande variété d’acteurs, d’organismes et d’instruments, selon divers arrangements institutionnels et à différentes échelles. Dans ce cadre, des politiques de sécurité peuvent être produites in concreto par des agents d’organisations (inter)étatiques dont c’est le mandat – des forces de police aux forces armées en passant par les services de renseignement – et qui sont susceptibles de travailler ensemble ou séparément (Bigo 2014 ; Bonelli et al. 2021; Hoeffler et al. 2024; de Maillard, Jobard 2024; Pomarède 2024). Elles peuvent également être produites avec eux dans une démarche « partenariale » plus ou moins assumée par les autres groupes d’acteurs engagés volontaires ou partenaires réticents (Nøkleberg 2020 ; Antichan, Le Mazier 2024). Ceux-ci sont autant à chercher du côté des fonctionnaires supra/inter/nationaux dont le cœur de métier ne relève pas du maintien de l’ordre public et international (Heath-Kelly, Shanaah 2025), que du côté du marché de la sécurité (Magnon-Pujo 2020) et des secteurs économiques majeurs (Hoijtink, Planqué-van Hardeveld 2022), ou encore chez les représentants autoproclamés ou désignés de la « société civile » (Reeves 2017 ; Darley 2024). Mais ces politiques peuvent aussi être déployées sans les agents des organisations traditionnelles de sécurité, en raison de leurs insuffisances réelles ou supposées, de leur absence pure et simple sur un territoire ou un enjeu donné, ou dans une logique concurrentielle, de privatisation et de technologisation poussée à l’extrême. Enfin, elles peuvent l’être contre eux dans des contextes de défiance et d’instabilité politique.
Au regard d’une telle variété de cas de figure, cette ST propose d’ouvrir un espace de discussion théorique et méthodologique sur les manières d’étudier et de comprendre ces politiques contemporaines de sécurité dans toute leur diversité. Pour ce faire, elle est structurée en 2 axes de travail complémentaires destinés à accueillir des communications fondées sur des enquêtes empiriques, en France comme à l’étranger.
1/ Pluralisation des acteurs et des univers dans les politiques de sécurité : Il s’agit d’aborder à nouveaux frais ce processus qui est l’objet d’une inflation conceptuelle en science politique et dans des disciplines connexes. Par-delà les variations définitionnelles et les logiques de distinction académiques qui s’y rattachent, ces concepts reflètent la triple ambition théorique, méthodologique et empirique de leurs auteurs, consistant à explorer à la fois une nouvelle manière de voir les choses, et un nouvel ensemble de choses à voir dans les politiques de sécurité. Ce premier axe renvoie à cette ambition, et pas seulement pour éclairer qui sont les multiples acteurs en présence et ce qu’ils font à ces politiques mais également, et peut-être surtout, pour donner à voir la pluralisation des univers sociaux et professionnels dont la mise en relation est au fondement de cette action publique de sécurité. Les contributions seront ainsi invitées à penser et à objectiver les connexions de ces univers – de la finance, du numérique, de la santé, de l’éducation, du journalisme, de l’humanitaire, etc. – avec ceux du policing, du renseignement et du militaire.
2/ Multiplicité et articulation des échelles de l’action publique de sécurité : Outre la pluralisation accrue des acteurs et des univers différenciés dans les politiques de sécurité, la formulation et le déploiement de ces dernières à différentes échelles (locale, nationale, régionale, internationale…), voire de manière transversale, rendent leur visibilité, leur analyse et leur compréhension encore plus difficiles. Ce deuxième axe de travail vise précisément à accueillir des propositions de communication autour d’entrées empiriques et de dispositifs méthodologiques originaux pour mieux appréhender ces jeux et enjeux d’échelles ainsi que les politiques de sécurité multiscalaires par définition.
The management of internal, external and international security threats involves a wide variety of actors, organisations and instruments, according to various institutional arrangements and at different scales. In this regard, security policies can be produced in concreto by agents of (inter)state organisations, which have a mandate to do so – from police forces to armed forces and intelligence services – and which may work in silos or collectively (Bigo 2014; Bonelli et al. 2021; Hoeffler et al. 2024; de Maillard, Jobard 2024; Pomarède 2024). They can also be implemented with them in a ‘partnership’ approach with other actors, whether volunteers or reluctant partners (Nøkleberg 2020; Antichan, Le Mazier 2024). These can be found among supra/inter/national civil servants whose core business does not involve maintaining public and international order (Heath-Kelly, Shanaah 2025), as well as in the security market (Magnon-Pujo 2020) and major economic sectors (Hoijtink, Planqué-van Hardeveld 2022), or with self-proclaimed or designated representatives of ‘civil society’ (Reeves 2017; Darley 2024). But these policies can also be deployed without the agents of traditional organisations, due to their real or supposed shortcomings, their simple absence from a given territory or issue, or in a logic of competition, privatization and technologization. Finally, they can be applied against them in situations of mistrust and political instability.
In the light of such a diverse range of scenarios, this thematic section aims to open up a space for theoretical and methodological discussion on ways of studying and understanding these contemporary security policies in all their diversity. To this end, it is structured around 2 complementary axes of work designed to welcome papers based on empirical researches conducted in France and abroad.
1/ Pluralisation of actors and universes in security policies: This involves taking a fresh look at the process of ‘pluralisation of security’, which has been the subject of conceptual inflation in political science and other related disciplines. Beyond the definitional variations and academic distinctions associated with them, these concepts reflect the triple theoretical, methodological and empirical ambition shared by their authors, which consists of exploring both a new way of seeing things and a new set of things to see in security policies. This first axis pursues such an ambition, and not only to identify who are the multiple actors in charge and what they are doing to these policies, but also, and perhaps above all, to highlight the pluralisation of social and professional universes which relationships form the basis of public security action. Contributions will therefore be invited to reflect on and objectify the connections between these universes – of finance, digital technology, health, education, journalism, humanitarian aid, etc. and those of policing, intelligence and the military.
2/ Multiplicity and articulation of scales of public security action: In addition to the increased pluralisation of actors and universes in security policies, the formulation and deployment of these policies at different scales (local, national, regional, international, etc.) and even in a cross-cutting manner make their visibility, analysis and understanding even more difficult.
This second axis of work aims specifically to welcome proposals for papers based on original empirical entry points and methodological approaches to better understand these scale issues and challenges, as well as security policies that are multiscale by definition.
Références
Antichan (S.), Le Mazier (J.), « Comment l’antiterrorisme est-il devenu une politique transversale ? Attentats et centralisation de l’espace gouvernemental (France, 2012-2017) », Gouvernement et action publique, 13(3), 2024.
Bigo (D.), « The (in)securitization practices of the three universes of EU border control: Military/Navy – border guards/police – database analysts », Security Dialogue, 45(3), 2014.
Bonelli (L.), Lemaire (E.), Proteau (L.), « Introduction. Pour une sociologie du champ policier », Sociétés contemporaines, 122(2), 2021.
Darley (M.), « Pouvoirs publics et associations en lutte contre la traite des êtres humains Légitimations croisées », Gouvernement et action publique, 12 (3), 2023.
Heath-Kelly (C.), Shanaah (S.), The politics of preventing violent extremism : liberal democracy, civil society, and countering radicalization, Oxford, Oxford University Press, 2025.
Hoeffler (C.), Hofman (S.), « Organizational Overlap and Bureaucratic Actors: How EU–NATO Relations Empower the European Commission », Journal of Common Market Studies, 62(5), 2024.
Hoijtink (M.), Planqué-van Hardeveld (A.), « Machine Learning and the Platformization of the Military: A Study of Google’s Machine Learning Platform TensorFlow », International Political Sociology, 16(2), 2022.
Jobard (F.), de Maillard (J.), Sociologie de la police. Politiques, organisations, réformes, Paris, Armand Colin, 2024 (2nde éd.).
Magnon-pujo (C.), « Organiser le mercenariat par le marché ? Du droit international à la norme managériale sur le marché de la sécurité privée », Actes de la recherche en sciences sociales, 234(4), 2020.
Nøkleberg (M.), « Examining the how of Plural Policing: Moving from Normative Debate to Empirical Enquiry », The British Journal of Criminology, 60(3), 2020.
Pomarède (J.), « Deadly ambiguities: NATO and the politics of counter-terrorism in international organizations after 9/11 », Security Dialogue, 55(6), 2024.
Reeves (J.), Citizen Spies: The Long Rise of America’s Surveillance Society, New York, New York University Press, 2017.

Session 1 / Pluralisation des acteurs et des univers dans les politiques de sécurité
Présidente de séance : Sarah Perret
Discutants : Anthony Amicelle et Agathe Piquet (Université de Bordeaux/IRM)
Maxime Audinet (INALCO et Victor Violier (IRSEM/ISP), Les transformations de l’État russe en guerre, au prisme d’une externalisation croissante de ses politiques de sécurité
Camille Bayssat (Ehess/CMH/CNRS), Clément Beunas (F2RSM Psy/Clersé/CNRS), Flora Hergon (Ehess/CMH/CNRS) et Lili Soussoko (PragmApolis/ULiège), La lutte contre la radicalisation comme avant-poste de la pluralisation du policing ? Retours d’enquêtes sur un brouillage institutionnel
Charlotte Desmasures (CERI/Sciences Po Paris), Produire une politique de sécurité climatique contemporaine à l’OTAN : un écosystème d’acteurs et d’espaces pluriel
Vanille Laborde (Université Toulouse Capitole/Idetcom), Les professionnels scolaires, nouveaux acteurs discrets des politiques de sécurité ?
Myrtille Picaud (Cresppa-Csu/CNRS), Les dessous de la ‘pluralisation’ : mise en scène de l’État, luttes professionnelles et appropriations sectorielles de l’action publique de sécurité lors des Jeux de Paris 2024
Session 2 / Multiplicité et articulation des échelles de l’action publique de sécurité
Président de séance : Anthony Amicelle
Discutants : Sarah Perret et François Bonnet (PACTE/CNRS)
Hager Ben Jaffel (LabTop/CNRS), Saisir le ‘flou’ et le transversal : défis et stratégies méthodologiques pour l’analyse du renseignement contemporain
Marguerite Borelli (Centre internet et société/CNRS), Contenus terroristes en ligne : cartographie d’un écosystème de gouvernance
Mathias Delori (CERI/CNRS), Benoît Pelopidas (CERI/Sciences Po Paris,) Hélène Thiollet (CERI/CNRS), (Mis)Scaling Security : un agenda de recherche sur les savoirs, ignorances et échelles du risque nucléaire, terroriste et migratoire
Rémi Rouméas (Université de Bordeaux/CED), Comment faire valoir la gravité environnementale ? Les polices de l’environnement sous l’injonction de faire des ‘belles affaires’
Damien Simonneau (INALCO), Des murs et des guerres. Brouillage militaire du contrôle migratoire à la frontière Etats-Unis/Mexique

Amicelle Anthony a.amicelle@sciencespobordeaux.fr
Audinet Maxime maxime.audinet@inalco.fr
Bayssat Camille camille.bayssat@hotmail.fr
Ben Jaffel Hager hager.benjaffel@yahoo.fr
Beunas Clément clement.beunas@univ-lille.fr
Bonnet François bonnet@umrpacte.fr
Borelli Marguerite mborelli.carism@gmail.com
Delori Mathias mathias.delori@sciencespo.fr
Desmasures Charlotte charlotte.desmasures@sciencespo.fr
Hergon Flora flora.hergon1@gmail.com
Laborde Vanille vanille.laborde@gmail.com
Pelopidas Benoît benoit.pelopidas@sciencespo.fr
Perret Sarah sarah.perret@univ-catholille.fr
Picaud Myrtille myrtille.picaud@cnrs.fr
Piquet Agathe piquet@u-bordeaux.fr
Rouméas Rémi remi.roumeas@u-bordeaux.fr
Simonneau Damien damien.simonneau@inalco.fr
Soussoko Lili lili.soussoko@hotmail.fr
Thiollet Hélène helene.thiollet@sciencespo.fr
Violier Victor victor.violier@irsem.fr