le portail de la science politique française
Responsables scientifiques :
Cécile Blatrix (AgroParisTech, UMR Printemps) cecile.blatrix@agroparistech.fr
Noé Duprat-Lassus (ADEME, Avignon Université, UPR JPEG) noe.duprat-lassus@alumni.univ-avignon.fr

Si la crise écologique fait l’objet d’une mise à l’agenda politique de 2018 à 2023 (multiplication des actions collectives, “vague verte” des municipales de 2020, etc.), ces derniers mois, l’heure semble plutôt être celle d’un “backlash écologique” (Stokes, 2016). L’arrivée de Donald Trump aux USA en est un exemple saisissant, mais la France n’est pas en reste : suppression des ZFE, loi Duplomb, projet de loi de simplification de la vie économique, menaces de suppression de l’OFB, de l’Agence Bio, etc. Si ces reculs sont souvent imputés en partie à une “élite politique égoïste” venant détricoter par le haut les politiques environnementales, le travail scientifique de documentation des processus et des acteurs à l’origine de ces évolutions reste à faire en France (Nicolas et al., 2023) comme ailleurs (Ryan, 2015).
Cette session thématique vient prolonger deux agendas de recherche : l’un déployé en 2022 sur l’action publique environnementale territoriale (Mazeaud et al., 2022) ; l’autre sur l’objectivation de l’inertie des politiques écologiques (Nicolas et al., 2023). Parmi les chantiers de recherche à poursuivre, les travaux de sociologie politique “par le bas” autour de la mise en place des politiques publiques environnementales restent rares, bien que cette approche se révèle très féconde (Mazeaud et al., 2022; Nicolas et al., 2023). L’objectif de cette ST est ainsi d’éclairer le rapport des élites politiques à cette crise menaçant l’habitabilité même de la planète en objectivant ce que fait au quotidien le personnel politique pour (dé)construire les politiques publiques environnementales. Il est question ainsi d’analyser finement le travail politique (Smith, 2019) des élu·e·s face à la crise écologique.
Bien que le travail politique ne soit pas réductible aux élu·e·s, le rôle des différents types de personnels politiques dans la construction de l’action publique reste largement à étudier (Sawicki, 2003; Smith, 2019). L’analyse par le travail quotidien (Godmer & Marrel, 2015) des élu·e.s constitue une piste riche empiriquement pour saisir le contenu, les contraintes et les temporalités de l’action publique environnementale. La sociologie du personnel politique atteste en effet du rôle crucial des élu·e·s dans l’action publique (Cos & Douillet, 2020; Douillet & Robert, 2007; Genieys, 2015).
Il s’agit donc de dévoiler ce que le “travail politique” veut dire dès lors qu’il est question d’environnement et d’urgence écologique. Cela implique de comprendre avec qui travaille l’élu·e, localement, nationalement ou internationalement, sur la mise en place de quelles politiques environnementales, avec quelles ressources, selon quelles modalités, sur la base de quelles valeurs et de quels cadres cognitifs et avec quels intérêts catégoriels et positionnels.
Un premier axe de travail se concentrera sur les profils et les trajectoires des élu·e·s dans la conduite de leur travail politique face à la crise écologique. Il s’agira d’éclairer comment les trajectoires, y compris pré et post-mandat, contribuent à configurer les pratiques et les formes du travail politique des élu·e·s (Demazière & Lidec, 2019). Les présentations permettront également d’étudier comment le type de mandat et le positionnement des élu·e·s dans un écosystème politique donné viennent largement déterminer et expliquer la multiplicité des formes du travail politique vis-à-vis de la crise écologique.
Un second axe portera sur les espaces du travail politique des élu·e·s vis-à-vis de la crise écologique. Les différentes formes du travail politique sont en effet dépendantes des espaces dans lesquels celui-ci se déploie. Objectiver les espaces sociaux et géographiques du travail politique revient à étudier avec qui, quand et comment l’élu·e réalise un travail de fabrique des alliances susceptibles de provoquer un changement ou une reproduction institutionnelle (Smith, 2019). La crise écologique exigeant des changements institutionnels sans précédents, tout en impliquant de multiples dépendances au sentier (Pierson, 1993), l’élu·e peut potentiellement trouver de nouveaux espaces dans lesquels déployer son travail politique de problématisation, de légitimation ou d’instrumentation durant son mandat.
While the ecological crisis has been on the political agenda from 2018 to 2023 in France (with an increase in collective actions, the ‘green wave’ in the 2020 municipal elections, etc.), recent months seem to have seen more of an ‘ecological backlash’ (Stokes, 2016). The return of Donald Trump in the United States is a striking example of it, but France is not far behind : the abolition of low-emission zones, the Duplomb law, the bill to ‘simplify economic life’, threats to abolish the OFB (French Agency for Biodiversity) and Agence Bio (French Organic Agency), etc. While these setbacks are often attributed in part to a ‘selfish political elite’ undermining environmental policies from above, scientific work to document the processes and actors behind these developments remains to be done in France (Nicolas et al., 2023) as elsewhere (Ryan, 2015).
This thematic session extends two research agendas : one launched in 2022 about local environmental policies (Mazeaud et al., 2022) ; the other on the objectification of the inertia of environmental policies (Nicolas et al., 2023). Among the research projects to be pursued, ‘bottom-up’ political sociology fieldwork on the implementation of public environmental policies remains rare, although this approach has proven to be very fruitful (Mazeaud et al., 2022 ; Nicolas et al., 2023). The aim of this ST is therefore to shed light on the relationship between political elites and this crisis threatening the very habitability of the planet by objectifying what politicians do on a daily basis to (de)construct public environmental policies. The aim is thus to analyse in detail the political work (Smith, 2019) of elected representatives in the face of the ecological crisis.
Although political work cannot be reduced to elected officials alone, the role of different types of political staff in shaping public action remains largely unexplored (Sawicki, 2003; Smith, 2019). The analysis of elected officials’ daily work (Godmer & Marrel, 2015) provides a rich empirical basis for understanding the content, constraints and timeframes of public environmental action. The sociology of political staff attests to the crucial role of elected officials in public action (Cos & Douillet, 2020 ; Douillet & Robert, 2007 ; Genieys, 2015).
The aim is therefore to reveal what ‘political work’ means when it comes to the environment and ecological urgency. This involves understanding who elected officials work with, locally, nationally or internationally, on the implementation of which environmental policies, with what resources, according to what modalities, on the basis of what values, what cognitive frameworks and with what categorical and positional interests.
The first working session will focus on the profiles and trajectories of elected officials in conducting their political work in the face of the ecological crisis. The aim will be to shed more light on how pre- and post-term trajectories shape the political work of elected officials (Demazière & Lidec, 2019). Beyond these trajectories, the presentations will examine how the type of mandate and the positioning of elected officials within a given political ecosystem largely determine and explain the multiplicity of forms of political work in relation to the ecological crisis.
A second working session will focus on the spaces of the political work of elected representatives in relation to the ecological crisis. The different forms of political work are indeed dependent on the spaces in which it is carried out. Objectifying the social and geographical spaces of political work means studying with whom, when and how elected officials build alliances that are likely to bring about change or institutional reproduction (Smith, 2019). As the ecological crisis requires unprecedented institutional changes, while involving multiple path dependencies (Pierson, 1993), elected officials can potentially find new spaces in which to carry out their political work of problematisation, legitimisation or instrumentation during their term of office.
Références
Cos, R., & Douillet, A.-C. (2020). Comment les partis politiques travaillent-ils l’action publique ? Gouvernement et action publique, 9(4), 9‑27.
Douillet, A.-C., & Robert, C. (2007). Les élus dans la fabrique de l’action publique locale. Sciences de la Société, 71, 3.
Demazière, D., & Lidec, P. L. (2019). 12. Variété du travail politique et rapports à la carrière : Le cas des vice-présidents régionaux. Les mondes du travail politique : Les élus et leurs entourages (p. 225‑244). Presses universitaires de Rennes.
Engelberg, D. L., Hudson, A., Freemark, Y., Moody, J., & Zhao, J. (2025). The Pernicious Effects of Uncertainty on Municipal Climate Action. Urban Affairs Review.
Finnegan, J. J. (2022). Institutions, Climate Change, and the Foundations of Long-Term Policymaking. Comparative Political Studies, 55(7), 1198‑1235.
Genieys, W. (2015). 9. Le leadership vu du territoire pour une sociologie de l’action politique des élus locaux. In A. Smith & C. Sorbets (Éds.), Le leadership politique et le territoire : Les cadres d’analyse en débat (p. 205‑227). Presses universitaires de Rennes.
Godmer, L., & Marrel, G. (2015). La politique au quotidien : L’agenda et l’emploi du temps d’une femme politique. ENS éditions.
Jacobs, A. M. (2016). Policy Making for the Long Term in Advanced Democracies. Annual Review of Political Science, 19(Volume 19, 2016), 433‑454.
Mazeaud, A., Aulagnier, A., Smith, A., & Compagnon, D. (2022). La territorialisation de l’action climatique. Pôle Sud, 57(2), 5‑20.
Nicolas, F., Montrieux, G., & Bourad, A. (2023). La transition écologique à l’épreuve des sciences sociales du politique. Politix, 144(4), 9‑35.
Pierson, P. (1993). When Effect Becomes Cause : Policy Feedback and Political Change. World Politics, 45(4), 595‑628.
Ryan, D. (2015). From commitment to action : A literature review on climate policy implementation at city level. Climatic Change, 131(4), 519‑529.
Sawicki, F. (2003). 2. Le leadership politique : Un concept à remettre sur le métier ? In A. Smith & C. Sorbets (Éds.), Le leadership politique et le territoire : Les cadres d’analyse en débat (p. 71‑88). Presses universitaires de Rennes.
Smith, A. (2019). Travail politique et changement institutionnel : Une grille d’analyse. Sociologie du travail, 61(1), Article 1.
Stokes, L. C. (2016). Electoral Backlash against Climate Policy : A Natural Experiment on Retrospective Voting and Local Resistance to Public Policy. American Journal of Political Science, 60(4), 958‑974.
Villalba, B. (2015). Au fondement matériel de la démocratie. Revue Projet, 344(1), 56‑63.
Weaver, R. K. (1986). The Politics of Blame Avoidance*. Journal of Public Policy, 6(4), 371‑398.

Session 1 / Profils et trajectoires d’élu·e·s dans la crise écologique
Président de session : Guillaume Marrel (UPR ·JPEG, Université d’Avignon)
Discutant : Didier Demazière (Centre de Sociologie des Organisations (CSO), Sciences Po)
Introduction de la session thématique par Noé Duprat-Lassus (ADEME, UPR ·JPEG, Avignon Université) & Cécile Blatrix (UMR Printemps, AgroParisTech)
Joseph Botton (ADEME, UMR PACTE, Sciences Po Grenoble), Dans quelle mesure les profils et pratiques des ministres de l’environnement européens ont-ils évolué au regard de la crise climatique ?
Antoine Police & Yann Fournis (Université du Québec à Rimouski – CRDT), Des élu.es locaux « maillons faibles » ? Repenser le travail politique des élu.es locaux face à la crise climatique en régions côtières éloignées (Québec)
Emilien Devidal (UMR Triangle, Université Lumière Lyon 2), Agir pour le climat sans être aux manettes : le rôle d’intermédiaire des élu·es écologistes d’opposition au Conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes
Session 2 / Les espaces du travail politique dans la crise écologique
Président de session : Noé Duprat-Lassus (ADEME, UPR ·JPEG, Université d’Avignon)
Discutante : Alice Mazeaud (UMR LIENSs, La Rochelle Université)
Louise Edrei (LaSSP / Sciences Po Toulouse et Institut d’Urbanisme de Lyon / Université Lyon 2), Fabriquer les professionnel·les de la transition. Le travail politique des élu·es de Toulouse Métropole dans le cadrage des pratiques d’aménagement.
Thibault Jouannic (UMR PACTE, Université Grenoble Alpes), Faire accepter l’« urgence » de l’action climatique à l’échelle locale
Chloé Laffont (UMR SAGE, CNRS et Université de Strasbourg), Agir sur les pollutions chimiques du Rhin : sociologie d’une action publique environnementale multiscalaire
Hugo Vosila (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), « Essuyer les plâtres, montrer que ça marche » : le travail politique des élus locaux dans le développement d’écosystèmes de mobilité hydrogène, ou la légitimation d’une innovation coûteuse

Blatrix Cécile cecile.blatrix@agroparistech.fr
Botton Joseph joseph.botton@iepg.fr
Demazière Didier d.demaziere@cso.cnrs.fr
Devidal Emilien emilien.devidal@univ-lyon2.fr
Duprat-Lassus Noé noe.duprat-lassus@alumni.univ-avignon.fr
Edrei Louise louise.edrei@gmail.com
Fournis Yann yann_fournis@uqar.ca
Jouannic Thibault thibault.jouannic@umrpacte.fr
Laffont Chloé chloe.laffont@etu.unistra.fr
Marrel Guillaume guillaume.marrel@univ-avignon.fr
Mazeaud Alice alice.mazeaud01@univ-lr.fr
Police Antoine antoine.police@uqar.ca
Vosila Hugo hugo.vosila@scpobx.fr