le portail de la science politique française

rechercher

ST 22

Sociologie politique de la conduite de la guerre

Political Sociology of the Conduct of War

Responsables scientifiques :

Anna Colin Lebedev (Université Paris Nanterre / Institut des sciences sociales du politique) a.colin@parisnanterre.fr
Victor Violier (IRSEM / Institut des sciences sociales du politique) victor.violier@irsem.fr

 

Le déclenchement de la guerre russe contre l’Ukraine, marquant le retour d’un conflit de haute-intensité sur le sol européen, a ouvert un nouveau terrain de recherche sur les transformations des sociétés par la guerre, sur leur réorganisation pour la guerre, ainsi que sur les changements dans la conduite de la guerre qui les accompagnent. Une réflexion sur ces questions a été entamée dans le cadre du séminaire conjoint de l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) et de l’Institut des sciences sociales du politique (ISP), lancé en 2025 et intitulé « L’espace social et politique de la guerre ». La section thématique cherche à prolonger et à élargir la réflexion sur ces sujets, en partant du cas ukrainien, mais sans s’y cantonner dans une approche aréale. Les analyses de la guerre en Ukraine servent surtout à remettre au devant des questionnements de la science politique sur la question de la conduite de la guerre.

De nombreux travaux ont contribué ces dernières années à décloisonner les recherches sur les conflits armés en interrogeant les rapports entre les guerres et les sociétés où elles s’enracinent, ainsi que les logiques sociales du phénomène guerrier. Parmi les avancées les plus stimulantes, on peut citer les études de l’ordinaire de la guerre qui ont introduit les pratiques et interactions des acteurs dans les analyses du conflit armé. Les guerres ont été envisagées comme moments d’impulsion créatrice de nouvelles configurations sociales et politiques. Les délimitations des situations de guerre et de paix ont également été remises en question, soulignant encore la nécessité d’envisager la guerre non comme une rupture, mais comme une reconfiguration de l’ordinaire social. Dans le même temps, la distinction entre le front et l’arrière, terme désignant en principe les espaces physiques et sociaux en dehors des zones de combat, tend à s’effacer du fait des transformations de la guerre.

Cependant, si la recherche de logiques sociales ordinaires a considérablement enrichi les travaux sur les conflits armés, cela a pu se faire au prix d’une moindre attention aux dispositifs de conduite de la guerre : le combat, les armes, les acteurs et groupes armés, l’institution militaire et l’administration de la guerre, la socialisation combattante, l’économie morale de l’engagement dans le combat, la logistique et l’économie de guerre, ou encore les relations civilo-militaires, au plus près du terrain. Beaucoup de ces thématiques sont aujourd’hui cantonnées aux études stratégiques et à une littérature destinée aux praticiens. Cette section thématique invite donc à une réappropriation de ces objets par des questionnements et des outils propres aux sciences sociales, et à une réflexion sur les espaces de production de la recherche sur la guerre.

La section thématique sera structurée en deux panels. Le premier, intitulé “Repenser la guerre avec les outils de la science politique, repenser la science politique au prisme de la guerre”, vise à étudier la guerre avec les outils ordinaires des sciences sociales. Ces derniers sont utilisés, dans un premier temps, afin de mettre en évidence les angles morts des recherches sur la guerre (décision distribuée, action publique et finances publiques, inégalités et division du travail). Dans un second temps, le fait guerrier nous encourage à questionner ces mêmes approches et outils et leur capacité à prendre la mesure de ce fait social total. Ce faisant, ce premier moment de la session thématique entend participer du renouvellement des recherches sur la guerre.

Le second panel, “La conduite de la guerre en Ukraine au prisme de la sociologie politique”, s’appuiera sur des enquêtes conduites sur le terrain ukrainien pour répondre à une double interrogation : comment les espaces politiques et sociaux sont-ils affectés par la guerre, d’une part, et comment l’organisation de la guerre s’appuie-t-elle sur les dynamiques et structures de la société d’autre part ? Ce second moment permettra de revisiter des questionnements classiques de la science politique et de la sociologie militaire (les relations civilo-militaires, engagement combattant, mobilisation/démobilisation, rapports politico-militaires) à la lumière d’enquêtes de terrain récentes portant sur la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, avant, ou depuis l’invasion à grande échelle du 24 février 2022.

The start of the Russian war against Ukraine, marking the return of high-intensity conflict on European soil, has opened up new fields of research on how societies are transformed by war, how they reorganize for war, and the changes in the conduct of war that come with it. Discussion of these issues was initiated as part of a joint seminar between the Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM) and the Institut des sciences sociales du politique (ISP), launched in 2025 and entitled “The Social and Political Space of War.” This thematic section seeks to extend and broaden the discussion on these topics, starting with the Ukrainian case but adopting a comparative approach open to other contexts. Analyses of the war in Ukraine serve above all to highlight political science challenges researchers encounter to adress the question of the conduct of war.

In recent years, numerous research contributions have helped to break down barriers in the study of armed conflicts by examining the relationship between wars and the societies in which they are rooted, along with exploring the social dynamics of warfare.   Among the most stimulating studies are those on the ordinary aspects of war, which have brought the practices and interactions into the analysis of armed conflict. Wars have been viewed as moments of creative momentum for new social and political configurations.

The boundaries between war and peace have also been questioned, further emphasizing the need to view war not as a radical break with normality, but as a reconfiguration of the everyday social fabric. At the same time, the distinction between the front and the rear— a term that generally refers to physical and social spaces outside combat zones—is becoming increasingly blurred as a result of the changing nature of warfare.

However, while the search for ordinary social dynamics has greatly enriched research on armed conflicts, this has come at the cost of less attention being paid to the mechanisms of warfare: combat, weapons, armed actors and groups, the military institution and the administration of war, combatant socialization, the moral economy of combat engagement, logistics and the war economy, and civil-military relations on the ground. Many of these topics are now confined to strategic studies and literature intended for practitioners. This thematic section therefore invites a reappropriation of these subjects through questions and tools specific to the social sciences, and a reflection on the spaces where research on war is produced.

The thematic section will be structured into two panels. The first, entitled “Rethinking war with the tools of political science, rethinking political science through the prism of war,” aims to study war using the standard tools of the social sciences. These tools will initially be used to highlight the blind spots in research on war (distributed decision-making, public action and public finances, inequalities and division of labor). Second, the reality of war encourages us to question these same approaches and tools and their ability to measure this total social fact. In doing so, this first part of the thematic session aims to contribute to the renewal of research on war.

The second panel, “The conduct of war in Ukraine through the lens of political sociology”, will draw on surveys conducted in Ukraine to answer two questions: how are political and social spaces affected by war, on the one hand, and how does the organization of war rely on the dynamics and structures of society, on the other? This second session will revisit classic questions in political science and military sociology (civil-military relations, combatant engagement, mobilization/demobilization, political-military relations) in light of recent fieldworks on Russia’s war of aggression against Ukraine, before and since the large-scale invasion of February 24, 2022.

 

Session 1 / Repenser la guerre avec les outils de la science politique, repenser la science politique au prisme de la guerre

Président de séance : Céline Marange (IRSEM)
Discutant : Victor Violier (IRSEM)

Olivier Schmitt (Royal Danish Defence College), L’analyse des opérations militaires : un enjeu de la science politique

Tewfik Hamel (Université Paul Valery Montpellier 3), Conduire la guerre à l’ère algorithmique : pour une sociologie politique de la décision distribuée

Jean Joana (Université de Montpellier 1) et Violette Larrieu (IRD), Financer le soutien militaire français à l’Ukraine : l’ordinaire des finances publiques à l’épreuve de la guerre

Tanguy Quidelleur (Centre européen de sociologie et de science politique (Centre européen de sociologie et de science politique), À la guerre, il y a ceux qui commandent, ceux qui coordonnent et ceux qui meurent.’ Sociétés militaires privées, hiérarchies identitaires et divisions du travail guerrier contemporain

Session 2 / La conduite de la guerre en Ukraine au prisme de la sociologie politique

Président de séance : Victor Violier (IRSEM)
Discutante : Anne Le Huérou (Université Paris Nanterre)

Volodymyr Artiukh (Université d’Oxford)  & Daria Saburova (Central European University),  (Im)mobilisation nationale : contrôler les déplacements et exercer la mobilité dans l’Ukraine en guerre

Anna Colin Lebedev (Université Paris Nanterre), Entre civil et militaire : l’espace social intermédiaire de la conduite de la guerre en Ukraine

Bertrand De Franqueville (Université d’Ottawa),  Faire de la politique en temps de guerre : Entre union sacrée et clivages ancrés

Coline Maestracci (Université Libre de Bruxelles), S’engager au nom de la défense de l’Ukraine : dynamiques et modalités d’entrée en guerre au printemps 2014

 

Artiukh Volodymyr  volodymyr.artiukh@compas.ox.ac.uk

Colin Lebedev Anna a.colin@parisnanterre.fr

De Franqueville Bertrand bdefranqueville@gmail.com

Hamel Tewfik tewfik.hamel@gmail.com

Joana Jean joana.jean@me.com

Larrieu Violette larrieuviolette@gmail.com

Le Huérou Anne anne.lehuerou@parisnanterre.fr

Maestracci Coline maestracci.coline@gmail.com

Marange Céline, celine.marange@irsem.fr

Quidelleur, Tanguy t.quidelleur@gmail.com

Saburova Daria saburenok@hotmail.com

Schmitt Olivier, olsc@fak.dk

Violier Victor victor.violier@irsem.fr