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ST 30

Ce que les forêts font aux contre-mobilisations (énergétiques). Modes d’action, politisation, alliances 

What forests do to (energy) counter-mobilizations. Modes of action, politicization, alliances

Responsables scientifiques :

Stéphanie Dechézelles (TREE UMR 603, Université de Pau et des Pays de l’Adour) stephanie.dechezelles@univ-pau.fr
Antoine Dole (EOS – Environnement, Organisations, Société, IAACHOS – Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines, Université Catholique de Louvain – Belgique)  antoine.dolez@uclouvain.be

 

Les écosystèmes forestiers, particulièrement soumis aux épreuves anthropiques et aléas climatiques extrêmes (canicules, épidémies, incendies et méga-feux, surexploitation…), occupent une place de plus en plus significative dans les agendas protestataires. Les forêts sont même considérées, par certains, comme des « fronts » (Vidalou, 2017), car les premières touchées par de grands projets infrastructurels de type industriel. Une tendance à la « politisation des forêts » par certains mouvements sociaux ou certaines franges militantes s’observe de plus en plus fréquemment à la faveur de luttes contre des projets d’équipements ou d’aménagement divers du territoire. Plus encore, les contre-mobilisations « anti-extractivistes » à l’égard d’équipements visant à produire de l’énergie à partir des ressources que procurent les espaces forestiers se multiplient (Kaufer, 2023). Des travaux ont analysé les conflits d’usage qui marquent, dès le Moyen Age, la privatisation puis la marchandisation des espaces forestiers, à la faveur des enclosures (Graber et Locher, 2018 ; Fressoz, 2023) et des conflits entre ruraux et urbains autour de leurs usages (Larrère et Nougarède, 1993 ; Léger et Hervieu, 1979). Plus récemment, l’enrôlement des forêts dans le processus de climatisation de l’action publique et ses conséquences sur les modes de gestion de ces écosystèmes ont été étudiés (Glinel, 2025). En revanche, les effets d’une « forestisation » des mouvements sociaux ou, du moins, d’une présence grandissante du vivant forestier dans l’action collective, en particulier autour des enjeux énergétiques semblent relativement peu traités.

La ST offre donc l’opportunité de questionner ce que les forêts font aux conditions d’émergence et d’action de formes protestataires visant à porter la critique à l’égard d’infrastructures et scenarii qui, au nom de la « transition énergétique » ou de la « décarbonation », procèdent à une exploitation intensive des ressources ligneuses et des zones forestières afin de produire biochar, hydrogène par électrolyse, e-kérosène, granulés… Il importe d’appréhender conjointement les conditions de possibilité et de félicité des contre-mobilisations qui voient l’enrôlement protestataire des forêts en tant que mobile, support ou espace d’actualisation pour l’action collective.

Les communications présentées interrogent, sans s’y restreindre, les thématiques suivantes :

1/ Les circulations et innovations protestataires des contre-mobilisations (énergétiques ou non) en défense des forêts. Les actions s’actualisent de plus en plus souvent depuis la cime des arbres supposant des appétences et des compétences protestataires spécifiques, ainsi qu’une distribution du travail militant et des logiques de politisation du proche dont il convient de rendre compte. Les liens affectifs aux forêts comme partie intégrante des « dispositifs de sensibilisation » seront questionnés, notamment dans leurs formes d’articulations à la contre-expertise ou à la prospective, compétences indispensables pour crédibiliser les arguments et accréditer les protestataires (Dassié, 2014 ; Traïni, 2015).

2/ Les formes de coalitions d’acteurs se formant autour de la défense des forêts pouvant aboutir à des configurations originales (Chailleux, Smith, Compagnon, 2022). La ST sera attentive aux spécificités des mobilisations environnementales qui se font « au nom des forêts », en analysant les collectifs qui les composent, aux différentes cultures militantes dont ces derniers proviennent, et en regardant les formes d’articulation/hybridation des savoirs et savoirs-faires militants comme forestiers qui sont mis en jeu. La ST sera également attentive aux effets multiples que le processus de « forestisation » entraîne sur les configurations locales d’acteurs et les modalités de politisation, « par le haut » et « par le bas » qu’il favorise ou empêche.

Forest ecosystems, particularly vulnerable to human activity and extreme weather events (heat waves, epidemics, fires and megafires, overexploitation, etc.), are playing an increasingly significant role in protest movements. Forests are even considered by some as « front lines » (Vidalou, 2017), as they are the first areas affected by large-scale industrial infrastructure projects. A trend towards the « politicization of forests » by some social movements or activist fringes is increasingly observed in the context of struggles against various infrastructure or land development projects. Moreover, « anti-extractivist » counter-mobilizations against facilities designed to produce electricity from the resources provided by forest areas are multiplying on a global scale (Kaufer, 2023). Studies have analyzed the conflicts of use which, from the Middle Ages onward, marked the privatization and then the commodification of forest spaces, facilitated by enclosures (Graber and Locher, 2018; Fressoz, 2023) and conflicts between rural and urban populations as over their uses (Larrère and Nougarède, 1993; Léger and Hervieu, 1979). More recently, the enlistment of forests in shaping public policies and its consequences for the management of these ecosystems have been studied (Glinel, 2025). However, the effects of a « forestization » of social movements, or at least, a growing presence of forest life in collective action, in particular around energy issues, seem to have received relatively little attention.

The TS therefore offers the opportunity to question what forests do to the conditions of emergence and action protest forms aimed at criticizing infrastructures and scenarios which, in the name of « energy transition » or « decarbonization », proceed with intensive exploitation of woody resources and forest areas in order to produce biochar, hydrogen by electrolysis, e-kerosene, pellets, etc. It is important to jointly understand the conditions that make counter-mobilizations possible and successful, when they use forests as a means, support, or space for collective action. The papers presented in our ST will explore, but are not limited to, the following themes:

1/ The circulation and innovative forms of protest in (energy) counter-mobilizations in defense of forests. Actions are increasingly taking place from the treetops, requiring specific protest skills and abilities, as well as a distribution of activist work and logics of politicizing the local community, which must be accounted for. Emotional links to forests as an integral part of « awareness-raising mechanisms » will be questioned, particularly in their forms of articulation with counter-expertise or prospective studies, skills essential for giving credibility to arguments and accrediting protesters (Dassié, 2014; Traïni, 2015).

2/ The forms of coalitions of actors forming around the defense of forests can lead to original configurations (Chailleux, Smith, Compagnon, 2022). The TS will pay attention to the specificities of environmental mobilization that take place “in the name of forests”, by analyzing the collectives that compose them, the different activist cultures from which thes groups originate, and by examining the way activists and forestry knowledge and how-how that are involved articulate/hybridize.

Références

Chailleux Sébastien, Smith Andy, Compagnon Daniel, « Projets d’énergie renouvelables : à quoi servent vraiment les débats publics ? », The Conversation, 04.112022 

Dassié Véronique, Des arbres au cœur d’une émotion. La fabrique d’un consensus patrimonial : le parc du château de Versailles après la tempête. Paris, CNRS & ministère de la Culture et de la Communication, 2014

Dechézelles Stéphanie, Olive Maurice, « Les mondes familiers comme espaces de critique sociale et de revendication politique », dans Politisation du proche. Les lieux familiers comme espaces de mobilisation, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019           

Kaufer Ricardo, Forest from below: social movements, indigenous communities, forest occupations and eco-solidarism, Springer, 2023

Fressoz Jean-Baptiste, Sans transition. Une nouvelle histoire de l’énergie, Paris, Seuil, 2024

Graber Frédéric, Locher Fabien (dir.), Posséder la nature. Environnement et propriété dans l’histoire, Paris, Amsterdam Editions, 2018

Glinel Charlotte, Mobiliser les forêts françaises face au réchauffement climatique : une sociologie politique du travail écologique, thèse de Sociologie, IEP Paris, 2025

Larrère Raphael, Nougarède Olivier, Des hommes et des forêts, Paris, Gallimard, 1993

Léger Danièle, Hervieu Bertrand, Le retour à la nature. « Au fond de la forêt… l’Etat », Paris, Seuil 1979

Thompson Edward P., La guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, Paris, La Découverte, 2014

Traïni Christophe (dir.), Émotions et expertises. Les modes de coordination des actions collectives, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015

Vidalou Jean-Baptiste, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, Paris, La Découverte, 2017

 

Session 1 / Les forêts dans la « transition » énergétique : exploitation, politisation, contre-mobilisations

Président de séance : Antoine Dolez (Université Catholique de Louvain, EOS – Environnement, Organisations, Société, IAACHOS – Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines)
Discutante : Stéphanie Dechézelles (Université de Pau et des pays de l’Adour / UMR CNRS TREE)

Thibaut Téranian (Université de Pau et des pays de l’Adour / UMR CNRS TREE), Les discours sur la forêt dans les débats sur la déferlante photovoltaïque en Gironde. Sylvialogisme et colonisation de la sylve par le parler métropolitain

Arthur Guérin-Turcq (Sorbonne Université, UMR CNRS EVS), Les mobilisations anti-pétrole en forêt usagère de La Teste-de-Buch

Hélène Jeanmougin et Maurice Olive (Aix Marseille Université, UMR CNRS MESOPOLHIS), Auprès de mon arbre ; je vivais heureux… Photovoltaïque et contre-mobilisation dans les Alpes-de-Haute-Provence

Guillaume Letourneur (Sciences Po Bordeaux, UMR CNRS CED), Une politisation de la forêt par le bas : le pouvoir local et l’enjeu forestier dans les Landes

Session 2 / Savoirs, expériences et imaginaires des forêts dans les luttes collectives

Président de séance : Stéphanie Dechézelles (Université de Pau et des pays de l’Adour / UMR CNRS TREE)
Discutant : Antoine Dolez (Université Catholique de Louvain, EOS – Environnement, Organisations, Société, IAACHOS – Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines)

Roméo Bondon (Université de Montpellier, CNRS/ EPHE/ IRD), Des luttes à outiller : la mobilisation, un moteur pour apprendre

Charlotte Glinel (INRAE-LISIS), La sylviculturation du mouvement écologiste forestier : entre formation syndicale, militante et professionnelle

Killian Martin (Université de Lille, ULR CeRIES), L’Assemblée pour des forêts vivantes, un espace de composition emblématique des tensions à l’œuvre dans les mobilisations écologiques

Charles Berthelet (EHESS / UQAM), L’éconationalisme québécois sur le terrain des forêts : entre société civile métropolitaine et communauté forestière locale

 

Berthelet Charles berthelet.charles@courrier.uqam.ca  

Bondon Romeo romeo.bondon@cefe.cnrs.fr  

Dechézelles Stéphanie stephanie.dechezelles@univ-pau.fr  

Dolez Antoine antoine.dolez@uclouvain.be  

Glinel Charlotte charlotte.glinel@inrae.fr  

Guérin-Turc Arthur arthur.guerin.turcq@gmail.com  

Jeanmougin Hélène helene.JEANMOUGIN@univ-amu.fr  

Letourneur Guillaume g.letourneur@sciencespobordeaux.fr  

Martin Killian killianmartin3.1@gmail.com  

Olive Maurice maurice.olive@univ-amu.fr  

Teranian Thibaut t.teranian@univ-pau.fr