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ST 33

Représentation politique sous contrainte : approches comparatives des parlementaires des Suds 

Constrained Representation: A Comparative Study of Legislators in the Global South

Responsables scientifiques :

Déborah Perez (Université Mohammed VI Polytechnique, Rabat – Faculté de gouvernance, de sciences économiques et sociales) deborah.perez@um6p.ma
Ahmed Fouad El Haddad (Université Paris-Est Créteil (UPEC) – Institut d’Études Politiques de Fontainebleau) ahmed-fouad.el-haddad@u-pec.fr

 

Que sait-on des élus d’ailleurs ? Si on ne peut que se réjouir du renouvellement des travaux sur les parlementaires en Europe et a fortiori en France (Rozenberg et Thiers, 2018 ; Ollion, 2021), force est de constater que cet engouement n’est pas allé jusqu’aux députés des Suds. Ce relatif silence s’explique par le discrédit qui entoure les institutions parlementaires souvent jugées formelles, subalternes, voire décoratives. Si les parlements avaient suscité, au lendemain des indépendances, un vif intérêt (Leca et Vatin, 1975), les configurations politiques des suds ont été analysées à travers d’autres prismes : autoritarisme et patrimonialisme, d’une part, et approches « par le bas » centrées sur les pratiques populaires et informelles, d’autre part (Bayart et al., 1992). À l’inverse, la politique comparée anglo-américaine a poursuivi l’étude des parlements (Pepinsky, 2014), qu’il s’agisse de leur genèse, de leurs fonctions, ou encore de leur rôle suppose dans la démocratisation. Ces recherches, cependant, tendent à traiter les institutions comme des entités désincarnées (Art, 2012) : on en sait peu sur les acteurs qui les peuplent, les pratiques qui s’y déploient et les interactions qui s’y jouent.

Pourtant, qu’elles soient placées au cœur des dispositifs de pouvoir ou reléguées à une existence intermittente, les assemblées continuent de donner lieu à des formes de représentation – précaires, contraintes, mais persistantes.

L’interrogation qui guide cette section thématique est alors la suivante : comment des parlementaires investissent-ils des institutions décrédibilisées dans leur prétention à représenter ? Qu’est-ce qui rend encore possible la croyance dans le fait que « le jeu en vaut la chandelle », (Bourdieu, 1994) ? Comment les élus produisent-ils une représentation politique malgré tout, c’est-à-dire dans des conditions où elle est institutionnellement limitée, politiquement encadrée et socialement contestée ?

Ces questionnements rejoignent les travaux qui conçoivent la représentation comme un processus dynamique et conflictuel, au-delà de l’élection elle-même. Dans la lignée de Saward (2006), la représentation est ici appréhendée comme une claim-making activity, où les élus formulent, négocient et imposent des prétentions à parler au nom d’autrui. Ce déplacement permet de comprendre comment des députés des Suds construisent leur rôle, investissent des répertoires de légitimation, et parviennent, dans certains cas, à instituer des formes de médiation entre gouvernés et gouvernants. L’enjeu n’est pas tant de savoir si les parlements démocratisent, mais de saisir comment ils participent à la fabrique d’une représentation politique sous contrainte (Disch, 2015 ; Urbinati, 2019). Cette section thématique contribue à un agenda de recherche en plein essor (Crewe et al. 2022) sur les formes situées de la représentation en contexte autoritaire (Boutaleb et Ferrié 2008) et post-colonial, en mettant au centre le personnel parlementaire. Elle s’inscrit dans le renouveau des travaux sur les parlements du Sud global (Barkan, 2009 ; Opalo, 2019 ; Osei, 2021), sensibles aux questions de genre (Dutoya, 2014), aux crises politiques (Mede & Perez, 2022), aux logiques de clientélisation (Vannetzel, 2016) et aux pratiques autoritaires (Weiper-Fennert, 2020).

Les communications pourront s’inscrire dans deux axes :

1/ Profils et parcours des parlementaires dans les Suds. Quelles ressources, motivations et socialisations permettent d’investir des institutions fragilisées ? Comment les trajectoires biographiques rendent-elles compte des mécanismes de production et de reproduction des élites ? Une attention particulière sera accordée aux approches comparatistes qui permettent d’en rendre compte.

2/ Les députés en représentation. Comment les parlementaires habitent-ils l’institution ? Quelle division du travail se dessine entre activité législative, contrôle gouvernemental et diplomatie parlementaire ?

What do we know of MPs from elsewhere? While we can only welcome the renewal of work on parliamentarians in Europe, and a fortiori in France (Rozenberg and Thiers, 2018; Ollion, 2021), it has to be admitted that this enthusiasm has not extended to MPs from the South. This relative silence can be explained by the stigma attached to parliamentary institutions, which are often seen as formal, subaltern or even decorative. While parliaments attracted considerable interest in the aftermath of independence (Leca and Vatin, 1975), political configurations in the South have been analyzed from other prisms: authoritarianism and patrimonialism, on the one hand, and “bottom-up” approaches centered on popular and informal practices, on the other (Bayart et al., 1992). Conversely, Anglo-American comparative politics has continued to study parliaments (Pepinsky, 2014), whether in terms of their genesis, their functions or their supposed role in democratization. Such studies, however, tend to treat institutions as disembodied entities (Art, 2012): little is known about the actors who inhabit them, the practices that unfold there and the interactions that are at work.

And yet, whether they are placed at the heart of power mechanisms or relegated to an intermittent existence, assemblies continue to produce forms of representation – precarious, constrained, but persistent. The question driving this thematic section is therefore as follows: how do parliamentarians commit to institutions whose claim to represent has been discredited? What makes it still possible to believe that ‘the game is worth the candle’ (Bourdieu, 1994)? How do elected representatives produce political representation in spite of everything, i.e. in conditions where it is institutionally limited, politically framed and socially contested?

These questions are in keeping with studies that conceive of representation as a dynamic and conflictual process, beyond the election itself. Following Saward (2006), representation is seen here as a claim-making activity, in which elected representatives formulate, negotiate and impose claims to speak on behalf of others. This shift enables us to understand how MPs from the South build their role, invest in repertoires of legitimization and, in some cases, manage to establish forms of mediation between the governed and those who govern. The issue is not so much whether parliaments democratize, but rather how they help to create political representation under constraint (Disch, 2015; Urbinati, 2019).

This thematic section contributes to a thriving research agenda (Crewe et al., 2022) on situated forms of representation in authoritarian (Boutaleb and Ferrié, 2008) and post-colonial contexts, placing parliamentary members at its center. It takes part in a revival of work on parliaments in the global South (Barkan, 2009; Opalo, 2019; Osei, 2021), which is sensitive to gender issues (Dutoya, 2014), political crises (Mede & Perez, 2022), clientelist logics (Vannetzel, 2016) and the authoritarian practices (Weiper-Fennert, 2020).

Papers may focus on two issues:

1/ Profiles and career paths of parliamentarians in the South. What resources, motivations and socialization make it possible to invest in weakened institutions? How do biographical trajectories reflect the mechanisms of elite production and reproduction? Particular attention will be paid to the comparative approaches that make it possible to account for this.

2/ MPs in representation. How do MPs inhabit the institution? What division of labor is emerging between legislative activity, government control and parliamentary diplomacy?

Références

Art D., 2012, « What Do We Know About Authoritarianism After Ten Years?» in Gandhi J., Levitsky S., Way L., Magalon B., Policzer P., Riley D., Slater D. (dirs.), Comparative Politics, 44, 3, p.351-373.

Barkan, J. 2009. Legislative power in emerging African democracies. Boulder: Lynne Rienner Publishers.

Bayart, J-F., J-A. Mbembe, C-M. Toulabor. 1992. Le politique par le bas en Afrique noire. Paris : Karthala.

Bourdieu P. 1994. Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action. Paris, Seuil.

Boutaleb A., J-N. Ferrié. 2008. « Les Parlements dans les régimes autoritaires », Revue Internationale de Politique compare (15) : 179-88.

Crewe E., Taylor-Robinson M. M., & Martin S. 2022. « The Future of Parliamentary and Legislative Studies », ParliamentaryAffairs, 75 (4) 754–766.

Disch, L. 2015. “The ‘Constructivist Turn’ in Democratic Representation: A Normative Dead-End?” Constellations. 22 (4): 487– 499.

Dutoya, V. 2014. La représentation des femmes dans les Parlements de l’Inde et du Pakistan. Paris : Dalloz.

Leca J., J.-C., Vatin. 1975. L’Algérie politique : institutions et régime, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

Mède, H., D., Perez. 2022. « Des parlements en (r)évolutions : Pour une sociologie des institutions politiques dans les mondes arabes ». Mondes arabes (2)

Ollion, É. 2021. Les candidats : novices et professionnels en politique. Paris : PUF.

Opalo, K. Ochieng’. 2019. Legislative development in Africa: politics and postcolonial legacies. Cambridge: CUP.

Osei, A. 2021. “Post-conflict democratization in Sierra Leone: the role of the parliament.” The Journal of Legislative Studies 27(1): 112-35.

Pepinsky T., 2014, “The Institutional Turn in Comparative Authoritarianism”, British Journal of Political Science, 44, 3, p.631-653.

Rozenberg, O., É. Thiers (dir.). 2018. Traité d’études parlementaires. Éditions Bruylant.

Saward, M. 2006. « The Representative Claim. » Contemporary Political Theory 5.3: 297-318.

Urbinati, N. 2019. Me the people: how populism transforms democracy. Cambridge, Massachusetts: Harvard University Press.

Vannetzel M. 2016. Les Frères musulmans égyptiens : enquête sur un secret public. Paris : Karthala.

Weipert-Fenner I. 2020. The Autocratic Parliament, Power and Legitimacy in Egypt (1866-2011), Syracuse: Syracuse University Press

 

Session 1 / Représenter dans les crises

Président de séance : Amin Allal (CNRS, CERPAS)
Discutante : Cécile Vigour (CNRS, Centre Émile Durkheim – CED)

Victor Dupont (Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman – IREMAM), (Dé)faire assemblée dans un Parlement en sursis : les député·es tunisien·nes dans la restauration autoritaire (2019–2022)

Théo Blanc (Scuola Superiore Sant’Anna, Pise), Camille Abescat (Scuola Superiore Sant’Anna, Pise), Le retour de l’ancien régime ? Renouvellement parlementaire et réintégration des élites dans l’enceinte législative après la révolution tunisienne

David Copello (Institut Catholique de Paris, UR Religion, Culture et Société, Centre de recherche et de documentation sur les Amériques) et Sarah Moretti (Casa de Velázquez, École des hautes études hispaniques et ibériques – EHEHI ; Université de Caen Normandie, CERREV), Crise politique et métamorphoses du personnel parlementaire : l’Argentine miléiste entre outsiders et vieux routiers de la politique

Marion Zahar (Université de Montréal, Faculté des arts et des sciences, Département de science politique), Les député·es issu·es de la contestation de 2019 au Liban : trajectoires et pratiques parlementaires

Session 2 / Représenter au quotidien

Présidente de séance : Emmanuelle Bouilly (Université de Lille, CERAPS)
Discutant : Emiliano Grossman (Sciences Po, Centre d’études européennes)

Roma Casamitjana (Centre européen de sociologie et de science politique – CESSP, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Politiques publiques, blocages administratifs et stratégies des députés dans les Assemblées du Nord-Est indien

Mohamed Amyn Nfaoui (Sciences Po, Centre de recherches internationales – CERI), Le député marocain : parlementaire ou représentant ? Analyse du rôle et des fonctions des élus d’une circonscription rurale au Maroc

Quentin Lallement (Université Lumière Lyon 2, Laboratoire Triangle – UMR 5206), Les parlementaires de la « nouvelle gauche » colombienne : trajectoires, rôle(s) et obstacles

Théodore Akoa Ambassa (Université de Lille, CERAPS), Vivre du Parlement, vivre pour la circonscription : une analyse des députés camerounais sous contrainte institutionnelle

 

Abescat Camille camille.abescat@sciencespo.fr

Allal Amin amin.allal@gmail.com

Ambassa Akoa Théodore ambassatheo@outlook.fr

Blanc Théo theo.blanc@eui.eu

Bouilly Emmanuelle emmanuelle.bouilly@univ-lille.fr

Casamitjana Roma roma.casamitjana@gmail.com

Copello David d.copello@icp.fr

Dupont Victor dupontvictor15@gmail.com

El Haddad Ahmed Fouad ahmed-fouad.el-haddad@u-pec.fr

Grossman Emiliano emiliano.grossman@sciencespo.fr

Lallement Quentin quentin.lallement@univ-lyon2.fr

Moretti Sarah sarah.moretti@casadevelazquez.org

Nfaoui Mohamed Amyn mohamedamyn.nfaoui@sciencespo.fr

Perez Deborah deborah.perez@um6p.ma

Vigour Cécile c.vigour@sciencespobordeaux.fr

Zahar Marion marion.zahar@umontreal.ca