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ST 38

Mobilisations associatives dans l’action sociale : discours sur la pauvreté et recompositions des rapports à l’État

Non-profits and social action : representations of poverty and restructuring of relationships to the State

Responsables scientifiques :

Camille Hamidi (Triangle / Université Lyon 2) camille.hamidi@univ-lyon2.fr 
Raphaëlle Parizet (LIPHA / IEP de Fontainebleau-Université Paris-Est Créteil) raphaelle.parizet@u-pec.fr

 

À l’été 2025, l’INSEE publie un rapport qui fait état d’un accroissement significatif de la pauvreté et des inégalités en France : celles-ci atteignent un niveau inégalé depuis trente ans (INSEE, 2025). Les acteurs associatifs réagissent et se positionnent (Tribune Dimanche, 20.07.2025), ces discours militants participant à construire les significations des concepts mobilisés, pauvreté, vulnérabilités, inégalités, etc. Nous proposons d’utiliser la notion de « gouvernement associatif » (Parizet, Faure, 2026) pour interroger, d’une part, la manière dont l’État gouverne les pauvres avec, par et contre les associations, et, d’autre part, les positionnements que ces dernières adoptent — attestataires ou contestataires — dans leur rapport à l’État (Hamidi, Paquet, 2019). Comme le suggérait Pierre Bourdieu en évoquant « l’abaissement de la chose publique » (1992, p. 38), c’est à la fois le rôle ambivalent de l’État – oscillant entre sa « main gauche » sociale et sa « main droite » sécuritaire – et les relations que les associations entretiennent avec les acteurs publics que l’on se propose d’analyser, avec une attention particulière portée aux idées et récits élaborés par ces différents acteurs.

Les associations investies dans le champ social se trouvent aujourd’hui prises dans une triple tension. Elles font face à une contraction des financements publics qui restreint leur capacité d’action (Cottin-Marx, Hamidi, Trenta, 2023 ; Mouvements, 2015 ; Prouteau, Tchernonog, 2017) et les confronte à des injonctions de type gestionnaire et partenarial (Cottin-Marx, Hély, Jeannot, Simonet, 2017). Ensuite, les restrictions croissantes des libertés associatives (Delfini, Talpin, 2025 ; Jobard, 2022) participent à une reconfiguration profonde de la place des associations dans l’espace public. Soumises à un ensemble de contraintes juridiques, fiscales et administratives resserrées, leur légitimité se voit conditionnée à leur alignement avec les priorités étatiques, parfois au détriment de leur autonomie et de leur rôle de contre-pouvoir. Enfin, en première ligne pour visibiliser et politiser les inégalités sociales, les associations sont pourtant fragilisées par une transformation continue de l’action publique. Au-delà des alternances politiques, les réformes successives (RGPP, MAP, Action Publique 2022) traduisent une transformation structurelle des rapports entre l’État, les collectivités et le monde associatif, sous l’effet de rationalités gestionnaires.

La ST entend interroger les formes historiques et contemporaines de mobilisation des acteurs associatifs et les modalités de leurs prises de position publiques face à la pauvreté et ses transformations :

1/ Nous serons attentives aux représentations et aux discours portés par ces acteurs : que désignent-ils sous les termes de pauvreté, de précarité, de vulnérabilité ou d’inégalités ? Selon quelles modalités discursives et catégorielles ces réalités sont-elles construites, et pour quelles finalités ? S’agit-il de dénoncer des vulnérabilités ciblées et sectorielles – relatives par exemple au logement, à la santé, à l’alimentation ou à l’accès aux droits – ou bien de formuler une critique plus globale et systémique des mécanismes de production des inégalités ?

2/ Il s’agira également d’explorer les évolutions des répertoires d’action déployés par les associations : entre plaidoyer institutionnel, militantisme de guichet (Avanza et al., 2023), campagnes médiatiques, et formes de contestation plus ouvertes, quelles stratégies les acteurs associatifs privilégient-ils pour interpeller les pouvoirs publics et inscrire leurs revendications dans l’espace public ?

3/ Enfin, cette réflexion portera une attention particulière aux dynamiques collectives qui (se) recomposent (dans) le champ associatif et militant : à quelles formes de résistance ou de contestation recourent-ils collectivement ? Quels nouveaux acteurs ou coalitions émergent dans le mouvement associatif ? Dans quelle mesure ces configurations collectives réussissent-elles à renouveler le débat public, les représentations des inégalités et les dispositifs institutionnels qui les encadrent ?

In the summer of 2025, INSEE publishes a report that shows a significant increase in poverty and inequality in France: they reach a level not seen for thirty years (INSEE, 2025). Non-profits react and position themselves (Tribune Dimanche, 20.07.2025); their discourses contribute to the meanings of the mobilized concepts, poverty, vulnerability, inequalities, etc. We use the notion of “associative government” (Parizet, Faure, 2026) to question, on the one hand, the ways in which the State governs the poor with and against non-profits, and, on the other hand, the positions that these latter adopt — supplementary, complementary or adversary to the State (Hamidi, Paquet, 2019). As suggested by Pierre Bourdieu when evoking “the lowering of public affairs » (1992, p. 38), it is both the ambivalent role of the state – oscillating between its social « left hand » and its security « right hand »– and the relationships that non-profits maintain with public actors that we propose to analyze, with particular attention paid to the ideas and discourses developed by these different actors.

In the field of social work, non-profits are caught up in a triple tension. They are facing a contraction in public funding which restricts their ability to act (Cottin-Marx, Hamidi, Trenta, 2023; Mouvements, 2015; Prouteau, Tchernonog, 2017) and confronts them with managerial and partnership-based injunctions (Cottin-Marx, Hély, Jeannot, Simonet, 2017). The increasing restrictions on associative freedom (Delfini, Talpin, 2025; Jobard, 2022) contribute to a profound reconfiguration of the role of voluntary associations in public space. Subject to a set of tightened legal, fiscal and administrative constraints, their legitimacy is conditioned on their alignment with state priorities, sometimes at the expense of their autonomy and their role as a counter-power. Finally, in the front line to visibilize and politicize social inequalities, associations are nevertheless weakened by a continuous transformation of public action. Beyond political alternation, the successive reforms (RGPP, MAP, Action Publique 2022) reflect a structural transformation of relations between the State, local governments and non-profits, under the effect of managerial rationalities.

Our ST intends to question the historical and contemporary forms of mobilization of associative actors and the modalities of their public stances in the face of poverty and its transformations:

1/ We will pay attention to the representations and discourses of these actors: what do they mean by poverty, precariousness, vulnerability or inequality? How are these realities constructed, through which discourses and for what purposes? Is it a matter of denouncing targeted and sectoral vulnerabilities – related for example to housing, health, food or access to rights – or rather of formulating a more global and systemic critique of the mechanisms of production of inequalities?

2/ We will also explore the evolutions in the repertoires of action deployed by these associations: between institutional advocacy, “militantisme de guichet” (Avanza et al., 2023), media campaigns, and more open forms of contestation, what strategies do non-profits favor to challenge public authorities and register their claims in the public sphere?

3/ Finally, we will pay particular attention to the collective dynamics that recompose (in) the associative and activist field: what forms of resistance or contestation do they collectively resort to? What new actors or coalitions are emerging in the associative movement? To what extent do these collective configurations succeed in renewing the public debate, the representations of inequalities and the institutional arrangements that frame them?

 

Session 1 / Quelles redéfinitions des représentations de la pauvreté ?

Camille Hamidi (Triangle / Université Lyon 2), Raphaëlle Parizet (LIPHA / IEP de Fontainebleau-Université Paris-Est Créteil), Introduction à la ST

Axe 1 / Sous l’influence de nouveaux enjeux, quelles redéfinitions des représentations de la pauvreté ?

Discutant : Nicolas Duvoux (Université Paris 8/Université de Genève, Centre en Philanthropie)

Manon Derue (Institut des sciences sociales du politique (ISP) / Université Paris Nanterre), Conditions de production et représentations dans l’élaboration d’une parole publique associative sur les personnes étrangères en hébergement d’urgence. Le cas de l’enquête inter-associative Diagnostic d’Appui à la Régularisation (DAR)

Adrien Maret (Centre de l’emploi et du travail – CEET / Conservatoire national des arts et métiers – CNAM), Plaider la cause du peuple incarcéré. Lutte contre la pauvreté en prison et mobilisation associative encadrée par l’État

Marin Minard (Clersé / Université de Lille), Prendre en charge les inégalités au croisement entre action sociale et éducation à l’environnement : discours et pratiques des associations du Nord confrontées aux inégalités environnementales

Session 2 / Stratégies d’interpellation des pouvoirs publics et recompositions des mondes associatifs

Discutante : Sophie Rétif (Université de Nanterre / IDHES) 

Axe 2 / La construction d’un plaidoyer sous contrainte pour des associations militantes

Hélène Monnet (Triangle / Université Lyon 2), Entre porte-parolat et silence. Trajectoire et limite d’une séquence de mobilisation associative locale pour l’universalité de la lutte contre la pauvreté : le cas du RSA conditionné à Lyon

Lili Soussoko (PragmApolis, Université de Liège / FNRS), De la médecine des pauvres à la « Médecine pour le Peuple ». Des centres de santé entre contestation et exemplarité publique en Belgique

Axe 3 / Les conditions sociales du succès d’un plaidoyer

Coline Pélissier (Cresppa Labtop / Université Paris 8), Adopter les règles du jeu : plaidoyer institutionnel et coproduction de l’action publique. Le cas du Groupe SOS

Fred Salin (INED), Un âge d’or de l’asile ? Les ressorts sociologiques d’une mobilisation associative réussie pour les droits sociaux et économiques des réfugiés (années 1970-1980)

 

Derue Manon manonstgenis@gmail.com  

Duvoux Nicolas nicolas.duvoux@unige.ch

Hamidi Camille camille.hamidi@univ-lyon2.fr

Maret Adrien amaret@live.fr

Minard Marin marin.minard@univ-lille.fr

Monnet Hélène helene.monnet@sciencespo-lyon.fr

Parizet Raphaëlle raphaelle.parizet@u-pec.fr

Pélissier Coline pelissier.coline@gmail.com

Rétif Sophie sophie.retif@parisnanterre.fr

Salin Fred fred.salin@ined.fr