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La Palestine au cœur de ruptures épistémiques : penser et dire une société menacée d’effacement depuis les sciences sociales francophones

Palestine at the heart of epistemic ruptures. Thinking and articulating a society threatened with erasure through francophone social sciences

Table ronde animée par Aude Signoles (MESOPOLHIS – Sciences Po Aix-en-Provence) et Christophe Jaffrelot (CERI- Sciences Po Paris / CNRS et Président de l’AFSP)

Les attaques terroristes du 7 octobre 2023 et les violences qualifiées par de nombreux observateurs de génocide à Gaza constituent un tournant pour les sciences sociales. Cette semi-plénière interroge les enjeux épistémologiques, méthodologiques et politiques liés à l’étude de la Palestine en France. Les intervenant·es seront invité·es à dialoguer autour de plusieurs questions communes, en particulier celles des sources, des méthodes et des paradigmes mobilisés dans leurs recherches.

 

Le 7 octobre 2023 et ce que de nombreux observateurs institutionnels, associatifs et universitaires qualifient de génocide à l’encontre de la population de Gaza constituent un tournant majeur qui soulève des interrogations nouvelles pour les sciences sociales. Quels obstacles épistémologiques et méthodologiques cette guerre a-t-elle contribué à révéler au sein des sciences sociales françaises travaillant avec la Palestine ? Comment les travaux de spécialistes de la Palestine permettent-ils d’inscrire ces évènements dans une analyse processuelle et dans le temps long ?  Comment la recherche et l’enseignement peuvent-ils se poursuivre dans un contexte de destructions massives, d’éducide, de massacres et d’exil ? Cette semi-plénière vise ainsi à ouvrir un espace de réflexion sur les enjeux épistémologiques, méthodologiques et politiques liés à l’étude de la Palestine. 

Il sera notamment question de mettre en discussion les paradigmes de « colonialisme de peuplement » et de « violence génocidaire », à partir de la présentation de travaux de chercheur.es qui étudient, questionnent et analysent les réalités sociales et politiques palestiniennes depuis de nombreuses années.  Mais il s’agira aussi et surtout d’interroger la façon dont sont traités et reçus en France les savoirs situés et les résultats scientifiques produits à partir des expériences palestiniennes. Quels obstacles, traductions ou dévoiements sont opérés, au sein de nos champs disciplinaires qui limitent la réflexion et le travail des spécialistes  ? 

Pour proposer des réponses à ces questions, cette semi-plénière prendra la forme d’une table ronde autour des travaux de 3-4 chercheurs et chercheuses spécialistes de la Palestine, issu.e.s de différentes disciplines des science sociales (en droit, sociologie, et science politique). Dans un contexte de grandes violences tous et toutes utilisent des outils et des méthodes de science politique. 

Leurs interventions s’articuleront autour de questions communes, auxquelles ils et elles seront invité.e.s à répondre à partir de leur propre expérience et parcours de recherche :

1/ Sources : à partir de quelles sources est-il possible de travailler aujourd’hui sur la Palestine (y compris à distance, en mettant en place quel type de collaborations avec les communautés scientifiques palestiniennes, …) ? Quels matériaux, quel accès aux terrains ? 

2/ Méthodes : avec quelles méthodes travaillez-vous vos objets ?

3/ Concepts : avec quels paradigmes, quelle terminologie travaillez-vous sur vos objets ? Comment s’inscrivent-ils et sont-ils reçus dans des champs disciplinaires français et/ou occidentaux, qu’en est-il des Suds ? Dans quelles mesures la politisation des manifestations de soutien à la Palestine en France et les controverses juridiques internationales sur la qualification des faits sont-elles venues percuter votre espace de réflexion ? 

4/ Que faîtes-vous de la forte demande d’expertise sur la question ? Comment, en particulier, arrivez-vous à tenir l’exigence de scientificité dans un contexte de forte médiatisation de la situation ?

L’enjeu est de donner à voir quels regards ces collègues portent sur une réalité politique mouvante et façonnée par « l’évènement », tout en la réinscrivant dans le temps plus long. Celui de la colonisation, de la conquête et des conflits qui en découlent, mais aussi celui de la structuration de la recherche en sciences sociales en France, en collaboration avec les sciences sociales palestiniennes. 

October 7, 2023, and what many institutional, civil society, and academic observers describe as a genocide against the population of Gaza, constitute a major turning point that raises new questions for the social sciences. What epistemological and methodological obstacles has this war helped to bring to light within French social sciences working on Palestine? How do the works of Palestine specialists make it possible to situate these events within a processual analysis and a long-term historical perspective? How can research and teaching continue in a context marked by massive destruction, educide, massacres, and exile? This semi-plenary session thus aims to open a space for reflection on the epistemological, methodological, and political stakes involved in the study of Palestine.

In particular, the session will seek to foster discussion around the paradigms of “settler colonialism” and “genocidal violence,” drawing on presentations of research conducted by scholars who have studied, questioned, and analyzed Palestinian social and political realities for many years. It will also, and above all, interrogate the ways in which situated knowledges and scientific results produced from Palestinian experiences are treated and received in France. What obstacles, forms of translation, or distortions operate within our disciplinary fields that constrain reflection and limit the work of specialists?

To address these questions, the semi-plenary will take the form of a roundtable discussion centered on the work of three to four scholars specializing in Palestine, from different disciplines within the social sciences (law, sociology, and political science). In a context of extreme violence, all participants mobilize tools and methods drawn from political science.

Their contributions will be structured around a set of common questions, which they will be invited to address based on their own research trajectories and experiences:

1/ Sources: On the basis of which sources is it possible to conduct research on Palestine today (including remote research, and the establishment of what kinds of collaborations with Palestinian scholarly communities)? What materials are available, and what access is there to fieldwork?

2/ Methods: Which methods do you use to study your research objects?

3/ Concepts: Which paradigms and terminologies do you mobilize in your work? How are they situated within, and received by, French and/or Western disciplinary fields, and what about the Global South? To what extent have the politicization of pro-Palestine demonstrations in France and international legal controversies over the qualification of the facts affected your space for reflection?

4/ Expertise: How do you respond to the strong demand for expertise on this issue? In particular, how do you maintain the requirement of scientific rigor in a context of intense media exposure?

The aim is to shed light on the perspectives these scholars bring to a shifting political reality shaped by the “event,” while reinscribing it within a longer temporal framework, one defined by colonization, conquest, and the conflicts that ensue, as well as by the structuring of social science research in France in collaboration with Palestinian social sciences.

 

Table ronde animée par Aude Signoles (MESOPOLHIS – Sciences Po Aix-en-Provence) et Christophe Jaffrelot (CERI – Sciences Po Paris / CNRS et président de l’AFSP)

Intervenant.es :

  • Leila Seurat (CAREP Paris, CESDIP), Le Hamas : un objet refusé par les sciences sociales
  • Sbeih Sbeih (Université Lumière Lyon 2, IREMAM), La neutralité scientifique à l’épreuve de la Palestine : effets de réfraction politique et juridique dans un champ scientifique hétéronome
  • Mariette Ballon (Université Lumière Lyon 2) et Flora Gonseth Yousef (Paris 8), Des terrains entravés : la désobéissance comme condition de l’enquête en contexte colonial palestinien
  • François Dubuisson (Centre de droit international de l’Université Libre de Bruxelles), Gaza : questions relatives à l’application de la qualification de génocide

 

Ballon Mariette m.ballon@univ-lyon2.fr

Dubuisson François francois.dubuisson@ulb.be

Gonseth-Yousef Flora floragonseth@gmail.com

Jaffrelot Christophe jaffrelot12@gmail.com

Sbeih Sbeih sbeih.sbeih@univ-lyon2.fr

Seurat Leila leila.seurat@gmail.com

Signoles Aude aude.signoles@sciencespo-aix.fr