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Les dégradations environnementales et la recherche en sciences sociales : inégalités, contraintes et perspectives non-extractivistes

Environmental degradation and social science research: inequalities, constraints and non-extractivist perspectives

Responsables scientifiques :

Antoine Hardy (Centre Emile-Durkheim) antoine.hardy@scpobx.fr
Yoletty Bracho (Université Lumière Lyon 2 – Triangle) yolettybracho@gmail.com

Cette semi-plénière vise à engager la discussion à propos des effets des dégradations environnementales sur nos pratiques de recherche, d’une part à propos de la façon dont ces dégradations altèrent, complexifient ou entravent l’accès aux terrains et, d’autre part, en questionnant nos pratiques et objets de recherche à l’aune de ce contexte.

Cette conversation méthodologique s’attache aux effets des dégradations environnementales sur les pratiques de recherche, abordées ici sous deux angles. Le premier consiste à ouvrir la réflexion sur la manière dont ces dégradations, qui peuvent déjouer les échelles spatiales et temporelles d’une enquête, et qui se matérialisent sous des formes différentes (de la fumée liée à des incendies géants aux pollutions invisibles à l’œil nu en passant par les effets de chaleurs extrêmes sur les corps) altèrent ou entravent l’accès aux terrains. Dans un monde où les effets de ces dégradations sont globaux, bien que distribués de façon inéquitable, il devient difficile d’envisager des terrains qui y échappent. Le consensus scientifique, synthétisé dans différents rapports des groupes de travail du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est sans équivoque :  sans arrêt de la production d’énergies fossiles, les évènements climatiques extrêmes (incendies, canicules, sécheresses, pluies, tempêtes) seront toujours plus fréquents, longs et intenses. Bien des politistes, et des collègues d’autres disciplines, travaillent déjà sur des terrains très exposés aux bouleversements environnementaux et doivent composer avec eux : les chaleurs et pollutions extrêmes en Inde, au Pakistan ou en Chine en sont des exemples, même si ces derniers sont loin de se limiter à ces pays ou à ceux du sud global. Le second angle consiste à questionner nos pratiques et objets de recherche à l’aune de ce contexte. Il s’agit de se demander comment celui-ci travaille la production même de savoirs sur ces terrains mais aussi, plus largement, de quelles manières la recherche en sciences sociales peut favoriser des pratiques qui ne soient pas extractivistes, tant sur le plan de l’épistémologie que sur celui des matérialités du travail de recherche, en liant cette discussion avec les autres inégalités qui entravent l’accès aux terrains.

 

This methodological conversation focuses on the effects of environmental degradation on research practices, approached here from two angles. The first is to reflect on how these degradations, which can thwart the spatial and temporal scales of an investigation, and which materialize in different forms (the smoke associated with giant fires, pollution invisible to the naked eye, the effects of extreme heat on bodies) alter or hinder access to our research fields. In a world where the effects of these degradations are global, albeit inequitably distributed, it is becoming difficult to envisage field research that escapes them. The scientific consensus, summarized in various reports by the working groups of the Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), is unequivocal: without a halt to fossil fuel production, extreme climatic events (fires, heatwaves, droughts, rains, storms) will become increasingly frequent, long-lasting and intense. Many political scientists, and colleagues in other disciplines, are already working in areas that are highly exposed to environmental upheaval and are having to deal with it: extreme heat and pollution in India, Pakistan and China are examples of this, although the latter are far from being confined to these countries or to those of the global South. The second angle involves questioning our research practices and objects in the light of this context. We need to ask how this context affects the very production of knowledge, and also, more broadly, how social science research can promote practices that are not extractivist, in terms of both epistemology and the materiality of research work. It is finally an opportunity to link this discussion to other inequalities that hinder access to the research field.

 

REFERENCES

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Mercredi 3 juillet 2024 de 11h à 13h

Amélie Blom, maîtresse de conférence, Sciences Po Lyon, « Un terrain étouffant : smog et contrôle social dans la province du Pendjab (Pakistan) »

Romain Leclercq, chargé de recherche, IRD – Hydrosciences Montpellier : « Enquêter sur la catastrophe quotidienne entre Paris et Dakar : des données entre abondance et restriction »

Jean-Baptiste Meyer, directeur de recherche, IRD : « Circulations sous contraintes : la science au pied du mur (des limitations) »

Deux membres du groupe écologie de l’ANCMSP

BLOM Amélie amelie.blomkhan@gmail.com

BRACHO Yoletty yolettybracho@gmail.com

HARDY Hardy antoine.hardy@scpobx.fr

LECLERCQ Romain  romainleclercq2@gmail.com

MEYER Jean-Baptiste jean-baptiste.meyer@ird.fr

Groupe écologie de l’ANCMSP bureau.ancmsp@gmail.com