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ST16

Savoirs et pouvoirs bureaucratiques dans le gouvernement de la nature

Knowledge and Bureaucratic Power in the Government of Nature

Responsables scientifiques
Magalie Bourblanc (CIRAD, UMR G-EAU) magalie.bourblanc@cirad.fr
Pierre-Louis Mayaux (CIRAD, UMR G-EAU) pierre-louis.mayaux@cirad.fr

Comment les connaissances scientifiques et techniques produites sur l’environnement refaçonnent-elles les Etats et leurs administrations ? A l’heure où s’accumulent les connaissances scientifiques sur les risques environnementaux, cette question a reçu, dans les sciences sociales, deux catégories de réponses très contrastées.

La première, d’inspiration largement foucaldienne, s’est appuyée sur une perspective de longue durée. Elle a mis en évidence la manière dont le développement accéléré des savoirs sur l’environnement, depuis le XVIIIe siècle des physiocrates au moins, avait puissamment contribué à la formation et à la consolidation de grandes bureaucraties techniques. La seconde s’est davantage intéressée aux changements intervenus depuis les années 1970 et 1980 : elle a considéré que les savoirs écologiques, en mettant en évidence les interdépendances complexes liant humains et/ou non-humains, déstabilisaient profondément les bureaucraties traditionnelles, fondées sur la prétention à maîtriser l’incertitude dans un cadre sectoriel (Beck, 1986 ; Barthes, Callon et Lascoumes, 1999).
Tout en reprenant à son compte ces débats, cette section thématique entend ne pas les poser simplement en termes d’affaiblissement ou de renforcement des bureaucraties, mais se centrer sur les effets transformateurs des savoirs environnementaux sur ces bureaucraties. Pour saisir les recompositions à l’œuvre, il importe de prendre les savoirs produits au sérieux, ce que la science politique a jusqu’ici tardé à faire. Le parti-pris à l’origine de cet appel est en effet qu’il est indispensable de partir de ce qui se joue au sein des arènes scientifiques « environnementales ». Certes, l’autonomie de ces arènes à l’égard des logiques politiques et administratives est toujours fragile et partielle. Une fois stabilisés, toutefois, les savoirs qu’elles produisent ne sont plus malléables à l’envi par les acteurs politiques et administratifs : s’ils peuvent être négociés, et intégrés plus ou moins sélectivement aux processus de décision (Le Bourhis 2015), ils résistent aux pratiques et aux intérêts sociaux.
De telles préoccupations invitent à des rapprochements entre l’analyse de l’action publique, la sociologie des administrations et les sciences studies, au service d’une « nouvelle sociologie politique des sciences » qui prenne en compte les rapports de pouvoir entourant la production de connaissances (Frickel, Moore, 2015).

Construites à partir d’enquêtes de terrain approfondies, les communications pourront s’inscrire de préférence (mais non exclusivement) dans l’un de ces trois axes de réflexion :

1) Interroger les processus de stabilisation des connaissances

Les réflexions autour d’indicateurs, ou les processus de déploiement d’une expertise sur l’environnement, peuvent être des moments propices pour comprendre les rapports qu’entretiennent savoirs et pouvoirs dans le gouvernement de la nature. Cela paraît d’autant plus vrai lorsque l’expertise en question fait l’objet de controverses. Il importe donc d’interroger les processus de stabilisation des connaissances. Cette stabilisation ne peut être considérée comme une opération purement interne au monde scientifique mais comme un exercice sujet aux influences de facteurs socio-politiques tout autant que bio-physiques. Les communications pourront en particulier évoquer le rôle des processus de cadrage (framing) dans la stabilisation et la légitimation des connaissances.

2) Retracer les effets des savoirs scientifiques sur les bureaucraties

– Sur quels types de savoirs formalisés se sont appuyées, et s’appuient dorénavant, les administrations qui ont à faire avec l’environnement ?
– Comment ces savoirs recomposent-ils les manières de travailler : nouvelles activités; nouvelles « formalités » (indicateurs, règlements, procédures…) ; nouvelles routines; nouveaux profils d’agents valorisés…
– Comment ces savoirs transforment-ils les modes d’interaction entre bureaucraties?
– Comment redistribuent-ils les ressources bureaucratiques et les modes de légitimation des politiques publiques, soit in fine les manières d’orienter les conduites des populations ?

3) Retour sur la perspective d’une « co-construction de la science et de l’ordre social »

Cette notion de « co-construction » popularisée par Jasanoff (2004) dans ses travaux sur la « science réglementaire » (regulatory science) a connu un succès certain dans le champ de la Political Ecology. Peut-on la considérer comme un concept opératoire pour penser les relations savoirs-pouvoirs dans le gouvernement de la nature ? S’agit-il au contraire d’un concept trop vague pour être véritablement heuristique ? Enfin quid de son apparente radicalité ?

Cette liste n’étant pas exhaustive, les communications seront libres d’aborder d’autres thématiques relatives aux relations savoirs-pouvoirs dans le gouvernement de la nature.
Chacun des membres retenus pour la ST s’engage à la fois à présenter sa communication (en un maximum d’un quart d’heure) et à discuter une autre présentation de la section, avant que la section ne soit ouverte à la discussion collective.

How does scientific and technical knowledge on the environment reshape States and their bureaucracies? This issue has received, in the social sciences, two very different types of answers.
The first one, largely inspired by Foucault’s work, is based on a long-term perspective. It highlights how the accelerated development of knowledge on the environment has greatly contributed to the formation and consolidation of major technical bureaucracies since at least the eighteenth century and the Physiocrats’ era. The second has been more interested in the changes that have been occurring since the 1970s and 1980s. It found that, by highlighting the complex interdependencies between humans and/or non-humans, ecological knowledge has deeply destabilized traditional bureaucracies and their claim to manage uncertainty within the sectoral realm they are in charge of (Beck, 1986; Barthes, Callon and Lascoumes 1999).
While endorsing this discussion, this panel does not intend to simply raise questions in terms of the strengthening or weakening of bureaucracies. Rather we would like to focus on the transformative effects that knowledge has on these bureaucracies.
To tackle these transformations, it is essential to pay particular attention to knowledge and the way it is produced, a task that political science has been slow to undertake. The intent of this panel is to scrutinize what is taking place in environmental scientific arenas. On the one hand, these scientific arenas relentlessly strive to defend their autonomy from the political and administrative arenas but seldom succeed. On the other hand, once stabilized, the knowledge they generate are not easily malleable by the political and administrative actors: if knowledge can be negotiated, and incorporated more or less selectively in the decision-making process (Le Bourhis 2015), it nevertheless retains some kind of autonomy from the social practices and interests, due in large part to its formal properties and its abstract character.
This concern calls for a cross-fertilization between different traditions: public policy analysis; the sociology of public administrations and STS in a bid to serve a « new political sociology of science » that does not neglect the power issues surrounding the production of knowledge (Frickel, Moore, 2015).
Based on thorough empirical studies, papers may evoke one of the following lines of inquiry:

1/ Questioning processes of knowledge stabilization

The adoption of indicators or the writing of scientific reports on public issues seems to be relevant occasions to study the links between power and knowledge in the government of Nature. This is all the more true when the scientific evaluation appears to be a source of controversy. In that regard, it is critical to study the processes through which knowledge is stabilized. Indeed, this stabilization can not be considered as an exercise confined to the scientific realm or as a purely scientific exercise. Socio-political factors also play a role in this process. Papers might want to evoke the role of framing processes in the stabilization and legitimation of knowledge.

2/ Tracing the impacts of scientific knowledge on bureaucracies

– On what kind of knowledge do public administrations rely in their dealing with environmental issues?
– How do various types of knowledge reconfigure work habits: producing new activities ; generating new indicators, procedures, routines ; valuing new training and curriculum?
– How does this knowledge transform the way bureaucracies interact?
– How does this knowledge reallocate bureaucratic resources and redefine the sources of legitimacy of public policies?

3/ Interrogating the perspective of a « Co-Construction of Science and the Social Order »

The « co-construction » approach promoted by Jasanoff (2004) in her work on regulatory science has been successfully embraced in Political Ecology literature in particular. Is it a useful concept that allows us to operationalize our examination of the relationship between knowledge and power in the government of nature? On the contrary, does the concept suffer from some kind of vagueness? Is the idea of a “co-construction” too radical? And would the idea of a co-influence between these two realms be more relevant?

This is a non-exhaustive list of potential areas of interest. Proposals may freely evoke other research themes pertaining to the relationship between knowledge and power in the government of nature. Each presenter will be asked to present its paper (15 minutes max.) and to act as a discussant of someone else’s paper, before the floor is open to a collective discussion.

REFERENCES

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AGRAWAL, Arun, (2005), Environmentality: Technologies of Government and the Making of Subjects, Durham : Duke University Press.
BECK, Ulrich (1986) (2001), La Société du risque : Sur la voie d’une autre modernité, Aubier.
BENAMOUZIG, Daniel, BORRAZ, Olivier (2015), « Bureaucratie, organisations et formalisation des savoirs », L’Année sociologique.
Bloor David, 1976, Knowledge and Social Imagery, Chicago, University of Chicago Press.
CALLON, Michel, LASCOUMES, Pierre, BARTHE, Yannick, Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique, Paris, Le Seuil.
ESPELAND, Wendy (1998), The Struggle for Water: Politics, Rationality, and Identity in the American. Southwest, University of Chicago Press.
FRICKE, Scott, MOORE, Kelly (2015), New Political Sociology of Science: Institutions, Networks, and Power Science and Technology in Society, University of Wisconsin Press.
HOOD, Christopher (2010), The Blame Game, Spin, Bureaucracy and Self Preservation in Government, Princeton, Princeton University Press.
Jasanoff S (2004) States of Knowledge: the Co-Production of Science and Social Order. London, New York: Routledge.
JOBERT, Bruno (dir.) (1994), Le tournant néo-libéral en Europe Idées et recettes dans les pratiques gouvernementales Paris, L’Harmattan.
LASCOUMES, Pierre (1994), L’éco-pouvoir. Environnements et politiques, Paris La Découverte.
LATOUR, Bruno (1989), La Science en action, traduit de l’anglais par Michel Biezunski ; texte révisé par l’auteur, Paris, La Découverte, « Textes à l’appui. Série Anthropologie des sciences et des techniques ».
LATOUR, Bruno (2015), Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte.
Le Bourhis J-P (2015) The Politics of Green Knowledge: A Comparative Study of Support for and Resistance to Sustainability and Environmental Indicators. Journal of Comparative Policy Analysis: Research and Practice. Epub ahead of print 15 May 2015.
MOLLE, François (2008), « Nirvana Concepts, Narratives and Policy Models: Insights from the Water Sector », Water Alternatives, vol. 1, n°1, p. 131-156.
OSTROM, Elinor (1990), Governing the Commons: The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press.
SCOTT, James C. (1998), Seeing Like a State: How Certain Schemes to Improve the Human Condition Have Failed, Yale University Press.
STINCHCOMBE, Arthur (2001), When Formality Works: Authority and Abstraction in Law and Organizations, Chicago: University of Chicago Press.
SWYNGEDOUW, Erik (2015), Liquid Power : Contested Hydro-Modernities in Twentieth-Century Spain, The MIT Press.
WORSTER, Daniel (1985), Rivers of Empire : Water, Aridity, and the Growth of the American West, New York: Pantheon Books.

Axe 1 / Savoirs de gouvernement et construction des politiques de l’environnement
Présidente de séance : Magalie Bourblanc
Discutant : Pierre-Louis Mayaux

Nicolas Benvegnu (Sciences Po, Médialab), Emilien Schultz (Paris Sorbonne, GEMASS), La caméralisation de l’analyse des controverses. Comment l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) traite-t-il le dissensus scientifique ?

Renaud Hourcade (ARENES, UMR 6051), Jean-Pierre Le Bourhis (ARENES, UMR 6051), Toute la mesure du problème ? L’Etat et la science de l’air intérieur dans la construction d’une politique en santé-environnement

Sébastien Chailleux (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Amélie Dumarcher (Université du Québec à Rimouski), Yann Fournis (Université du Québec à Rimouski), La construction de l’expertise du Bureau d’Audiences Publique sur l’Environnement (Québec) : le cas des projets éoliens (1997-2016)

Nicolas Gaidet (CIRAD AGIRs), Eve Fouilleux (CIRAD, UMR MOISA), Alliances et entreprises politiques globales. De la fabrique de données pour les politiques globales de conservation de la biodiversité

Axe 2 / Science et fabrique de l’Etat et des territoires
Président de séance : Pierre-Louis Mayaux
Discutante : Magalie Bourblanc

Julien Merlin (CSI – Mines Paris Tech), Marie Toussaint (EHESS, Centre Norbert Elias / IRD, UMR GRED), Les sciences et l’expertise participent-elles à la construction de la Nouvelle-Calédonie ?

Rozenn N. Diallo (LAM – Sciences Po Bordeaux), De la science vétérinaire à la biologie et à l’anthropologie du développement : évolution des savoirs et des pratiques de gouvernement de la conservation au Mozambique

Gabrielle Bouleau (IRSTEA), Caitriona Carter (IRSTEA), Comment l’approche écosystémique reconfigure l’interface science/politique dans la planification stratégique de l’eau sur l’estuaire de la Gironde

Nicolas Benvegnu (Sciences Po, Médialab), Emilien Schultz (Paris Sorbonne, GEMASS)

La caméralisation de l’analyse des controverses. Comment l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) traite-t-il le dissensus scientifique ?
Depuis le milieu des années 1970, l’étude des controverses scientifiques et techniques est devenu un genre à part entière dans le domaines des études sociales des sciences (​Science and Technolg​y Studies). Elles ont contribué à rendre visible l’incertitude qui existe dans le débat scientifique et les choix techniques (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001).
De manière concomitante au mouvement évoqué ci-dessus, les controverses générées par la prolifération des innovations scientifiques et techniques ont émergé dans l’agenda des institutions démocratiques en devenant des problèmes politiques (Sclove, 1995 ; Barthe et Borraz, 2011). Ainsi, les Parlements des principales démocraties occidentales se sont dotés d’offices d’évaluation des choix scientifiques et techniques dans une logique de “réflexivité” vis-à- vis de l’importance de ces enjeux scientifiques et techniques (Delvenne, 2011). En France, l’OPECST a été créé en 1983 en s’inspirant de l’office des Etats-Unis. Ces offices présentent le trait commun de se donner pour objectif d’éclairer le travail des parlementaires dans la préparation des lois et des décisions. Ils produisent pour cela des rapports sur des sujets techniques. Ces rapports s’appuient sur des procédures d’enquête ​ad hoc qui peuvent être assimilées à des études de controverse.
Cette communication pose la question de la convergence ou de l’indépendance des analyses de controverses dans le milieu académique et celles conduites par des offices d’évaluation technologique, à partir du cas français. En d’autres termes, la contribution propose de caractériser le type d’étude de controverse mis en oeuvre par l’OPECST et d’envisager dans quelle mesure les procédures déployées par l’office parlementaire sont ou non influencées par les travaux universitaires qui ont développé des méthodes d’analyse de ces controverses scientifiques et techniques. Elle est par conséquent organisée autour de deux questions principales :
– Quel(s) type(s) d’analyse des controverses est/sont mis en oeuvre par l’OPECST depuis sa création ?
– Dans quelle mesure est-il possible de tracer des liens entre ces procédures et les travaux issus des STS d’analyse des controverses ?
L’hypothèse que nous souhaitons explorer est celle de la “caméralisation” des analyses de controverses. Cette dernière se décline selon deux dimensions : elle est tout d’abord à saisir dans son sens étymologique, puisqu’elle propose d’apporter des connaissances sur la manière dont l’analyse des controverses a fait son entrée dans les ​Chambres parlementaires, en étudiant concrètement le processus selon lequel l’OPECST analyse les controverses qu’il aborde ; cela nous permettra ensuite de nous demander si les analyses de controverses développées dans le champ académiques peuvent être considérées comme relevant d’une nouvelle science camérale (Ihl, Kaluszynski, Pollet, 2003 ; Laborier, Audren, Napoli, Vogel, 2011) destinée dans ce cas à assurer une forme de gouvernement de la nature (Lascoumes, 1994).
Nous montrerons que le rapport de l’OPECST à l’analyse des controverses ne peut être considéré comme l’importation mécanique des résultats issus des STS, et que les contraintes spécifiques au travail parlementaire produit un rapport pratique aux controverses qui tend à insister sur l’écart qu’il peut exister entre une controverse scientifique propre à un domaine de recherche et son traitement public dans le cas des débats de choix scientifiques et techniques. Toutefois, nous analyserons également les cas dans lesquels des travaux en sciences sociales, et plus particulièrement en sciences politiques, permettent de faire évoluer la procédure parlementaire d’évaluation des choix technologiques (Boy et al., 1998).
La communication se nourrit de la rencontre de deux études en cours : l’une porte sur les usages des analyses de controverse en sciences sociales et l’autre s’appuie sur une enquête de terrain sur les travaux de l’OPECST. Sur le plan méthodologique, elle combine des éléments quantitatifs et qualitatifs : elle propose d’une part une analyse quantitative des rapports publiés par l’OPECST depuis sa création, avec un focus sur les experts mobilisés, et fait d’autre part un focus sur deux grands dossiers (le nucléaire et les biotechnologies) pour lesquels nous mobiliserons des entretiens aussi bien avec des parlementaires qu’avec des médiateurs chargés de mettre en oeuvre “l’expertise d’exploration” (Barthe, 2003) selon laquelle fonctionnent les travaux de l’office d’évaluation technologique français (consultants, cadres du Sénat et de l’Assemblée).

The cameral turn of controversy analysis. How the French Office of Technology and Scientific Assessment (OPECST) engages with scientific disagreement
Since the middle of the 1970s, the study of scientific and technological controversies became quite a specialty in the area of Science and Technology Studies (STS). The study of controversies has helped to highlight how much uncertainties are consubstantial with every scientific discussion and technological choice  (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001).
In the same time, scientific and technological innovations became a matter of concern in political debate in our democracies (Sclove, 1995 ; Barthe et Borraz, 2011). A majority of national parliaments created offices for Technology and Scientific Assessment (OTA) to increase their « reflexivity » regarding scientific and technology issues (Delvenne, 2011). The French OTA, called OPECST, was created in 1983. OTAs produce reports to enlighten the work of members of the parliament in the making of laws. The production of those reports relies on ad hoc enquiry processes that are a form of controversy analysis.
Through the study of the French OPECST, this communication tackles the issue of the convergence or independence of how academics and OTA conduct controversy studies. Put differently, we aim to describe how the OPECST deals with controversies and investigate whether academic framing of controversies have any influence on the procedures. We ask two main questions:
1 : What kind of controversy analysis has the OPECST conducted since it has been created ?
2 : Is there any link with the academic works related to  the STS specialty of controversy analysis ?
We explore the hypothesis that controversy studies are undergoing a cameral turn. This turn has two dimensions: first, in a etymological meaning, we document how controversy studies have actually entered parliaments; second, we ask if academic controversy analysis has become a cameral science (Ihl, Kaluszynski, Pollet, 2003 ; Laborier, Audren, Napoli, Vogel, 2011) meant to govern nature in a new way.
We will show that the way the OPECST conducts controversy analysis can’t be considered as the direct importation of STS practices. Constraints of parliamentary work produce a practical relation to controversies. More specifically, there is a difference between a scientific controversy in a specific field of knowledge and the way this is translated in the public debate.  Nevertheless, we will also show cases where procedures evolve due to social science works, and more specifically in political science (Boy et al., 1998).
This communication feeds from two on-going studies : the first one relates to how controversy analysis is used in social sciences, the other focuses on the OPECST for which we use qualitative and quantitative materials. First, we draw on the quantitative analysis of published reports from the OPECST since its creation, with a focus on who are the experts engaged in the process. Second, we conducted two case studies (nuclear and biotechnology) through interviews with the actors who participate to the production of the reports (Barthe, 2003).

Renaud Hourcade (ARENES, UMR 6051), Jean-Pierre Le Bourhis (ARENES, UMR 6051)

Toute la mesure du problème ? L’Etat et la science de l’air intérieur dans la construction d’une politique en santé-environnement
Depuis les années 1970, la question des impacts de la pollution des atmosphères intérieures sur la santé s’est peu à peu constituée en problème public dans les pays occidentaux. Situé au croisement entre préoccupations environnementales et de santé publique, le constat d’une exposition chronique à des substances nocives dans les domiciles, écoles ou bureaux a nourri un nouveau champ de production de savoir et d’expertises, de nature transnationale et pluridisciplinaire, sous le nom de « sciences de la qualité de l’air intérieur » (en anglais Indoor Air Quality sciences, IAQ).
Alors que ce domaine scientifique était à peine connu en France au début des années 1990, et suivi principalement par quelques chimistes et ingénieurs sanitaires relativement isolés, la « qualité de l’air intérieur » a pris rapidement, au tournant des années 2000, la forme d’un enjeu de gouvernement institutionnalisé, doté d’acteurs spécialisés, chargés de concevoir et mettre en œuvre un programme de mesure statistique des pollutions intérieures (l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur). Cette entreprise de mesure du problème a débouché sur l’élaboration de normes de référence et sur un début de réglementation poussé par le Grenelle de l’Environnement de 2007-2009 : surveillance des établissements accueillant du public, campagnes d’information, étiquetage de certains produits selon leur niveau d’émission toxique.
Si l’on s’en tient aux apparences, l’Etat se serait donc réorganisé au tournant des années 2000, face à l’émergence de ce savoir environnemental et sanitaire. Prenant acte de ces connaissances scientifiques, il aurait alors renforcé son magistère technique pour piloter une action publique inédite. Mais l’étude approfondie de ce cas exemplaire révèle une réalité plus complexe. Dans le cadre d’un programme collectif de recherche (AIRIN, 2011-2015) nous avons analysé le processus d’adaptation de l’Etat durant cette séquence, ce qui a permis de mettre en avant les relations d’influence réciproque entre fabrication du savoir et exercice du pouvoir. Cette approche prolonge les hypothèses de S. Jasanoff : si les nouvelles connaissances issues des IAQ studies conduisent à une évolution des modes de gouvernement (nouvelles institutions, nouvelles procédures, nouvelles règles), l’Etat, dans certaines de ses incarnations, se montre aussi très tôt proactif pour structurer et orienter les productions scientifiques concernées. Se met dès lors en place un dispositif de savoir qui incorpore l’objectif de cadrer ce champ d’expertise naissant et la diffusion de ses résultats, notamment pour ne pas laisser s’installer le sentiment d’une menace incontrôlée dans le public. Le facteur politique joue également un rôle structurant, l’expérience alors proche et traumatisante de l’amiante influençant les niveaux centraux de l’Etat.
Dans cet effort de structuration des connaissances, les choix de mise en données du problème sont aussi des choix politiques qui préparent les voies ultérieures d’action publique : arbitrage entre expertises d’Etat concurrentes (sous la tutelle de la Direction de la Construction plutôt que celle de la Santé ou de la Prévention des risques) ; définition des priorités scientifiques (les pollutions chimiques plutôt qu’organiques) ; construction d’indicateurs statistiques globalisants…. Ces choix de connaissance naturalisent deux approches : d’abord la consécration d’une entrée par les milieux (« l’air intérieur ») qui, en amalgamant des substances de nature et de nocivité très disparates, a pour effet de diluer le caractère préoccupant de certains toxiques, tout en assignant des rôles établis aux concepteurs des bâtiments et surtout à leurs usagers. Ils entérinent ensuite un effacement de la dimension sociale de l’exposition aux toxiques de l’environnement, du fait de la primauté d’une approche statistique globale, qui en fait un problème de matériau et de systèmes technique plutôt que de disparités socio-économique d’accès à des conditions de vie saines. Science et ordre social, en matière de régulation des pollutions, mènent donc bien une danse à deux.

Just a measurement problem? State, Indoor air science and the construction of an environmental health policy
In the 1970s, impacts of indoor air pollution on health became a public problem in western countries. Situated at the crossroads between environmental and public health concerns, chronic exposure to harmful substances in homes, schools or offices has fostered a new transnational, multidisciplinary field of knowledge and expertise production.
At the beginning of the 1990s, this scientific area was barely known in France, and followed mainly by a few chemists and sanitary engineers, all relatively isolated. One decade later, « indoor air quality » (IAQ) has become a governmental issue and still is. Specialized bureaucracies are now responsible for designing and implementing public policies focused on the statistical measurement of indoor pollution (Observatoire de la qualité de l’air Intérieur). These effort to document the problem resulted in the development of reference standards and new regulations promoted by the “Grenelle Environment Forum” (2007-2009) : monitoring of public spaces, information campaigns, labeling of products according to their level of toxic emission.
At the first glance, it would seem that, faced with evidences of a new environmental and health issue, the State reorganized itself at the turn of the 2000s. Taking into account scientific knowledge, it would have strengthened its technical base to launch a specific public policy. A thorough study of the case reveals however a more complex reality. As part of a collective research program (AIRIN, 2011-2015), we analyzed the transformation of the State during this sequence, which shows a reciprocal influence between the manufacturing of knowledge and the exercise of power. This approach extends some of the hypotheses of S. Jasanoff: if the knowledge resulting from IAQ studies impacts the government (new institutions, new procedures, new rules), the State, (i.e. some of its components) is also proactive in structuring and chanelling the relevant scientific work. A new knowledge system frames the emerging field of expertise and the dissemination of its results. It also reassures the public about the fact that the situation is under control. Politics has a crucial role here, in relation with the traumatic experience of asbestos and the correponding public outcry.
Organizing the production of knowledge on the problem implies making political choices that will orient future public policies. These choices include the selection of a dominant State expertise (under the supervision of the Directorate of Construction rather than Health or Risk Prevention); the definition of scientific priorities (chemical rather than organic pollution) ; the making of statistical indicators, etc. Such choices of knowledge naturalize two approaches : first, they emphasize the media (« indoor air ») which obfuscate the crucial role of specific chemicals by amalgamating various substances with various degrees of harmfulness. They also assign responsabilities to the designers of the buildings and to their users and inhabitants . These choices also erase the social dimension of exposure to environmental toxics, due to the primacy of a global statistical approach and the emphasis on material and technical systems rather than socio-economic disparities. In the field of pollution control, science and social order dance therefore together.

Sébastien Chailleux (Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux), Amélie Dumarcher (Université du Québec à Rimouski), Yann Fournis (Université du Québec à Rimouski)

La construction de l’expertise du Bureau d’Audiences Publique sur l’Environnement (Québec) : le cas des projets éoliens (1997-2016)
La communication se propose de dresser le portrait de la construction de l’expertise du Bureau d’Audiences Publiques sur l’Environnement (BAPE), organisme indépendant d’aide à la décision du gouvernement du Québec (Canada). En prenant comme étude de cas les 24 projets éoliens dont l’organisme a évalué les effets entre 1997 et 2016, nous sommes en mesure de mettre à jour les catégories de pensée administratives et leur évolution au regard des caractéristiques sociotechniques des projets. La méthode consiste en l’analyse quantitative des références de chacun des 24 rapports selon les catégories de documents cités (textes législatifs, expertise sectorielle, expertise technique, expertise locale, expertise scientifique, mémoires déposés, etc.) et selon le poids relatif de chacune des sources dans le document. En parallèle, une analyse compréhensive des rapports permet de faire ressortir les arguments clés afin de les comparer au type d’expertise dominant.
L’étude permet ainsi de dégager la dynamique de construction de l’expertise du BAPE : la définition initiale du sujet par le recours à l’expertise de personnes-ressources, l’émergence de questions nouvelles par l’intermédiaire des mémoires déposés, la sélection de l’expertise légitime par les réponses aux questions posées par le BAPE. L’analyse longitudinale fait émerger le poids relatif de certains savoirs en fonction des caractéristiques sociotechniques des projets (la génération des parcs éoliens) et de l’accumulation des savoirs (certaines questions disparaissent, d’autres émergent). De manière plus générale, la transformation des pratiques de production des connaissances par le BAPE à partir de 2014 oriente le regard sur un déplacement du pouvoir au sein des administrations gouvernant la nature au Québec : initialement chargé de dégager une expertise limitée et consensuelle traçant des lignes directrices pour l’action publique, le BAPE semble désormais accompagner, par la montée en expertise et une croissance exponentielle de la bibliographie, la complexification de la gestion des ressources, de plus en plus marquée par l’incertitude et les conflits.
Ces résultats préliminaires confirment toute la pertinence des axes de réflexion de la ST. On voit très clairement le processus de stabilisation des connaissances en train de se construire entre l’émergence du sujet en 1997, sa routinisation progressive et les disruptions liées aux changements sociotechniques des projets. On peut également dégager les effets des savoirs mobilisés sur les conclusions de l’organisme administratif : le nombre plus ou moins important de mémoires déposés en fonction de la participation du public « cadre » l’orientation des questions du BAPE à l’administration mais aussi ses conclusions. Enfin, comme instance solide de co-production des connaissances, le BAPE reflète dans ses productions les rapports changeants entre les institutions de régulation, les protagonistes porteurs des projets et les populations qui les subissent.

The process of expertise building of the Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (Québec): the case of wind projects (1997-2016)
The paper aims to sketch the process of expertise building of the Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), an independent, decision-support, organization of the Quebec government (Canada). In studying the 24 cases of wind projects evaluated by the organization between 1997 and 2016, we are able to unravel the administrative ways of thinking and their evolution regarding the sociotechnical aspects of the projects. The method is based on quantitative analysis of the references of each of the 24 reports given the categories of the cited documents (laws, sectorial expertise, technical expertise, local expertise, scientific expertise, memoirs, etc.) and given the relative weight of those sources within the document. Furthermore, a comprehensive analysis of the reports enables us to grasp the key arguments of each report and to compare them to the type of dominant expertise.
The study underlines the dynamic process of expertise building within the BAPE: initial definition of the main stakes calling upon the expertise of resource-persons, emergence of new questionings through the submitted memoirs, selection of legitimate expertise through answering the questions asked by the BAPE. The longitudinal analysis develops the relative weight of some knowledge upon others given the sociotechnical aspects of the projects (the generation of wind farms) and the accumulation of knowledge (some questions disappear, others arise). In general, the transformation in the practices of knowledge production of the BAPE after 2014 leads us to look for a shift of power between the administrations governing Nature in Quebec: initially responsible to generate a limited and consensual expertise in drafting guidelines for policy-making, the BAPE seems now to guide and follow – by its growing expertise and the exponential growth of its references – the complicated management of natural resources, characterized by uncertainty and conflicts.
Those preliminary findings validate the interest of this ST. We clearly see the process of stabilization of knowledge between the emergence of the topic in 1997, its progressive “routinization” and the disruptions linked to the sociotechnical changes of the projects. We can also highlight the impacts of the mobilized knowledge on the conclusions made up by the administrative organization: the number of memoirs submitted following public participation “frames” the questions asked by the BAPE to the different administrations but also its conclusions. To conclude, as a major actor of co-production of knowledge, the BAPE reflects in its products the changing relationships between regulatory institutions, projects promoters and the concerned population.

Nicolas Gaidet (CIRAD AGIRs), Eve Fouilleux (CIRAD, UMR MOISA), Alliances et entreprises politiques globales. De la fabrique de données pour les politiques globales de conservation de la biodiversité

Alliances et entreprises politiques globales. De la fabrique de données pour les politiques globales de conservation de la biodiversité.
Les politiques publiques globales dans le champ de la biodiversité sont formulés autour d’une vision large reconnaissant la complexité du monde vivant et sa fonctionnalité essentielle au bien être humain. Mais en pratique, les instruments mis en œuvre répondent de facto à une définition beaucoup plus réduite de la biodiversité, centrée autour du risque d’extinction d’espèces. A partir d’une analyse de la littérature et d’une collecte originale de matériaux empiriques (observations participantes, entretiens), nous cherchons ici à comprendre pourquoi et comment une telle vision réduite de la biodiversité s’est imposée. Notre hypothèse principale est qu’elle est le fruit de l’activité d’un petit nombre d’Organisations Non Gouvernementales (ONG) internationales de conservation qui ont su combiner production de sens et stratégies d’alliances et d’enrôlements, à la fois en direction des pouvoirs publics et en direction du monde scientifique : production active de ressources spécifiques sous la forme de bases de données, articulation de ces données en savoirs spécifiques institutionnalisés (sous la forme d’indicateurs et d’outils de priorisation globaux), stratégie de légitimation via des partenariats et des co-publications avec la recherche universitaire, et utilisation de ces outils et indicateurs pour la formulation des politiques publiques. Face à ces stratégies, les acteurs porteurs de cadrages alternatifs de la biodiversité peinent à trouver leur place dans le débat.

Global political alliances. Influence of global biodiversity knowledge production for shaping biodiversity conservation policies.
In this communication, we analyze global policies for biodiversity conservation with a specific focus on the way the issue is framed. More specifically, we analyze the dynamics of debates and the processes of alliances and enrollments at work between actors from different communities of actors producing ideas in the field of biodiversity, including international conservation NGOs and scientific ecology academic actors. Global policies aiming at halting the loss of biodiversity are framed around a discourse that recognizes both the complexity of biological diversity and its functionality (providing goods and services essential to human well-being). However, in practice, most policies that are implemented are restricted to a narrower vision, where threats on biodiversity are presented in terms of a risk of species extinction. Based on an extensive literature review and on the collection of empirical materials through participating observation and semi-directed interviews, we show that this specific framework has been produced, legitimated and spread over the past 30 years by a small number of international NGOs through alliances and enrolments with academic actors.

Julien Merlin (CSI – Mines Paris Tech), Marie Toussaint (EHESS, Centre Norbert Elias / IRD, UMR GRED)

Les sciences et l’expertise participent-elles à la construction de la Nouvelle-Calédonie ?
La Nouvelle-Calédonie est un territoire en voie de décolonisation négociée, où s’entremêlent à des enjeux particulièrement forts entre exploitation minière et conservation d’un hotspot de biodiversité. Ce papier propose de décrire la façon dont les sciences et les techniques ont participé à composer la Nouvelle-Calédonie en tant que territoire à maitriser et à exploiter puis à rendre autonome et à protéger.
Cette proposition combine deux approches thématiques particulières : les savoirs liés au feu et à la forêt et leur prise en compte progressive dans la construction de l’administration forestière et de l’environnement d’une part, les controverses sociotechniques minières en Nouvelle-Calédonie et l’histoire de la mobilisation des sciences, d’autre part. Nous proposons ainsi de croiser nos analyses à travers un panorama rapide de la construction des administrations territoriales (depuis l’annexion en 1853 jusqu’à la provincialisation en 1988) en lien avec les enjeux miniers. Puis, nous recentrerons l’analyse sur la prise en compte progressive de divers savoirs scientifiques et expertises sur l’environnement par les administrations calédoniennes, en étudiant les controverses qui en découlent. L’étude des pratiques des sciences et de l’expertise en Nouvelle-Calédonie permet à la fois de porter un regard renouvelé sur l’histoire du territoire, et des intérêts français, mais également d’examiner la façon dont elles participent à le construire. Ces deux mouvements de l’expertise calédonienne vont de pair avec une nouvelle critique de la pratique des sciences « à décoloniser ». On assiste effectivement de plus en plus à l’émergence de processus visant à rendre la pratique de l’expertise plus « démocratique ». Certaines institutions proposent ainsi explicitement de gérer collégialement l’environnement en intégrant d’autres formes de savoirs et d’attachements à la nature, comme les savoirs autochtones – kanaks en l’occurrence – ou citoyens.

Do sciences and expert assessment contribute to New Caledonia’s construction?
New Caledonia is a territory under negotiated decolonization where particularly strong issues get mixed up between mining activity and biodiversity hotspot’s conservation. This paper aims to describe how sciences and techniques have participated to compose New Caledonia first as a territory to master and manage and then as a territory to make autonomous and protect.
This proposition combines two specific theme-based approaches: fire and forests related knowledge and their progressive integration into the construction of the forest administration, on the one hand, mining sociotechnic controversies in New Caledonia and sciences mobilization history, on the other hand. Thus we propose to cross-reference our analyses through a rapid overview of territorial administrations building process (since the annexation in 1853 to the creation of Provinces, or “Provincialisation”, in 1988) in relation to mining concerns. Then, we will focus on the progressive integration of various scientific knowledge and expertise on the environment by Caledonian administrations in studying the controversies which result from it. Studying science and expertise practices enable us to take a fresh look at the territory’s history and French interests, but also to examine the manner in which it participates to construct this territory. These two movements of the Caledonian expertise go hand in hand with a new criticism of science practice “to decolonize”. Indeed we assist more and more to the emergence of processes aiming to make expertise more “democratic”. Thus, some institutions propose explicitly to manage the environment in a collegial manner including other forms of knowledge and engagement with nature, such as indigenous knowledge – kanaks knowledge as it happens – or citizen knowledge.

Rozenn N. Diallo (LAM – Sciences Po Bordeaux)

De la science vétérinaire à la biologie et à l’anthropologie du développement : évolution des savoirs et des pratiques de gouvernement de la conservation au Mozambique
Au Mozambique, depuis l’époque coloniale, les politiques de conservation sont passées d’une focale sur la faune autour de l’enjeu de la régulation de la chasse – à une focale sur la faune autour de l’enjeu du tourisme et du développement. L’accent sur la faune demeure donc, mais ses déclinaisons se sont transformées, à la faveur du conflit civil, du régime de l’aide internationale, et de la valorisation de nouveaux savoirs et pratiques de gouvernement.
La conservation, qui reposait essentiellement sur le corps des vétérinaires, repose ainsi depuis les années 1990 sur d’autres spécialités, comme la biologie et l’anthropologie du développement. Si les parcours académiques de l’élite de l’administration sont internationalisés depuis les années 1970, on passe concernant les savoirs de gouvernement d’une valorisation des savoirs vétérinaires à une mise en avant de techniques managériales pour la gestion de la biodiversité.
Cette communication analyse ainsi l’évolution de la diversification des spécialités valorisées dans le secteur de la conservation, en ce qu’elle illustre le processus de légitimation sociale et politique de nouveaux savoirs, en l’occurrence des savoirs d’experts, promus par des ONG internationales et des bailleurs de fonds – mais aussi, de plus en plus, par l’appareil de l’Etat. Je montrerai en particulier que si les savoirs de gouvernement changent formellement, les pratiques de gouvernement ont quant à elles tendance à perdurer.

From veterinary science to biology and the anthropology of development: evolution of government knowledge and practices in the Mozambican conservation sector
In Mozambique, since colonial time, conservation policies evolved from a focus on wildlife regarding the hunting regulation issue, to a focus on wildlife regarding the tourism and development issues. The emphasis is thus still put on wildlife, but its understanding and range have changed, because of the civil conflict, the international aid regime and the valorisation of new government knowledge and practices.
Conservation, which used to be based on the veterinary corps, has ever since the 1990s more to do with other disciplines, such as biology and the anthropology of development. If the academic trajectories of the administration elite is internationalised since the 1970s, the government knowledge have been profoundly transformed, from a focus on veterinary knowledge to an emphasis on managerial techniques for biodiversity management.
This paper analyses the evolution of the academic disciplines related to the conservation sector, which are more and more diversified, but also of the procedures that are valorised, for they illustrate the legitimating process of new social and political knowledge, namely expert knowledge, promoted by international donors and NGOs, but also by the state apparatus. In particular, I will show that even if the government knowledge formally changes, the government practices tend to remain the same.

Gabrielle Bouleau (IRSTEA), Caitriona Carter (IRSTEA)

Comment l’approche écosystémique reconfigure l’interface science/politique dans la planification stratégique de l’eau sur l’estuaire de la Gironde
La préservation des écosystèmes a été mise à l’agenda des politiques de l’eau en 1992, avec la conférence internationale de Dublin sur la gestion intégrée des ressources en eau et l’adoption en France d’une nouvelle loi sur l’eau. Elle a été réaffirmée avec la directive cadre européenne (DCE) de 2000. L’approche écosytémique rompt avec une conception de l’eau qui ne serait qu’une ressource pour des usages socio-économiques. Elle aborde l’eau comme un milieu naturel et partagé, dont les objectifs de gestion doivent être définis de manière concertée tout en préservant les habitats écologiques, notamment les zones humides. La délimitation de ces zones est un enjeu à l’interface entre la science et la politique. Pour étudier les éventuels changements introduits par l’approche écosystémique dans la planification de la gestion de l’eau, nous étudions cette interface science/politique à travers quatre processus (4A) : l’Acquisition de connaissances, leur Agrégation dans des instruments d’action publique, leur mobilisation dans l’Argumentation et les processus d’Accumulation de ces connaissances. A travers l’exemple du SAGE de l’estuaire de la Gironde, nous montrons l’incorporation de savoirs pédologiques puis leur progressive exclusion sous l’effet de la politisation. Mais ces connaissances s’accumulent néanmoins et sont recyclées dans la politique de prévention des risques.

How ecosystem approach recasts science-policy interface in strategic water planning. The case of the Gironde estuary
The Dublin conference on integrated water resource management and the French water law of 1992 promoted the ecosystem approach (EA) in water policies. The European water framework directive further reinforced it. EA differs from a utilitarian conception of water and conceptualizes water as a shared living system, which management objectives must be publicly defined, while preserving all ecological habitats, notably wetlands. We look at wetland boundary setting as both a political and scientific stake to assess whether EA induces changes in the government of nature. We focus our attention on four processes (4As) at the interface of science and policy: knowledge Acquisition, knowledge Aggregation in policy tools, knowledge Articulation in public decision and knowledge Accumulation. The case study of the Gironde estuary planning shows that new knowledge on soils were acquired and then politicized and discarded from the decision process. However this knowledge accumulated in bureaucracies and is recycled in risk policies.

Lundi 10 juillet 2017 13h30-17h30

BENVEGNU Nicolas nicolas.benvegnu@sciencespo.fr
BOULEAU Gabrielle gabrielle.bouleau@irstea.fr
BOURBLANC Magalie magalie.bourblanc@cirad.fr
CARTER Caitriona caitriona.carter@irstea.fr
CHAILLEUX Sébastien s.chailleux@gmail.com
DIALLO Rozenn N. r.nakanabo.diallo@sciencespobordeaux.fr
DUMARCHER Amélie amelie.dumarcher@gmail.com
FOUILLEUX Eve eve.fouilleux@cirad.fr
FOUNIS Yann yfournis@gmail.com
HOURCADE Renaud renaud.hourcade@yahoo.fr
GAIDET Nicolas nicolas.gaidet-drapier@cirad.fr
LE BOURHIS Jean-Pierre lebourhis@u-picardie.fr
MAYAUX Pierre-Louis pierre-louis.mayaux@cirad.fr
MERLIN Julien julien.merlin@outlook.com
SCHULTZ Emilien emilien.schultz@gmail.com
TOUSSAINT Marie marie.toussaint@live.fr