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ST 86

Ce que l’intersectionnalité fait aux pratiques militantes (et inversement)

What intersectionality does – or does not do – to activism

 

Section thématique portée par le Groupe AFSP « Engagements politiques »

Responsables scientifiques :

Clément Petitjean (UVSQ / PRINTEMPS) clement.petitjean@uvsq.fr
Julien Talpin (Université de Lille, CERAPS, UMR 8026) julien.talpin@univ-lille2.fr
Charlotte Thomas-Hébert (CESSP, UMR 8029) Charlotte.Thomas-Hebert1@etu.univ-paris1.fr

La section thématique regroupe des communications portant sur différentes formes d’engagement militant dans différents contextes nationaux et internationaux, mobilisant les méthodes d’enquête des sciences sociales mais aussi des perspectives de théorie politique. Elle s’organise autour de deux panels complémentaires.

Panel 1. Articuler les oppressions sans les hiérarchiser ?

Plusieurs travaux récents ont souligné les difficultés théoriques et pratiques à « représenter l’intersection » (Jaunait et Chauvin, 2012). La revendication d’une approche intersectionnelle se traduit-elle, en pratique, par une spécialisation des causes et une fragmentation des luttes ? Certaines priment-elles sur d’autres ? Comment l’impératif d’intersectionnalité que se donne les collectifs militants façonne-t-il la division du travail militant en leur sein ? De quelles formes de réflexivité et d’innovation pratique font preuve les organisations de mouvement social à cet égard ? En les inscrivant dans leurs contextes de production, les communications de ce panel reviendront sur les modalités selon lesquelles divers collectifs militants (féministes, syndicaux, antiracistes, défendant les demandeurs d’asile), à différentes époques et dans différents contextes nationaux, ont tenté de formuler des revendications d’une « représentation intersectionnelle » (Talpin, 2016).

Panel 2. Pratiques et répertoires d’action intersectionnels

Regroupant lui aussi des communications portant sur des objets aux inscriptions temporelles et spatiales diverses, un second panel mettra en lumière les formes d’organisation, les répertoires d’action concrets par lesquels militantes et militants donnent corps aux exigences de lutter contre des rapports de domination imbriqués, les solutions pratiques qu’ils mettent en œuvre comme les écueils auxquels il se heurtent. Dans quelle mesure la prise en compte de l’intersection de plusieurs formes d’oppression suppose-t-elle la mise en œuvre de pratiques militantes spécifiques (non-mixité, groupes affinitaires, etc.) ? Ce panel éclairera ainsi les formes que prend une intersectionnalité en acte et les processus d’empowerment qu’elle peut induire dans plusieurs sous-espaces militants (Germain et Larcher, 2018).

Ces deux panels panel seront également attentifs aux enjeux méthodologiques, s’intéressant aux conséquences de la reconnaissance, en termes d’accès au terrain ou de conduite des enquêtes, de la « réalisation située » des assignations des rapports sociaux de genre, de race et de classe (Mazouz 2015). À ce titre, le paradigme intersectionnel peut nourrir les méthodes d’enquêtes sur les mouvements sociaux, au-delà de la simple étude de ceux s’en revendiquant (Dunezat et Picot, 2017).

 

The session brings together papers focusing on various forms of activism in various national, cross-national and international contexts, adopting methodologies specific to social sciences and to political theory. The session revolves around two complementary panels.

Panel 1. Articulating oppressions without prioritizing them?

Recent works have highlighted the theoretical and practical difficulties in “representing the intersection” (Jaunait et Chauvin, 2012). Does claiming intersectionality necessarily result in splitting all causes and fragmenting the different political struggles? Are some deemed worthier than others? How does activists’ intersectional imperative shape the division of labor within their ranks? What types of reflexivity and practical innovation do social-movement organizations put forward? By anchoring them in their contexts of production, the papers will focus on the ways in which various activist groups (feminist, labor, antiracist, or immigrants’ rights groups), in different times and places, have attempted to make claims about a tentative “intersectional representation” (Talpin, 2016).

Panel 2. Intersectional repertoires of contention

In a similar vein, the second panel focuses on the forms of organization, the repertoires of contention through which activists give shape to calls for struggles against interlocked forms of oppression, looking at the actual solutions they implement as well as the obstacles they come up against. To what extent does the acknowledgment of various forms of oppression presuppose implementing specific activist practices (safe spaces, closed caucuses, closed meetings, affinity groups)? The panel will thus shed light on how intersectionality is produced and performed and whether it leads to further empowerment within activist subcultures (Germain and Larcher, 2018).

Both panels will also consider the methodological challenges researchers face – to enter the field or conduct fieldwork– when they acknowledge that social relations of race, class and gender are always imposed in concrete context (Mazouz 2015). The intersectional paradigm can indeed fuel scientific investigations and methodologies beyond groups and actors claiming it (Dunezat et Picot, 2017).

 

REFERENCES

BATTACHARYA, Tithi (dir.). Social Reproduction Theory: Remapping Class, Recentering Oppression. Londres, Pluto Press, 2017.

CRENSHAW, Kimberlé. « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex: A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, vol. 1989, 1989 p.139-167.

— « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur », Cahiers du Genre, vol. 39, n° 2, 2005, p. 51-82.

DUNEZAT, Xavier, et PICOT, Pauline. « Quand la catégorisation masque l’inégalité », Journal des anthropologues, vol. 150-151, 2017, p. 63-83.

GARCIA, Marie-Carmen. « Des féminismes aux prises avec l’‟intersectionnalité” : le mouvement Ni Putes Ni Soumises et le Collectif féministe du Mouvement des indigènes de la République », Cahiers du Genre, vol. 52, n° 1, p. 145-165.

GERMAIN, Félix, LARCHER, Silyane (dir.). Black French Women and the Struggle for Equality, 1848-2016. Lincoln : University of Nebraska Press, 2018.

HANCOCK, Ange-Marie. Intersectionality. An Intellectual History. Oxford, Oxford University Press, 2016.

HARPER, Elizabeth et KURTZMAN, Lyne. « Intersectionnalité : regards théoriques et usages en recherche et intervention féministes ». Nouvelles Pratiques Sociales, vol. 26, n° 2, 2014.

HOOKS, bell, Ain’t I A Woman: Black Women and Feminism. Cambridge, South End Press, 1981.

JACQUEMART, Alban, MASCLET, Camille. « Mixités et non-mixités dans les mouvements féministes des années 1968 en France », Clio, vol. 46, 2017, p. 221-247.

JAUNAIT, Alexandre, CHAUVIN, Sébastien. « Représenter l’intersection : les théories de l’intersectionnalité à l’épreuve des sciences sociales », Revue française de science politique, vol. 62, 2012, p. 5-20.

JAUNAIT, Alexandre, CHAUVIN, Sébastien. « L’intersectionnalité contre l’intersection », Raisons politiques, vol. 58, 2015, p. 55-74.

JUTEAU, Danielle. « Un paradigme féministe matérialiste de l’intersectionnalité », Cahiers du Genre, vol. hors-série 4, n° 3, 2016, pp. 129-149.

KERGOAT, Danièle. « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux », in Elsa Dorlin (dir.), Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination, Paris, Presses universitaires de France, 2009,p. 111-125.

LARCHER, Silyane. « « Nos vies sont politiques ! » L’afroféminisme en France ou la riposte des petites-filles de l’Empire », Participations, vol. 19, 2017, p. 97-127.

MAZOUZ, Sarah. « Faire des différences. Ce que l’ethnographie nous apprend sur l’articulation des modes pluriels d’assignation », Raisons politiques, vol. 58, 2015, p. 75-89.

TALPIN, Julien. Community organizing : De l’émeute à l’alliance des classes populaires. Paris : Raisons d’agir, 2016.

TAYLOR, Keeanga-Yamahtta. Black Lives Matter : Le renouveau de la révolte noire américaine. Marseille : Agone, 2017a.

TAYLOR, Keeanga-Yamahtta (dir.). How We Get Free: Black Feminism and the Combahee River Collective. Chicago, Haymarket Books, 2017b.

Axe 1 / Articuler les oppressions sans les hiérarchiser ? Divisions du travail militant et réflexivité organisationnelle

Discutante : Eléonore Lépinard (Université de Lausanne)

Cécile Talbot (Université de Lille / CERAPS), L’impensé blanc du féminisme français : mécanismes d’évitement de la race au sein d’un réseau d’associations féministes
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Montserrat Emperador Badimon (Université Lumière Lyon 2 / Triangle), L’impensé racial (et linguistique) de l’approche féministe du militantisme au sein de la PAH à Barcelone
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Estelle Fisson (Université Lumière Lyon 2 / Triangle), Ce que l’intersectionnalité et l’homosexualité font au syndicalisme : sociologie du croisement improbable de deux mouvements

Xavier Dunezat (CRESSPA / URMIS), La division du travail militant au prisme du cadre intersectionnel
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Khaoula Zoghlami (Université de Montréal), Perspective intersectionnelle de la représentation politique : le cas du mouvement antiraciste au Québec
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Axe 2 / Des répertoires intersectionnels ? Comment l’intersectionnalité façonne les pratiques militantes

Discutante : Silyane Larcher (CNRS/URMIS)

Mathieu Hocquelet (Céreq Marseille), De l’intersectionnalité des luttes à une lutte intersectionnelle ? Fight for $15 et l’organisation des employé.e.s à bas salaires dans le Sud des Etats-Unis
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Sebastiano Cesaro (Université Paris 8 / LEGS), Une production intersectionnelle de la vérité : pratiques et politiques d’octroi de ressources associatives dans le cadre de demandes d’« asile LGBT »
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Jules Falquet (Université Paris Diderot / LCSP-CEDREF), Les conditions complexes d’une militance intersectionnelle : réflexions à partir d’Amérique latine

Vincent Bollenot (Université Paris 1 / SIRICE), Une intersectionnalité avant l’heure ? Les mobilisations anti-impérialistes en France pendant l’entre-deux-guerres
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Sophie Noyé (Université Paris Est Marne la Vallée), Intersectionnalité et coalition politique
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BOLLENOT Vincent vincent.bollenot@hotmail.fr

CESARO Sebastiano sebastiano.cesaro@gmail.com

DUNEZAT Xavier dunezat.xavier@wanadoo.fr

EMPERADOR BADIMON Montserrat montserrat.emperadorbadimon@univ-lyon2.fr

FALQUET Jules jules.falquet@univ-paris-diderot.fr

FISSON Estelle estelle.fisson@gmail.com

HOCQUELET Mathieu mathocquelet@aol.com

LARCHER Silyane silyane.larcher@cnrs.fr

LÉPINARD Eléonore eleonore.lepinard@unil.ch

NOYÉ Sophie sophie.muceli@gmail.com

PETITJEAN Clément clement.petitjean@uvsq.fr

TALBOT Cécile talbotcecile@gmail.com

TALPIN Julien julien.talpin@univ-lille.fr

THOMAS-HEBERT Charlotte charlotte.Thomas-Hebert1@etu.univ-paris1.fr

ZOGHLAMI Khaoula khaoula.zg@gmail.com