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ST 34

Les négociations internationales en temps de crises

International negotiations in times of crisis

 

Responsables scientifiques :

Milena Dieckhoff (Université Clermont Auvergne) milena.dieckhoff@uca.fr
Carola Klöck (Sciences Po Paris carola.kloeck@sciencespo.fr

 

Bien que moins médiatisée que les conflits et les différends, la négociation est une activité sociale internationale ordinaire et repérer une thématique sur laquelle on ne négocie pas sur la scène internationale relève de la gageure. Entendue comme une “négociation tissée, de par les acteurs ou les espaces qu’elle met en relation, hors d’un cadre strictement national” (Albaret et Dieckhoff, 2020), la négociation internationale est donc marquée à la fois par la diversité des thématiques négociées, mais aussi par la multiplicité des acteurs engagés dans cette pratique et par la variété des arènes et techniques de négociations.

Malgré le caractère ordinaire des négociations internationales, il est courant de les considérer comme étant “en crise”. Cette expression renvoie tout autant à l’idée que les négociations portent sur des situations qualifiées de “crises” (comme le dérèglement climatique, la perte de la biodiversité, ou les conflits armés) qu’à celle d’une incapacité apparente à s’accorder sur des mécanismes d’action collective dans un contexte donné (telle la réponse au Covid-19) ou à traiter, par les négociations, de grands enjeux internationaux (comme, par exemple, les règles du jeu en matière commerciale).

Le but de cette section thématique est de questionner les négociations à l’aune de la “crise” non pas pour considérer qu’elles sont dysfonctionnelles en elles-mêmes (ce qui reviendrait à considérer qu’il y aurait un état optimal de négociations à rechercher), mais pour comprendre ce que les “crises” entendues comme “une catégorie pratique, un enjeu et une contrainte (lorsque la qualification sociale se durcit ou qu’il s’agit de la durcir)” (Ambrosetti et Buchet de Neuilly, 2009) font à la négociation et réciproquement. Plus précisément, à quelles définitions et à quels cadrages des crises mènent les processus de négociations ? De quelle manière la pratique de la négociation internationale est-elle modifiée quand le contexte dans lequel elle se déploie est considéré et perçu comme étant en “crise” ? Comment la négociation résout-elle ou contribue-t-elle à ces “crises” ?

Ces questionnements sont abordés par l’étude de deux contextes particuliers qui amènent à réfléchir, selon des perspectives différentes mais complémentaires, aux négociations en temps de “crises” :

  • La première dimension interroge les négociations internationales liées à la “crise” environnementale. Il s’agit de comprendre comment les acteurs variés qui se saisissent de cette thématique négocient cette “crise”, c’est-à-dire à la fois comment ils la définissent et quels en sont les effets sur le processus de négociations. Comment s’articule le lien entre la perception d’une “crise” environnementale – comprenant implicitement une idée d’urgence à négocier – et le constat que des négociations internationales sur l’environnement se déroulent depuis plusieurs décennies, ce qui peut induire des formes de routinisation des négociations ?
  • La deuxième dimension questionne la manière dont une “crise” sanitaire, liée à la pandémie de Covid-19, apparue de manière très soudaine, a modifié les pratiques de négociations et de la diplomatie, à l’échelle nationale ou multilatérale, notamment du fait du passage en mode “distanciel”. Quel impact a eu le report des négociations et leur basculement en mode virtuel sur les pratiques diplomatiques ? Comment les négociations et consultations virtuelles ont-elles influencé et changé les modes d’observer, d’analyser et d’étudier ces négociations ? Le distanciel a-t-il réellement ouvert la négociation au grand public, à travers le streaming et l’accès via internet ?

Si les démarches méthodologiques pour aborder ces questions peuvent être variées, de même que les cas d’études mobilisés, il est attendu que les contributions mettent véritablement au cœur de leurs analyses et de leurs réflexions l’objet “négociation”, pour rendre compte de manière fine des situations d’interactions négociées en temps de “crises”.

 

Negotiating is an ordinary social activity at the international level – even if the media pay less attention to negotiations than to conflicts or disputes. Finding an issue on which there are no international negotiations is difficult if not impossible. Despite their ordinary character, international negotiations are typically considered to be “in crisis”. This is mainly due to the apparent impossibility of agreeing to mechanisms of collective action, or of putting into action any negotiated agreement.

This thematic section seeks to examine negotiations in light of the “crisis” to understand what “crises” do to negotiations, and vice-versa, whereby we understand crises as “a practical category, a challenge and a constraint” – when a situation starts to be perceived as, or framed as, a crisis (Ambrosetti et Buchet de Neuilly, 2009). In particular, what definitions and what framings of crises do negotiation processes create? How do negotiation practices change when negotiations take place in a context of crisis, whether real or perceived? How do negotiation processes solve, or contribute to, these “crises”?

To address these questions, the thematic section focuses on two specific dimensions that help us reflect and explore these negotiations in times of “crisis” from different but complementary perspectives:

  • The first dimension investigates international negotiations related to the environmental “crisis”. How do the diverse actors that are active on environmental issues negotiate this “crisis”? How do they define it? How do these different definitions and framings affect and shape the negotiation processes? What is the relationship between the perception of an environmental “crisis” on the one hand – which conveys at least implicitly the idea of urgency, vis-à-vis for example the effects of climate change or biodiversity loss – and the fact that international environmental negotiations have been going on for decades on the other – which may induce certain forms of routinisation?
  • The second dimension examines the ways in which the health “crisis” of the covid-19 pandemic, which appeared very suddenly, changed negotiation and diplomatic practices, at the national or international level, notably because of the shift to a “virtual” or online format. What is the effect of postponing negotiations, shifting them to online formats or replacing them by virtual and informal ‘consultations’ (that lack decision-making power) on diplomatic practices? How have online negotiations and consultations affected and changed the ways in which we observe, analyse and study these negotiations? Has the online format really opened up negotiations to the general public, via streaming and internet access?

We invite contributions to this thematic section that use a diversity of methods and approaches, and that examine a variety of case studies, in English or in French. However, contributions should really put at the centre of their analysis and reflection the object of “negotiation”, so as to give full account of negotiated interactions in times of “crisis”/”crises”.

  

Références / References

Albaret, Mélanie, et Dieckhoff, Milena, « Introduction : Analyser les trames des négociations internationales », Négociations, 2020/2, n°34, p.9-16.

Ambrosetti, David et Buchet de Neuilly, Yves, « Les organisations internationales au cœur des crises », Cultures & Conflits, 75, 2009, p.7-14.

Présidence : Milena Dieckhoff (Université Clermont Auvergne, Centre Michel de l’Hospital) et Carola Klöck (Sciences Po Paris, Centre de Recherches internationales, CERI)

Discutant : Adrien Estève (Centre de Recherches internationales, CERI ; Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire, IRSEM)

Mélanie Albaret (Université Clermont Auvergne, Centre Michel de l’Hospital) et Kari De Pryck (Institute for Advanced Sustainability Studies ; Centre de Recherches internationales, CERI), Good morning, good afternoon and good evening, wherever you are!’ Pratiques de négociations internationales à distance

Hong Khanh Dang et Thomas Meszaros (Université Jean Moulin Lyon 3, Institut international pour la Francophonie), Les transformations de la pratique de la négociation internationale dans l’espace francophone pendant la période de la pandémie de Covid-19

Yi Hyun Kang, Maxime Gaborit et Amandine Orsini (Université Saint-Louis de Bruxelles, Centre de recherche en science politique), The profiles, networks and mobilization strategies of youth actors at UNFCCC COP26

Jeane Silva de Freitas, Andrea Quirino Steiner et Marcelo de Almeida Medeiros (Federal University of Pernambuco, Brésil ; département de science politique), International crises, the environment and food security: A case study of Brazil-PALOP negotiations

ALBARET Mélanie melanie.albaret@uca.fr

DANG Hong Khanh hong-khanh.dang@univ-lyon3.fr

DE ALMEIDA MEDEIROS Marcelo marcelo.medeiros@ufpe.br

DE FREITAS Jeane Silva jdinha.freitas@gmail.com

DE PRYCK Kari karidepryck@gmail.com

DIECKHOFF Milena milena.dieckhoff@uca.fr

ESTEVE Adrien adrien.esteve@sciencespo.fr

GABORIT Maxime maxime.gaborit@usaintlouis.be

KANG Yi Hyun yihyun.kang@usaintlouis.be

KLOECK Carola carola.kloeck@sciencespo.fr

MESZAROS Thomas thomas.meszaros@univ-lyon3.fr

ORSINI Amandine amandine.orsini@usaintlouis.be

QUIRINO STEINER Andrea andrea.steiner@ufpe.br