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ST 52

Sociologie des politiques économiques internationales

Sociology of International Economic Policies

 

Responsables scientifiques :

Pierre Alayrac (EHESS) pierre.alayrac@ehess.fr
Félix Boilève (Mines ParisTech) felix.boileve@mines-paristech.fr
Vincent Gayon (Université Dauphine, Université Paris Dauphine) vincent.gayon@dauphine.fr
Romain Lecler (Université du Québec, Montréal) lecler.romain@uqam.ca

Cette section thématique propose un chantier de réflexion pour une sociologie des politiques économiques internationales. En proposant des cadres d’analyse très généraux de « l’ordre économique international », la majeure partie des travaux d’économie politique internationale (EPI) n’enquêtent que de manière assez aérienne sur les politiques économiques internationales et se révèlent souvent assez frustrants du point de vue d’une sociologie de l’action et des problèmes publics. Si cette dernière accorde depuis quelques années une place croissante aux politiques économiques, la dimension internationale est encore rarement au cœur de la réflexion. Sur la base d’enquêtes de première main, il apparaît alors opportun, dans le cadre de cette section thématique, tout à la fois de faire porter davantage l’attention sur la dimension internationale des politiques économiques, sans toutefois la déconnecter ou l’autonomiser a priori des phénomènes « nationaux » ou « locaux », et de réanimer un dialogue avec les travaux classiques ou plus contemporains d’EPI.

Par « politiques économiques internationales », le sens commun (étatique) entend en priorité celles qui ont trait aux secteurs de la finance et des devises, de l’industrie et du commerce international et qui ont constitués les terres d’élection de l’EPI : la monnaie, les armes, les savoirs techniques et scientifiques (brevets notamment) mais aussi les matières premières comme le pétrole sont saisis comme les fondements inégalement distribués de la puissance des États. Dans la continuité d’une réflexion entamée à l’AFSP en 2013 sur les politiques économiques, peuvent être ajoutées à cette liste tous les processus internationaux d’ « économicisation » (chiffrage, ranking, scoring, benchmarking, mise en marché, etc.) dans les secteurs aussi variés que l’environnement, la santé, la culture, le social, etc. Pour tous les objets abordés, l’analyse et la discussion porteront sur l’élaboration et la conduite de ces politiques économiques internationales.

Il s’agira d’abord de comprendre quelles institutions et quels acteurs participent concrètement à ces processus, pour ce qui est de leur « conception », de leur « mise en œuvre », de leur « expérimentation » ou de leur « évaluation » mais aussi, en amont ou en aval, de leur « formulation » doctrinale sous forme d’idées, de savoirs ou d’expertises. La section thématique appelle donc des travaux s’intéressant à l’élaboration des politiques économiques au sein des organisations internationales (OI) telles que le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, l’OCDE, la CNUCED, l’OIT, la FAO, etc. – et des institutions européennes (Commission européenne, la BCE, etc.)

En analysant l’histoire et la sociologie du personnel et des doctrines des secrétariats et de leur comité de travail intégrant les délégations nationales ainsi que leurs évolutions, ils pourront par exemple interroger leur pouvoir de définition et de légitimation des politiques économiques internationales. De même, à travers l’étude de la production de leur réglementation et/ou de leur expertise, les travaux réunis pourront souligner le rôle des savoirs pratiques (diplomatiques, institutionnels) de leur personnel par exemple dans la mise en forme symbolique de l’action envisagée comme dans la capacité à construire des alliances avec d’autres secteurs sociaux ou à résister face à d’autres – qu’il s’agisse de groupes d’intérêts, de réseaux d’experts, de mouvements sociaux ou de certains groupes professionnels. Les formes de division du travail, de concurrence ou de légitimations croisées qui caractérisent ces organisations internationales, pourront ainsi s’étudier en actes et dans leurs effets concrets.

Si les OI sont des enceintes qui s’imposent à l’étude sociologiques des politiques économiques internationales, d’autres arènes, qui peuvent d’ailleurs leur être en partie liées, méritent attention, par exemple les négociations bi- ou multilatérales se passant d’un secrétariat dédié, dans la mise sur pied d’un traité, d’un accord commercial, ou d’un contrat (TAFTA, vente d’une centrale nucléaire, entre autres). Il pourrait aussi s’agir de politiques économiques internationales définies au niveau d’administrations étatiques, ou bien infra-étatiques, comme par exemple dans le cas de logiques de coopération ou d’aide au développement transfrontalières impliquant par exemple des collectivités territoriales ou des firmes. L’élaboration de ces politiques pourrait également être étudiée au sein d’ONG internationales ou de mouvements internationaux qui contestent certaines politiques hégémoniques (mouvements altermondialisations, pour la justice globale, contre la pauvreté, etc.), ou encore au sein des entreprises (agences de consulting et de notation, cabinets d’avocat internationaux, banques internationales).

La ST pourra s’articuler selon les deux problématiques suivantes :

1- Comment les politiques économiques internationales sont-elles élaborées ? Quels professionnels les façonnent et quels acteurs ces politiques enrôlent-elles ? Quels en sont les modèles opérationnels de prédilection (agentification, autorégulation, certification), quels savoirs et techniques spécifiques ou génériques (NPM) mobilisent-elles ?

2- Une seconde voie de réflexion consisterait à focaliser l’attention sur les articulations entre politiques économiques nationales et internationales, mais aussi entre OI : prolongement, découplage, diffusion et exportation, expérimentation, contradiction ou résistance, réappropriation, traduction, usage stratégique

 

This thematic panel emphasizes sociological perspectives on international economic policies. By framing the « international economic order » in very general terms, most of the International Political Economy (IPE) literature overlooks international economic policies, being often quite frustrating as seen from the vantage point of the sociology of public policies and public matters. Meanwhile, although the latter has increasingly focused on economic policies in the past few years, the international dimension of such policies has remained quite understudied. Therefore, to build our panel discussions, we expect to gather papers that are based on a firsthand research and pay a great attention to the international dimension of economic policies without, however, disconnecting it from « national » or « local » realities. Therefore, we hope to revive a dialogue between the political sociology perspective and classical or even more contemporary IPE works.

« International economic policies » generally refer (the State in particular do so) to those related to international finance or currencies, to international trade and industries, that have been the main jurisdiction of the IPE literature: money, weapons, technical and scientific knowledge (patents in particular) but also raw materials such as oil are at the core of the unequal distribution of power among nation-states. To follow up on a session on economic policies in a previous AFSP Congress, we recommend that a wide range of international “economization” processes (encryption, ranking, scoring, benchmarking, marketing, etc.) should be considered as well in various domains such as the environment, health, cultural and social sectors, etc. In each case, the analysis and the discussion will focus on how these international economic policies are shaped and implemented.

First, we have to understand which institutions and which actors actually take part to their « conception », their « implementation », their « experimentation » or their « evaluation » but also, beforehand or afterwards, to their conceptual « framing » through ideas, knowledge or expertise. Therefore, the thematic panel calls for work on the making of economic policies within international organizations (IOs) such as the IMF, the World Bank, the WTO, the OECD, the UNCTAD, the ILO, the FAO, etc. – and the European institutions (the European Commission, the ECB, etc.). Through the historical and sociological account of their staff, of the doctrines their secretariats promoted, along their working committees and across national delegations, by assessing their evolution, these works could question, for example, their power to define and legitimize specific sets of international economic policies.

Likewise, by studying how their rules and/or their expertise are constructed, these works may highlight the importance of empirical (diplomatic, institutional) knowledge among their staff, especially in its symbolic dimension, for example when they build alliances with other social sectors or, on the contrary, when they stand up against other groups – be they lobbyists, networks of experts, social movements or professional communities. The division of labor, competition or cross-legitimization defining these international organizations can thus be studied in empirical terms, through their very effects.

While IOs are obvious institutions for the sociological study of international economic policies, other arenas, which may be partly related to them, deserve attention, for example bilateral or multilateral treaties without a dedicated secretariat, trade agreements and business deals (e.g. TAFTA, the sale of a nuclear power station, etc.). International economic policies can also be defined at the level of state or infra-state administrations, as in the case of some cross-border cooperation and development involving for example local authorities and firms. The shaping of these policies could also be studied within international NGOs or transnational networks challenging certain hegemonic policies (anti-globalization, global justice, anti-poverty movements, etc.), or within companies (consulting and rating agencies, international law firms and banks).

The thematic panel will focus on the two following puzzles:

1- How international economic policies are shaped? Which actors build them and take part to such a process? Which implementing models (agencies, self-regulation, certification), which knowledge and which techniques -whether general or more specific (e.g. NPM)- are the most favored?
2- We will also question the different ways national and international economic policies intersect: extending, decoupling, spreading and exporting, experimenting, contradicting or resisting, reclaiming, translating, instrumentalizing?

 

REFERENCES

– Colin Hay et Andy Smith (dir.), Dictionnaire d’économie politique. Capitalisme, Institutions, Pouvoir, Presses de Science Po, 2018

– Antoine Mégie et Antoine Vauchez (dir.), Dossier « Introduction. Crise, crises et crisologie européenne », Politique européenne, 44/2, 2014.

– Wolfram Kaiser, Johan Schot, Writing the Rules for Europe. Experts, Cartels, and International Organizations, Palgrave Macmillan, 2014.

– Laurent Bonelli et Laurent Jeanpierre (dir.), Dossier « ‪Terrains économiques. L’économie, l’international et la sociologie », Cultures & Conflits, 108/4, 2017.

– Vincent Gayon et Benjamin Lemoine (dir.), Dossier « Pédagogie économique », Genèses, 93/4, 2013.

– Brigitte Gaïti, Vincent Gayon et Benjamin Lemoine (dir.), Dossier « Mise en ordre de l’économie », Politix, 27/105, 2014.

– Dossier « La (dé)politisation des organisations internationales », Critique internationale, vol. 76, no. 3, 2017, pp. 5-6.

– Tamara Kay, NAFTA and the Politics of Labour Transnationalism, Cambridge University Press, 2011.

– Marion Fourcade‐Gourinchas et Sarah L. Babb, “The Rebirth of the Liberal Creed: Paths to Neoliberalism in Four Countries”, American Journal of Sociology, 108/3, 2002.

Axe 1 / Sociologie des organisations économiques internationales

Président : Pierre Alayrac
Discutants : Isaline Bergamaschi, Vincent Gayon et Romain Lecler

Constantin Brissaud (Université de Strasbourg), Rigueur statistique et excellence morale : les comptes de santé OCDE, entre enrôlement des États et concurrences métrologiques internationales

Félix Boilève (Mines ParisTech), La fabrique de l’international dans les politiques économiques de la Banque mondiale

Sidy Cissokho (University of Edinburgh), Les écrits ordinaires de la Banque mondiale. Réflexions sur la fabrique d’une politique économique au ras du sol

Axe 2 / L’élaboration des politiques économiques internationales

Président : Felix Boilève
Discutants : Isaline Bergamaschi, Vincent Gayon et Romain Lecler

Pierre Pénet (Université de Genève), La fabrique de l’austérité : réseaux d’acteurs et ignorance stratégique

Aykız Doğan (Université Paris-1 Panthéon Sorbonne), A comparison of the Soviet and American expertise in the formation of the new Turkish State’s economic policies

Raisa Mulatinho Simoes (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), Élaboration multi-échelle des politiques de propriété intellectuelle pour l’usage économique des ressources génétiques et connaissances traditionnelles

Pierre Alayrac (EHESS), La résistible économicisation de l’administration communautaire européenne (de 1952 à nos jours)

ALAYRAC Pierre pierre.alayrac@ehess.fr

BOILEVE Félix felix.boileve@mines-paristech.fr

BRISSAUD Constantin cbrissaud@gmail.com

CISSOKHO Sidy sidy.cissokho@hotmail.fr

DOGAN Aykız ayykiz@gmail.com

GAYON Vincent vincent.gayon@dauphine.fr

LECLER Romain lecler.romain@uqam.ca

PENET Pierre penetpp@gmail.com

SIMOES Raisa Mulatinho simoes.raisa@gmail.com