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Les publics précaires dans les associations : dynamiques politiques et rapport à l’action sociale

Precarious and Poor Publics within Associations: Political Dynamics and Relation to Social Policy

Responsables scientifiques
Charlotte Dolez (Université Catholique de Louvain) charlotte.dolez@uclouvain.be
Florence Haegel (Sciences Po, CEE) florence.haegel@sciencespo.fr

Cette section thématique souhaite aborder la question du rapport au politique et aux politiques publiques de populations en situation de pauvreté et précarité dans le cadre associatif.
Cette thématique s’inscrit dans une réflexion plus générale sur les effets politiques de la crise économique. La crise financière et économique, en effet, conduit à l’augmentation des inégalités, à la restriction des dépenses d’aide et de protection sociales et, pour certains à une croissante dualisation des sociétés européennes (Emmenegger et al., 2012). En France, par exemple, le taux de pauvreté (au seuil de 60% du revenu médian), en 2013, s’établit à environ 14% de la population (INSEE), en progression depuis 2008 (cf. l’Observatoire des inégalités).
Les populations en situation de pauvreté et/ou précarité sont, depuis longtemps décrites dans la littérature comme peu compétentes, peu intéressées par la politique, peu engagées voire déconnectées du champ politique. Le manque de ressources constitue de puissants obstacles à la participation politique et civique de ces populations, et les inégalités socio-économiques se traduisent par des différentiels de participation aux Etats-Unis comme en Europe même si des conditions difficiles peuvent parfois mener à des mouvements de révolte et de protestation sociale. L’augmentation dans les années 1980 de « la nouvelle pauvreté » et de la précarité a nourri des travaux sur les effets notamment sociaux de la privation d’un travail stable et la disqualification sociale que ces situations impliquent (Paugam, 2005, 2009). Si le constat de démobilisation est prégnant, d’autres travaux insistent cependant sur la variété de formes que peut prendre leur rapport au politique (Braconnier et Mayer, 2015) notamment parce que cette population n’est pas homogène et que les trajectoires sociales sont centrales pour rendre compte de la relation au politique.
Ce projet de section thématique prend acte du rôle majeur pris par le tissu associatif dans la prise en charge de ces populations dans les divers contextes nationaux. Cela tient notamment au fait que « bien avant que l’Etat ne s’en préoccupe, les phénomènes de pauvreté, d’indigence, de marginalité et de déviance sous toutes leurs formes ont suscité des initiatives, de la part de groupes caritatifs ou confessionnels pour les plus anciennes et, dès le début du XIXè siècle, de mouvements philanthropiques » (Lafore, 2010, p.64). Or, si la littérature a largement discuté du rôle des associations, à la fois comme acteur majeur de la vitalité démocratique d’un pays, mais aussi comme agent de socialisation, voire vecteurs d’engagement (Putnam, 2000; Eliasoph 2010 (1998) ; Hamidi, 2010), la question spécifique du rôle des associations d’action sociale vis-à-vis de leurs publics mérite une attention particulière à cause de leur isolement social qui rend encore plus décisifs les liens de sociabilité qu’offre le cadre associatif, des liens de services qui caractérisent la relation accompagnés/ accompagnants et qui peuvent créer une forme de dépendance susceptibles d’entraver des logiques d’ émancipation, etc.
Dès lors, il nous semble essentiel de souligner l’apport d’une approche attentive aux expériences sociales et aux interactions au sein même des associations. Les travaux récents de Nina Eliasoph (Eliasoph, 2011) témoignent de l’intérêt à prendre en compte les relations qui se nouent entre les bénéficiaires, les salariés et les bénévoles. Cette perspective est d’autant plus pertinente que d’un côté, le monde associatif a été marqué par des formes de professionnalisation avivant les rapports de pouvoir qui s’y nouent entre salariés et bénévoles (Hély, Simonet 2012) et que d’autre part, les associations se trouvent confrontées à des injonctions venant des politiques publiques : injonction à autonomiser leurs bénéficiaires (Duvoux, 2009, 2012) et injonction parfois à les faire participer, à les consulter (c’est par exemple, le cas de la loi du 2 janvier 2002 en France).
Enfin, une raison plus pragmatique préside au choix d’entrer par les associations. Celles-ci se révèlent être un moyen d’accès pertinent à ces populations qu’il serait peut-être difficile d’approcher autrement, en raison de leur faible présence dans l’espace public. Ceci dit, l’approche des publics précaires au travers des associations n’est pas sans conséquence sur le type de populations qu’on y trouve (en particulier, les jeunes semblent moins facilement approchables par ce biais).

Plus précisément, deux axes majeurs nous apparaissent pertinents pour rendre compte du rapport au politique de ces populations dans le cadre associatif : les dynamiques de socialisation et d’engagement ainsi que le rapport à l’action sociale.
Le premier axe cherche à examiner comment le lieu associatif peut favoriser ou freiner des dynamiques de socialisation politique, d’engagement, voire de mobilisation dans le cas des populations vivant des situations de pauvreté et/ou précarité. Cet examen doit d’abord reposer sur la compréhension de ces mécanismes, au regard des caractéristiques des lieux associatifs. Ces caractéristiques peuvent ainsi faire varier la place du politique, en fonction des buts affichés de l’association, de ses membres, de sa taille, de son histoire, de son emplacement. A côté de structures de type de community organizing (Talpin, 2016) qui ont promu (et souvent contribué à diffuser) des logiques d’empowerment – ce terme dissimulant, d’ailleurs, des projets très variés (Bacqué et Biewener, 2013)- coexistent d’autres organisations issues d’une matrice catholique et caritative, plus ambivalentes face à l’injonction de participation. Dès lors, en confrontant des travaux sur des pays marqués par des politiques publiques différentes en matière d’action sociale et par des cultures associatives spécifiques et en prenant en compte également des types variables d’associations , la section thématique pourra s’engager dans un travail comparatif.
Le deuxième axe s’intéresse au rapport de ces populations à l’action publique, et plus particulièrement aux dispositifs d’action sociale médiatisés par l’association. En effet, les associations sont des intermédiaires voire des acteurs majeurs de la mise en œuvre des politiques sociales et de l’accompagnement de ces populations dans les démarches (Lafore, 2010). La perspective du policy feedback (Pierson, 1993; Mettler, Soss, 2004) nous aide en ce sens à comprendre et examiner les effets de l’action publique sur les citoyens en termes de participation politique et d’identification collective. La nature des dispositifs d’aide peut ainsi favoriser l’engagement ou le sentiment de stigmatisation des bénéficiaires (Campbell, 2003). Les expériences concrètes de confrontation de ces populations aux démarches d’action sociale et d’interactions avec les autres bénéficiaires, salariés et bénévoles permettent alors d’interroger leurs perceptions issues d’une « relation d’assistance » (Paugam et Duvoux, 2008), dans un contexte de politiques publiques caractérisé par un passage d’une logique de « welfare » à une logique de « workfare » fondée sur des incitations au retour au travail (Palier, 2008) ainsi que par un processus d’individualisation des politiques sociales. L’enjeu de cet axe est donc d’approfondir la compréhension des implications des politiques sociales sur la vision de la stratification sociale par les bénéficiaires et sur la construction de leur statut et identité sociale.

This panel deals with the ways underprivileged and poor people relate to politics and public policy within associations and non-profits.
This topic is part of a broader exploration about the political effects of the economic crisis. People who experience poverty and/or precariousness have long been considered in the literature as being little competent, little interested in politics, less participative even if social protests and mobilizations can occur in some conditions. Some recent works however showed how varied can be their relationship to politics (Braconnier et Mayer, 2015), especially because this population is not homogeneous and because social trajectories are fundamental to understand how people relate to politics.
Moreover, the rise in the 1980’s of the « new poverty » has generated some works about the social effects of the lack of a stable job and of the social disqualification implied by these situations (Paugam, 2005, 2009). The economic crisis has an impact on the rise of inequalities and of the restrictions in social aid and welfare spending. These effects are combined with, on the one hand, the spread of an injunction to participate and of discourses advocating empowerment (Bacqué and Biewener, 2013) and, on the other hand, with the rise of policies advocating more autonomy for the recipients of social aid (Duvoux, 2009, 2012). Regarding these evolutions, we are interested in analysing empirically the tensions between participation and dependence in the framework of associations and public policies.
More precisely speaking, this panel will focus on associations by assessing their major (and ancient) role in taking care of these populations in varied national contexts. The literature has extensively discussed the role of associations as major actors of the democratic vitality and agents of socialization and even involvement as well (Putnam 2000; Eliasoph 2010 (1998) ; Hamidi, 2010). Addressing the specific question of the role of charities towards their members is highly relevant because of the social isolation of members and their need of social links and also because the relationship between recipients and volunteers or employees is based on service providing and can thus lead to a kind of dependence that would not favour empowerment (Eliasoph, 2011).
This call for papers focuses on two major discussion topics.
The first one aims to examine how the association can favour or not dynamics of political socialization, empowerment, involvement and even mobilisation in the case of population experiencing poverty and/or precariousness. We will draw special attention to social linkages as well as service providing which characterized the relation between recipients and volunteers to better understand the favourable configurations for participation and empowerment.
The second one aims to grasp the perceptions of these populations about the social action they can benefit from within the associations. Indeed, associations are major actors in the social policy implementation. This focus will enable us to gain a better understanding of the effects for the recipients of the changes in social policies (workfare, individualization, responsibilisation…) from the policy feedback perspective (Pierson, 1993; Mettler, Soss, 2004) and especially to examine how being supported by an association and the interactions that take place there can shape the perceptions of the members about the world and the society.

REFERENCES

Bacqué M-H, Biewener C, L’empowerment, une pratique émancipatrice, Paris, La découverte, 2013.
Braconnier C, Mayer N dir., Les inaudibles. Sociologie politique des précaires, Paris, Presses de Sciences Po, 2015.
Campbell A L, How policies make citizens: Senior political activism and the American Welfare State, Princeton, NJ, Princeton University Press, 2003.
Duvoux N, L’autonomie des assistés. Sociologie des politiques d’insertion, PUF, Paris, 2009.
Duvoux N, Le nouvel âge de la solidarité. Pauvreté, précarité et politiques publiques, Paris, Seuil, 2012.
Eliasoph N, L’évitement du politique. Comment les Américains produisent de l’apathie dans la vie quotidienne, Paris, Economica, 2010 [1998].
Eliasoph N, Making Volunters. Civic Life after Welfare’s end, Princeton, Princeton University Press, 2011
Emmenegger P, Häusermann S, Palier B, Seeleib-Kaiser M dir., The Age of Dualization: The Changing Face of Inequality in De-industrializing Societies, New York,Oxford University Press, 2012.
Hamidi C, La société civile dans les cités. Engagement associatif et politisation dans les associations de quartiers, Paris, Economica, 2010.
Hély M, Simonet M, Le travail associatif, Nanterre, Presses universitaires de Paris Ouest, 2012.
Lafore R, « Le rôle des associations dans la mise en œuvre des politiques d’action sociale », Informations sociales, 2010/6, n°162, p.64-71.
Mettler S, Soss J, « The consequences of public policy for democratic citizenship: bridging policy studies and mass politics », Perspective on politics, vol.2, n°1, 2004, p. 55-73.
Palier B, « Du welfare au workfare : les transformations des politiques de lutte contre la pauvreté », Regards croisés sur l’économie, 2008/2, n° 4, p.162-168.
Paugam S, Les formes élémentaires de la pauvreté, Paris, PUF, 2005.
Paugam S, La disqualification sociale. Essai sur la nouvelle pauvreté, Paris, PUF, 2009.
Paugam S, Duvoux N, La régulation des pauvres. Du RMI au RSA,
Paris, PUF, 2008.
Pierson P, « When Effect Becomes Cause: Policy Feedback and Political Change », World Politics, 45 (July), 1993, p.595-628.
Putnam R, Bowling Alone. The collapse and revival of American community, New York, Simon and Schuster, 2000.
Talpin J, Community Organizing. De l’émeute à l’alliance des classes populaires aux Etats-Unis, Paris, Raisons d’agir, 2016.

INTRODUCTION par les co-responsables

Axe 1 / Dynamiques de socialisation politique, d’engagement, de mobilisation et interactions entre les bénévoles et les bénéficiaires au sein des associations
Discutante : Camille Hamidi (Université Lumière Lyon 2)

Alice Lavabre (EHESS), L’accompagnement, ou l’assistance au cœur de la « rencontre ». L’exemple des inégalités de recours au registre de la justice dans deux associations d’accompagnement à l’emploi

Virginie Poulol et Pauline Scherer (LERIS), La solidarité alimentaire : construire un bien commun pour engager le processus d’émancipation

Patricia Loncle (EHESP, UMR CRAPE/Arènes) et Céline Martin (Université de Cergy-Pontoise), Quelles influences des interactions entre bénévoles et bénéficiaires sur les parcours d’engagement et de politisation ? L’exemple de deux associations locales oeuvrant les domaines social et artistique

Sophie Rétif (UMR CRAPE-Arènes), Mise en emploi ou mise au travail des « personnes rencontrant des difficultés particulières d’insertion » ? Le secteur associatif et les apories de l’insertion

Axe 2 / Rapports aux dispositifs d’action sociale des publics précarisés dans le cadre associatif
Discutante : Nonna Mayer (CNRS/CEE)

Gwenola Le Naour (SciencesPo Lyon) et Anaïk Purenne (ENTPE), Les effets paradoxaux de la participation des usagers de drogues aux politiques de santé. Regards croisés sur la France et le Canada

Maureen Clappe (Pacte/Université Grenoble Alpes), La carrière du demandeur d’asile : l’apprentissage du système associatif comme stratégie de « débrouille »

Patrick Bruneteaux (Université Paris 1/CESSP/CNRS), Les prises en charge des personnes dans les foyers d’urgence parisiens et l’expérience vécue des résidents assistés : ethnographie des interactions dans plusieurs associations caritatives et établissements publics

Julien Lévy (UMR PACTE/Université Grenoble Alpes), Le refus de l’offre sociale, un comportement politique inaudible ? Le cas des « grands exclus » dans le champ de l’AHI

Alice Lavabre (EHESS)

« L’accompagnement », ou l’assistance au cœur de la « rencontre ». L’exemple des inégalités de recours au registre de la justice dans deux associations d’accompagnement à l’emploi
A partir des cas de deux associations d’accompagnement à l’emploi, je montrerai comment se maintient une relation d’assistance dans des contextes associatifs où prévalent pourtant des registres qui la mettent à distance : celui de la « participation » et celui de la « solidarité collective ». En m’attachant plus spécifiquement à l’exemple des recours différenciés au registre du juste et de l’injuste, je chercherai à montrer que les inégalités entre bénévoles et bénéficiaires en la matière sont révélatrices des ambivalences au cœur de leurs interactions. Dans ces associations, les références à la justice sont bien plus le fait des bénévoles que des bénéficiaires. Le contexte incite pour partie les demandeurs d’emploi à adopter le registre de la supplique plus que celui de la revendication, mais les discours à tonalité critique, quand ils sont exprimés par les bénéficiaires, sont aussi régulièrement découragés par les bénévoles. Statuer sur le juste et l’injuste apparaît comme une prérogative de ces derniers, qui contribue à maintenir des rôles asymétriques et à limiter les possibilités de politisation croisée. La « rencontre » promue par les associations pourrait bien, comme dans le cas des explorateurs européens étudiés par Romain Bertrand, n’en être une que pour les bénévoles.

« Accompaniment » of unemployed people, or how assistance remains at the heart of the « encounter ». Unequal appeals to justice in two non-profit organizations
This talk aims to show how a philanthropic relation – a relation of giver and receiver, helper and helped – remains present in the context of non-profit organizations despite the more equal relationship between volunteer and beneficiary that these organizations espouse. My analysis is based on an empirical case study of two non-profit providers of work services, which seek to promote empowerment (or “participation”) and solidarity. I would like to focus on the question of the expression of feelings of justice. This point reveals ambiguities at the heart of their interactions. In the charitable organizations, volunteers more commonly refer to justice than job seekers. The context partly explains why beneficiaries are likely to adopt a discourse of solicitation rather a critical one. However, when they do express critical ideas or make rights-based claims, they are frequently discouraged by volunteers. Consequently, saying what is fair and what is unfair appears to be the latter’s prerogative. It favors the reproduction of an asymmetric relationship and reduces opportunities for mutual politicization. The “encounter” promised by the organizations, as it was for the European explorers studied by Romain Bertrand, may well only be one for the volunteers.

Virginie Poulol et Pauline Scherer (LERIS)

La solidarité alimentaire : construire un bien commun pour engager le processus d’émancipation
Une recherche-action avec le Secours Populaire du Languedoc Roussillon portant sur la solidarité alimentaire comme vecteur d’émancipation, nous permet d’analyser les leviers de l’émancipation individuelle et collective dans des situations de précarité. Dans les différents contextes étudiés, nous avons analysé les postures et modalités d’accompagnement de la part des bénévoles, qui facilitent ou freinent la socialisation politique, les dynamiques d’empowerment et d’engagement des personnes précaires. Notre hypothèse centrale est que la solidarité alimentaire doit être une préoccupation partagée par les personnes engagées dans le projet (bénévoles et bénéficiaires), et non une préoccupation à destination des personnes précaires, pour être vectrice d’émancipation et contribuer à la socialisation politique. Elle questionne la définition du commun (Le Strat, 2016), comme un incontournable pour mettre au travail les relations entre bénéficiaires et bénévoles. Nous présenterons les principaux résultats qui s’articulent autour des points suivants :
– le difficile travail sur les postures des bénévoles pour laisser la place à la mobilisation des bénéficiaires,
– le contexte associatif comme espace sécurisant pour l’établissement de liens sociaux émancipateurs, et espace de conflit comme une étape du processus d’émancipation (Poujol, 2016),
– entre assistance et émancipation : la réaffirmation du projet associatif comme manière de dépasser les formes de dépendance susceptibles d’entraver des logiques d’émancipation (Eliasoph, 2011).

Food Solidarity: Building a Common right to Engage the Emancipation Process
An action research with the Secours Populaire of Languedoc Roussillon on food solidarity as a vector of emancipation allows us to analyze the levers of individual and collective emancipation in situations of precariousness. In the different contexts studied, we analyzed the postures and modalities of accompaniment by the volunteers, which facilitate or hinder political socialization, the dynamics of empowerment and involvment of the precarious people. Our central hypothesis is that food solidarity must be a concern shared by the people involved in the project (volunteers and beneficiaries), not a concern for precarious people, to be emancipatory and to contribute to political socialization. That question the definition of the common (Le Strat, 2016), as a key to putting the relations between beneficiaries and volunteers to work. We will present the main results which are based on the following points:
– difficult work on volunteer postures to allow for the mobilization of beneficiaries,
– the associative context as a safe space for the establishment of emancipatory social ties, and a space of conflict as a stage in the process of emancipation (Poujol, 2016);
– between assistance and emancipation: the reaffirmation of the associative project as a way of overcoming the forms of dependence likely to hinder the logics of emancipation (Eliasoph, 2011).

Patricia Loncle (EHESP, UMR CRAPE/Arènes) et Céline Martin (Université de Cergy-Pontoise)

Quelles influences des interactions entre bénévoles et bénéficiaires sur les parcours d’engagement et de politisation ? L’exemple deux associations locales œuvrant dans les domaines social et artistique
La communication s’appuie sur les données qualitatives (entretiens et observations) collectées dans le cadre d’une recherche H2020 en cours (www.partispace.eu), portant sur la participation et l’engagement des jeunes dans huit villes européennes. Il est proposé ici de comparer deux associations étudiées dans le cadre de cette recherche.
Ces deux associations, qui s’adressent à des publics distincts (des jeunes en quête d’engagement, d’une part, des demandeurs d’asile venant suivre des cours de français, d’autre part) partagent un certain nombre de caractéristiques : elles ne reposent que sur des fonds publics très limités alors même que leurs champs d’intervention se positionnent en vis-à-vis de l’action publique locale ; elles dévient largement de leurs objectifs initiaux pour concerner progressivement l’ensemble des questions d’intégration des individus ; elles donnent lieu à des échanges étroits entre bénévoles et bénéficiaires, bien au-delà des temps formalisés de rencontres ; elles contribuent à faire évoluer fortement les parcours des individus qui y prennent part (bénévoles et bénéficiaires) ; elles œuvrent pour le développement de l’esprit critique des participants, voire de leur politisation.
La présentation s’intéresse, notamment, aux influences comparées des interactions nouées entre bénévoles et bénéficiaires sur les parcours d’engagement et de politisation de ces deux catégories d’acteurs.

Which influence of the interactions between volunteers and beneficiaries on the engagement and politisation routes ? the example of two local associations in the social and artistic fields
The intervention relies upon qualitative data (interviews and observations) gathered in the framework of a H2020 research project (www.partispace.eu) on youth participation in eight European cities. We propose to focus here on two associations studied in this research.
These two associations, which address to various publics (young people who find their a new engagement on the one hand and asylum seekers who want to learn French on the other hand), actually share common characteristics: they receive few public funds whereas their intervention is an answer to the lack of public intervention; they largely deviate from their initial objectives and progressively integrate the whole range of questions regarding the integration of their public; they lead to many exchanges between volunteers and the public far beyond the formal meetings; they influence the routes of the people who take part in it (both volunteers and the public); they impact (with more or less awareness) the critical thinking of the participants and even their politicization.
The intervention focuses, in particular, on the comparative influence of the interactions built between volunteers and the public on their integration and politicization routes.

Sophie Rétif (UMR CRAPE-Arènes)

Mise en emploi ou mise au travail des « personnes rencontrant des difficultés particulières d’insertion » ? Le secteur associatif et les apories de l’insertion
J’étudierai la question des dynamiques politiques autour des publics précaires dans les associations à partir d’un secteur, celui de l’insertion par l’activité économique (IAE). Ce secteur rassemble des associations qui emploient des chômeurs rencontrant des « difficultés particulières d’insertion ». Dans ces structures, les chômeurs sont salariés pour être mis en situation de travail, et ce afin « d’améliorer leur employabilité ». Les contrats de travail sont de courte durée, très souvent à temps partiel et rémunérés au SMIC. La rhétorique de l’employabilité, promue par les politiques de l’emploi, pose des difficultés importantes. Elle peut notamment entraîner une invisibilisation du travail puisqu’en mettant l’accent sur l’amélioration de l’employabilité, on risque de nier en partie la nature productive du travail réalisé. Par ailleurs, les salariés sont en pratique peu nombreux à retrouver un emploi stable. Le risque de basculer dans le workfare n’est alors jamais loin. Or pour ces associations, le workfare est un spectre qui s’oppose en tous points aux projets d’empowerment qui sont revendiqués. Je m’intéresserai à cette tension entre workfare et empowerment, et aux pratiques développées au sein des associations pour réaffirmer un projet d’émancipation pour les salariés en insertion.

What does it mean to « give a job » to unemployed people? The third-sector and the contradictions of the insertion policies and practices
In this paper, l will present the results of a qualitative research on the insertion par l’activité économique sector. This sector is mainly composed of non-profit organisations that give a job to unemployed people facing some specific difficulties. These persons are temporarily employed by the non-profits in order to become more “employable”. Their employment conditions are precarious (short-term and part-time contracts, with minimal remuneration).
The employability rhetoric, promoted by the employment policies, sets some challenges for the non-profits. It can lead to a form of invisibilization of the work realized by the persons they employ. Indeed, by focusing on the improvement of the employability, one can partially deny the productive nature of the work. Furthermore, very few people employed in these organisations find a stable job at last. Then the non-profits face a risk: that the jobs they offer are more similar to workfare jobs than to empowering ones. Now they are strongly opposed to workfare and aim to empower the persons they employ. I will analyse this tension between workfare and empowerment and the way the members of the nonprofits try to reaffirm a project of empowerment.

Gwenola Le Naour (SciencesPo Lyon) et Anaïk Purenne (ENTPE)

Les effets paradoxaux de la participation des usagers de drogues aux politiques de santé. Regards croisés sur la France et le Canada
Cette proposition met en lumière les ambiguïtés de la participation des usagers de drogues aux associations et à l’action publique en France et au Canada. Cette participation contribue d’un côté à les professionnaliser et à les transformer en acteurs engagés dans la production de l’action publique les concernant. Mais une telle participation les enferme de l’autre dans une identité figée et unidimensionnelle (celle d’usager de drogues) sans pour autant leur permettre d’accéder à des revendications plus générales qui présidaient à leurs engagements associatifs (comme, par exemple, la modification des législations sur les stupéfiants qui les érigent en délinquants parce que consommateurs de drogues illégales ou la déstigmatisation de la consommation de substances psychoactives). Le discours promu par les politiques dites de réduction des risques et leurs militants contribue également à alimenter la stigmatisation des usagers les plus marginalisés. Ces discours véhiculent en effet l’image « idéale » d’un usager de drogues capable de maîtriser sa consommation et de se protéger des risques qui lui sont associés, une image idéalisée qui vient achopper sur les difficultés des usagers « réels » qui fréquentent les dispositifs d’accueil, souvent très précaires, qui ne s’y reconnaissent pas toujours et n’ont parfois ni la capacité de maîtriser leurs consommations, ni les moyens de se prémunir des risques.

When drug users get involved in health policies: ambivalent effects in France and Canada
Examining different programs in France and Canada, this proposal shows that drug users’ involvement in community actions and policies has ambivalent effects. On the one hand, such involvement can empower drug users and prompt them to become key stakeholders in the policymaking processes. On the other hand, it generally contributes to confine them to a restrictive and deviant identity, being labeled as “addicts”. Therefore participation does not result in real power in decision-making, as long as it does not allow them to open up controversial subjects for debate (ex: ending drug policies that criminalize them or the stigmatization of people who use psychoactive substances). Moreover, contemporary harm reduction initiatives and the advocates of these programs promoting safer drug use contribute to the negative perception of the most marginalized users. Indeed, this discourse sustain the impression that people who use drugs are able to regulate their own use and become risk managers, conveying the image of an « ideal » user. But “real” drug users, especially the most vulnerable who access such health care services, are not necessarily able to change their behavior, to control their drug use and to avoid risky drug use.

Maureen Clappe (Pacte/Université Grenoble Alpes)

La carrière du demandeur d’asile : l’apprentissage du système associatif comme stratégie de « débrouille »
Une enquête de terrain auprès de deux associations grenobloises de soutien aux étrangers, nous a permis d’identifier différentes pratiques de « débrouille » mobilisées par les demandeurs d’asile pendant leur procédure.
Suivant qu’ils soient hébergés en Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA) ou tout simplement à la rue, ces derniers doivent composer avec une offre d’action publique à la fois complexe et minimale. Ils « bricolent » entre ressources personnelles, ressources institutionnelles et associatives existantes et développent de véritables répertoires d’actions et de discours. Ils sont ainsi à la fois, les victimes d’un monde institutionnel et associatif multiple, enchevêtré et illisible, mais également les experts capables de jouer de ces incohérences pour satisfaire leurs attentes et pour « occuper » une vie en attente « d’une place dans un monde commun » (Agier 2011).
Cette communication présentera les différentes stratégies de survie et d’émancipation mobilisées par les demandeurs d’asile vis-à-vis des structures de prise en charge. Le concept de carrière (Becker 1963, Damon 2002) se révèlera être pertinent pour penser les différentes étapes dans leur parcours d’apprentissage. Que nous apprend la « débrouille » de ces derniers sur les associations et le dispositif national d’asile lui-même ?

The asylum seeker’s career : learning non-profit organizations system as a strategy for coping
An ethnographic study of two Grenoble voluntary associations supporting foreigners, allowed us to identify different coping practices carried out by asylum seekers during their asylum-seeking process.
Depending on whether they are housed in Asylum Seekers’ Centers (CADA) or simply living on the street, they face with a complex and minimalist public policy offer. The asylum seekers “juggle” between personal resources, existing institutional and non-profit organizations’ resources and the development of real-life repertoires of actions and discourses.
They are both victims of a multiple institutional and charity world, entangled and illegible, but also experts, able to play with these inconsistencies to satisfy their expectations and to “fill” their lives waiting for “a place in a common world” (Agier 2011).
This contribution will focus on the various strategies of survival and emancipation developed by asylum seekers in order to deal with charity organizations. The concept of career (Becker 1963, Damon 2002) will be shown as appropriate to think of the different steps in their learning pathway. What do strategies of the asylum seekers to cope with institutional system and procedures tell us about the voluntary associations and the national asylum system itself ?

Patrick Bruneteaux (Université Paris 1/CESSP/CNRS)

Les prises en charge des SDF dans les foyers d’urgence parisiens et l’expérience vécue des résidents assistés : ethnographie des interactions dans plusieurs associations caritatives et établissements publics
Aucune recherche n’existe en France sur les prises en charge au quotidien des « SDF », requalifiés comme « personnes hébergés », « résidents », autrement dit la population sous-prolétaire ou les « assistés » dans les institutions de l’urgence sociale. Plusieurs terrains dans les centre d’urgence parisiens (Emmaüs, secours catholique, Marie de Paris, Armée du Salut), seront mobilisés pour proposer une socio-histoire des formes « d’accueil » ainsi qu’une analyse ethnographique des relations entre les salariés et les résidents. Plus précisément, il s’agira d’approcher le vécu au quotidien dans ces foyers, en croisant l’action sociale entreprise avec les personnes avec les conditions possibles d’une vie privée dans ces unités collectives. Dans le cadre de la « stabilisation » des personnes entreprise à la suite du mouvement collectif des Enfants de Don Quichotte en 2006/2007 (Bruneteaux dir. 2013), un alignement tendanciel des CHU sur les CHRS (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) signifie qu’une relation au long cours a désormais lieu entre les résidents et les travailleurs sociaux (les prises en charges s’étalent sur plusieurs années « en urgence »), ce qui renouvèle la question de l’insertion auprès des plus démunis et, aussi, celle de l’organisation d’un champ de l’urgence sociale qui réinterroge la configuration de l’Etat social.

The social support of homeless people in Parisian emergency shelters and the actual experience of welfare recipients : ethnography of interactions in several charities and public institutions
No research exists in France on the day-to-day care of “homeless people”, requalified as “hosted people”, “residents”, in other words the underproletariat population or the “welfare recipients” in the social emergency institutions. Several fieldworks in the Paris emergency shelters (Emmaus, Caritas, Mairie de Paris, Salvation Army), will be mobilized to propose a socio-history of all forms of “assistance” as well as an ethnographic analysis of the relations between the workers and the beneficiaries. More precisely, the aim will be the question of approaching the daily life in these emergency shelters, by combining the social action undertaken alongside with the persons with the possible conditions of a private life in these collective units. Within the framework of the “stabilization” of the people undertaken as a result of the collective movement of Les Enfants de Don Quichotte in 2006/2007, a trend alignment of CHUs on the CHRS (Center for Housing and Social Reintegration ) means that a long-term relationship is now taking place between residents and social workers (social supports are spread over several years “in urgency”), which brings up the question of integration with the most deprived people and, also, that of the organization of a social emergency field which re-examines the configuration of the social state.

Julien Lévy (UMR PACTE/Université Grenoble Alpes), Le refus de l’offre sociale, un comportement politique inaudible ? Le cas des « grands exclus » dans le champ de l’AHI

Mardi 11 juillet 2017 9h00-13h00

BRUNETEAUX Patrick Patrick.Bruneteaux@univ-paris1.fr
CLAPPE Maureen maureen.clappe@umrpacte.fr
DOLEZ Charlotte charlotte.dolez@uclouvain.be
HAEGEL Florence florence.haegel@sciencespo.fr
HAMIDI Camille camillehamidi@hotmail.com
LAVABRE Alice alice.lavabre@ehess.fr
LE NAOUR Gwenola gwenola.le.naour@sciencespo-lyon
LEVY Julien julien.levy@umrpacte.fr
LONCLE Patricia patricia.loncle@ehesp.fr
MARTIN Céline celine.martin@ehesp.fr
MAYER Nonna nonna.mayer@sciencespo.fr
POUJOL Virginie leris@leris.org
PURENNE Anaïk anaik.purenne@entpe.fr
RETIF Sophie retifsophie@gmail.com
SCHERER Pauline pauline.scherer@leris.org