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Réagir aux attentats

Responding to terrorist attacks

Responsables scientifiques
Laurie Boussaguet (Robert Schuman Centre for Advanced Studies (RSCAS), EUI, Florence, Italy) laurie.boussaguet@gmail.com
Gérôme Truc (Institut des Sciences sociales du Politique – UMR 7220) Gerome.TRUC@cnrs.fr

Les réactions aux attentats constituent un cas d’école de la sociologie des conflits dont il y aurait a priori peu de choses à dire : toute société en proie à une attaque voit sa cohésion se renforcer, ses membres se mobiliser et se rassembler autour de leurs leaders et de symboles fédérateurs. Les intenses débats suscités par le slogan « Je suis Charlie » après la tuerie de la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015 et, dans un autre registre, l’appel lancé à la communauté scientifique par le président du CNRS, Alain Fuchs, à la suite des attaques terroristes du 13 novembre 2015 ont toutefois fait jour en France un besoin de recherches qui ne se porteraient pas seulement sur l’amont des attentats, c’est-à-dire sur le choix du recours à la violence comme mode d’action politique, mais également sur les attentats en eux-mêmes, les réactions qu’ils suscitent, et leurs effets à court comme à plus long terme dans la société frappée. Si la recherche française s’est en effet déjà beaucoup intéressée au terrorisme, à travers notamment la sociologie des groupes terroristes, l’étude des politiques publiques dédiée à la lutte contre le terrorisme, ou plus récemment l’analyse des processus de radicalisation, plus rares sont pour l’heure les travaux qui s’intéressent spécifiquement à la question des réactions aux attentats (Truc 2016 ; Boussaguet et Faucher 2016). C’est pourquoi il semble important de lancer des échanges sur ce sujet au sein de l’AFSP.
L’objectif de la section thématique « Réagir aux attentats » est ainsi d’aider à comprendre les réponses apportées aux attaques terroristes, qu’il s’agisse de celles des autorités politiques devant gérer la crise et rétablir l’ordre, comme de celles des citoyens. Quelles politiques publiques privilégie-t-on pour faire face à de telles attaques ? Quelles implications ont-elles au niveau des citoyens (indifférence, apathie, repli sur soi, ou indignation, mobilisation et prises de parole) ? Y a-t-il des ressorts communs aux réactions, qu’elles soient citoyennes ou gouvernementales ? L’indifférence et le déni sont-ils des réponses possibles face à des attentats ? Voilà autant d’interrogations auxquelles cette ST entend apporter des réponses. Ces questionnements font écho à toute une littérature anglo-saxonne sur le sujet qui s’est développée à la suite des attentats du 11 Septembre 2001, sur les modalités et la portée des rituels de solidarité et de sécurité que suscitent les attaques terroristes (Collins 2004), les enjeux et conflits politiques qui s’y attachent (Closs Stephens et Vaughan-Williams 2009) et en particulier sur les phénomènes de « ralliement autour du drapeau » (Hetherington et Nelson 2003 ; Williams, Koch, et Smith 2013 ; Chowanietz 2010 ; Baum 2002, 2013).
À la fois moments d’effervescence collective et de crise politique (Dobry 1986 ; Baudot 2015), les attentats peuvent, de ce point de vue, être abordés comme des épreuves qui mettent en jeu autant l’État que la société civile (Linhardt 2012 ; Truc 2016). C’est pourquoi leur étude doit permettre à la sociologie politique et l’analyse des politiques publiques de nouer entre elles un dialogue fructueux. Pour ce faire, deux axes de travail seront ici privilégiés :

1/ Réactions aux attentats et mobilisations

Si les réactions aux attentats se distinguent d’abord par l’ampleur des manifestations de rue auxquelles elles peuvent donner lieu, des travaux ont déjà pu montrer que les mobilisations suscitées par des événements traumatiques ne s’expliquent pas seulement par l’intensité du « choc » éprouvé par les citoyens, mais aussi par le réinvestissement de dispositions militantes préexistantes (Latté 2012, 2015) ou la réactivation d’engagements antérieurs, par exemple contre la guerre en Irak dans le cas des manifestations post-attentats de Madrid (Sánchez-Carretero 2006, 2011). Dans quelle mesure ce constat peut-il être étendu à d’autres attentats, en particulier à ceux ayant frappé la France en 2015 ?
Le rôle des NTIC dans ces mobilisations post-attentats, déjà abordé par quelques travaux sur les attentats de Madrid (Thouverez 2004 ; Sampedro Blanco 2005) demande aussi à être étudié de façon plus systématique, tout autant que le rapport de ces mobilisations aux réponses gouvernementales, le plus souvent rapportée à une simple « récupération politique » d’élans de solidarité populaire dont la « spontanéité » tend à être idéalisée. Le mouvement « Je suis Charlie » fut tout autant une réaction citoyenne (l’expression étant l’une des plus utilisées de toute l’histoire de Twitter) que politique, le site de Matignon affichant une Marianne tenant un crayon à la main, à côté de laquelle on pouvait lire « #laFranceestCharlie » peu de temps avant la marche républicaine du 11 janvier. Comment circulent par conséquent slogans et symboles entre le pouvoir politique et la société civile ? En quoi les discours portés sur l’attaque terroriste par les représentants politiques pèsent-ils sur l’expérience qu’en ont les citoyens et la façon dont ils y répondent eux-mêmes ?

2/ Réactions aux attentats et politiques publiques

Si les politiques de sécurité mises en œuvre par les démocraties occidentales en réaction aux attaques et à la menace terroristes ont déjà été bien étudiées, en particulier dans le contexte de l’après 11-Septembre (Bigo, Bonelli et Deltombe 2008 ; Mégie, 2004) de même que, dans une certaine mesure, les politiques mémorielles (Tota 2004, 2005 ; Truc 2011, 2012 ; Simko 2015), un chantier reste en large partie à explorer : celui de l’action publique dans les situations de crise ouvertes par des attentats, et de sa portée symbolique (Boussaguet et Faucher 2016).
À cet égard, on veillera à ne pas borner les recherches aux seules politiques publiques mises en œuvre en réaction aux attentats, mais à analyser également ce que les attentas font à des politiques déjà existantes, y compris dans d’autres domaines que ceux de la sécurité et de la justice, tels que l’éducation ou l’immigration, par exemple. En quoi les attentats peuvent-ils infléchir plus ou moins durablement les modalités de mise en œuvre de certaines politiques, ou peser sur des arbitrages budgétaires entre les différents domaines d’intervention de l’État ? Dans quelle mesure peuvent-ils contribuer à une redéfinition du sens et de la portée de l’action publique ? Des travaux sur l’état d’urgence et le débat autour du projet de réforme constitutionnelle consécutifs aux attentats du 13 novembre 2015 seraient, de ce point de vue, particulièrement appréciés.

Dans un cas comme dans l’autre, l’adoption d’une perspective socio-historique, qui permettrait d’éclairer l’actualité par le retour sur des attentats plus anciens, sera elle aussi valorisée, de même que les contributions apportant un éclairage sur les réactions aux attentats dans des pays non-occidentaux ou proposant un regard comparatiste (entre attentats en France et ailleurs en Occident ; entre attentats ici en Occident et ailleurs dans le monde). Enfin, si cette ST pourra être un lieu privilégié d’échanges entre travaux de politistes menés en réponse à l’appel « attentats-recherche » du président du CNRS, il espère pouvoir recruter au-delà, en donnant en particulier à des doctorants ou de jeunes docteurs travaillant sur cette thématique, l’occasion de présenter leurs travaux.

Sociology of conflicts considers a priori that any society that is attacked tends to increase its cohesion, each of its members gathering behind its leaders and symbols. The popular moto « I am Charlie » after the January 2015 attacks in Paris and the call for proposals published by the CNRS after the November attacks have highlighted the need for research focusing not only on violence as political means of expression but also on the attacks themselves, the reactions they have originated and their short and long term effects on society.
The objective of this section is thus to contribute to shed light on responses to terrorism attacks, whether these responses are those of individuals or of public authorities entrusted with the restoration of order. What kind of public policies have been favored? What is their impact on citizens (indifference, rejection, withdrawal, outrage, mobilization, deliberation)? What do the various responses share in common? Is it possible not to react to such attacks? These questions will be at the core of our discussions and are inspired by social scientific literature developed after 11 September: it explores rituals of solidarity and security, political debates and disputes about ‘appropriate’ reactions, as well as « rally around the flag » phenomena.
At the same time moments of collective effervescence and political crisis, terrorist attacks can be addressed, form this point of view, as upheavals of the State and of the civil society. Two main lines of research will then be prioritized:

1/ Responses to terrorist attacks and mobilizations

First, reactions to terrorist attacks are noticeable by the scale of street demonstrations that they generate. Previous research showed that mobilizations caused by traumatic events are not only due to the strength of the “shock” experienced by citizens, but also to the reinvestment of pre-existing militant capacities and habits, or the reactivation of previous involvements – for instance against the war in Irak in the case of mass demonstrations following the Madrid bombings in 2004. To what extent can this finding be extended to other terrorist attacks, such as those that struck France in 2015?
The role of NICTs in these post-terrorist attacks mobilizations, already explored by studies of the Madrid bombings, also needs to be studied more systematically, as well as the relationship between these mobilizations and government responses (which are often reduced to a “political exploitation” of “spontaneous” displays of solidarity, whose spontaneity tends to be idealized). How do slogans and symbols circulate between political power and civil society? In what way do words employed by political leaders to qualify the terrorist attacks influence the experiences that ordinary citizens have and the way they respond to these events?

2/ Responses to terrorist attacks and public policies

If public policies focusing on fostering memory of historical events and security policies implemented by western democracies facing terrorist attacks have been well studied, especially in the wake of 9.11, the public action developed in crisis situations triggered by such attacks, as well as its symbolic value, are still largely unexplored.
In this respect, all policies developed as responses to terrorist attacks will be taken into account; but it is also important to analyze how the attacks have affected existing policies, including in fields other than security or justice, such as education or immigration. How have terrorist attacks impacted the implementation of some policies, or influenced public spending decisions? How can they contribute to redefine the scope, the value and the meaning of public action? Research on the state of emergency and the project of constitutional reform in the wake of the 13-November attacks would be particularly appreciated.

REFERENCES

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Axe 1 / Réactions aux attentats et mobilisations
Présidente : Florence Faucher (Centre d’études européennes, Sciences Po Paris)
Discutant : Gérôme Truc (CNRS, ISP)

Vincent Tiberj (CED, Sciences Po Bordeaux), Qu’est-ce qui produit une “dynamique autoritaire” ? Les Français et les attaques terroristes de 1995 à 2016

Vincent Geisser (IRENAM, CNRS/Sciences Po Aix), Associations, leaders et acteurs musulmans de France face au terrorisme : actions, mobilisations et « théologie de la riposte »
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Sylvain Antichan (ISP), Pour une sociologie historique des réactions aux attentats: Le cas des courriers reçus par le château de Versailles suite à l’attentat de 1978
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Axe 2 / Réactions aux attentats et politiques publiques

Présidente : Florence Faucher (Centre d’études européennes, Sciences Po Paris)
Discutante : Laurie Boussaguet (RSCAS –EUI et Université de Rouen)

Julien Fragnon (Triangle, Sciences Po Lyon), La France face aux attentats : évolutions et permanence du discours antiterroriste depuis 2012
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Sarah Perret (LabToP / IEDP), Légiférer la nationalité pour sécuriser ? Comparaison des réactions législatives aux États-Unis et en France face aux attaques terroristes
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Lionel Francou (CRIDIS, Université catholique de Louvain) & Antoine Delporte (CISMOC, Université catholique de Louvain), Faire vivre ensemble : l’action publique bruxelloise à destination des « jeunes » et sa mise en oeuvre après les attentats du 22 mars 2016
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Vincent Tiberj (CED, Sciences Po Bordeaux)

Qu’est-ce qui produit une “dynamique autoritaire”? Les Français et les attaques terroristes de 1995 à 2016
La conception de l’autoritarisme en psychologie politique a considérablement évolué. À partir des travaux de Feldman et Stenner (Feldman, Stenner, 1997, Stenner, 2005), on est passé d’une vision centrée sur une “personnalité stable, construite dès l’enfance (Adorno et al., 1950) à celle d’une réponse des individus en fonction de “gâchettes” contextuelles qui ranimeraient des normes autoritaires et xénophobes (Sniderman, Hagendorn, Prior, 2004). Karen Stenner identifie notamment les attaques terroristes comme gâchette. Ce modèle exogène fait cependant la part trop belle au contexte.
La théorie du préjugé développée par Kellsedt (2005) pointe une autre interprétation. En chacun de nous coexisteraient des dispositions à la tolérance et au rejet, la prévalence des unes ou des autres dépendant du contexte et de la manière dont les débats sont structurés. La variable la plus importante est alors le cadrage des évènements et non les évènements.
Dans cette présentation, il s’agira de progresser dans l’explication des effets des attentats et de trancher entre le « modèle du cadrage » et ce qu’on peut appeler le « modèle de la gâchette ». Pour se faire, on étudiera l’impact des attentats à partir de deux sources. On s’appuiera sur le baromètre de la CNCDH qui court de 1990 à 2016 et l’indice longitudinal de tolérance qui en découle (Stimson, Tiberj, Thiébaut, 2008). Je m’appuierai aussi sur le panel DYNAMOB qui interroge régulièrement les mêmes individus de septembre 2013 à juin 2017 et notamment en décembre 2014 et février 2015 et entre novembre 2015 et décembre 2015.

What produces an « authoritarian dynamic”? The French facing terrorist attacks, from 1995 to 2016
The conception of Authoritarianism has strongly evolved in political psychology. Once dominant the theory of a stable authoritarian personnality developped during the childhood (Adorno et al., 1950) has been replaced by the idea of an authoritarian dynamic (Feldman, Stenner, 1997, Stenner, 2005) where individuals respond to contextual triggers able to bring back conservative and xenophobic norms (Sniderman, Hagendorn, Prior, 2004). Karen Stenner has identified terrorist attacks as such triggers. This model insists on the major impact of context.
Kellsedt with his theory of prejudice (2005) can point to another direction. He assumes that each individual is ambiguous. In each of us, xenophobic and tolerant dispositions coexist and the domination of the former or the latter depends on the framing of the debates. Framing is more important than the events themselves.
In this paper, I aim at providing evidences that the framing model is indeed better than the trigger model at explaining how the French reacted to the terrorist attacks. I will use two data sources. Firstly, I will rely on the CNCDH barometer which covers the 1991-2016 period and the Longitudinal Tolerance Index based on these surveys (Stimson, Tiberj, Thiébaut, 2008). Secondly, I will use the DYNAMOB panel based on the same individuals surveyed regularly from September 2013 to July 2017. Specific waves are particularly interesting: the ones fielded in December 2014 and February 2015 and the ones fielded in November and December 2015.

Vincent Geisser (IRENAM, CNRS/Sciences Po Aix)

Associations, leaders et acteurs musulmans de France face au terrorisme : actions, mobilisations et « théologie de la riposte »
De l’analyse des mobilisations nationales et locales dans le contexte terroriste, il ressort que les réactions des organisations et des porte-paroles musulmans de France restent un point aveugle, confortant la thèse d’ « une passivité musulmane » face à la violence radicale. L’image d’une « communauté silencieuse », voire résignée, alimente notamment le discours des responsables politiques français, sommant les musulmans à condamner publiquement les attentats (registre de l’injonction), à réformer leurs modes de représentation (face institutionnelle) et à réviser leurs textes doctrinaux (face théologique). Pourtant, au-delà du répertoire prescriptif, peu d’attention a été accordée aux différentes mobilisations musulmanes que celles-ci se développent à l’échelon national (Conseil français du culte musulman et grandes fédérations islamiques de l’Hexagone) ou dans des contextes locaux (associations régionales, lieux de culte et mosquées) ou encore micro-locaux (quartiers, sociabilités de voisinage…). L’objectif de cette communication est précisément de dépasser la thèse de sens commun d’un « silence musulman » face au terrorisme djihadiste, en rendant compte des différentes actions et mobilisations entre janvier 2015 et octobre 2016. Privilégiant plusieurs points d’observation et lieux d’enquête, nous avons réalisé une quarantaine d’entretiens semi-directifs auprès de leaders musulmans nationaux et locaux (présidents d’associations, adhérents actifs, imams et théologiens musulmans francophones), conduit plusieurs observations directes d’initiatives musulmanes autour des questions de radicalisme, de djihadisme et de dialogue interreligieux et analysé une centaine de tracts, d’appels, de pétitions, de tribunes de presse et de prises de positions « musulmanes » sur les réseaux numériques (Facebook, Twitter, blogs personnels, etc.). En ce sens, cette communication fera appel à des sources empiriques inédites recueillies autant dans le champ islamique institutionnel (organisations représentatives du culte et fédérations nationales) que dans des espaces plus informels (réseaux d’élites musulmanes de l’Hexagone, sociabilités de proximité, interactions entre représentants musulmans et autorités publiques). Sur le plan théorique, ce papier tentera de déconstruire la représentation d’une communauté musulmane homogène et monolithique, en montrant que les « manières de réagir » aux attentats et à la violence radicale recoupent très largement les clivages sociaux, professionnels, culturels et territoriaux observés dans d’autres secteurs de la société française.

Associations, leaders, and Muslim actors in France facing terrorism: actions, mobilisations, and the « theology of the response »
The analysis of local and national mobilisations in the context of terrorist actions shows that the reactions of Muslim organisations in France remains a blind spot, which tends to corroborate the thesis of a certain « Muslim passiveness » facing radical violence. The image of a « silent » or even resigned community nurtures the narrative of French politicians, requesting the Muslims to publicly condemn jihadist attacks, and to propose solutions from within the community, so as to reform the modes of representation, as well as doctrinal texts. Hence little attention is given to the various Muslim mobilisations at a national or local level. The objective of this presentation is precisely to go beyond the common sense thesis of a « Muslim silence » facing jihadi terrorism, and to shed light on the different actions and mobilisations that took place between January 2015 and October 2016. Based on a rich fieldwork material, we have undertaken more than forty in-depth semi-structured interviews with Muslim community leaders at a national and local level (presidents of associations, active members, imams, and francophone theologists), as well as several ethnographic direct observations of Muslim initiatives on issues such as radicalisation, jihad, and inter-faith dialogue. We have also analysed more than a hundred flyers, calls, petitions, op-eds, as well as public positions on social media (Facebook, Twitter, personal blogs, among others). In this vein, this presentation will mobilise original empirical sources, either collected in the Muslim institutional field (organisations or national federations), or in more informal spaces (Muslim elite networks in France, proximity sociabilities, interactions between Muslim representatives and public authorities). At the theoretical level, this presentation will attempt to deconstruct the widespread representation of a homogeneous and monolithic Muslim community, by showing that the various manners to act facing the attacks and the violence crosses to a large extent social, cultural, and territorial cleavages observed in other sectors of society in France.

Sylvain Antichan (ISP) & Hélène Frouard (CRH, CNRS)

Pour une sociologie historique des réactions aux attentats. Sensibilités à la violence politique, identifications politiques et contextes institutionnels (XIXe-XXIe siècles)
Ce mardi 28 juillet, des détonations résonnent dans une rue parisienne. L’attentat provoque une vingtaine de morts. Dans les heures qui suivent, «  une foule immense s’est répandue dans les rues, sur les places et dans les jardins publics », Paris aurait connu « quelque chose de vif, de spontané, d’extraordinaire ». Un tel récit rappelle les réactions suscitées par les récentes attaques ayant touchées la France. En réalité, il est emprunté au numéro du 30 juillet 1835 du Journal des Débats (Salomé, 2010). Aux XIXe et XXe siècles, bien d’autres attentats en France ont suscité des récits et mobilisations similaires.
Notre communication vise à poser les premiers fondements d’une sociologie historique des réactions sociales aux attentats (XIXe-XXIe siècles). En effet, différents travaux ont analysé les mobilisations qui ont suivi les récents attentats en Occident mais sans les recontextualiser à l’aide d’une comparaison socio-historique. A partir du dépouillement de la presse et de différents fonds d’archives, les réactions aux attentats sont questionnées pour éclairer l’évolution des économies psychiques et des identifications politiques en les rapportant aux transformations des formes des mobilisations sociales et de l’action publique.

July 28; gunshots resonate in a Paris street. The attack kills nearly twenty people. During the following hours, « une foule immense s’est répandue dans les rues, sur les places et dans les jardins publics ». They say Paris knew « quelque chose de vif, de spontané, d’extraordinaire ». Such a narrative recalls the reactions raised by the recent attacks undergone in France, when in reality it is borrowed from an article of the Journal des Débats issued on the 30th of July 1835 (Salomé, 2010). Along the 19th and 20th centuries, many other attacks raise similar narratives and mobilizations.
Our paper aims at laying the foundations for an historical sociology of the social reactions towards attacks (19th and 20th centuries). Indeed, different research have analysed the mobilizations following the recent attacks in the West but they have yet to be contextualized within a socio-historical comparison. The reactions to the attacks are questioned based on dense press and archival materials. The goal is to enlight the evolution of psychic economies and political identitifications in relation with the transformation of social mobilizations and public action.

Julien Fragnon (Triangle, Sciences Po Lyon)

La France face aux attentats : évolutions et permanence du discours antiterroriste depuis 2012
Depuis 2012, la France subit une vague terroriste majeure qui articule attaques de grande ampleur et de proximité. Face à ces épreuves, les pouvoirs publics réagissent par des actions concrètes (policières, militaires, législatives ou judiciaires) et symboliques qui visent à rétablir l’ordre (public mais aussi social) ébranlé par l’attentat. Pour cela, les dirigeants utilisent différentes formes de symboles (discours, gestes, images) pour produire trois grands effets : mobiliser la population et la classe politique, la rassurer en rétablissant l’ordre et inscrire l’attentat dans une représentation du monde maîtrisable.
La mobilisation s’est illustrée à travers deux registres principaux : l’émotion des dirigeants (devant la souffrance des victimes et l’effroi des attentats) et la revendication de l’unité nationale (dans les discours comme dans les gestes). La récurrence des attaques entre 2015 et 2016 a cependant fait évoluer cette thématique classique. Le gouvernement a restauré l’ordre par des mesures concrètes et symboliques (opération Sentinelle, état d’urgence). Cette séquence historique s’illustre toutefois par l’usage répété du lexique guerrier. S’il décrit l’emploi de l’armée pour lutter contre le terrorisme (armée de l’air en Irak et en Syrie et armée de terre en France), il constitue une politique symbolique qui cherche à intensifier les visées classiques du discours antiterroriste (mobilisation nationale ou fermeté dans la répression). Mais cette gradation discursive produit aussi des effets sociaux qui justifient l’adoption de mesures exceptionnelles (comme l’instauration de l’état d’urgence ou la tentative de réforme constitutionnelle).

Since 2012, France undergoes a vague major terrorist who articulates large-scale attacks and of closeness. In the face of these events, public authorities react by both concrete and symbolic actions which hence seek to control disorder by influencing their public via three initiatives: rallying together the population, reducing uncertainty and explaining the social issue by politicising it. Such strategies therefore seek to re-inscribe an attack and its consequences within an ordered temporality maintained by political power. As a result, symbolically the government regains command and, furthermore, the act of publicizing its various actions contributes towards once more seizing control of the political agenda and asserting restored order.
The mobilization shows through two main registers: the emotion of political leaders (in front of the suffering of the victims and the horror of violence) and the claiming of the national unity (in the speeches as in the gestures). The recurrence of attacks between 2015 and 2016 however developed this classic theme. The government restored the order by concrete and symbolic measures (operation Sentinel, state of emergency). This historic sequence shows however for the use repeated by the warfare lexicon. If it describes the employment of the army to fight against the terrorism (Air Force in Iraq and in Syria and land forces in France), it establishes a symbolic politics which tries to intensify the classic intentions of the antiterrorist speech (mobilization and firmness). Its usage seeks to intensify the intentions traditionally evoked by anti-terrorist discourse by calling attention to an amplification in the situation, while also seeking to justify a strategy based on exceptional circumstances.

Sarah Perret (LabToP / IEDP)

Légiférer la nationalité pour sécuriser ? Comparaison des réactions législatives aux États-Unis et en France face aux attaques terroristes
En 2002, quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001, le Congrès américain vote la Loi sur la sécurité intérieure (Homeland Security act of 2002), qui intègre, entre autre, le Service d’immigration et de nationalité (INS – Immigration and Naturalization Service) au sein du département de la Sécurité intérieure. Le 16 novembre 2015 (Congrès de Versailles), le président français annonce vouloir légiférer sur la nationalité comme réponse aux attentats de Paris et de Saint-Denis, trois jours plus tôt. Il apparaît dans ces deux cas que légiférer est devenu pour l’autorité politique, un outil consensuel de réponse à des actions terroristes, et la nationalité, un levier évident.
Sigmund Freud évoquait le nécessaire travail de deuil à réaliser après un évènement traumatique (Freud, 1915). L’ « état d’urgence » suscité par ces attentats aux États-Unis et en France, oblige l’institution étatique à réagir, et l’autorité politique à agir. Cependant, ces deux réactions ne répondent évidemment pas aux mêmes logiques et enjeux. Comment la « sécuritisation » (Waever) de la nationalité s’inscrit alors comme une réponse incontournable aux enjeux de sécurité afférents aux attentats terroristes, dans les pays occidentaux ?
A partir des Études critiques de la sécurité (Bigo, Booth, Buzan, Hansen), et plus particulièrement des Securitization Studies (Aradau, Balzacq, Huysmans, Neal), il s’agit ici d’étudier comment les textes de lois proposés par le pouvoir politique, agissent dans la construction sécuritaire des représentations de la nationalité, après les deux périodes d’attentats dans ces deux pays démocratiques. L’analyse textuelle et contextuelle nous conduit alors à évaluer la pertinence d’une telle réaction politique sur les objectifs de sécurisation du territoire et des citoyens nationaux. Nous soutenons ici que si les discours contribuent à formuler en amont ou à véhiculer en aval la construction de la doxa sécuritaire, la loi est celle qui légitime et valide les représentations.

Legislating nationality in order to securitize? A comparison of legislative responses in France and in the US against terrorist attacks
In 2002, several months after 9/11 terrorist attacks, the American Congress voted the Homeland Security Act which integrated the Immigration and Naturalization Service (INS) into the Homeland Security Department. The 16th November 2015 (Versailles’ Congress), the French President declared that he wanted to change the legislation on nationality in response to the terrorist attacks of Paris and Saint-Denis, three days earlier. These two examples show that legislate has become a regular tool of response to terrorism for public authorities, and nationality an obvious lever.
For Sigmund Freud, the grieving process is a necessity after a traumatic event (Freud, 1915). After the attacks in the US and in France, the “state of emergency” has pushed state institutions to react and political authorities to act. However, those two responses react to different logics and issues. How has the “securitization” of nationality (Waever) become an inescapable response to security issues related to terrorism in western societies such as US and France?
Drawing on “Critical Security Studies” (Bigo, Booth, Buzan, Hansen), especially from Securitization Studies (Aradau, Balzacq, Huysmans, Neal), this paper studies how laws introduced by political authorities construct security representations of nationality. This study focuses on the above mentioned periods following attacks in two democratic countries. The analysis of texts and contexts would question the relevance of this kind of political response with the aim of securing territory and citizens. I argue that if discourses contribute upstream to formulating or downstream to disseminating the construction of a security “doxa,” law then legitimizes and validates representations.

Lionel Francou (CRIDIS, Université catholique de Louvain) & Antoine Delporte (CISMOC, Université catholique de Louvain)

Faire vivre ensemble : l’action publique bruxelloise à destination des « jeunes » et sa mise en oeuvre après les attentats du 22 mars 2016
Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et du 22 mars à Bruxelles ont profondément choqué la population belge. En réponse à cet évènement tragique, les pouvoirs publics ont mis sur pied, dans l’urgence, une série de mesures censées permettre de lutter spécifiquement contre les dynamiques de radicalisation violente au sein des quartiers bruxellois. Dans un contexte de surmédiatisation de certains quartiers et strates de la population, ces efforts ont particulièrement visé la figure fantasmée du jeune d’origine musulmane désœuvré pouvant basculer à tout moment dans le terrorisme. Par le biais de nos terrains d’enquête, auprès des professionnels de la cohésion sociale et des jeunes hommes musulmans des quartiers (entre 16 et 25 ans), nous interrogerons les effets et conséquences de ces nouvelles mesures, ainsi que l’accélération des changements affectant les politiques existantes. D’une part, les mesures politiques récentes ont fortement marqué les esprits et constituent désormais, dans certains quartiers, un enjeu identitaire et un facteur de tension important. D’autre part, les travailleurs sociaux et animateurs doivent à présent jongler entre les objectifs de politiques contradictoires, dans un climat de suspicion perçu comme délétère. En présentant les difficultés rencontrées par ces deux catégories d’acteurs sociaux, mais aussi les arrangements réciproques réalisés, nous soulignerons les enjeux d’une situation post-attentats qui semble en partie ajustée sur des réalités médiatiques et politiques plutôt que sur les réalités sociales de Bruxelles.

The attacks on 13 November 2015 in Paris and on 22 March in Brussels deeply shocked the Belgian population. As a reaction to this tragic event, the authorities have urgently put in place a series of measures designed to specifically fight the dynamics of violent radicalization within the Brussels neighbourhoods. In a context of high media coverage of certain neighbourhoods and subpopulations, these efforts have particularly aimed at the fantasized figure of this young inactive Muslim who could switch at any time into terrorism. Through our surveys, social cohesion professionals and young Muslim men from neighbourhoods (between 16 and 25 years old), we will examine the effects and consequences of these new measures, as well as the acceleration of changes in the already existing policies. On the one hand, the recent political measures have strongly made an impression on people and now constitute, in certain districts, an identity issue and a factor of great tension. On the other hand, social workers must now juggle with the objectives of contradictory policies, in a climate of suspicion felt as deleterious. By showing the difficulties encountered by these two categories of social actors, but also the reciprocal arrangements that they made, we will highlight the stakes of a post-terrorist situation that seems to be partly adjusted to the media and political realities rather than to the social realities of Brussels.

Mercredi 12 juillet 2017 14h00-18h00

ANTICHAN Sylvain sylvain.antichan@yahoo.fr
BOUSSAGUET Laurie laurie.boussaguet@gmail.com
DELPORTE Antoine Delporte antoine.delporte@uclouvain.be
FAUCHER Florence florence.faucher@sciencespo.fr
FRAGNON Julien fragnonjulien@yahoo.fr
FRANCOU Lionel Francou lionel.francou@uclouvain.be
GROUARD Hélène helene.frouard@ehess.fr
GEISSER Vincent vincent.geisser@wanadoo.fr
PERRET Sarah sarahperret.an@gmail.com
TIBERJ Vincent v.tiberj@sciencespobordeaux.fr
TRUC Gérôme gerome.truc@cnrs.fr