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Les religions dans les capitalismes contemporains. Normativités, pratiques, engagements

Religions in contemporary capitalisms. Normativities, practices, mobilizations

Responsables scientifiques
Frédéric Coste (CERI-Sciences Po) frederic.coste@sciencespo.fr
Dilek Yankaya (CERI-Sciences Po) dilek.yankaya@sciencespo.fr

La mondialisation du capitalisme est un processus continu de la réinvention de ses modes opératoires, de ses cadres d’interactions et de ses représentations à la croisée de son universalisme, d’un côté, et des particularismes des espaces sociaux de sa réappropriation, de l’autre (Bayart, 1994). Dans ce processus, les divergences entre les capitalismes, comme formes d’organisation sociale et politique et régimes de régulation, sont souvent étudiées dans une perspective comparatiste et en lien avec les histoires politiques spécifiques des sociétés (Whitley, 1999 ; Bafoil, 2012), leurs « cultures » (D’Iribarne, 1989) et leurs positionnements dans les configurations macroéconomiques (Boyer, 2015). Ces travaux proposent des analyses à l’échelle nationale ou régionale et portent généralement sur les contextes périphériques aux pays industrialisées, en Amérique latine, en Europe de l’est, en Asie et, dans une moindre mesure, en Afrique. Ils proposent ainsi un panorama des formes réinventées du capitalisme en les qualifiant de crony, confucian, asiatique, méditerranéen – et attirant ainsi l’attention à leurs différences avec les modèles occidentaux du capitalisme néo-libéral, européen, anglo-saxon ou social-démocrate.
Toutefois, ni les frontières nationales ni les frontières imaginées entre Nord et Sud ne sont hermétiques à ces divergences qui s’expriment, coexistent, se confrontent avant tout sur le plan infranational. Les dynamiques en cours entrainent le repositionnement des acteurs sur la scène politique nationale entre acculturation à la mondialisation et contestation de l’ordre international. Ces cadres d’action économique, caractérisés à la fois par une restructuration normative et par des dynamiques de flexibilité et d’hybridité privilégiant ainsi l’étude des processus d’individualisation, s’accompagnent de la production de nouvelles formes de mobilisation porteuses de projets de société dont les expressions combinent exit, voice et loyalty et défie ainsi la structuration classique des espaces politiques contemporains.
Si la religion comme facteur explicatif d’une forme conditionnée de rationalité des comportements économiques, à la manière des écrits de Weber ou de Sombart, peut être évacuée par les sciences sociales, il n’en demeure pas moins que la question sur ses effets concrets dans divers contextes se pose à nouveau aujourd’hui avec acuité. Le religieux agit, à toutes les échelles, sur les normes, les conduites et les interactions qui organisent les contextes économiques ainsi que sur les imaginaires, ou les esprits, qui accompagnent la matérialité de ces derniers. Les tenants du « culturalisme » d’un côté ou ceux de l’approche de ‘‘business as usual’’, de l’autre, ne permettent pas de saisir les effets de phénomènes à l’oeuvre tels que la récente création de normes dites religieuses dans le secteur économique faisant émerger de ce fait des espaces normatifs pluriels et concurrentiels (Dupret, 2012).
La mobilisation des rapports à la religion produit une diversité de formes d’engagement plus ou moins institutionnalisées : un entre-soi communautariste autour d’un projet d’autogestion à l’instar des stratégies salafistes en Europe ; un activisme transnational (Grannec et Massignon, 2012) ; des modes d’organisation hybride, appelés « islam du marché » (Haenni, 2005), comme la « finance islamique » et le marché halal ; le concept de justice sociale qui s’est intégrée dans le crédo religieux chez certains penseurs chrétiens (Bénichou, 1977), puis dans la Doctrine sociale de l’Eglise (Roger, 2012), et en forme de revendication politique radicale avec la Théologie de la Libération en Amérique latine (Löwy, 1998). Malgré leur discours d’opposition, ces engagements entretiennent une diversité de rapports de conflictualité, de complémentarité et de concurrence avec ce qu’ils perçoivent comme les forces dominantes du capitalisme, d’ordre national ou mondial.
Ce panel étudie ces nouvelles dynamiques sociopolitiques par le prisme des configurations religieuses des capitalismes contemporains. De quelle manière le rapport à la religion participe-t-il à la mutation et à la diversification des capitalismes ? Par quelles catégories d’acteurs ce rapport est-il mobilisé ? Quelles formes d’engagement le phénomène religieux provoque-t-il ? Cette session thématique interroge la question de savoir de quelle manière les expressions économiques du rapport à la religion façonnent, ou pas, les répertoires d’action, de pratiques et de conduites, les logiques de distinction et de domination, et les registres de justification ainsi que les structures d’encadrement des interactions.
Nous entendons par religion ce qui relève d’une configuration de croyances, de questionnements normatifs et de références symboliques que l’action de l’individu ou des groupes donne à voir sous forme de représentations, de pratiques et d’interactions. Cette définition permet d’élargir le questionnement à d’autres formes d’engagement non religieuses mais porteuses de normativités, de type altermondialiste par exemple. Les contributions privilégieront une approche localisée de ces processus et mobiliseront un jeu d’échelles entre les niveaux micro (trajectoires, pratiques, représentations), méso (entreprise, organisation, institution) et macro (réseau, contexte politique, organisation économique). Par ailleurs, elles prendront également la forme d’une analyse des idées ou des textes de penseurs questionnant l’articulation de l’économique et du religieux. Cette session emploiera une perspective comparatiste et permettra de développer le dialogue entre les études sociopolitiques des processus économiques et celles relevant de l’histoire des idées, de la sociologie des religions et de la sociologie de l’engagement.

The globalization of capitalism is a continuous process of reinvention of its procedures, its frames of interaction and its representations at the crossroads of its universalism, on one side, and the peculiarities of the social contexts in which it is reappropriated, on the other. In this process, the studies of differences between capitalisms are often at the macro level – national or regional –and propose a panorama of reinvented forms of capitalism, identifying them as crony, confucian, Asian, Mediterranean and drawing attention to their differences with respect to Western models of neo-liberal, European, Anglo-Saxon capitalism.
However, neither national boundaries nor borders imagined between North and South are hermetical to these divergences which express themselves, coexist and confront which each other primarily on the sub-national level. The current dynamics lead to the repositioning of the actors on the national political scene between acculturation in favor of globalization and contestation to the international order. These economic action frames, characterized by both a normative restructuring and dynamics of flexibility and hybridity, favor the study of the process of individualization. They are also accompanied by the production of new forms of mobilization at both national and global levels, combining exit, voice and loyalty and therefore challenging the conventional structure of contemporary political spaces.
This panel examines these new socio-political dynamics through the prism of religious configurations of contemporary capitalisms. How does attachment to religion participate to the transformation and diversification of capitalisms? Which categories of actors mobilize these attachments? Which mobilization patterns does the religious phenomenon provide the actors with? This thematic session asks the central question of how the economic expressions to religion shape, or not, the repertoires of action, practice and behavior, the logic of distinction and domination, and the systems of justification as well as the structuring process of the interactions. By favoring a processual approach, its aim is also to highlight the permanent reconfiguration of the attachment to religion as a continual process of renewal along the actors’ trajectories and within the contemporary economic processes.
The papers will favor a localized approach to these processes and mobilize different scales of analysis between micro (trajectories, practices, representations), meso (firms, organizations, institutions) and macro (networks, political contexts, economic organizations). Other papers will analyze the thoughts comprising an articulation between economics and religion. The session will apply a comparative perspective and contribute to the dialogue between sociopolitical studies of economic processes, history of ideas, sociology of religion and social movements’ theories.

REFERENCES

Jean-François Bayart, La Réinvention du capitalisme, Paris, Karthala, 1994
François Bafoil, Capitalismes émergents. Economies politiques comparées, Europe de l’Est et Asie du Sud, Paris, Presses de Sciences Po, 2012.
Paul Bénichou, Le temps des prophètes : doctrines de l’âge romantique, Paris, Gallimard, 1977.
Florence Bergeaud-Blackler, Le sens du Halal, une norme dans un marché mondial, Editions CNRS, 2015.
Robert Boyert, Economie politique des capitalismes, Repères, 2015.
Philippe D’Iribarne, La Logique de l’honneur, Paris, Seuil, 1993.
Matthew Clarke, David Tittensor, Islam and Development: Exploring the Invisible Aid Economy, Surrey, Ashgate, 2014.
Pierre Dardot, Christian Laval, La nouvelle raison du monde: essai sur la société néolibérale, Paris, La Découverte, 2009.
Sophie Dubuisson-Quellier, La consommation engagée, Presses de Sciences Po, coll. « Contester », 2009.
Baudouin Dupret (dir.), La charia aujourd’hui : usages de la référence au droit islamique, Paris, La Découverte, 2012
Christophe Grannec, Bérengère Massignon (dir.), Les religions dans la mondialisation : entre acculturation et contestation, Paris, Karthala, 2012.
Clement M. Henry, Rodney Wilson (éd.), The Politics of Islamic Finance, Edinburgh, Edinburgh University Press, 2004.
Michael Löwy, La guerre des dieux : religion et politique en Amérique latine, Paris, Éditions du Félin, 1998.
Bill Maurer, Mutual Life, Limited: Islamic Banking Alternative Currencies, Lateral Reason, Princeton, Princeton University Press, 2005.
Michele Micheletti, Political Virtue and Shopping: Individuals, Consumerism, and Collective Action, Basingstoke, Palgrave MacMillan, 2003.
Baudoin Roger, Doctrine sociale de l’Eglise : une histoire contemporaine, Paris, Cerf, 2012.
Werner Sombart, Le bourgeois : contribution à l’histoire morale et intellectuelle de l’homme économique moderne, trad., Paris, Payot, 1928.
Max Weber, L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, trad., Paris, Gallimard, 2003.
Richard Whitley, Divergent capitalisms. The social structuring and change of business systems, Oxford University Press, 1999.

Axe 1 / Nouvelles formes de religiosité et capitalismes
Discutante : Dilek Yankaya (Sciences Po, CERI)

David Bisson (Université Rennes 1, IDPSP), Le business de soi, une ‘religion’ du bien-être au cœur (et au service) du capitalisme marchand
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Alice Degorce (IRD, IMAF), Un néopentecôtisme ouestafricain entre théologie de la prospérité, culture hip hop et transnationalisme

Bertrand Magloire Ndongmo (Université de Douala-Cameroun), L’exclusion du capitalisme et la revanche des dieux : entre idéologies de justification d’un ordre social précaire et logiques d’accumulation dans les églises pentecôtiste à Douala-Cameroun

Thibaut Dubarry (EHESS, IMAF), L’éthique du pentecôtisme sud-africain et les contradictions de l’esprit capitaliste . L’exemple de trois Églises dans deux townships du Western Cape ou l’émergence d’un communisme du marché
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Axe 2 / Pensées religieuses de l’économique
Discutant : Frédéric Coste (Sciences Po, CERI)

Aurélien Carré (EHESS, CESPRA), Edouard Vailhé (EHESS, CESPRA), Le catholicisme du XIXème siècle à l’épreuve du libéralisme économique : une lutte intestine
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Giulio De Ligio (EHESS, CESPRA), Réforme religieuse ou rupture philosophique ? Leo Strauss, Cornelius Castoriadis et la ‘thèse de Weber’ sur l’esprit du capitalisme
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Edouard Jourdain (ICP, IHEJ), La théologie économique de Proudhon à la Wertktitik : quelle critique socialiste des présupposés métaphysiques de l’économie politique ?
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David Bisson (Université Rennes 1, IDPSP)

Le business de soi, une « religion » du bien-être au cœur (et au service) du capitalisme marchand
Cette contribution s’appuie sur un objet d’études précis, les ouvrages de développement personnel, et se donne pour objectif général de réinscrire cette niche spécifique dans l’ensemble de l’économie relative à la littérature dite « ésotérique ». Au sein de cette problématique générale, nous mettrons en regard deux approches croisées et reliées entre elles : la première consiste à comprendre comment les principes édictés et les méthodes décrites dans les ouvrages de développement personnel permettent de s’intégrer, « sereinement », dans les logiques inhérentes au capitalisme ; la deuxième vise à comprendre comment ces mêmes logiques sont reprises en compte et finalement mises en œuvre dans des ouvrages qui en sont a priori éloignés. Ainsi, les auteurs de ces ouvrages réussissent le tour de force d’appliquer les méthodes propres au management et au marketing à la construction de soi. Chacun n’est-il pas sa propre « start-up existentielle » ? En retour, le système économique se nourrit de ces discours à tonalités psycho-spirituelles afin de mettre en exergue la possibilité d’un capitalisme philanthropique, capable d’allier la croissance économique et l’épanouissement des individus.

The self religion, a business of well-being to serve the development of capitalism
In reference to the books of fulfillment, this article is intended to adopt two points of view to consider the development of the business of self in the context of capitalism. First, it is necessary to understand how this economy of the well-being adapts itself to the logics of capitalism. Secondly, it is necessary to understand how the same logics are valued in the world of marketing and management. Finally, the aim at the article is to prove how two worlds a priori opposed succeed in creating a religion of one in managerial tones; in brief, an existential start-up.

Alice Degorce (IRD, IMAF), Un néopentecôtisme ouestafricain entre théologie de la prospérité, culture hip hop et transnationalisme

Bertrand Magloire Ndongmo (Université de Douala-Cameroun)

L’exclusion du capitalisme et la revanche des dieux : entre idéologies de justification d’un ordre social précaire et logiques d’accumulation dans les églises pentecôtiste à Douala-Cameroun
Le vent des libertés qui a secoué le Cameroun à l’aube de la décennie 1990 ne s’est pas limité au champ politique, mais il a créé une sorte de mutations sociales totales à la fois économiques, politiques et religieuses. Il a de ce fait entrainé une résurgence locale du mouvement pentecôtiste (revanche des dieux), en provenance des Etats-Unis, du Nigéria, etc. L’investissement des pasteurs nationaux et expatriés à travers l’entreprenariat religieux (création d’églises) leur a offert l’opportunité d’une importante ascension sociale. De la pourvoyance de sens à une masse importante de fidèles en quête de sens, marginalisés sociaux (Ndongmo, 2016), exclus du capitalisme contemporain… ces entrepreneurs religieux en sont venus à constituer une nouvelle bourgeoisie dans des «églises de pauvres ». Comment des discours de justification de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion économique cohabitent-ils avec des logiques d’accumulation des pasteurs, conduisant à la constitution d’une petite bourgeoisie dans les milieux défavorisés ? Comment les bâtisseurs des richesses des « pasteurs-princes » vivent-ils cette expérience ? Cet article se consacre à rendre compte des mécanismes sociopolitiques à partir desquels se construit le leadership des pasteurs pentecôtistes, et des processus de production d’une logique d’accumulation à partir d’une propagande discursive de justification d’un ordre social précaire: l’exclusion capitaliste. Partant de l’analyse constructiviste, nous mettons en exergue les logiques de distinction et de domination symbolique (Weber, 1919) et les interactions fidèles pauvres-pasteur riches, participant à la production sociale d’une forme de capitalisme pentecôtiste à Douala, à partir d’un capital : les ressources précaires de centaines ou de milliers de fidèles.

The exclusion of capitalism and the revenge of the gods: Analysis of justification theories of a precarious social order and the logic behind accumulation of wealth l in Pentecostal churches in Douala-Cameroon
The wave of freedoms that shook Cameroon at the dawn of the 1990s was not limited to the political field, but it created complete social mutations, both economic, political and religious. It has resulted in a local resurgence of the Pentecostal movement (revenge of the gods), mainly from the United States, Nigeria, etc. The investment of pastors through religious entrepreneurship (creation of churches) offered them the opportunity of a major social rise. From providing hope to a large mass of faithful members in search of a meaning in their life, marginalized social classes (Ndongmo, 2016), excluded from contemporary capitalism … these religious entrepreneurs have come to constitute a new substantial middle class from the « churches of the poor ». How do discourses on justification of poverty, precariousness and economic exclusion coexist with the logics of enrichment of pastors, leading to the constitution of a middle class in poor classes? How do the builders of the richness of the « pastors-princes » live this experience? This paper focuses on the socio-political mechanisms underlying the leadership of Pentecostal pastors and the processes of producing a logic of enrichment based on a discursive propaganda of justification of a precarious social order: Capitalist exclusion. On the basis of constructivist analysis, we highlight the logics of distinction and symbolic domination (Weber, 1919) and the poor members – rich pastors interactions, participating in the social production of a form of Pentecostal capitalism in Douala from an asset: the precarious resources of hundreds or thousands of faithful adherents.

Thibaut Dubarry (EHESS, IMAF)

L’éthique du pentecôtisme sud-africain et les contradictions de l’esprit capitaliste . L’exemple de trois Églises dans deux townships du Western Cape ou l’émergence d’un communisme du marché
L’objet de la présentation est d’analyser la dialectique de la religion et du capitalisme contemporain à la lumière de trois communautés pentecôtistes sud-africaines qui se situent dans deux townships du Western Cape.
Ainsi, le pentecôtisme entretient des affinités électives avec le capitalisme ; selon Marx « la misère religieuse est, tout à la fois l’expression de la misère réelle, et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. »
L’on souhaite démontrer à l’aune de ces ethnographies qu’il existe une dialectique entre pentecôtisme et capitalisme en soulignant, en amont, que le pentecôtisme peut s’analyser, dans une perspective hégélienne, comme une synthèse entre démocratie libérale et communisme. En aval, l’on mettra en évidence que les pratiques des fidèles s’inscrivent, conséquemment, dans cet horizon matérialiste et s’engagent, à l’échelle de la communauté, à réaliser un idéal capitaliste.
Contrairement à la vision de la religion de l’auteur du Capital, ce courant religieux singulier propose, en réalité, un dévoilement des déterminismes socio-économiques grâce aux pasteurs qui s’apparentent, moins à ce qu’Howard Becker désignait comme des entrepreneurs de morale qu’à des leaders ou des coaches des business de leurs fidèles. Raison pour laquelle on qualifiera le pentecôtisme de « communisme du marché. »

Ethics of South African pentecostalism and the contradictions of the capitalist spirit. Illustration with three churches in the Western Cape or the emergence of the communism of market
This presentation deals with South African pentecostalism and the contradictions of the capitalist spirit in three religious communities of the Western Cape. Our three ethnographies lead us to highlight the dialectic between pentecostalism and capitalism.
Thus pentecostalism has elective affinities with capitalism. For Marx « Religion is the sigh of the oppressed creature, the heart of a heartless world, just as it is the spirit of a spiritless situation. It is the opium of the people. »
We will attempt that, first, in a Hegelian perspective, pentecostalism appears as a synthesis between democracy and communism. Then we intend to demonstrate that worshippers, within the religious communities, want to reach the capitalist ideals.
Unlike the author of The Capital, pentecostalism appears as the unveiling of socio-economic determinism. In this respect, the pastors can be considered, not only as what Howard Bekker refers as « moral entrepreneurs », but as businessmen leaders or coaches. That’s why we will qualify pentecostalism as the communism of the market.

Aurélien Carré (EHESS, CESPRA), Edouard Vailhé (EHESS, CESPRA)

Le catholicisme du XIXème siècle à l’épreuve du libéralisme économique : une lutte intestine
La révolution française a mis à nue la difficulté pour l’Eglise de remplir son rôle millénaire de gouvernement pastoral au sein de la nouvelle reconfiguration politique moderne (Foucault, Sécurité, Territoire, Population). L’Eglise, pour poursuivre son action, devait au fond répondre à la question de l’acceptation ou du rejet de la place qui lui fut attribuée par le nouveau gouvernement représentatif. Bien qu’elle s’orientât, le plus visiblement, en réaction face au projet moderne, du fait du caractère irrésistible de la sortie de la religion de la structure politique (Gauchet/La Religion dans la Démocratie), elle se retrouvait, de fait, entraînée par les réarticulations effectives et progressives qu’impliquent les libéralismes politique et économique. Ainsi naît, de ce moment problématique pour l’institution ecclésiastique, une réflexion sociale et économique nouvelle sur les justifications théologiques des liens que les hommes tissent dans cette nouvelle configuration. Laïques, comme clercs, se saisirent alors du questionnement et tentèrent d’y répondre conduisant, dans certains cas, à des développements antithétiques. Tel est, par exemple, la position de l’Abbé Jacques-Paul Migne qui fut la figure controversée de l’adaptation du modèle capitaliste à la distribution des biens de Salut. Outre ce cas de figure particulier, de nombreux courants idéologiques catholiques s’affrontèrent : réactionnaires, libéraux-chrétiens, corporatistes, jusqu’à Léon XIII qui sera le premier Pape penseur politique appréhendant le monde moderne fondant les nouvelles doctrines sociales de l’Eglise (Roger/Doctrine Sociale de l’Eglise).

‘Catholicism of the nineteenth century in the test of economic liberalism: an intestine struggle’
The French Revolution exposed the difficulty of the Church to fulfill its millennial role of pastoral government within the new modern political reconfiguration  (Foucault/Sécurité, Territoire, Populatio)]. To pursue its action, the Church had to solve the problem of acceptation or rejection of its place given by the new representative government. Even if it was oriented to react about the modern project, because of the compelling character of the exit of religion from the political structure (Gauchet/La Religion dans la Démocratie), it saw itself driven by the effective and progressive readjustments that the political and economical liberalism imply. As a result of this problematic moment for the ecclesiastic institution, there is a new social and economical reflexion on the theological justifications that men develop in this new configuration. Laypersons, as clerks, studied this questioning and tried to answer with, in some cases, antithetical developments. This is for example the position of the abbot Jacques-Paul Migne who was the controversial figure of the adaptation of the capitalist model to the goods of salvation distribution. Apart from this particular case, many ideological catholic currents were in conflict: reactionaries, Christian-liberals, corporatists, until Leon XIII who was the first Pope and political intellectual learning about the modern world and establishing the new social doctrines of the Church. (Roger/Doctrine Sociale de l’Eglise)

Giulio De Ligio (EHESS, CESPRA)

Reforme religieuse ou nouveau réalisme social ? Objections théoriques et pratiques à la « thèse de Weber » sur le capitalisme
L’économie moderne semble définir les critères et les marges d’action des sociétés occidentales. Les classiques du XXe siècle en ont mesuré la revendication première : on a pu écrire que la modernité a été marquée par « l’idéologie économique », par la visée d’apporter une « solution économique » au problème politique, par la promesse du passage à l’âge pacifique du commerce ou par la désocialisation de l’économie. L’argument le plus conséquent et le plus ambitieux de l’économie moderne est un argument qui porte sur la nature et l’institution du « tout social » – marché, ordre spontané ou main invisible.
S’il importe de revenir sur la genèse et le fond de l’argument économique sous-jacent aux processus et aux législations contemporains, la thèse de Max Weber sur le capitalisme offre encore un cas éminent de réflexion. J’examinerai des objections que la lecture « religieuse » qu’il propose de l’avènement du capitalisme a reçues. On peut par elles parvenir à une lecture théorique différente du phénomène qui éclaire autrement le cadre d’action et les critères pratiques des sociétés modernes. Je dégagerai notamment de certaines œuvres contemporaines (Strauss, Aron, Castoriadis, Lefort, Manent ou Descombes) une thèse alternative : la compréhension des bienfaits et des limites de l’économie moderne requiert l’intelligence de sa « prémisse majeure », la nouvelle réponse qu’elle semble apporter au problème d’abord philosophique et politique de la fondation et du gouvernement de la chose commune. L’approfondissement de cette thèse permet aussi de préciser la « place » du motif religieux dans la conduite humaine en société – ou le rapport entre l’argument et l’esprit de l’action commune.

Religious Reform or a New Social Realism ? Some theoretical and practical objections to the “Weber thesis” on capitalism
The modern economy seems to define western societies’ criteria and room for manoeuvre. Twentieth century classical thinkers had measured its first claim: it has been written that modernity has been marked by the “economic ideology”, by the goal to give an “economic solution” to the political problem, by the promise of entering the pacific age of commerce or by the de-socialization of the economy. The modern economy’s most consistent and ambitious argument is an argument about the nature and constitution of the ‘social whole’ – the market society, spontaneous order, or the invisible hand.
If it is important to reappraise the genesis and the content of the economic argument underlying contemporary processes and legislations, Max Weber’s thesis on capitalism still provides us with an eminent case of reflection. I will examine some objections raised against his “religious” interpretation of the advent of capitalism. By those objections, one can reach a different theoretical understanding of the phenomenon capable of better highlighting modern societies’ framework of action and practical criteria. In particular, I will draw on some contemporary works (Strauss, Aron, Castoriadis, Lefort, Manent or Descombes) to articulate an alternative thesis: the understanding of the modern economy’s benefits and limits requires the comprehension of its “major premise”, i.e. the new answer it seems to give to the preeminently philosophical and political problem of the foundation and government of the common thing. The deepening of this proposition also allows us to clarify the place of the religious motive in the human conduct in society – or the relation between the argument and the spirit of common action.

Edouard Jourdain (ICP, IHEJ)

La théologie économique de Proudhon à la Wertktitik : quelle critique socialiste des présupposés métaphysiques de l’économie politique ?
Si la notion de théologie politique a connu un certain développement dans l’histoire des idées, notamment dans les études sur la sécularisation, c’est moins le cas de la théologie économique. L’un des auteurs à avoir récemment montré sa pertinence est Giorgio Agamben dans son ouvrage Le règne et la gloire, notamment à partir de la figure de la trinité qui a permis selon lui l’émergence de l’idée de gouvernementalité où l’oïkos devient le criterium de la gestion des affaires publiques. Dans une autre perspective, l’anthropologue anarchiste David Graeber a tenté de restituer dans son ouvrage Dette : 5000 ans d’histoire, le rapport entre le religieux et la dette (notamment via la notion de sacrifice). Walter Benjamin déjà, dans son texte « Le capitalisme comme religion », avait pu faire des liens analogiques entre le théologique et l’économique, mais on peut remonter à Marx et son analyse de la valeur dont il relevait toute la dimension métaphysique dans le premier livre du capital : « la forme valeur et le rapport de valeur des produits du travail n’ont absolument rien à faire avec leur nature physique. C’est seulement un rapport social déterminé des hommes entre eux qui revêt ici pour eux la forme fantastique d’un rapport des choses entre elles. Pour trouver une analogie à ce phénomène, il faut la chercher dans la région nuageuse du monde religieux. » (Le capital, Livre I). Proudhon, dans ses Contradictions économiques, monopolise aussi le registre du théologique, notamment en ce qui concerne la dimension absolue de la propriété ; ou encore Paul Lafargue dans son pamphlet théâtral La religion du capital (1887). Nous avons ainsi dans la tradition socialiste, de Proudhon à la Wertktitik (Critique de la valeur) toute une réflexion critique sur le rapport entre l’économique et le théologique, à la fois dans une perspective généalogique et analogique. Nous voudrions dans cette communication retracer cette perspective en effectuant un retour lui-même critique sur cette tradition loin d’être homogène. Nous serons ainsi amenés à traverser les thèmes relatifs à la mythologie du contrat, le sacrifice et le marché ou encore la métaphysique de la valeur en mettant en perspective différents auteurs, dont certains ont pu être oubliés comme l’économiste socialiste libertaire Christian Cornelissen qui, dans son traité sur la valeur publié en 1903, pouvait par exemple affirmer que la théorie de la valeur-travail de Marx relevait encore de la métaphysique.

Economic theologie from Proudhon to Wertktitik : which socialist critic for political economy’s supposed metaphysics?
While the notion of political theology has developed in the history of ideas, especially in studies of secularization, it is less so in economic theology. One of the authors to have recently shown its relevance is Giorgio Agamben in his book The reign and the glory, notably from the figure of the trinity which allowed according to him the emergence of the idea of ​​governmentality where the oikos becomes the criterion of the management of public affairs. In another perspective, the anarchist anthropologist David Graeber attempted to restore the relationship between religion and debt (notably via the notion of sacrifice) in his book Debt: 5000 years of history. Walter Benjamin, in his paper « Capitalism as Religion, » had been able to make analogical connections between the theological and the economic, but we can go back to Marx and his analysis of the value of which he covered the whole metaphysical dimension in the first Book of capital. Proudhon, in his Economic Contradictions, also monopolizes the theological register, especially as regards the absolute dimension of property; Or Paul Lafargue in his theatrical pamphlet The Religion of Capital (1887). We thus have in the socialist tradition, from Proudhon to the Wertktitik (Critique of Value) a critical reflection on the relationship between the economic and the theological, both from a genealogical and analogical perspective.

Mardi 11 juillet 2017 9h00-13h00

BISSON David david.bisson@numericable.fr
CARRE Aurélien aurelien.carre.eelv@gmail.com
COSTE Frédéric frederic.coste@sciencespo.fr
DEGORCE Alice alice.degorce@ird.fr
DE LIGLIO Giulio giulio.deligio@gmail.com
DUBARRY Thibaut thibaut.dubarry@gmail.com
JOURDAIN Edouard edouardjourdain@hotmail.com
NDONGMO Bertrand Magloire ndongmomag@yahoo.fr
VAILHE, Edouard edouardvailhe@yahoo.fr
YANKAYA Dilek dilek.yankaya@sciencespo.fr