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Congrès 2017

Conférence plénière

Les changements politiques face au changement climatique. Institutionnalisation des innovations de politiques publiques

Political changes faced with climate change. Institutionalization of policy innovations

11 juillet 2017, 14h-16h

La conférence plénière organisée avec le soutien d’Agropolis Fondation sera présidée par Laurence Tubiana, ambassadrice de la France chargée des négociations sur le climat en préparation des Accords de Paris (COP 21) et Directrice de la chaire développement durable de Sciences Po Paris.

Conférenciers :
Stephan Aykut, Universität Hamburg, (Gouverner le climat ?Vingt ans de négociations internationales. Paris: Presses de Sciences Po, 2014)
Bruno Latour, Science Po Paris (Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015)
Miranda A. Schreurs, Freie Universität Berlin (Climate Change Politics in an Authoritarian State: The Ambivalent Case of China, The Oxford Handbook of Climate Change and Society, 2012) (sous réserve)

La question posée par la conférence plénière du XIVème congrès de l’AFSP est celle de « l’institutionnalisation du changement climatique : agendas, échelles et niveaux, instruments de politiques publiques, innovation ». Les analyses s’accordent pour dire que les politiques publiques doivent changer pour lutter contre le changement climatique. Mais le changement des politiques ne se décrète pas. M. Howlett par exemple, se demande « pourquoi les innovations sont rares et si souvent improductives » (Howlett, 2014). Se focaliser sur les logiques d’institutionnalisation permet de se pencher sur la prise en compte de variables importantes dans l’explication des conditions de possibilité de changements et de capacité d’innovations dans les politiques publiques (OECD, 2015; Howlett, 2014) comme : la participation des « acteurs ordinaires », la désectorisation des secteurs et pratiques traditionnels de politiques publiques, l’intégration de nouveaux instruments de politiques publiques (de marché…), etc. La littérature concernant l’innovation porte souvent à la fois sur les instruments techniques et de gouvernance. « Les politiques d’adaptation au Changement climatique interagiront avec, dépendront de, ou peut-être même seront tout juste un sous-ensemble de politiques sur le développement durable et la gestion de ressource naturelle, comme celles nécessaires pour réguler les organismes génétiquement modifiés, pour protéger la santé humaine et animale ou favoriser la gouvernance et les droits politiques, parmi beaucoup d’autres. Ce processus est souvent mentionné comme « l’intégration » de l’adaptation au changement climatique dans les politiques publiques pour améliorer la résilience aux risques ou pour promouvoir le développement durable » (Howden, 2007). La littérature se focalise également sur divers processus : le changement climatique est problématisé au niveau international (voir la littérature sur le global climate regime) ; les experts ont identifié des instruments de réduction ou d’adaptation (Aykut, Dahan, 2014; Vogler, 2016; Nogathu, 2016) ; le changement climatique est aujourd’hui souvent intégré aux agendas nationaux (OECD, 2015; Yaro, 2016). Cependant, la littérature insiste aussi sur le fait que la mise en oeuvre nationale et locale de politiques reste encore un vrai défi (Latour, 2015 ; Bulkeley,Newell, 2015; Biagini & al., 2014; Howlet 2014). Autrement dit, l’invention de potentiel « bons » et innovateurs instruments techniques n’est pas une condition suffisante ; leur institutionnalisation et appropriation par les acteurs sociaux, économiques et politiques est nécessaire pour qu’ils deviennent des instruments durables et efficients de politiques publiques (Giddens, 2013; Howlett, 2014; Biagini & al., 2014; Karanth, Archer, 2014). Ces derniers processus dépendent de variables politiques qui demandent à être comprises (régimes politiques, légitimité, rôle des élites, structures des réseaux de politiques publiques, structures des bureaucraties et systèmes de partis, etc.), aux niveaux national et local (Kronsell, 2013; Roche, 2015; Aylett, 2015; Lim Kwon, Hanlon, 2016; OECD, 2015; Howlett, 2014). Ces variables sont explicatives de la potentialité des mesures de gouvernance novatrices et des instruments de politiques publiques (Bulkeley, Newell, 2015; Bonnaud, Lascoume, 2015). Elles mènent alors à penser en termes de « sentiers de changement et de réponse » spécifiques pour chaque pays ou territoire (Wise, 2014). Les chemins de l’institutionnalisation de ces politiques publiques sont donc bien une des questions essentielles pour répondre avec succès à l’enjeu et à l’urgence climatique. Il est donc tout aussi urgent d‘en comprendre les conditions politiques.

Ainsi, les questions soulevées lors de cette conférence plénières du 14ème congrès de l’AFSP seront les suivantes : quelles sont les différentes variables explicatives de l’institutionnalisation ou non des politiques de lutte contre le changement climatique, ceci aux niveaux international, national et local ? Comment s’articulent ou non ces échelles de gestion (question capitale de réussite des plans de lutte) ? Quelles sont les logiques institutionnelles (politiques, bureaucratiques…) qui autorisent ou non la désectorisation des politiques publiques existantes, ou bien la sectorisation de politiques autonomes de lutte contre le réchauffement climatique ? Quelles sont les conditions pour l’institutionnalisation d’instruments innovants de politiques publiques ? Les espaces participatifs et les mobilisations sociales autorisent-ils l’institutionnalisation d’une « nouvelle élite » des politiques de lutte contre le réchauffement climatique (agriculteurs, entrepreneurs, société civile ou tout autre type d’acteur concerné) ? Dans quelles mesures ces conditions politiques du changement contribuent-elles, ou non, au processus d’invention et d’innovation en matière de lutte contre le réchauffement climatique ?

 

The plenary conference organised with the support of Agropolis Fondation will be chaired by Laurence Tubiana, France’s Special Representative for COP21 and Director of the Sustainable Development Center at Sciences Po Paris.

Intervenants :
Stephan Aykut, Universität Hamburg, (Gouverner le climat ?Vingt ans de négociations internationales. Paris: Presses de Sciences Po, 2014)
Bruno Latour, Science Po Paris (Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015)
Miranda A. Schreurs, Freie Universität Berlin (Climate Change Politics in an Authoritarian State: The Ambivalent Case of China, The Oxford Handbook of Climate Change and Society, 2012) (to be confirmed)

The issue of the plenary conference is “Political institutionalization of climate change: agenda, scales and multi-levels, policy tools, innovation”. Analysts are used to saying that policies must change to tackle climate change. But policy change is not a natural process. M. Howlett, for example, asked “why are policy innovations rare and so often negative?” (Howlett, 2014). Focusing on institutionalization processes makes possible to deal with important variables that explain policy change/stability/continuity and capacity in policy innovations (OECD, 2015; Howlett, 2014) such as: involving “ordinary people” in the policy-making mechanism and in the management of this major stake, ‘desectorization’ of traditional policy sectors and practices, integrating new policy tools such as new market based instruments, etc. A great deal of literature about innovation concerns both technical and governance tools. “Climate change adaptation policies will interact with, depend on, or perhaps even be just a subset of policies on sustainable development and natural resource management, such as those necessary to regulate genetically modified organisms, protect human and animal health, and foster governance and political rights, among many others. This process is often referred to as the ‘‘mainstreaming’’ of climate change adaptation into policies intended to enhance broad resilience to risk or to promote sustainable development” (Howden, 2007).The literature focuses on various processes: the climate change problem is identified at international level (see the literature on ‘global climate regime’); international experts have identified policy tools of mitigation, reduction or adaptation policy tools (Aykut, Dahan, 2014; Vogler, 2016; Nogathu, 2016). Climate change is now integrated into national political agendas (OECD, 2015; Yaro, 2016). However the literature also highlights the fact that their national and local implementation is still a challenge (Latour, 2015), Bulkeley,Newell, 2015; Biagini & al., 2014; Howlet 2014). In other words, theoretical invention of potentially ‘good’ and innovative tools to tackle climate change is not a sufficient condition; their institutionalization and appropriation by social, economic and political actors are needed to become sustainable and efficient policy tools (Giddens, 2013; Howlett, 2014; Biagini & al., 2014;Karanth, Archer, 2014). These processes depend on political variables that we need to understand (political regime, legitimacy, role of elites, structures of policy networks, structure of bureaucracies, structure of political party systems, etc.), at national and local levels (Kronsell, 2013; Roche, 2015; Aylett, 2015; Lim Kwon, Hanlon, 2016; OECD, 2015; Howlett, 2014). They explain the potential occurrence or not of innovative governance measures and policy tools (Bulkeley, Newell, 2015; Bonnaud, Lascoume, 2015). They then lead to thinking in terms of specific “pathways of change and response” for each country or territory (Wise, 2014). As the institutionalization of climate change policies is one of the principal issues for success in tackling climate change, it is urgent to understand and compare its political conditions.

So, the main questions which will be discussed during the plenary conference of the 14th AFSP Congress, and the preparatory seminar, will be as follows: What are the main variables of institutionalization of climate change policies, at international, national and local levels? How can the interlinking of these scales of management be analyzed (major question of the success of policy change plans)? What are the institutional logics (political, bureaucratic, participative, etc.), which authorize policy ‘desectorization’ of the existing public policies (environmental, agriculture, energy, industry, land tenure, water, scientific, etc.) or, conversely, the status quo of autonomous policy sectors? What are the conditions for the institutionalization of innovative policy tools? Do participative spaces and social mobilizations authorize the institutionalization of a « new elite » of climate change policies (farmers, firms, civil society, stakeholders, etc.)? In what ways policy process (including of course collective actions from civil society) influence and complement climate change issues? To what extent do these political conditions of change contribute or not to the invention and innovation in the fight against climate change?

 

REFERENCES

  • Aylett Alexander (2015), “Institutionalizing the urban governance of climate change adaptation: Results of an international survey”, Urban Climate, n° 14, pp. 4-16
  • Aykut Stefan., Dahan Amy (2014), Gouverner le Climat, Presses de Sciences Po, Paris
  • Bonnaud Laure, Lascoume Pierre (2015), « Quelle administration pour le développement durable ? », Revue juridique de l’environnement (Volume 40), p. 9-12
  • Biagini Bonizella & al. (2014), « A typology of adaptation actions: A global look at climate adaptation actions financed through the Global Environment Facility”, Global Environmental Change, 25 (2014) 97–108
  • Bulkeley Harriet & Newell Peter (2015, 2nd ed.), Governing Climate Change, Routledge, London
  • Giddens Anthony (2013, 2nd ed.), The politics of climate change, Polity Press, London
  • Howden Mark, (2007), “Adapting agriculture to climate change”, PNAS, vol. 104, no. 50, pp. 19691–19696
  • Howlett Michael (2014), “Why are policy innovations rare and so often negative? Blame avoidance and problem denial in climate change policy-making”, in Global Environmental Change, Volume 29, pp. 395–403
  • Jordan Andrew, Huitema Dave (2014), “Policy innovation in a changing climate: Sources, patterns and effects”, Global Environmental Change, 29, pp. 387–394
  • Karanth Anup, Archer Diane (2014), “Institutionalising mechanisms for building urban climate resilience: experiences from India”, Development in Practice, Vol. 24 Issue 4, pp. 514-526
  • Kronsell Annica (2013), “Legitimacy for climate policies: politics and participation in the Green City of Freiburg”, Local Environment, Vol. 18, No. 8, pp. 965–982
  • Latour Bruno (2015), Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte.
  • Lim Kwon Kyae, Hanlon Robert J. (2016), “A comparative review for understanding elite interest and climate change policy in China”, Environment Development & Sustainability, 18, pp.1177–1193
  • Nagothu Udaya Sekhar (2016), Climate Change and Agricultural Development : Improving Resilience Through Climate Smart Agriculture, Agroecology and Conservation, Routledge, New York
  • OCDE (2015), Atténuation du changement climatique : Politiques publiques et progrès réalisés, éditions OCDE, Paris
  • Roche Nicolas (2015), « Gouverner l’adaptation au changement climatique sur (et par) les territoires. L’exemple des littoraux aquitain et martiniquais », Natures Sciences Sociétés,3 (Vol. 23), p. 244-255
  • Schreurs M., (2012), Climate Change Politics in an Authoritarian State: The Ambivalent Case of China, The Oxford Handbook of Climate Change and Society, 2012)
  • Vogler John (2016), Climate Change in World Politics, Palgrave Macmillan, Hampshire
  • Wise R. M. & al. (2014), “Reconceptualising adaptation to climate change as part of pathways of change and response”, Global Environmental Change, vol. 28, pp. 325–336
  • Yaro Joseph A. (2016), Adaptation to Climate Change and Variability in Rural West Africa, Springer, Switzerland