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ST17

Politiques énergétiques : modèles alternatifs et dynamiques locales

Energy policies:Alternative models and local dynamics

Responsables scientifiques
Sébastien Chailleux (Centre Emile Durkheim UMR 5116) s.chailleux@gmail.com
Sezin Topçu (CNRS-EHESS) sezin.topcu@ehess.fr

Face à la diversification des formes de production de l’énergie, souvent controversées (l’éolien, les hydrocarbures non conventionnels, le nucléaire ou encore les carburants « verts »), et à la politisation des modes de consommation énergétique (bâtiments positifs, transport partagé, smartgrids), les recherches de sociologie politique ne cessent de se développer. Les travaux récents et plus anciens ont largement contribué à ouvrir la « boîte noire » de ces choix énergétiques, en élucidant leur caractère technocratique (Topçu, 2013), centralisé (Evrard, 2013), ou autoritaire (Mitchell, 2013), et en tous cas profondément stratégique dans l’orientation de l’organisation sociale (Winner, 1986) et (géo)politique (Barry, 2013).
Face à ces analyses des modèles dominants de production et de consommation d’énergie, un angle mort demeure cependant, celui de The road not taken. La distinction opérée par A. Lovins (1976 ; 1977) entre un chemin énergétique « dur » –déterminé par l’offre et centralisé – et un chemin « doux » –plus participatif, orienté vers des projets plus petits et déterminé par la demande– offre aujourd’hui des pistes d’investigation fécondes. En effet, l’injonction à la transition énergétique a le mérite d’ouvrir à négociation les différentes filières énergétiques, mais les débats de filières laissent souvent de côté la perspective de changements politiques, technologiques et sociétaux plus profonds, qui pourtant s’imposent pour lutter efficacement contre le changement climatique. Des modèles alternatifs, souvent innovés par des groupes militants, et expérimentés localement, ne manquent pourtant pas, qu’il s’agisse de l’éolien citoyen, de petits projets solaires ou encore de bâtiments tirant leur énergie de gaz biogénique issu d’exploitations agricoles. Mais ces dynamiques n’ont, à quelques exceptions près (Semal, 2012 ), pas fait l’objet d’analyses systématiques. Quelles sont les conditions d’émergence de ces projets, les modèles sociétaux qu’ils véhiculent, les savoirs alternatifs qu’ils mettent en œuvre? Une telle mise en lumière de modèles énergétiques alternatifs se veut une porte d’entrée pour interroger les conditions du changement d’action publique (Palier, Surel, 2010) que ce soit en matière d’instruments (Lascoumes, Le Galès, 2004), de référentiel (Muller, 2015), d’acteurs, de cadres ou d’orientations (Hassenteufel, 2008). En analysant comment, dans un secteur dépendant des choix passés, le changement survient, il s’agira de tirer des leçons heuristiques pour comprendre le changement et la continuité dans d’autres secteurs d’action publique. La ST souhaite interroger particulièrement deux aspects de ces modèles alternatifs.
1. L’énergie au niveau local
Le développement de modèles de production énergétique appelle d’abord une focale sur l’échelon local. Alors que les modèles centralisés ou top-down placent le débat au niveau national, voire international, les projets sont malgré tout localisés dans un espace précis et doivent intégrer les acteurs locaux, leurs représentations et leurs intérêts (Nadaï, Labussière, 2009 ; Poupeau, 2014 ; Fortin et Fournis, 2014). Ce premier axe s’intéresse à ces formes de traductions locales de projets nationaux, tout autant qu’à l’émergence de projets alternatifs, issus du territoire. Face aux contestations de projets éoliens ou l’échec du gaz de schiste (Chailleux, 2015), la ST souhaite explorer les projets insufflés ou supportés par les acteurs locaux, comme on peut le voir émerger sur le gaz de houille en Lorraine (Gunzburger et al., 2016). Les analyses visant les constructions sociopolitiques et sociotechniques locales, axées sur la demande, ou encore portées par des acteurs alternatifs entrent parfaitement dans le cadre de cette section. Le rôle, tout aussi important que discret, de l’échelon local dans les processus de transformation des politiques énergétiques nationales, sera également interrogé.
2. Vers des projets énergétiques participatifs ?
A la suite du premier axe, la ST veut mettre en avant des projets collaboratifs de production d’énergie. Partant par exemple du modèle danois d’éoliennes collectives, il s’agit d’analyser la portée politique de ces projets, d’interroger dans quelle mesure ils sont généralisables, en France ou ailleurs. Le modèle économique de la production d’énergie fera l’objet d’une attention particulière: peut-on développer un actionnariat local ? peut-on dépasser un modèle de rentabilité et de production croissante ? quelles caractéristiques les territoires concernés possèdent-ils pour pouvoir voir naitre de tels projets collaboratifs ? La ST vise aussi à étudier les relations de pouvoir qui sous-tendent la mise en œuvre de projets énergétiques alternatifs, à saisir la manière dont ceux-ci remettent en cause certains « triangles de fer » comme au Canada (Hessing, Howlett, 1997), et à analyser les changements ainsi opérés dans les politiques publiques. Enfin, des travaux privilégiant l’approche comparative ou l’approche socio-historique sont aussi fortement encouragés.

In front of the diversification of the often controversial forms of energy production (onshore and offshore windpower, unconventional oil, nuclear power, « green » fuels), and the politisation of modes of energy consumption (energy-plus buildings, shared transport, smartgrids), research in political sociology and political science never stops to extend. Existing studies thoroughly contributed to unfold the blackbox of these energy choices, by highlighting the decision forms they rely on, be it technocratic (Topçu, 2013), centralized (Evrard, 2013), or authoritarian for some (Mitchell, 2013), but also the strategic role that they play in the very modelling of social and geo(political) organisation (Winner, 1986 ; Barry, 2013).
Beyond such focus on dominant energy systems, a blindspot exists however, it concerns The road not taken. The distinction made by A. Lovins (1976 ; 1977) between « hard » energy paths –which are supply oriented and centralized – and more « soft » or participatory paths –that are rather demand oriented, and target smaller projects– offers today a precious analytical prospect. Indeed, if the current injunction to energy transition has provided the possibility to discuss different energy models in a collective manner, the debates about energy sectors leave out the prospect of deeper political, technological and social change, yet essential to cope up with the climate change problem in an efficient manner. Alternative models of energy, often developed by activist groups, and put into practice locally, do provide important insight in this frame, be it « citizen » wind farms, small solar projects, or buildings fed by biogenic gas. However, studies dealing with these developments are quite rare (Semal, 2012). What are the prerequisite conditions for the realization of these projects? What are the society models that they translate, the « soft » paths they promote, the alternative knowledge that they produce? Underlining alternative energy models is a way to question the conditions of policy change (Palier, Surel, 2010) in terms of instruments (Lascoumes, Le Galès, 2004 ; Halpern, Lascoumes, Le Galès, 2014), référentiels (Muller, 2015), actors, frames or orientations (Hassenteufel, 2008). Analyzing how, in a path dependent subsystem, change occurs, is a heuristic way to understand change and continuity in other policy subsystems.
This thematic section aims to investigate two main issues.
1. Energy at a local level
Every energy model requires investments at a local level. While the centralized or top-down models position debates at a national or international level, the projects always take place at a specific space, integrating local actors, and their representations and interests (Nadaï, Labussière, 2009 ; Poupeau, 2014 ; Fortin and Fournis, 2014). The first part of this thematic section will examine the local translation of national projects, as well as the emergence of alternative or rivalling projects, within a given territory. In front of social controversies engendered by wind power or shale gas (Chailleux, 2015), the section aims to explore the projects that were insufflated and/or supported by local players, as in the case of coal gas in Lorraine (Gunzburger et al., 2016). Studies focused on locally developed energy models will thus be privileged. The role, both central and discreet – thus less studied – of the local level in national energy policies transformation processes will be questioned. This focus on the local stage contributes to debates about the importance of changes of scales in policies mutations. The important role of the local level in the translation process of national energy policies will be questioned.
2. Towards participatory energy projects?
This thematic section is also interested in collaborative projects. Focusing for instance on the Danish model of collective wind power, the political efficiency of « alternative » projects will be examined, in order to understand to what extent they can be generalized, in France, or elsewhere. The economic model of energy production will also be a specific focus: is it possible to develop a local actionnariat ? can the capitalist model of incremental production be overcome ? what are the characteristics of different territories allowing or not collaborative projects ? This section further aims to analyze the power relations that orientate the « alternative » projects, for both production and consumption, and to seize the ways they overturn “iron triangles” such as in Canada (Hessing, Howlett, 1997), and to study policy changes. Comparative studies and socio-historical analyses are also strongly encouraged.

REFERENCES

Chailleux, S., 2015. « De la revendication locale à la mise en cause globale : trajectoire du mouvement d’opposition au gaz de schiste au Québec », Recherches sociographiques, 56 (2-3), pp.325-351.
Evrard A., 2013. Contre vents et marées. Politiques des énergies renouvelables en Europe, Paris, Presses de Sciences Po.
Fortin, M.J. et Fournis, Y., 2014. « Vers une définition ascendante de l’acceptabilité sociale : les dynamiques territoriales face aux projets énergétiques au Québec », Natures Sciences Sociétés, vol. 22 / 3, juillet 2014, p. 231 239.
Guntzbuger, Y. et al., 2016. Livre vert sur le gaz de charbon, Georessources Nancy.
Hessing, M., et Howlett, M., 1997, Canadian Natural Resource and Environmental Policy: Political Economy and Public Policy, Vancouver (BC), UBC Press.
Lovins A.B., 1977. Soft Energy Paths: Toward a Durable Peace, New York, NY, Penguin Books.
Lovins A.B., 1976. The road not taken, Foreign Affairs.
Mitchell T., 2013. Carbon democracy: le pouvoir à l’ère du pétrole, Paris, La Découverte.
Muller, P., 2015, La société de l’efficacité globale, PUF, Paris
Nadaï A., Labussière O., 2009, Wind power planning in France (Aveyron) : from State regulation to local experimentation, Land Use Policy, 26, 3, p. 744-754.
Palier, B., et Surel, Y. (dir.), 2010, Quand les politiques changent: temporalités et niveaux de l’action publique, Paris, L’Harmattan.
Poupeau F.M., 2014. Central‐Local Relations in French Energy Policy‐Making: Towards a New Pattern of Territorial Governance. Environmental Policy and Governance 24, 3, 155-168.
Semal L., 2012, Militer à l’ombre des catastrophes. Contribution à une théorie politique environnementale au prisme des mobilisations de la décroissance et de la transition, Thèse de doctorat en Science politique, Université Lille II.
Topçu S., 2013. La France nucléaire. L’art de gouverner une technologie contestée, Paris, Seuil.
Winner L., 1986. The Whale and the Reactor: a search for limits in an age of high technology, Chicago, University of Chicago Press.

Axe 1/ Vers des projets énergétiques participatifs ?

Aurélien Evrard (Université Sorbonne Nouvelle / Sciences Po – CEE) et Romain Pasquier (CNRS/Sciences-Po Rennes), L’éolien offshore en France entre gouvernance territoriale et gouvernement à distance. Les cas de St Brieuc et de Courseulles-sur-Mer
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Eva Deront (PACTE / IEI) et Grégoire Wallenborn (IGEAT), Les réseaux de distribution d¹électricité : (dé)politisations des transitions énergétiques locales. Une comparaison France – Belgique.
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Pierre Wokuri (CRAPE), Comment expliquer la mise en place de projets citoyens d’énergie renouvelable ? Une comparaison Danemark, France et Royaume-Uni
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Discutant : Stefan Aykut (LISIS)

Axe 2 / L’énergie au niveau local

Melike Yalçın-Riollet (EHESS / CRAPE), Appropriations territoriales de l’énergie : une comparaison franco-turque
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Olivier Labussière (PACTE), Capturer le passé, produire un future énergétique non-conventionnel : l’exploration du gaz de charbon en France (Lorraine)
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Philippe Chavot (LISEC), Anne Masseran (CREM) et Yeny Serrano (LISEC), Penser l’énergie localement ? Le cas de la géothermie profonde dans l’Eurométropole de Strasbourg
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Discutant : Yann Fournis (GRIDEQ)

Aurélien Evrard (Université Sorbonne Nouvelle / Sciences Po – CEE) et Romain Pasquier (CNRS/Sciences-Po Rennes)

L’éolien offshore en France entre gouvernance territoriale et gouvernement à distance. Les cas de St Brieuc et de Courseulles-sur-Mer
Après avoir incarné un modèle de décentralisation de la production et de la politique énergétiques, les énergies renouvelables s’inscrivent de plus en plus dans une logique de concentration industrielle et recentralisation décisionnelle. Celle-ci est particulièrement visible dans le domaine de l’éolien maritime, qui fait l’objet d’une politique volontariste conduite par l’Etat français mais mobilise également des acteurs locaux de nature diverse. Cette communication propose d’analyser la nature de leurs interactions, en comparant la mise en œuvre de deux projets de grands parcs éoliens offshore en Bretagne et Normandie. Elle combine les approches en termes de « gouvernance territoriale » et de « gouvernement à distance » et montre que la politique française de l’éolien offshore repose de plus en plus sur une forme hybride de gouvernance, où injonctions normatives descendantes et mobilisations ascendantes s’entrechoquent selon des logiques différenciées. Certes, l’Etat tient à sa disposition une palette d’instruments d’action publique (appels d’offre, instruments cartographiques, procédures de concertation et débat public, etc.) lui permettant de piloter à distance ces projets, pourtant présentés comme étant ancrés dans les territoires. Toutefois, ces derniers ne sont pas de simples récepteurs passifs : les acteurs locaux se réapproprient de façon stratégique ces dispositifs de pilotage à distance, en essayant de reconstruire « leur » territoire en fonction de leurs intérêts et de leurs représentations.

Offshore wind power in France between territorial governance and State steering at a distance. The case of Saint-Brieuc and Courseulles-sur-Mer
Renewable energy sources embodied a model of decentralization of energy production and policy-making. They are now facing a dynamic of industrial concentration and a recentralization of the decision-making process. This is particularly the case for offshore wind power sector, in which the French State is actively involved but which also mobilizes various local actors. This communication analyzes the nature of their interactions, by comparing the implementation of two large offshore wind farms projects in Brittany and Normandy. It combines approaches in terms “territorial governance” and “State steering at a distance”, in order to show that French wind offshore policy is based on a hybrid form of governance, where top-down normative injunctions and local appropriations collide according specific logics. On the one hand, the state can make use of a toolbox of policy instruments (call for tenders, cartographic devices, concertation procedures and public debates, etc.) in order to steer these projects at a distance, even if those projects are presented as being anchored in the territories. On the other hand, local actors are not passive recipients: they re-appropriate exogenous pressures in a strategic way and try to rebuild “their” territory according to their own interests and representations.

Eva Deront (PACTE / IEI) et Grégoire Wallenborn (IGEAT)

Les réseaux de distribution d’électricité : moteurs ou freins des transitions énergétiques locales ?
Lien matériel entre production et consommation, les réseaux de distribution d’électricité ont été principalement étudiés d’un point de vue technico-économique. A travers une comparaison entre la France et la Belgique, nous montrons que la gestion de ces réseaux  cristallise les débats centraux liés à l’évolution des politiques énergétiques locales : la résistance des acteurs historiques à l’intégration des renouvelables par une instrumentalisation des difficultés techniques liées à l’apparition de nouvelles sources et technologies ; l’autonomisation des gestionnaires de réseau de distribution par rapport aux territoires desservis, menant à des situations d’opacité et  la négation de l’importance d’une intelligence « territoriale » permettant de coupler les différents volets de la transition énergétique ; un régime de propriété posant la question des investissements de long terme et de l’utilisation lucrative d’une mission de service public.
Si le lien entre développement des sources d’énergies décentralisées et structure du réseau de distribution (forme institutionnelle et taille) n’est pas systématique, le cadre posé dans notre étude permet de penser le fossé grandissant entre des modes de production en plein bouleversements (technologique, économique et institutionnel) et un réseau de distribution soumis à une forte dépendance au sentier, en accordant une importance particulière aux stratégies et instruments mis en place par les acteurs locaux.

Electricity distribution grids: drivers or obstacles to local energy transitions?
As a material link between production and consumption, electricity distribution grids have been mainly studied from a technical and economic point of view. A comparison between France and Belgium shows that the management of these networks crystallizes the central debates linked to the evolution of local energy policies: the resistance of historical actors to the integration of renewables by an instrumentalisation of technical difficulties related to the emergence of new sources and technologies; the independence of distribution system operators in relation to the territories served, leading to situations of opacity and the denial of the importance of a « territorial » intelligence that would couple the various aspects of the energy transition; a system of ownership which raises the question of long-term investments and the lucrative use of a public service mission.
Although the relationship between the development of decentralized energy sources and the structure of the distribution grid (institutional form and size) is not systematic, this study leads to a better understanding of the gap between rapidly changing production patterns (technological, economic and institutional) and a distribution grid that is highly path-dependent, by paying particular attention to the strategies and instruments put in place by local actors.

Pierre Wokuri (CRAPE)

Comment expliquer la mise en place de projets citoyens d’énergie renouvelable ? Une comparaison Danemark, France et Royaume-Uni
Depuis les années 1980 au Danemark et le milieu des années 2000 en France et au Royaume-Uni, on observe l’émergence d’initiatives de production et/ou de distribution d’énergie renouvelable(ENR) développées par des groupes de citoyens seuls ou en coopération avec des collectivités locales et/ou des développeurs. Ces démarches impliquent une participation des citoyens, riverains, habitants au financement et à la gouvernance des infrastructures de production. L’hypothèse centrale de cette communication est qu’au-delà des spécificités nationales, il existe des facteurs communs permettant d’expliquer la mise en place des «projets citoyens» d’ENR. Ceux-ci peuvent être envisagés comme un outil d’acceptabilité sociale, un levier de développement socioéconomique local, un élément intégré à une stratégie de marketing territorial ou encore une alternative à d’autres formes de développement de l’énergie. Cette dernière motivation sera développée dans cette communication avec les exemples de l’Île de Sein en France et de Wind People au Danemark. Nous démontrerons que le premier cas correspond à une «alternative rupture» avec des porteurs d’un projet citoyen en conflit avec l’opérateur national et une volonté d’autonomie vis-à-vis du réseau tandis que le second correspond à une «alternative concurrente» avec une compétition entre le collectif citoyen et les acteurs conventionnels via une procédure d’appel d’offres.

How can we explain the emergence of citizen-led renewable energy projects? Denmark, France and United Kingdom in comparison
First in Denmark during the eighties and then in France and United Kingdom in 2000’s, we have seen the emergence of renewable energy projects developed by citizen organizations alone and/or with local authorities and commercial developers. These initiatives include citizen participation in terms of financial investment and governance of the electricity production infrastructures. The main hypothesis of this paper is that, beyond national specificities, there are common factors explaining the development of citizen-led projects in this field: a tool for social and economic development, a way to improve social acceptance of renewable energy, a component of a territorial attractiveness strategy and an alternative model of energy development. We will focus on the latter with the case studies of the island of Sein in France and Wind People in Denmark. The first case is a conflicting alternative with an argument between the citizen group and the national utility while the second is an attempt to challenge electric companies with a competition between the citizen organization and the utilities over a call for tender.

Melike Yalçın-Riollet (EHESS / CRAPE)

Appropriations territoriales de l’énergie : une comparaison franco-turque
Cette communication propose une analyse sociologique des engagements locaux dans le domaine des énergies renouvelables (EnR) en France et en Turquie, pays caractérisés (à des degrés différents) par une centralisation du système politico-administratif.
Les ressources d’EnR sont conçues aujourd’hui comme des ressources « appartenant aux territoires ». Les installations d’EnR peuvent être, selon le contexte, valorisées ou contestées pour cette même raison. En effet, les projets d’EnR promus comme une alternative à la production centralisée sont souvent mis en œuvre de façon descendante. Face à ce modèle de développement, on observe deux phénomènes interreliés au niveau local. D’une part, les projets (notamment éoliens) suscitent des contestations importantes lorsque les populations locales sont exclues des processus de décision. D’autre part, certaines collectivités deviennent elles-mêmes productrices d’EnR en se positionnant contre l’État et les développeurs privés et se revendiquant d’une réappropriation des ressources territoriales. En partant de constat, la communication étudie ces deux types de mobilisations et leurs interactions en France et en Turquie. En examinant les acteurs mobilisés, leurs motifs, discours et répertoires d’actions, elle cherche à identifier les spécificités et ressemblances dans les manières dont les acteurs locaux se saisissent de la question énergétique dans ces deux pays centralisés.

Territorial ownership of energy: a French-Turkish comparison
This paper proposes a sociological analysis of local commitments in renewable energies in France and Turkey, countries characterized (although to different degrees) by a centralized political and administrative system.
Renewable energy resources are conceived today as resources that “belong to the territories”. Depending on the context, renewable energy installations may be praised or challenged for that same reason. In fact, renewable energy projects, which are promoted as an alternative to the centralized production of electricity, are often implemented in a top-down manner. In reaction to this development model, two interrelated dynamics occur at the local level. On the one hand, projects (especially, wind farms) lead to major protests when local populations are excluded from decision-making processes. On the other hand, some local governments themselves become producers of renewable energy, claiming to take a stand against the state and the private developers in order to take back territorial resources. On this basis, the paper discusses these two movements and their interactions in France and in Turkey. By examining the actors mobilized, their motives, discourses and repertoires of action, it seeks to identify the specificities and similarities in the ways in which local actors take up the energy issue in these two centralized countries.

Olivier Labussière (PACTE)

Capturer le passé, produire un future énergétique non-conventionnel : l’exploration du gaz de charbon en France (Lorraine)
Cette communication propose d’interroger le rapport entre la matérialité des ressources énergétiques et les organisations politiques qu’elles suscitent. En 2011, en réponse à des oppositions locales croissantes aux gaz de schiste, une loi française interdit l’usage de la fracturation hydraulique. Une ‘junior’ compagnie australienne tira partie de cette situation pour positionner le gaz de charbon (CBM) comme une ‘alternative’ aux gaz de schiste. Depuis 2002, elle a développé un concept de forage – horizontal multi-drains, pour organiser l’accès au CBM dans une ancienne zone minière. Cette expérimentation locale eut une influence sur le débat parlementaire en France au sujet des gaz non conventionnels, en le réduisant à un problème principalement technique. Cela mis la ‘junior’ entreprise en position d’être à l’avant garde d’un nouveau style d’exploration minière, sans fracturation, et donc de se présenter comme une ‘alternative’ politique vers l’exploration des gaz non conventionnels. Cette communication interroge ce statut d’alternative en le mettant en regard des enjeux sociotechniques concrets de l’exploration des gaz de charbon en Lorraine. En tant que ressource énergétique diffuse, le CBM doit être concentré pour être valorisé économiquement. Dans ce cas, la « concentration » consiste à capturer le passé – la compagnie met la main sur plus d’un siècle d’archives publiques minières afin d’accélérer et de réduire les incertitudes en maitère de forage

Capturing the past, making unconventional energy future : exploring coal bed methane in France (Lorraine)
This paper questions the relationship between the materiality of energy resources and the political issues that emerge from their commodification. In 2011, as an answer to growing local oppositions to shale gas, a French national law forbad hydraulic fracturing. An Australian ‘junior’ company took advantage of this situation to position coal bed methane (CBM) as an ‘alternative’ to shale gas. Since 2002, it has developed a drilling concept – horizontal well with multi-branches, to get access to CBM in an old coal mining area. This local experiment influenced the French parliamentary debate about unconventional gas, contributing in moving it from a matter of un-ruled resources to a narrower technological matter. This conveyed the company the status of a front runner exploring a political ‘alternative’ pathway (without fracturing) towards unconventional gas. We analyse this so-called political ‘alternative’ with respect to the local processes of adjusting the drilling technology to the materiality of CBM in Lorraine. As a diffused energy resource, CBM has to be concentrated to find economic value. In our case study, “to concentrate” consists in capturing the past – the company put hand on one century of public mining archives to foster its drilling operations. This sociotechnical inquiry allows us to explore and to discuss some of the political issues induced by the “concentration” of a diffused energy resource, especially with respect to the local heritages and knowledge.

Philippe Chavot (LISEC), Anne Masseran (CREM) et Yeny Serrano (LISEC)

Penser l’énergie localement ? Le cas de la géothermie profonde dans l’Eurométropole de Strasbourg

 

Mardi 11 juillet 2017 9h00-13h00

AYKUT Stefan s.aykut@gmail.com
CHAILLEUX Sébastien s.chailleux@gmail.com
CHAVOT Philippe philippe.chavot@unistra.fr.
DERONT Eva eva.deront@umrpacte.fr
EVRARD Aurélien Evrard evrard.aurelien@gmail.com
FOURNIS Yann yann_fournis@uqar.ca
LABUSSIERE Olivier olivier.labussiere@umrpacte.fr
MASSERAN Anne masseran@unistra.fr.
PASQUIER Romain rpasquier@hotmail.com
SERRANO Yeny yeny.serrano@unistra.fr.
TOPCU Sezin sezin.topcu@ehess.fr
WALLENBORN Grégoire gregoire.wallenborn@ulb.ac.be
WOKURI Pierre pierrewokuri@hotmail.fr
YALCIN-RIOLLET Melike yalcinmelike@gmail.com