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Que faire des traditions politiques en histoire sociale des idées ?

How can a historical sociology of ideas deal with political traditions?

Section thématique présentée par le groupe de projet HiSoPo, Histoire sociale des idées politiques de l’Association Française de Science Politique

Responsables scientifiques
Isabelle Gouarné (CNRS, CURAPP) isabelle_gouarne@hotmail.com
Mathieu Hauchecorne (Université Paris 8, CRESPPA-LabToP) mhauchecorne@univ-paris8.fr

« Libéralisme », « fascisme », « socialisme », « deuxième gauche », « nationalisme », « féminisme » : ces quelques exemples suffisent à rappeler l’entrée privilégiée que constituent les courants de pensée et les traditions politiques au sein de la science politique. Ils désignent pourtant des objets historiques aux contours flous que l’historien ou le politiste est souvent tenté de nommer et de délimiter en leur assignant « fondateurs » et représentants exemplaires et en en fixant le contenu, pour ainsi former un système de coordonnées au moyen duquel auteurs, concepts, doctrines, régimes pourront être situés.

Les renouvellements qui ont caractérisé l’histoire des idées politiques durant les dernières décennies sont venus questionner l’existence de ces « traditions politiques ». L’attention portée aux labels, la critique des notions d’influence et de fondateurs, comme le refus du téléologisme et de l’essentialisme obligent en effet à repenser en profondeur cette notion, comme celles proches de « cultures politiques », de « doctrines » ou d’« idéologies ».
Fait-il encore sens de parler de « traditions politiques » ? Comment les objectiver dans une perspective d’histoire sociale des idées politiques ? Que peut apporter une sociologie historique des traditions politiques à l’analyse plus générale du champ politique ? Voici quelques-unes des questions que se propose d’aborder cette section thématique, à partir des trois axes suivants.

1/ La construction des traditions politiques

Un premier ensemble de communications prend pour objet la construction des traditions politiques au sein de l’espace politique et du champ intellectuel. Des études de cas s’intéresseront aux conditions d’émergence des labels par lesquels les traditions sont référencées, à la stabilisation des traditions auxquelles ils se réfèrent, à la manière dont ce dernier processus s’articule avec l’institutionnalisation du gouvernement représentatif et l’universalisation du suffrage. Seront de même analysées les différentes stratégies de « mise en tradition » opérées sur la base de ces labels, ainsi que les différentes formes de construction rétrospective de ces traditions. Une attention particulière sera portée à la façon dont l’histoire des idées et la théorie politique peuvent contribuer à stabiliser ces catégories, en systématisant leur contenu doctrinal, et à les universaliser, en favorisant leur circulation à travers le temps et l’espace.

2/ Les traditions politiques, entre nationalisation et universalisation

L’étude des « traditions politiques » a souvent été pensée dans un cadre national, que ce soit pour mettre en évidence les configurations politiques dans lesquels elles s’inscrivent, ou pour souligner les styles de pensée et les habitudes mentales dans lesquelles elles sont encastrées. Pour autant, bien des pensées politiques qui émergent à la fin du XVIIIe jusqu’au milieu du XIXe siècle se présentèrent en premier lieu comme des discours à vocation universaliste. Elles formèrent le fond d’idées vis-à-vis desquelles on continue à se situer politiquement jusqu’à aujourd’hui, même si, avec l’affirmation des États au XIXe et XXe siècles, elles connurent des utilisations nationales variées et furent concurrencées par d’autres pensées politiques revendiquant, au contraire, leur ancrage territorial.Un deuxième ensemble de communications exploreront cette tension entre nationalisation et universalisation en revenant sur les trajectoires de différentes traditions politiques, sur leur séquençage historique, sur les logiques (transnationales, nationales ou locales) sous-jacentes à leur mise en circulation, sur leurs retraducitons et réappropriations successives etc.

3/L’histoire sociale des idées politiques à l’épreuve des traditions

Si les approches contextuelles ou sociales en histoire des idées politiques ont fortement circonscrit l’usage, jusque-là peu réflexif, de la notion de tradition politique, ils ne l’ont pas pour autant abandonné totalement. Un troisième axe exploré dans le cadre de cette section thématique portera par conséquent sur les obstacles spécifiques que l’étude des traditions pose à l’histoire sociale des idées politiques et les questions méthodologiques ou épistémologiques que ceux-ci soulèvent. On s’interrogera par conséquent sur le travail de contextualisation pertinent, le traitement des sources, les manières de prendre en compte la longue durée etc.

“Liberalism”, “fascism”, “socialism”, “deuxième gauche”, “nationalism”, “feminism”: this couple of examples remind us of the centrality of currents of thought and political traditions within Political science. Political traditions nevertheless appear as fuzzy objects, and the first task of the historian or politist is usually to name and delineate them, ascribing “founding fathers” and “prominent figures” to them. Thus is established a system of coordinates through which authors, concepts, doctrines and political systems are classified.

However, the renewals which have characterized the history of political thought during the last decades have challenged the very existence of these so-called “political traditions”. The study of labels, the criticism of common notions such as “influence” or “founder”, along with the refusal of teleological or essentialist reasoning indeed compel historians to redesign this notion, as well as related notions such as those of “political cultures”, “political doctrines” or “ideologies”. Does it still make sense to speak of “political traditions” today? How to address them from the standpoint of a historical sociology of ideas? Is a historical sociology of political traditions of interest for the global understanding of political fields? These are some of the questions which this thematic section aims to address.

A first set of papers will address the construction of political traditions within the political space and the intellectual field. Papers will investigate the labels designating these political traditions, the social, political and intellectual contexts in which they were built, as well as the stabilization process of the traditions they refer to. Papers will also analyze how political traditions might have been built retrospectively on the basis of these labels. A particular attention will be paid to the proper role of political theory and intellectual history in this process.

Most studies devoted to political traditions consider them within the scope of national boundaries. They consider the political patterns underlying these political traditions, as well as their embeddedness in local styles of thought and mental habits. Nevertheless, many of the political traditions which have emerged from the end of the XVIIIth century until the mid-XIXth century have endorsed a universalistic stand. They have established the intellectual basis on which most currents of thought have drawn until now, but were also impacted by the rise of European nation-states during the XIXth and XXth centuries. A second set of papers will investigate these competing processes of nationalization and universalization. Papers will for instance analyze the trajectories of these different political traditions, their historical pattern, the (local, national or transnational) processes underlying their circulation etc.

Contextual and sociological approaches in intellectual history have significantly restricted the usage of the notion of “political tradition”, a usage that had often lacked self-awareness. However, the debates surrounding the tradition of “civic humanism” or the genealogy of “liberalism” show that the notion has not been completely abandoned by intellectual historians. Thus the thematic section will also be concerned with epistemological or methodological questions relating to the specific obstacles that an historical sociology of ideas faces addressing political traditions. Communications will investigate the “thingness” of political traditions, the ways to refer to them in a non-anachronistic way, the relevant contexts of a political traditions as well as the means to account for the “longue durée”.

SESSION 1 (Matinée)

Introduction (Isabelle Gouarné, Mathieu Hauchecorne)

Axe 1 / La construction des traditions politiques
Discutants : Christophe Le Digol (Université Paris Ouest Nanterre, ISP) ; Bernard Pudal (Université Paris Ouest Nanterre, CRESPPA-CSU)

Yves Palau (Université Paris-Est Créteil, LIPHA). Du club des jacobins au « jacobinisme », naissance d’une tradition politique à la fin du XVIIIe siècle

Sidonie Verhaeghe (Université Lille 2, CERAPS). Les commémorations de l’anniversaire de la mort de Louise Michel : permanences et variations d’une tradition militante

Antoine Aubert (Université Paris 1, CESSP). Le luxemburgisme en France : une difficile « mise en tradition »

Karim Fertikh (IEP Strasbourg, SAGE, Centre Georg Simmel). Mises en doctrine du socialisme. Une perspective socio-historique sur les processus de construction des doctrines politiques

Marie-Pierre Wynands (Université Jules Verne de Picardie, CURAPP). Heur(t)s et malheurs d’une labellisation politique : socio-histoire de la « démocratie chrétienne » en France

Antony Burlaud (Université Paris 1, CESSP). La guerre des deux gauches a-t-elle eu lieu ? La tradition de la « deuxième gauche » et la dynamique politique du premier septennat Mitterrand

SESSION 2 (Après-midi)

Introduction (Thibaut Rioufreyt, Arnault Skornicki)

Axe 2 / Les traditions politiques, entre nationalisation et universalisation
Discutant : Thomas Brisson (Université Paris 8, CRESPPA-LabTop)

Fabien Carrié (Université Paris Ouest Nanterre, ISP). D’un universel à l’autre : l’internationalisation de la tradition politique antivivisectionniste à la fin du XIXe siècle

Anemona Constantin (Université Paris Ouest Nanterre, ISP). Usages du « nationalisme » dans une polémique intellectuelle des années 1990

Eve Gianoncelli (Université Paris 8, CRESPPA-GTM). La négritude. La construction d’une tradition entre culture, politique et genre

Axe 3 / L’histoire sociale des idées politiques à l’épreuve des traditions
Discutant : David Smajda (Université Paris Est Créteil, LIPHA)

Julie Le Mazier (Université Paris 1, CESSP). Des soixante-huitards « conseillistes » ? De l’hypothèse d’une tradition à l’histoire des investissements symboliques de formes d’organisation contestataires

Jean-Michel Chahsiche (Université Paris 1, CESSP). Du passé, faisons table rase ? Les économistes marxistes aux éditions Maspero et La Découverte

Rafaël Cos (Université Lille 2, CERAPS). Parti socialiste, socialisme parti ? Faire la sociologie des idées d’un parti sans appétence doctrinale

 

Yves Palau (Université Paris-Est Créteil, LIPHA)

Du club des jacobins au « jacobinisme », naissance d’une tradition politique à la fin du XVIIIe siècle
Cette communication s’inscrit dans une recherche sur la « France jacobine » comme construction historique d’un lieu commun politique. Elle porte plus particulièrement sur la manière dont s’est forgée dès la révolution l’idée d’un « jacobinisme » autonome vis-à-vis des jacobins et qui leur survivrait. Forgé par une partie de la pensée contre-révolutionnaire qui en fait un label désignant le complot ourdi par les philosophes des Lumières, les francs-maçons et les protestants pour renverser la monarchie, le « jacobinisme » et ses déclinaisons connaissent un usage extensif et englobant, repris d’ailleurs par ceux qui s’en réclament. Son usage péjoratif, dominant, est à réinscrire dans les débats et controverses qui traversent la pensée contre-révolutionnaire lorsqu’elle s’interroge sur les causes de la Révolution, divisée entre ceux qui développent une théorie du complot et de la volonté de la Providence, tel l’abbé Barruel, et ceux pour lesquels, tels Burke dans un premiers temps et surtout Mallet du Pan et de Maistre, la révolution est la conséquence, et non la cause, de l’effondrement de l’ancien régime. Pour les premiers, les jacobins désignent cet agent collectif comploteur et le « jacobinisme » le faisceau d’idées qui les rassemble, bien au-delà de ce que furent historiquement les jacobins et leurs convictions. Il devient ainsi un « mot d’usage » contribuant à « faire tradition » au sens où il constitue un « phénomène de permanence à travers le temps d’un système relativement cohérent d’images et de représentations, de souvenirs et de comportements, d’allégeance et de refus » (Raoul Girardet).

From the Jacobin Club to “Jacobinism” : The birth of a political tradition at the end of the 18th century
This paper is part of a research program on « Jacobin France » as the result of the historical construction of a political cliché. This program deals more precisely with the development, that started during the French Revolution, of Jacobinism as an autonomous notion, independent from the actual Jacobins and that would survive them. Shaped by the counter-revolutionaries, who made it a label for a conspiracy to overthrow the monarchy ascribed to the Enlightment philosophers, freemasons and protestants, Jacobinism became gradually referred to as a more general concept, acquiring an extensive and global meaning. This pejorative and dominant use of the term Jacobinism has to be situated in the context of the numerous   questions and controversies over the revolution within counterrevolutionary circles, divided among those who supported a conspiracy theory and a theory of God’s will, as it is the case for l’abbé Barruel, and those, as Burke, and especially Mallet du Pan and de Maistre, for whom the revolution was not the cause, but the consequence of the collapse of the Ancien régime. For the first group, Jacobins refer to this collective conspiring agent, far beyond the range of the actual ideas and convictions that historically collected the Jacobins together. It thus became a “ current word” which achieved the status of tradition, in the sense that it represents a “ phenomena of permanence, through time, of a relatively consistent system of images, representations, memories and behaviors of allegiances or refusal “ (free translation from R Girardet by Y. P.).

Sidonie Verhaeghe (Université Lille 2, CERAPS)

Les commémorations de l’anniversaire de la mort de Louise Michel : permanences et variations d’une tradition militante
L’analyse de la carrière de la figure de Louise Michel dans le long vingtième siècle est une entrée intéressante pour percevoir les permanences et les variations autour de ce qu’un nom propre désigne, représente symboliquement : la Commune de Paris, le féminisme, l’anarchisme, ou encore la revendication d’une République sociale. À travers les usages mémoriels se donnent à voir la construction, la stabilisation et la circulation du contenu politique, idéologique et symbolique de la figure de Louise Michel. Faire un focus sur les commémorations de l’anniversaire de sa mort interroge la perpétuation d’une pratique militante en la faisant dialoguer avec son contexte, avec la structure de l’espace politique dans lequel elle s’insère, avec les rapports de force politiques et idéologiques, avec les jeux d’acteurs, les dispositifs d’exportation et de transmission. L’objet de cette communication est ainsi de voir comment l’entrée par une tradition militante permet de dénaturaliser les « cultures politiques ». L’étude de la commémoration de l’anniversaire de la mort de Louise Michel amène à saisir les transformations des conjonctures politiques et mémorielles qui permettent d’envisager le rapport entre la République et les radicalités, les mécanismes de pacification d’une référence révolutionnaire et les formes d’exportation d’une référence militante dans l’espace académique.

Commemorations of Louise Michel’s death: permanence and variations of a militant tradition
To analyze the career of Louise Michel as a figure in the twentieth century is interesting in order to perceive what remains or varies regarding the symbolic substance of a proper name: Paris Commune, feminism, anarchism or social Republic revendication. Memorial customs show the construction, stabilization and circulation of Louise Michel’s political, ideological and symbolic contents. To focus on the commemorations of Louise Michel’s death questions the perpetuation of a militant practice connecting the latter to its context, to the political space structure in which it takes place, to the political and ideological balance of power, to agent’s roles and to export and transmission devices. This work is meant to show how the study of a militant tradition denaturalizes « political cultures ». To examine the commemorations of Louise Michel’s death helps to grasp both political and memorial situational transformations. This enlightens the relationship between the republican system and political radicalism, the pacification process of a revolutionary icon, and the forms of export of a militant icon in the academic sphere.

Antoine Aubert (Université Paris 1, CESSP)

Le luxemburgisme en France : une difficile « mise en tradition »
Rosa Luxemburg est, aujourd’hui, une figure bien connue de la tradition marxiste. Théoricienne et femme politique, elle s’oppose au vote des crédits de guerre par le SPD en 1914 et fut une adversaire théorique du centralisme démocratique de Lénine. Elle meurt assassinée le 15 janvier 1919, quelques mois après avoir fondée la « Ligue Spartacus », du nom du fameux chef des révoltés de la troisième guerre servile italienne. Pourtant, Rosa Luxemburg est restée, longtemps, introuvable dans les marxismes français. Pourquoi, malgré quelques tentatives, comme celle de l’éditeur René Lefeuvre, le luxemburgisme ne s’est-il pas réellement importé en France ?
Cette communication entend dessiner l’histoire sociale du luxemburgisme en France, en se focalisant principalement sur les années 1960 et 1970, moment où, pris dans l’âge d’or du livre politique et dans le contexte révolutionnaire de Mai 68, les textes de Roxa Luxemburg sont largement diffusés. Plus concrètement, il s’agit de revenir sur les circuits intellectuels du luxemburgisme, et les appropriations et rejets politiques dont cette pensée a pu faire l’objet en France. Ce faisant, cette communication entend montrer que la trajectoire du luxemburgisme en France, si elle est intéressante en elle-même, est surtout utile pour éclairer les luttes intellectuelles qui touchent à la construction de la tradition marxiste légitime. En effet, Rosa Luxemburg se trouve au cœur de conflits d’interprétations entre les différentes tendances du marxisme qui, des communistes français aux trotskistes, en passant par les maoïstes, les socialistes et les libertaires, veulent tous incarner le marxisme véritable.

The French luxemburgism: a difficult integration to the marxist tradition
Nowadays, Rosa Luxemburg is a well-known figure of the marxist tradition. Theoretically and politically involved, she opposed to the vote of the war credits by the SPD and to Lenin’s democratic centralism . She was murdered on January 15 1919, a few months after the foundation of the « Spartacus League », named in reference to the famous leader of the Third Servile War. However, Rosa Luxemburg remained hard to find within French marxisms, although some mediators like René Lefeuvre attempted to import luxemburgism in France. , a publisher, why luxemburgism did not success its French import?
This communication aims to draw the social history of French luxemburgism. To do so, it will focus on the 1960s and 70s, when Rosa Luxemburg’s writings were widely broadcasted, thanks to the golden age of political books and the May 68 crisis. In concrete terms, this communication intends to show that the French luxemburgism trajectory, even if it has its own interest, is very helpful to illustrate the intellectual struggles regarding to the construction of the true marxist tradition. Indeed, Rosa Luxemburg is located at the heart of the conflicts of interpretation between the several tendances of marxism. From the French communist Party to the trotskyists including the Maoists, the Socialists and the anarchists, they all claim to be the embodiment of the genuine marxism.

Karim Fertikh (IEP Strasbourg, SAGE, Centre Georg Simmel)

Mises en doctrine du socialisme. Une perspective socio-historique sur les processus de construction des doctrines politiques
Adoptant une démarche croisée franco-allemande, la communication étudie le processus de matérialisation des doctrines politiques à travers leur mise en livre. En regroupant des textes disparates dans leurs matérialités et leurs formes de diffusion (tribunes, programmes et professions de foi, lettres, articles, discours etc.), les livres d’histoire du socialisme, les recueils de programmes, produits à des fins militantes ou savantes sont considérés ici comme des moments de constitution de doctrines politiques.  Replacer cette mise en doctrine dans les contextes et les logiques d’action est l’objet de cette communication qui se centre sur le socialisme français et allemand du tournant des 19e et 20e siècles.

Putting socialism in a book: the materialization of a socialist doctrine in France and Germany at the beginning of the 20th Century
This paper analyzes the materialization of political doctrines through the making of books. Scientific or militant books dealing with the history of socialism or that compile political platforms assemble texts whose forms and modes of dissemination are heterogeneous (wether press articles, platforms, professions de foi, letters, speeches etc.). They are therefore to be regarded as objects through which political doctrines are invented and given a coherence which does not necessarily preexist. Through a contextual approach, the paper demonstrates how intellectual consistency is produced by this process of inscription. It illustrates this by the French and German socialism at the beginning of the 20th Century.

Marie-Pierre Wynands (Université Jules Verne de Picardie, CURAPP)

Heur(t)s et malheurs d’une labellisation politique : Socio-histoire de la « démocratie chrétienne » en France
Cette communication interroge les conditions d’impossibilité de la constitution d’une tradition « démocrate-chrétienne » en France. Alors que les travaux d’histoire politique et religieuse peuvent tenir pour acquis que la démocratie chrétienne « n’a pas existé » en France, nous souhaitons montrer que son analyse a souvent été confondue avec le résultat d’un travail de labellisation politique d’un certain nombre d’engagements et de tentatives infructueuses de mises en ordre partisan. Ce retour critique vise dès lors à saisir ce qui fonde (ou non) la « démocratie chrétienne » en principes, en pratiques et en discours et à questionner l’absence de porte-parole pour assurer le nécessaire travail de légitimation politique. À partir de l’analyse d’archives institutionnelles (Vatican, Église de France, partis politiques), nationales et départementales et d’une étude approfondie d’histoires de vie, il est toutefois possible de retracer la genèse, les évolutions et le déclin de configurations de type démocrate-chrétien, selon trois axes : temporel, institutionnel et territorial. Nous montrerons alors pourquoi l’important travail de socialisation au sein des mouvements catholiques n’a pu conduire à l’implantation d’une « famille » démocrate-chrétienne en France, sans que cela ne signifie pour autant la « faiblesse » de ce qui liait ces habitus et ces trajectoires.

Changing fortunes of a political labelling: Socio-history of « Christian Democracy » in France
This presentation pays attention to the conditions of impossibility of the constitution of a « Christian Democrat » tradition in France. Whereas researchers in political and religious history could have taken for granted that Christian Democracy “did not exist” in France, we suggest to consider this fact more as the result of a process of political labelling of commitments and unsuccessful arrangements. It is a matter of seizing what establishes (or not) the Christian democracy in principles, in practices and in speech and questioning the absence of spokesmen to insure the necessary work of political legitimization. Based on the analysis of institutional, national and departmental archives and on interviews we conducted, it is however possible to redraw the genesis, the evolutions and the decline of “christian democrat” configurations, according to three factors: temporal, institutional and territorial. We will show why the important work of socialization within the catholic movements has not led to a Christian Democrat “family” in France, although this does not mean the « weakness » of what bound these habits and these trajectories.

Antony Burlaud (Université Paris 1, CESSP)

La guerre des deux gauches a-t-elle eu lieu ? La tradition de la « deuxième gauche » et la dynamique politique du premier septennat Mitterrand
On considère volontiers, aujourd’hui, que la « conversion au marché » accomplie par le pouvoir socialiste au milieu des années 1980 a correspondu au retour en force d’une « deuxième gauche », constituée dans les années 1960 et 1970 mais longtemps dominée, au sein du PS, par la « première gauche » (mitterrandienne). Dans cette perspective, les péripéties du premier septennat Mitterrand apparaissent comme la réactivation d’une lutte ancienne entre deux traditions politiques et idéologiques constituées, comme un nouvel épisode de la « guerre des deux gauches ».
Pourtant, l’étude attentive de quelques-uns des grands « tournants » de politique économique du premier septennat Mitterrand, l’observation de la constellation socialiste, l’identification des hommes et des logiques à l’œuvre, fragilisent cette hypothèse, et tendent plutôt à démontrer la relative inconsistance – ou en tout cas l’insuffisance – des catégories de « première » et « deuxième » gauche.
Si l’étude du PS des années 1970 permet de faire fonctionner, sans difficulté majeure, cette dichotomie idéologique commode, l’étude du socialisme au pouvoir, celui des années 1980, invite à dépasser cette opposition trop stable. Elle fait apparaître les limites d’une approche en termes de « tradition politique » (en l’occurrence, le récit standard de la « guerre des deux gauches ») pour comprendre une dynamique politique, et oblige à chercher d’autres outils d’analyse.

Did the War of the Two Lefts Really Take Place ? The political tradition of the “deuxième gauche” and the political dynamics of François Mitterrand’s first term
The “conversion” to the market of the French Socialist Party in power in the mid 1980s is often seen as the triumph of a « deuxième gauche », that took shape in the 1960s and 1970s, but was long dominated, within the party, by the « première gauche » (Mitterrand’s one). In that perspective, the twists and turns of Mitterrand’s first term seem like the reactivation of an old struggle between two political and ideological established traditions, like a new episode of the “war of the two lefts”.
However, the careful study of some of the most important “turning points”  in economic policy during Mitterrand’s first term, the observation of the socialist galaxy, and the identification of the men and logics at work, all make that assumption doubtful. They instead point to the relative inconsistency – or at least the shortfall – of the categories of “première” and “deuxième gauche”.
While the study of the 1970’s Socialist Party can quite easily show how this convenient ideological dichotomy plays out, the study of socialism in power in the 1980s is an invitation to go beyond such a fixed opposition. It highlights the limitations of an approach in terms of “political tradition” (in that case, the standard account of the “war of the two lefts”), if one seeks to understand political dynamics, and shows the need to look for other analytical tools.

Fabien Carrié (Université Paris Ouest Nanterre, ISP)

D’un universel à l’autre : l’internationalisation de la tradition politique antivivisectionniste à la fin du 19ème siècle.
On se propose de rendre compte des séquences successives de nationalisation et d’internationalisation au cours de la seconde moitié du 19ème siècle de l’antivivisectionnisme, idée de représentation politique des cobayes animaux soumis aux investigations des physiologistes. Il s’agira de restituer les évolutions de cette tradition politique à l’aune des mouvements complexes de circulation entre le continent et la Grande-Bretagne des méthodes et concepts des sciences expérimentales du vivant. L’antivivisectionnisme se conçoit ainsi d’abord comme une forme de résistance à l’échelle nationale face à l’importation sur les îles britanniques de la physiologie expérimentale, alors principalement développée dans des centres allemands et français. Si cette tradition politique se constitue à partir d’enjeux de luttes internes à la Grande-Bretagne et relève d’une réaction de rejet face à une tradition disciplinaire dont l’importation menace les fondements mêmes de l’ordre symbolique national, la question de son internationalisation va se poser toutefois de manière insistante à partir des années 1880-1890. L’intensification des transferts des biens symboliques et matériels constitutifs de la physiologie et de la médecine expérimentale fragilise en effet les positions des antivivisectionnistes britanniques, leur légitimité dès lors à parler avec autorité de la nature et du vivant. De cela découle chez certains militants et intellectuels promoteurs de la cause des tentatives de mise en circulation de l’antivivisection en direction de la France et de l’Allemagne, dans l’optique de tarir le flot des importations des productions scientifiques continentales. À l’impérialisme de l’universel scientifique et scientiste venu du continent, les promoteurs britanniques d’un antivivisectionnisme transnational opposent ainsi un universel de la morale, projection de catégories de pensée propres à leur configuration nationale.

From one universalism to another: the internationalization of the political tradition of antivivisectionism at the end of the 19th century.
This communication aims to study the successive sequences of nationalisation and internationalisation of antivivisectionism in the second half of the 19th century. We will give account of the evolutions of this political tradition, in the light of the complex movements of circulation between the European continent and Britain of the methods and concepts of experimental life sciences. Hence, antivivisectionism can be regarded as a form of resistance at a national level to the importation into the British Isles of experimental physiology, which was at that time mainly produced in French and German centres. If this political tradition is created out of intern struggles in Britain, as a rejection response to a disciplinary tradition threatening the national symbolic order, its internationalisation has become nevertheless a pressing issue from the 1880s onwards. The increased transfers of the symbolic and material goods which constitute experimental medicine and physiology have weakened indeed the social positions of the British antivivisectionists, and also their legitimacy to speak on behalf of the living and nature. From this follows the attempts of some of the militants and intellectuals of the cause to export antivivisectionism towards France and Germany, in order to stem the flow of continental scientific productions imported to Britain. The British promoters of transnational antivivisectionism have therefore opposed to the imperialism of a continental scientific universalism a moral universalism, which was a projection of their national categories of thought.

Anemona Constantin (Université Paris Ouest Nanterre, ISP)

Usages du « nationalisme » dans la définition du rôle social des intellectuels dans une polémique roumaine des années 1990
La chute du régime communiste de Roumanie en 1989 et l’engagement des élites politiques sur la voie de la « démocratisation » se traduit par un refroidissement des relations avec la Russie et une démarche d’intégration du pays dans les structures euro-atlantiques. Ce changement de paradigme dans la politique extérieure roumaine n’est pas sans entraîner une réflexion chez les intellectuels sur l’appartenance du pays à l’espace européen et finalement sur la question de son identité historique et culturelle. Fortement politisées avant 1989 et historiquement impliquées dans la construction nationale, les professions intellectuelles sont en crise depuis le passage de la Roumanie à l’économie de marché dans les années 1990 et l’abandon progressif par l’État du protectionnisme dans la gestion des politiques culturelles. Les débats autour de l’adhésion de la Roumanie à l’Union européenne offrent ainsi l’occasion aux intellectuels de se repositionner par rapport au pouvoir politique en questionnant une de leurs traditions de pensée les plus résistantes, à savoir le « nationalisme ». La reconstitution de la controverse de 1994-1995 autour du sens de cette nébuleuse idéologique nous permet de questionner dans notre communication la relation complexe entre le changement de régime et la transformation du rôle des clercs dans la cité après 1989.

Nationalism and social Role of Romanian Intellectuals after 1989. Insights on a stormy debate (1994-1995)
After the fall of the communist regime in 1989, one of the main goals of the Romanian politics is the integration into the EU and the NATO. This reorientation of its geopolitics after forty-five years of close relationships with Moscow, led to a public discussion on the cultural and geographic identity of the country. Several actors were involved in the debate that took place during the mid 1990s on whether or not Romania was a truly European country and to what extent it was suitable to accept the conditions imposed by the EU in order to become a member of the organization. Among these Actors, some Intellectuals were very active. Our communication provides a case study on how this specific professional field discusses the “nationalist” ideology in order to redefine their social role after the fall of the communist regime in Romania.

Eve Gianoncelli (Université Paris 8, CRESPPA-GTM)

L’universalisation et ses limites : la constitution de la négritude entre histoire, politique et genre
Cette communication entend interroger les logiques de construction d’une tradition intellectuelle, culturelle et politique, la négritude. Il s’agit de comprendre ses formes de constitution transnationale, en particulier entre la France et les États-Unis et les échanges réels et symboliques entre les pères fondateurs du mouvement (Césaire et Senghor notamment) et les auteurs de la Harlem Renaissance. On entend interroger le primat de sa promotion par ses principaux représentants comme courant culturel et la manière dont cette dimension s’articule en réalité consubstantiellement au politique, articulation qui donne lieu à des formes de revendications à la fois universalisantes et touchant des espaces géographiques différents. On interrogera dans quelle mesure cette constitution en tant que tradition est rendue possible par son dépassement (par l’antillanité, la créolité) qui met en scène d’autres types de promotion de l’identité. Enfin, on se propose de questionner le rôle du genre dans ce processus à travers la manière dont la relégation des femmes, promotrices premières d’un internationalisme noir, tend à placer au cœur du processus d’universalisation de l’expérience noire le sujet masculin.

Universalization and its limits. Negritude. The Constitution of Negritude between history, politics and gender
This proposal aims to question the logics of construction of an intellectual, cultural, and political tradition, negritude. The aim is to understand the transnational forms of constitution of this tradition between France and the USA in particular and the actual and symbolic exchanges between the founding fathers of the movement (Césaire and Senghor among others) and the authors of the Harlem Renaissance. I would like to understand why this movement has been presented by its main figures as a cultural one and the ways in which this dimension is intricately woven to politics, a connection which opens up to universalizing claims as well as dealing with specific geographical spaces. I will analyze the extent to which this constitution as tradition is made possible when the movement is exceeded by “antillanité, “créolité which promote in differing ways the question of identity. Last, the aim is to question the role played by gender in this process, through the ways in which women, first promotors of a Black internationalism are minimized, which tends to make central to the process of universalization of the Black experience the male subject.

Julie Le Mazier (Université Paris 1, CESSP)

Des soixante-huitards « conseillistes » ? De l’hypothèse d’une tradition à l’histoire des investissements symboliques de formes d’organisation contestataires
La crise de mai-juin 1968 est réputée avoir donné naissance à des modes d’organisation en dehors des structures partisanes et syndicales : comités d’action, comités de grève, assemblées générales, commissions… Peut-on parler à ce sujet de la réactivation d’une tradition d’organisation « à la base », ancienne dans le mouvement ouvrier ? Peut-on en particulier, à partir des références aux soviets et conseils ouvriers qu’on trouve chez la Jeunesse communiste révolutionnaire et les pro-situationnistes, avancer l’hypothèse d’une tradition conseilliste qui aurait irrigué les pratiques soixante-huitardes ? À partir d’une enquête sur les formes d’organisation de la grève étudiante de 1968, réalisée à partir d’archives et de sources secondaires, on entend montrer le caractère peu opérant de l’identification de « traditions politiques » pour en rendre compte, tout en plaidant pour une sociologie des répertoires de l’action collective qui s’accompagne d’une histoire sociale des idées qui les justifient. On identifie deux chronologies qui se nourrissent mutuellement sans se superposer : d’un côté, celle des pratiques contestataires qui ne se transforment que de façon incrémentale, de l’autre, l’histoire accidentée des investissements et désinvestissements symboliques dont elles font l’objet, par des courants politiques distincts aux intérêts divergents, produisant des registres de justification qui consolident leur diffusion.

Were 1968 Students “Councilist”? From the Hypothesis of a Tradition to the History of Symbolic Investments in Organizational Repertoires
The 1968 crisis is known to have given birth to an organizational repertoires outside parties and unions: action committees, strike committees, general meetings… Can we see them as the reactivation of a tradition of grassroots organization in the labor movement? Can we, because the Jeunesse Communiste Révolutionnaire and the prosituationnists made references to soviets and workers’ councils, assume that a councilist tradition impregnated 1968 practices? Relying on an investigation about the organizational repertoire of the 1968 student strike, based on archives and secondary sources, we aim at showing the irrelevance of the identification of political traditions to explain it, but speak nevertheless in favor of a sociology of contentious repertoires going with an historical sociology of ideas which justify them. Two intertwined, but not merged, chronologies may be identified: the one of contentious practices which incrementally change, and the non-linear history of symbolic (dis)investments in them by distinct political currents with divergent interests, producing justifications which contribute to their diffusion.

Jean-Michel Chahsiche (Université Paris 1, CESSP)

Du passé, faisons table rase ? Les économistes marxistes aux éditions Maspero et La Découverte
Dans les années 1960-70, les éditions Maspero sont, avec les éditions Sociales (rattachées au Parti Communiste) l’une des places fortes de l’économie politique marxiste dans le champ éditorial. Au début des années 1980 pourtant, alors que l’entreprise connaît de graves difficultés financières, le changement de ligne éditoriale impulsé par la nouvelle direction se traduit par une évolution notable des orientations théoriques privilégiées par l’éditeur en matière d’économie : les économistes de l’école de la régulation gagnent rapidement une place centrale, tandis que les collections de la période antérieure sont closes, et que leurs auteur(e)s disparaissent du catalogue, souvent sans trouver la possibilité de publier ailleurs. La recherche que nous voudrions présenter ici vise un double objectif.
Tout d’abord, du point de vue de l’étude des traditions intellectuelles, le cas de l’économie marxiste aux éditions Maspero/La Découverte permet de repérer un point de discontinuité historique, visible dans les changements d’orientation théorique et le renouvellement des auteurs et des collections. Par contraste, ce « point d’inflexion de la courbe » (selon l’expression de Michel Foucault), permet ainsi de faire ressortir des configurations stables qui caractérisent les périodes antérieures et ultérieures. Les traditions intellectuelles, loin d’être essentialisées, deviennent alors repérables dans une série d’indices tangibles, comme, par exemple, la liste des présents à une réunion éditoriale, le refus d’un manuscrit ou l’énoncée d’objectifs nouveaux en termes de publics visés et de types de textes privilégiés.
Ensuite, cette étude se concentre sur le rôle des « intermédiaires » en tant qu’agents sociaux opérateurs de l’évolution de l’offre intellectuelle. La notion d’« intermédiaires » invite en effet à prendre en compte la manière dont certains acteurs, en dressant des diagnostics plus ou moins spontanés sur l’état de l’offre, sur les exigences de la demande, sur les tendances intellectuelles ou artistiques, contribuent très directement à façonner un marché de biens culturels en cherchant à apparier ces biens et leurs publics. Dans le cas de ceux qui animent le volet économie du catalogue des éditions Maspero/La Découverte, l’analyse sociologique du travail d’intermédiation fait ressortir les contraintes et ressources qui encadrent ce travail, et dont la conséquence – pas nécessairement voulue – fut l’éviction de l’économie marxiste du catalogue de l’éditeur.
Cette recherche s’appuie sur le dépouillement des archives des éditions Maspero/La Découverte, conservée à l’IMEC, et sur une série d’entretiens avec François Gèze, PDG des éditions La Découverte à partir de 1983.

How do Traditions die? Marxist economics at the Éditions Maspero/La Découverte.
In the 1960-70s, the Éditions Maspero were one of the stronghold of Marxist economic thought in the publishing field together with the Parti Communiste’s Éditions Sociales.
By the beginning of the 1980s however, the company ran into serious financial difficulties, and a change in the editorial line resulted in the closing of the Marxist-oriented collections and the departure of most of their authors, who, for the most part, vanished from the publishing field altogether. Meanwhile, economists of the “Regulation theory” gained a central place within the newly-called Éditions La Découverte (former Maspero). This research aims at two goals:
First, from the standpoint of studying intellectual traditions, the case of Marxist economics at the Éditions Maspero/La Découverte is part of a historical turning point, visible in the changes of theoretical orientation as well as in the renewing of collections and authors. By contrast, this turning point enables us to highlight stable configurations of the former and later periods. To that extent, intellectual traditions can be studied trough tangible evidences such as, for example, a list of participants at an editorial committee, the refusal of a manuscript or a set of new goals in terms of targeted audiences and types of texts that should be published.
Second, this study focuses on the role social agents – such as publishers and collection directors – who operate as mediators between supply and demand on a market of cultural goods. The notion of “mediators” invite us to take into account the way certain actors shape the market trough more or less spontaneous diagnosis on the state of supply and demands. Sociological analysis of those who run the economic catalogue (most notably former economist François Gèze, CEO of La Découverte from 1983 on) of the Maspero/La Découverte then brings forward the constraints (for example the political and intellectual reputation of Maspero in the publishing field) and the resources (for example, the networks these actors are embedded into) that shape their work, which resulted in the not necessarily intended exclusion of Marxist economic theory from the publisher’s catalogue.
This study was based on the Maspero/La Découverte archive fund at the IMEC and several interviews with former La Découverte CEO François Gèze.

Rafaël Cos (Université Lille 2, CERAPS)

Parti socialiste, socialisme parti ? Faire la sociologie des idées partisanes à partir des programmes électoraux
Les programmes constituent-ils un analyseur pertinent des « traditions » idéologiques ou des « cultures » politiques ? À partir du cas du Parti socialiste analysé sur la période récente (1995-2012), un premier enjeu de cette communication consistera à souligner que les études qui appréhendent le contenu des programmes comme un indicateur longitudinal à partir duquel interpréter l’évolution des cultures idéologiques partisanes s’exposent à un double biais : celui qui consiste à hypostasier le caractère collectif et univoque des programmes partisans ; celui qui revient à postuler la centralité symbolique et stratégique de ce type de texte indépendamment de l’importance qu’ils revêtent pour les acteurs eux-mêmes. Il s’agira, deuxièmement, d’envisager les programmes non comme une donnée textuelle, mais comme le produit d’un ensemble de pratiques – et, partant, comme un observatoire de la manière dont le PS appréhende le travail de production des idées. Cette sociologie du travail programmatique montre davantage que si « tradition » socialiste il y a, celle-ci est davantage à rechercher du côté de la fragmentation du mode de production idéel et de la faible appétence de ses dirigeants pour les activités d’élaboration doctrinale. Dans ce cadre, le socialisme programmatique doit davantage se lire comme un ensemble de positions contingentes et circonstanciées, soumis au jeu des rapports de force internes au parti et aux contraintes externes à celui-ci. À partir des cas de la fiscalité et de la sécurité, l’analyse montre enfin l’intérêt qu’il y a à saisir les idées partisanes en restituant la carrière localisée d’enjeux spécifiques à la fois en amont et en aval des programmes.

Studying political ideas through manifestos: advantages and limitations.The Socialist Party case
Are manifestos relevant in order to analyze ideological « traditions » or political « cultures »? Focusing on the French Socialist Party, we will challenge two main biases faced by studies that are strictly based on manifestos contents. First, these studies hypostetize manifestos as collective texts, allegedly revealing “what parties think”; second, they postulate the strategical centrality of this kind of texts for political actors themselves. We will then characterize manifestos not as textual given but as products of actors’ practices. As such they are great observation points for analyzing how socialists deal with the production of ideas. Such a sociological approach leads to the acknowledgement that the socialist “tradition” – if it exists – is rather to be found in the relagation of ideological work in the lower divisions of partisan activities and in the low interest of party leaders for doctrinal manifestos. In this context, the socialist programme offer has more to do with a “tinkered”, fragile and short-term melting pot owing to internal power struggles and external constraints. Last, building on two specific cases (tax reforms and public security), we argue that permanence and change in parties’ ideological traditions can best be understood by focusing on the careers of localized issues regarding the upstream and downstream making of manifestos.

Mercredi 12 juillet 2017 9h00-13h00
Mercredi 12 juillet 2017 14h00-18h00

AUBERT Antoine antoine.aubert21@gmail.com
BRISOON Thomas thomas.brisson@univ-paris8.fr
BURLAUD Antony antony.burlaud@gmail.com
CARRIE Fabien fabien.carrie@hotmail.fr
CHAHSICHE Jean-Michel jm.chahsiche@hotmail.fr
CONSTANTIN Anemona anemona.constantin@hotmail.fr
COS Rafaël rafael.cos@univ-lille2.fr
FERTIKH Karim karimfertik@yahoo.fr
GIANONCELLI Eve eve.gianoncelli@hotmail.fr
GOUARNE Isabelle isabelle_gouarne@hotmail.com
HAUCHECORNE Mathieu mhauchecorne@univ-paris8.fr
LE DIGOL Christophe cledigol@yahoo.fr
LE MAZIER Julie jlemazier@gmail.com
PALAU Yves palau@u-pec.fr
PUDAL Bernard bernard.pudal@cnrs.fr
RIOUFREYT Thibaut thibaut@rioufreyt.fr
SKORNICKI Arnault askornicki@yahoo.fr
SMAJDA David david.smadja@u-pem.fr
VERHAEGHE Sidonie sidonie.verhaeghe@gmail.com
WYNANDS Marie-Pierre mpwynands@live.fr