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ST30

La citoyenneté industrielle : pratiques militantes et sociabilités quotidiennes

Industrial citizenship : militant practices and everyday sociabilities

Responsables scientifiques
Amin Allal (CNRS-Ceraps) amin.allal@gmail.com
Samuel Hayat (CNRS-Ceraps) samuel.hayat@univ-lille2.fr

Cette section thématique vise à explorer, à partir de contributions empiriques, les formes de la citoyenneté industrielle, concept multiforme qui renvoie à l’ensemble des pratiques et des dispositifs par lesquels les travailleurs industriels exercent un rapport actif à leur entreprise et au territoire dans lequel elle s’insère. L’enjeu est donc de regrouper sous une seule catégorie des activités multiples qui ont en commun leurs acteurs plus que leur contenu – le but n’étant pas de dissoudre la spécificité de ces activités, mais de saisir leur articulation telle qu’elle est concrètement vécue par les travailleurs industriels. Il s’agit par là de donner à voir une expérience, citoyenne en tant qu’elle est une participation active et collective, celle d’une catégorie de travailleurs au cœur des économies industrielles.
Ce faisant, cette section thématique entend explorer une conception de la politique à la fois étendue, par le type d’activités qu’elle englobe, et restreinte, par la circonscription de ses acteurs. Ainsi, nous abordons la citoyenneté industrielle non pas au sens de statut juridique, mais comme le moyen de désigner les interactions entre travail et politique : non seulement en considérant les organisations de production comme des institutions politiques (car productrices de normes et mettant en jeu des rapports de force), mais aussi en abordant la façon dont le travail et le milieu de travail façonnent l’expérience politique des individus et des groupes. Il ne s’agit donc pas de se limiter au noyau dur des travailleurs d’usine, mais de prendre au sérieux les environnements professionnels contrastés et l’ensemble des liens sociaux (familiaux, de genre, de loisir) qui structurent les populations dépendantes du travail industriel. En amenant des chercheurs à considérer différentes expériences de citoyenneté industrielle, à étudier leurs logiques, à les comparer entre elles, on peut espérer rendre compte de la richesse de cet objet, mais aussi des tensions qui le traversent.
À ce jour, la notion de citoyenneté industrielle a le plus souvent été abordée de deux manières. D’une part, en lien avec la notion de « démocratie industrielle » (Webb & Webb, 1920), elle a été traitée par les sociologues, historiens et spécialistes des relations professionnelles comme l’étude des formes de représentation et de participation des travailleurs au sein des entreprises (Marshall, 1950 ; Lichtenstein & Harris, 1996 ; Martin, 1994 ; Béroud, 2013). D’autre part, en lien avec la notion de « société industrielle », elle a pu être envisagée en termes plus macrosociologiques comme l’étude des formes de participation politique dans les sociétés du XXe siècle profondément marquées par l’organisation industrielle, celle-ci étant entendue comme une forme spécifique de rationalisation, de concentration et d’intégration des activités de production. Cette idée a davantage été avancée en creux qu’en plein, au travers des travaux évoquant l’émergence de la société « post-industrielle » (Bell, 1976 ; Touraine, 1969) et de formes nouvelles d’autonomie politique portées par les nouveaux mouvements sociaux (Melucci, 1978 ; Offe, 1997) ou la fin des sociétés disciplinaires (Deleuze, 1990). Dans cet esprit, les seuls travaux récents ayant réfléchi aux formes politiques de la société industrielle se sont ainsi concentrés sur la figure du « chef » et les techniques rationnelles de commandement (Cohen, 2013).
Dans le sillage d’une approche « par le bas » de la citoyenneté, telle que développée par les travaux de micro-histoire ou d’anthropologie politique, attentive aux ancrages localisés, aux différentes échelles de la citoyenneté (Neveu, 2004) et aux diverses formes de « subjectivation politique » (Rancière, 2004), la ST réunit des contributions qui explorent l’échelle intermédiaire des territoires ou bassins industriels. Cette échelle offre un cadre d’observation empirique qui permet d’étudier la façon dont l’organisation industrielle structure les pratiques collectives, sans pour autant se rendre prisonnier de la coupure entre le dedans et le dehors des lieux de production. Elle permet aussi de se déprendre du prisme téléologique associant l’âge industriel à un moment (révolu) de la « modernité ». Ainsi définie, la citoyenneté industrielle peut être observée dans des espaces-temps diversifiés, au Nord comme au Sud, dans l’histoire comme dans le présent.
Dans cette ST, on s’intéressera non seulement aux pratiques militantes instituées (politiques, syndicales, associatives) des travailleurs industriels, mais aussi aux formes de participation, de représentation et de protestation qui se construisent en dehors voire en conflit avec ces formes militantes instituées, en s’appuyant sur d’autres rapports sociaux et en mobilisant d’autres répertoires d’action. En mettant en lumière les formes de politisation et de subjectivation qui tranchent avec les identités ouvrières (écritures individuelles, revendications féministes, critiques de la technique…) on pourra élargir, à partir de ses tensions propres, notre compréhension de la citoyenneté industrielle.
Les contributions réunies dans la ST porteront à la fois sur les interactions ayant lieu dans le cadre du lieu de travail et sur des aspects qui pourraient sembler a priori exogènes aux « mondes du travail », mais qui sont importants pour qui veut comprendre la politisation et les (dé)mobilisations politiques des travailleuses et travailleurs industriels. Nos débats seront structurés par les questions suivantes :
– Quelles identifications collectives (ethniques, nationales, religieuses, de genre…) sont au fondement de la formation des groupes de travailleurs et comment ces identifications jouent-elles « en pratique » dans les revendications collectives ? Comment sont-elles adaptées pour dire le juste et pour dénoncer l’injustice ?
– Quelles circulations de pratiques militantes, de discours, de formes de sociabilité ont lieu entre l’usine et son dehors ? Quels déplacements subissent les pratiques militantes face à la désindustrialisation ou aux transformations des formes d’emploi ?
– Quelles activités économiques « parallèles » au travail industriel font vivre, au sens propre comme figuré, la communauté des travailleurs et leurs familles : le petit commerce, l’artisanat, l’épargne, la consommation (crédits…) ? Et en quoi l’analyse de ces activités permet-elle d’enrichir la compréhension de la citoyenneté industrielle ? Comment penser ces activités, souvent trop vite qualifiées comme informelles, en relation avec les revendications politiques des ouvriers ?
– Quels espaces physiques (cafés, mosquées, stades, associations, espaces domestiques ou de quartier…) investis régulièrement, permettent l’expression de solidarités ou de conflits autorisant ou non des mobilisations politiques des travailleurs. En quoi ces lieux donnent-ils corps à des énoncés ouvriers, qu’autorisent-ils comme expressions politiques ?

This panel seeks to explore, through empirical contributions, diverse forms of industrial citizenship – a protean concept that pertains to all the practices and devices through which industrial workers engage in an active relation with their firm and its territory. Thus we aim to regroup in a single category multiple activities that have in common their actors more than their content. This is not meant to dissolve the specificity of these activities, but to grasp how their articulation is experienced by industrial workers. This way we hope to bring into light a certain experience, coined as civic as it is the active and collective participation of a category of workers that are at the core of industrial economies.
Hence we will consider industrial citizenship not as a juridical status, but as a way to refer to the interactions between labour and politics. We will do so not only by considering production units as political institutions (because they produce norms and involve relations of power), but also by dealing with the way work and the workplace mould the political experience of individuals and groups. So we will not limit ourselves to factory workers: we will take seriously the professional environments and all the social links (families, gender relations, leisure activities) that structure the life of people depending from industrial work.
In the wake of the study of citizenship “from below”, as developed in micro-history or in political anthropology, attentive to localized integration, to different scales of citizenship and to diverse forms of political subjectivation, this ST gathers contributions that explore the intermediary scale of industrial basins or areas. It allows to disentangle oneself from the teleological prism that associates the industrial age to a (past) era of “modernity”. The way we define it, industrial citizenship can be observe in diverse spaces and times, in the North as in the South, in the past as in the present.
In this panel, we will be interested not only by instituted industrial workers’ militant practices (in parties, trade unions, associations), but also to the forms of participation, representation and protest that are built outside of (and even it conflict with) these instituted militant practices, basing themselves on other social relations and mobilizing other repertoires of actions. By highlighting forms of politicisation and subjectivation that depart from working-class identities (individual writings, feminist claims, critiques of technology…) we will be able to enlarge our understanding of industrial citizenship through the exploration of its own tensions.
In order to shed a new light on industrial citizenship, we will consider both the interactions that take place in the workplace and aspects that could seem exogenous to the professional worlds but are important to understand the politicisation and political (de)mobilisations of industrial workers. Our debates will adress the following questions:
– On which collective identities (ethnical, national, religious, gendered…) is the formation of groups of workers based? How do these identities come into play in public claims? How are they adjusted to tell what is just and to denounce injustice?
– How militant practices, discourses and sociabilities circulate between inside and outside factories? How militant practices are displaced when they face desindustrialisation or the transformations of work?
– Through which unofficial economic activities do workers and their families make a living outside of industrial work, such as small business, artisanship, savings, credits? How to understand the relation between these (too rapidly qualified) unofficial activities and the political claims of workers?
– Which physical spaces (cafes, mosques, stadiums, associations, houses, neighbourhoods…) allow when regularly invested the expression of solidarities or conflicts leading (or not) to workers’s political mobilisations? What kind of political expression do they allow?

REFERENCES

Bell D., 1976 (1973), Vers la société post-industrielle : essai de prospective sociologique, Paris, Laffont.
Béroud S. (dir.), 2013, « Démocratie dans le monde du travail », Participations, n° 5.
Lichtenstein N., Harris J., 1996, Industrial Democracy in America: the Ambiguous Promise, Cambridge University
Press.
Cohen Y., 2013, Le Siècle des chefs. Une histoire transnationale du commandement et de l’autorité (1890-1940),
Paris, Amsterdam.
Deleuze G., 1990, « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle » in Pourparlers, Paris, Minuit.
Marshall T.H., 1950, Citizenship and Social Class, and Other Essays, Cambridge University Press.
Martin D., 1994, Démocratie industrielle. La participation directe dans les entreprises, Paris, PUF.
Melucci A., 1978, « Société en changement et nouveaux mouvements sociaux », Sociologie et sociétés, vol. 10,
n° 2, pp. 37-54.
Neveu C., 2004, ≪ Les enjeux d’une approche anthropologique de la citoyenneté », Revue européenne des
migrations internationales, vol. 20, n°3, pp. 89-101.
Offe C., 1997, « Les nouveaux mouvements sociaux : un défi aux limites de la politique institutionnelle » (1985),
in Les démocraties modernes à l’épreuve, Paris, l’Harmattan.
Rancière J., 2004 (1990), Aux bords du politique, Paris, Folio.
Touraine A., 1969, La société post-industrielle. Naissance d’une société, Paris, Denoël.
Webb B., Webb S., 1920 (1897), Industrial Democracy, Londres, Longmans, Green & Co.

Discutants : Karel Yon, CNRS-Ceraps et Anne Bory, Université Lille 1-Clersé

Axe 1/ Expériences et luttes

Thomas Chevallier (Université Lille 2-Ceraps), Sylvain Celle (Université Lille 1-Clersé), Vianney Schlegel (Université Lille 1-Clersé), Économie morale et formes de politisation au sein de la coopérative ouvrière socialiste de l’Union de Lille (1892-1914)

Michele Scala (Université Aix-Marseille-Iremam), Construction d’une identité professionnelle en milieu précaire

Axe 2/ Syndicalisme et rapport au travail

Etienne Pénissat (CNRS-Ceraps), Les pratiques de la citoyenneté industrielle dans le secteur privé en France : une tentative de cartographie à partir de l’enquête statistique REPONSE

Pierre Rouxel (Université Rennes 1-Crape), L’usine a-t-elle des murs ? Une analyse des engagements syndicaux dans des espaces industriels périphériques

Thomas Chevallier (Université Lille 2-Ceraps), Sylvain Celle (Université Lille 1-Clersé), Vianney Schlegel (Université Lille 1-Clersé)

Économie morale et formes de politisation au sein de la coopérative ouvrière socialiste de l’Union de Lille (1892-1914)
L’Union de Lille est une coopérative fondée en 1892 dans le quartier industriel et ouvrier de Moulins, à Lille. A partir de l’analyse de sources primaires et secondaires, nous observons le déploiement d’une économie morale structurée autour d’une socialisation de la production (boulangerie), de la consommation (épicerie, mercerie), des loisirs (fanfare, chorale, théâtre…) ou des risques sociaux (caisses d’assurance et de secours). Très rapidement, cette économie morale s’inscrit dans un projet socialiste et l’Union s’affirme comme un relais de la politique partisane : les locaux deviennent un pôle organisationnel où s’expriment élus et militants chevronnés (Gustave Delory, Jules Guesde…), où sont désignés les candidats aux élections prudhommales, cantonales, voire municipales, et où se trouve l’Imprimerie ouvrière qui permet l’impression du Travailleur, organe du parti ouvrier. Deux modes de politisation s’observent, liés d’une part à la création de services par et pour les ouvriers dans une organisation relativement autonome, d’autre part au relais qu’incarne l’Union pour la propagande partisane. Nous avancerons des hypothèses sur les rapports à la citoyenneté qui se sont façonnés au sein de l’Union de Lille entre 1892 et 1914 : dans l’économie morale de la coopérative, les ouvriers se socialisent à un rapport de représentation adapté à la République « exclusive ». Ils sont ainsi amenés à admettre une conception hiérarchisée de la classe ouvrière mobilisée.

Moral economy and processes of politicization within the worker and socialist cooperative « L’Union de Lille » (1892-1914)
L’Union de Lille is a consumption cooperative founded in 1892 in Moulins, an industrial and working-class neighborhood in Lille. Relying on various sources, both primary and secondary ones, we analyze the development of a moral economy through socialization of production (bakery), consumption (grocery, haberdashery), leisure (brass band, choral, theatre…) or social risks (insurance and relief funds). Soon, this moral economy is aligned with a socialist political project, and l’Union becomes a relay of partisan politics: its buildings are used as an organizational center where elected officials and experienced activists (Gustave Delory, Jules Guesde…) pronounce speeches, where candidates to various elections are designated, and where one can find the Imprimerie ouvrière, which publishes the Travailleur, organ of the workers’ party. Two processes of politicization can be observed, related on one hand to the autonomous creation and organization of various services by and for the workers, and on the other hand to the fact that l’Union is a precious device for partisan propaganda. Our intervention focuses on the relations to citizenship that develop within the Union de Lille between 1892 and 1914: through the moral economy of the cooperative, workers are socialized to a mode of representation that echoes the “exclusive” Republic. They are brought to embrace a hierarchized way of mobilization of the working class.

Michele Scala (Université Aix-Marseille-Iremam)

Construction d’une identité professionnelle en milieu précaire
Cette communication vise à décrire la construction d’un « entre-soi » ouvrier en milieu précaire en interrogeant les conditions matérielles de l’emploi et les rapports sociaux construit autour du travail dans une entreprise publique au Moyen-Orient.
Á partir de trajectoires biographiques de travailleurs journaliers, je montrerai comment la précarité formelle de l’emploi est palliée par des rapports de dépendance à des maitres de clientèle qui assurent la continuité du travail. La « précarité stable » qui découle de la pérennisation factuelle du travail journalier tend à stabiliser, sur la durée, les rapports entre collègues précaires. Cependant, la constitution en groupe professionnel et la construction de demandes horizontales s’avère problématique dans la configuration locale des rapports de pouvoir. Les journaliers reconnaissent des intérêts communs et antagoniques par rapport à leurs collègues réguliers protégés et mieux rémunérés. Toutefois, ils se heurtent également à l’absence de structure syndicale, à la vulnérabilité de leur condition de travail et se trouvent inscrits dans des réseaux de dépendance clientéliste qui tendent à fragmenter leurs demandes.
L’objectif de cette communication sera celui de montrer par quelles « arts de faire » les journaliers parviennent à reconvertir les raisons de leur vulnérabilité en ressources collectives, à structurer des demandes horizontales et à renégocier leur position dans la hiérarchie des rapports de pouvoir.

The Construction of a Professional Identity in a Precarious Context
This presentation aims at describing the construction of a labor “entre-soi” in a precarious context starting by questioning the material conditions of work and the social relationships built within the framework of a state-owned company in the Middle-East.
Basing my analysis on daily-workers biographic trajectories, I will show how the formal precariousness of work is mitigated by the patron-client relations guaranteeing the continuity of employment to the daily-workers. The “stable precariousness”, which results from the de facto continuity of daily-work, has a tendency to stabilize, on the long-run, the social relationships between the colleagues. Nonetheless, the constitution of a group and the construction of horizontal-based demands proves to be problematic in the configuration of the power relations that exist in this context. Daily-workers recognize common and antagonistic interests vis-à-vis the regular workforce, which is protected and better paid. Furthermore, they cope with the absence of a trade-union structure, the vulnerability of their working conditions, and are inscribed in a web of patron-client dependencies that tend to further fragment their demands.
The aim of this presentation will be to show how daily-workers are able to turn the reasons of their vulnerability into collective resources, to structure their demands and to renegotiate their position in the hierarchy of local power relations.

Etienne Pénissat (CNRS-Ceraps)

Les pratiques de la citoyenneté industrielle dans le secteur privé en France : une tentative de cartographie à partir de l’enquête statistique REPONSE
Les formes de citoyenneté industrielle (vote, syndicalisation, grève) en entreprise sont souvent étudiées de façon séparée et la carte de ces pratiques est peu connue en dehors des monographies d’entreprise ou de secteur. Pendant longtemps les outils statistiques à disposition des chercheurs participaient à ce découpage des pratiques de citoyenneté. En mobilisant, l’enquête statistique REPONSE (Dares, Ministère du Travail) dont un volet porte sur un échantillon représentatif des salariés du secteur marchand non agricole en 2011 (n= 11 378 salariés), notre communication tente de combler ces lacunes en proposant une analyse des déterminants et des formes d’articulation de ces pratiques et des dispositifs par lesquels les travailleurs industriels exercent un rapport actif à leur entreprise. Dans un premier temps, on décrit l’espace des pratiques de citoyenneté au regard des caractéristiques sociales des salariés et des contextes socio-productifs dans lesquels ils s’inscrivent. On pointera notamment les formes de « censures » sociales et institutionnelles qui restreignent les conditions d’exercice de cette citoyenneté industrielle. Puis, on souligne les manières dont se combinent citoyenneté dans l’entreprise et rapport subjectif des salariés à leur univers de travail.

The practices of industrial citizenship in the private sector in France: a mapping from the statistical survey REPONSE
Forms of industrial citizenship (voting, unionizing, striking) in firms are often studied separately and the map of these practices is little known apart from company or sector monographs. For a long time, the statistical tools of the researchers participated in this division of citizenship practices. By using the statistical survey RESPONSE (Dares, Ministry of Labor), which covers a representative sample of employees in the retail sector in 2011 (n = 11,378 employees), our paper tries to fill these gaps. It proposes an analysis of the determinants of these practices and of the devices used by workers to make an active connection to their company. In a first step, the space of citizenship practices is described according to the social characteristics of the employees and the socio-productive contexts in which they take place. In particular, we shall point out the forms of social and institutional « censorship » that limit this industrial citizenship. Then, we emphasize the ways in which citizenship in the business combines with the subjective relationship of the employees to their world of work.

Pierre Rouxel (Université Rennes 1-Crape)

L’usine a-t-elle des murs ? Une analyse des engagements syndicaux dans des espaces industriels périphériques
La communication interroge l’engagement syndical d’ouvriers industriels en France et en Argentine, à partir d’une enquête ethnographique réalisée dans deux bassins industriels depuis 2015. Plus précisémment, il est fait l’hypothèse que les engagements syndicaux adoptent des contours variables et s’inscrivent dans des espaces diversifiés suivant les configurations industrielles et territoriales singulières dans lesquelles ils s’inscrivent. En analysant relationnellement restructurations d’entreprise, carrières militantes et pratiques syndicales, la communication propose une réflexion sur les conditions d’une territorialisation des engagements syndicaux, entendue comme la construction de la scène locale comme espace de mobilisation et de remise en cause des rapports de domination. Après avoir brièvement présenté les territoires et groupes syndicaux étudiés, nous analysons la mise en retrait de la figure patronale sur la scène locale, comme partie intégrante d’un processus plus large de « périphérisation » de ces territoires industriels dont nous esquisserons les traits. Nous abordons ensuite l’appropriation différenciée par les syndicalistes de la scène locale comme espace de la contestation, débordant le seul cadre usinier, en montrant comment ce mode de mobilisation est à rapporter aux degrés d’encastrement des pratiques syndicales dans des réseaux sociaux localisés ainsi qu’aux carrières militantes. La communication cherche ainsi à apporter une contribution aux réflexions sur l’importance de l’ancrage local dans les dynamiques contemporaines de résistance des classes populaires.

Does the factory have walls ? An analysis of trade union commitments in peripheral industrial areas
Based on a fieldwork in two industrial basins since 2015, the paper focus on trade-union commitment of industrial workers in France and Argentina. More precisely, we assume that the commitments of trade unionists adopt variable shapes and are inscribed in diversified spaces, depending on the specific industrial and territorial configurations they are part of. Analyzing jointly corporate restructuring, militant careers and union practices, the paper examines the conditions for territorialisation process of trade-union commitments, understood as the construction of the local scene as a relevant space for questioning dominant-based relations. After having briefly presented the territories and union groups, we examine the withdrawal of the employer figure on the local scene, as part of a wider peripheralization process of these industrial areas. We then turn to the differentiated appropriation by the unionists of the local scene as a space for protest, beyond the sole shopfloor, stressing that these modes of mobilization are related to the rooting of union practices in localized social networks, as well as militant careers. In this way, the presentation aims to contribute towards the reseearch works about the importance of local anchoring in the contemporary dynamics of resistance of the popular classes.

Mercredi 12 juillet 2017 9h00-13h00

ALLAL Amin amin.allal@gmail.com
BORY Anne boryanne@gmail.com
CELLE Sylvain celle.sylvain@gmail.com
CHAVALLIER Thomas thomas.chevallier@outlook.com
HAYAT Samuel samuel.hayat@univ-lille2.fr
PENISSAT Etienne etienne.penissat@gmail.com
ROUXEL Pierre pierrerouxel.53@gmail.com
SCALA Michele m.scala89@gmail.com
SCHLEGEL Vianney vianney.schlegel@gmail.com
YON Karel ynkarel@yahoo.fr