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Les pratiques de politique étrangère et de la diplomatie : nouveaux enjeux

The Practices of Foreign Policy and Diplomacy: New Perspectives

Responsables scientifiques
Christian Lequesne (Sciences Po-CERI) christian.lequesne@sciencepo.fr
Hugo Meijer (IRSEM/Institut universitaire européen -IUE) hugo.meijer@sciencespo.fr

L’analyse de la politique étrangère (APE) et l’étude de la diplomatie (DS) connaissent un renouveau depuis les années 2000 au sein du champ des relations internationales. Un seul exemple institutionnel est la création d’une section “Diplomatic Studies” au sein de l’International Studies Association, principal forum scientifique mondial de la profession. Ce renouveau intervient après deux décennies où, d’une part, la théorie des relations internationales a privilégié les explications systémiques (équilibre des puissances, transitions hégémoniques, etc.) au détriment de l’élaboration des politiques étrangères; d’autre part, les approches transnationalistes ont contribué, dans une certaine mesure, à faire passer au second plan l’État comme acteur des relations internationales et à éclipser l’étude de son action extérieure, en la reléguant ainsi vers les think tanks et les revues de praticiens.

Le retour de l’APE et des DS est passé par un ressourcement disciplinaire qui a vu les spécialistes de politique étrangère se tourner vers la sociologie, l’anthropologie et la psychologie. La mobilisation de ces disciplines a permis de diversifier les approches théoriques et méthodologiques employées pour expliquer la fabrication des diplomaties et des politiques étrangères en s’arrêtant plus en détails sur les pratiques d’acteurs. Une nouvelle école s’est constituée autour de l’étude des pratiques de politique étrangère et travaille en réseau : Pouliot (McGill, Montréal), Neumann (LSE, Londres), Adler Nielsen (Université de Copenhague) Wieseman (CSU, Los Angeles), Lequesne (CERI, Paris).

L’évolution de revues Foreign Policy Analysis ou Cooperation and Conflict est de ce point de vue intéressante. On y trouve maintenant davantage de travaux qui s’intéressent à la pratique des diplomates et des « fabricants » de politique étrangère (Cornut et Pouliot, 2015), l’étude des profils psychologiques des chefs de l’État et des bureaucrates (Dyson 2006), l’étude des « cartes mentales » des décideurs en politique étrangère (Erforth, 2015), l’étude du rôle des discours et des cérémoniaux dans la diplomatie. Tous ces travaux s’appuient sur des méthodes d’investigation qualitative qui font appel au terrain et à l’ethnographie. Elles transforment le chercheur de relations internationales en chercheur de terrain et non plus simplement en théoricien abstrait travaillant à partir de son bureau, ce que Neumann appelle sarcastiquement “les armchair academics” (Neumann, 2002).

La “théorie des pratiques” (ou practice theory) appliquée à l’étude de la politique étrangère et de la diplomatie renvoie à de fortes interrogations sur les méthodes d’investigation, ce que la théorie des relations internationales était moins habituée à faire que d’autres branches de la science politique : entretien semi-directif, observation participante, recours aux corpus d’archives. L’interprétation subjective du chercheur (et donc sa position dans le processus de recherche) fait partie du travail de sciences sociales à l’encontre de certaines approches scientistes (en particulier quantitativistes) qui considèrent que la validation ou l’invalidation d’une hypothèse dépend avant tout du nombre de sources dont on dispose et de la capacité ou non à bien les corréler (Adler Nielsen, 2012).

L’objectif de la section thématique est de réfléchir aux outils analytiques disponibles pour étudier la politique étrangère et la diplomatie à partir des pratiques qui incluent à la fois les arts de faire (au sens où l’entend le philosophe Michel de Certeau) et les discours sur ces arts de faire. Les difficultés que rencontrent l’APE et les DS recoupent à bien des égards celles que connaissent l’analyse des politiques publiques et, plus généralement la sociologie du politique. Il s’agit donc d’évaluer et de comparer les schémas explicatifs et les outils analytiques disponibles pour l’étude des pratiques de politique étrangère et des diplomaties en identifiant les théories et méthodes relevant de la théorie des relations internationales, de la sociologie et de l’anthropologie politique (cérémoniaux, rôle des repas dans la médiation diplomatique).

Les réponses apportées sont à même de renouveler les travaux français sur la politique étrangère et la diplomatie qui sont peu nombreux en France sans être inexistants. Il s’agit de faire dialoguer les sciences sociales françaises – qui ont toujours eu beaucoup à dire sur la sociologie empirique des pratiques d’acteurs – avec les nouveaux courants internationaux de l’APE et des DS, surtout anglophones.

Cette section thématique privilégiera des communications ayant à la fois un fort ancrage empirique et apportant une contribution à :

1. L’articulation de théories et méthodes relevant de la théorie des relations internationales, de la sociologie et/ou de de l’anthropologie, qui permettent d’enrichir l’analyse de la politique étrangère et de la diplomatie ;

2. L’analyse des pratiques des acteurs et des coalitions d’acteurs (étatiques et non-étatiques) qui contribuent à la fabrication de la politique étrangère ;

3. Le rapport entre la politique étrangère et les dimensions subjectives du politique (représentations, psychologie des acteurs, cartes mentales, etc.)

Foreign Policy Analysis (EPA) and the study of diplomacy (DS) have experience a revival in the field of international relations since the 2000s. One institutional example of this trend is the creation of the section “Diplomatic Studies” at the International Studies Association, the world’s largest academic forum for international relations. This renewal comes after two decades in which, firstly, international relations theory has privileged systemic explanations (balance of power, hegemonic transitions, etc.) to the detriment of the study of foreign policymaking processes; secondly, transnationalist approaches have contributed, to some extent, to overshadowing the State as an actor in international politics and to eclipsing the analysis of its external behavior, thereby relegating the study of foreign policy to think tanks and practitioners’ journals.

The renewal of FPA and DS has been enabled and nurtured by foreign policy experts turning to sociology, anthropology and psychology. The mobilization of these disciplines has diversified the range of theoretical and methodological approaches used to explain diplomatic and foreign policy formulation processes, through in-depth investigations into the practices of actors. A new “school” coalesced around the study of foreign policy practices: Pouliot (McGill, Montreal), Neumann (LSE, London), Adler Nielsen (University of Copenhagen) Wieseman (CSU, Los Angeles), Lequesne (CERI, Paris).

The evolution of journals such Foreign Policy Analysis and Cooperation and Conflict is telling. One can now find more work on diplomatic practices and on the foreign policy makers (Cornut and Pouliot, 2015), on the psychological profiles of state leaders and bureaucrats (Dyson 2006), on the study of “mental maps” of foreign policy makers (Erforth, 2015), the study of the role of speeches and ceremonials in diplomacy. All these works are based on qualitative investigation methods that use the fieldwork and ethnography. They transform the researcher of international relations into a field researcher, rather than just an abstract theorist working from his office, what Neumann sarcastically calls “armchair academics” (Neumann, 2002).
 
The “theory of practice” (or practice theory) applied to the study of foreign policy and diplomacy raises important questions on the methods of investigation that international relations theory was less accustomed to tackle than other branches of political science: semi-structured interview, participant observation, use of archival corpus, etc.. The subjective interpretation of the researcher (and thus its position in the investigation process) is part of the work of social scientists, in contrast with some quantitativist approaches convinced that the validation or invalidation of an hypothesis depends primarily upon the number of available sources and the capacity or not correlate them (Adler Nielsen, 2012).

The aim of this panel is to reflect on the analytical tools available to study foreign policy and diplomacy, with a focus on practices – that include both the “arts of doing” (to paraphrase the philosopher Michel de Certeau) and the “discourse on the arts do”. The challenges of FPA and DS overlap in many respects with those encountered in public policy analysis, and more generally in political sociology. It is therefore necessary to evaluate and compare the explanatory frameworks and analytical tools available for the study of foreign policy and diplomatic practices by identifying and drawing upon theories and methods derived from international relations theory, sociology and political anthropology.

This approach to the study of foreign policy analysis and diplomatic studies can contribute to renewing the few existing French works on foreign policy and diplomacy through a dialogue between the French social sciences – which have always had much to say on empirical sociology of the actors’ practices – and the new international trends in the fields of FPA and DS.

This section welcomes papers with both strong empirics and making a contribution to:

1. The articulation of theories and methods from international relations theory, sociology and/or anthropology, that enriches the analysis of foreign policy and diplomacy;

2. The analysis of the practices of the (state and non-state) actors, and coalitions of actors, competing in the making of foreign policy;

3. The relationship between foreign policy and the subjective dimensions of politics (representations, psychology, cognitive mapping, etc.)

9-11h : 1ère table ronde : Théories et méthodes d’analyse de la politique étrangère
Modérateur et discutant : Hugo Meijer (IRSEM/Institut universitaire européen -IUE)

Myriem Aboutaher (Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine/CREDA), La politique étrangère des États-Unis en matière de lutte contre la traite des personnes : fabrication d’une « diplomatie transformatrice (2001-2009)

Delphine Deschaux-Dutard (Université de Grenoble Alpes/CESICE), La prosopographie comme outil d’analyse en politique étrangère. Le cas des acteurs militaires et diplomatiques français et allemands dans la Politique de Sécurité et de Défense Commune
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Charles Sitzenstuhl (Sciences Po-CERI), Le rejet en politique étrangère : perspective psychologique

Okan Germiyanoglu (Université Lille 2/CERAPS), Savoirs et croyances des diplomates français face à la violence terroriste : l’apport du ‘code opérationnel’ »
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Thomas Henoekl (German Development Institute), Conceptualizing diplomatic practices: How do different practices emerge, how are they reproduced and institutionalized, and under what conditions do they evolve or change?

Emilija Pundziute-Gallois (Sciences Po-CERI), Sauvegarder sa dignité : les pratiques diplomatiques des pays baltes face à la Russie
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Mailys Mangin (Université Lille 2/CERAPS), « Crises nucléaires » à l’AIEA : les logiques transversales de la fabrique de la politique étrangère américaine

Christoph Meyer (King’s College London, et Eric Sangar, FNRS / University of Namur), Les ONG, un nouvel acteur dans la construction des perceptions médiatiques des conflits ?
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Sarah Tanke (Sciences Po-CERI), L’étude des pratiques diplomatiques comme outil d’analyse : le cas de l’identité et de l’action internationales du Japon
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Claire Yorke (King’s College London), From Enmity to Cooperation: Assessing the Role of Empathy in Nixon’s Opening to China

11h-13h : 2ème table ronde : Acteurs et pratiques de la politique étrangère
Modérateur et discutant : Christian Lequesne (Sciences Po-CERI)

Yohanan Benhaim (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne/CRSSP), Les artisans insoupçonnés du ‘néo-ottomanisme’ : le rôle des diplomates dans la politique étrangère turque vis-à-vis du Kurdistan d’Irak (1994-2011)
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Adrien Fauve (Sciences Po-CERI), La diplomatie publique des régimes autoritaires : nouveaux arts de faire ?
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Caterina García Segura (Universitat Pompeu Fabra), La nouvelle diplomatique publique dans un contexte de diplomaties plurielles : analyse des cas espagnol et catalan
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Xilin Huang (Université Paris Descartes/CERLIS), La diplomatie scientifique entre patriotisme et cosmopolitisme : une ambivalence positionnelle ?
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Mélissa Levaillant (IRSEM), La ‘low diplomacy’ en pratique : la diplomatie indienne dans le Golfe arabo-persique
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Rafael Mesquita (Universidade Federal de Pernambuco/GIGA Institute) et Marcelo Almeida Medeiros (Universidade Federal de Pernambuco), Urbi or Orbi: where are the Brazilian diplomats?
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Florent Pouponneau (Université de Strasbourg /SAGE), Redéfinir la ‘structure’ du système politique international à travers une analyse de la non-intervention militaire de la France en Syrie
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Elena Sidorova (Sciences Po-CERI), Public Diplomacy of American Pop Art: From the Margins to the Mainstream
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Folasahdé Soulé-Kohndou (Université Lille 2, CERAPS), La construction diplomatique du statut d’émergent : l’exemple de l’Afrique du Sud
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Mannon-Nour Tannous (Collège de France ), Une pratique diplomatique française inédite : le règlement de la dette syrienne
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Mardi 11 juillet 2017 9h00-13h00

ABOUTAHER Myriem Myriem.aboutaher@gmail.com
ALMEIDA MEDEIROS Marcelo mam14@uol.com.br
BENHAIM Yohanan yohanan.benhaim@live.fr
DESCHAUX-DUTARD Delphine delphine.deschaux@wanadoo.fr
FAUVE Adrien adrien.fauve@sciencespo.fr
GARCIA SEGURA Caterina caterina.garcia@upf.edu
GERMIYANOGLU Okan okan.germiyanoglu@gmail.com
HENOEKL Thomas Thomas.Henoekl@die-gdi.de
HUANG Xilin Céline celinehuangxl@gmail.com
LEQUESNE Christian christian.lequesne@sciencepo.fr
LEVAILLANT Mélissa melissa.levaillant@mail.sciencespo.fr
MANGIN Mailys mailysmangin@gmail.com
MEIJER Hugo hugo.meijer@sciencespo.fr
MESQUITA Rafael rafaelmesquita_5688@hotmail.com
MEYER Christoph christoph.meyer@kcl.ac.uk
POUPONNEAU Florent f.pouponneau@gmail.com
PUNDZIUTE-GALLOIS Emilija emilija.pundziutegallois@sciencespo.fr
SIDOROVA Elena elena.sidorova@sciencespo.fr
SITZENSTUHL Charles charles.sitzenstuhl@sciencespo.fr
SOULE-KOHNDOU Folasahdé folashade.soulekohndou@sciencespo.fr
TANKE Sarah sarah.tanke@sciencespo.fr
TANNOU Mannon-Nour manonnour.tannous@sciencespo.fr
YORKE Claire claire.yorke@kcl.ac.uk